Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France puis conservateur régional de l'Inventaire général Pays-de-la-Loire.
- inventaire topographique, canton de Braine
-
Fournis FrédéricFournis FrédéricCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France puis conservateur régional de l'Inventaire général Pays-de-la-Loire.
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) AGIR-Pic
Dossier non géolocalisé
-
Aire d'étude et canton
Communauté de communes du Val de l'Aisne - Braine
-
Commune
Quincy-sous-le-Mont
-
Adresse
8 rue Principale
-
Cadastre
1984
B1
61 à 69
-
Dénominationsmanoir
-
Destinationsferme, demeure
-
Parties constituantes étudiées
-
Autres parties constituantescommuns, jardin d'agrément, cour, portail
Le manoir de Quincy-sous-le-Mont (Aisne) est un exemple rare et bien documenté de résidence aristocratique de la première Renaissance en Soissonnais. Reconstruit en deux campagnes (vers 1520-1525, puis 1536-1540) par Nicolas Lempereur, officier de l’artillerie de François Ier, il associe un parti moderne de "maison plate" à des formes encore gothiques et à des références italianisantes issues des guerres d’Italie (portique à médaillons d’empereurs romains et tondi à fresque). Sa chambre haute octogonale, sorte de studiolo aux fenêtres panoramiques et aux niches à statues, est sans équivalent connu. Les campagnes, datées par la dendrochronologie (2023), et les remaniements ultérieurs permettent de lire l’évolution d’un domaine seigneurial du Moyen Âge à nos jours.
Situé au coeur du village de Quincy-sous-le-Mont, à cinq kilomètres environ au sud-ouest de Braine, dans le Soissonnais, le manoir de Quincy occupe l'emplacement d'un logis plus ancien. Son histoire est étroitement liée aux familles qui se sont succédé à la tête de la seigneurie entre le XIVe siècle et la fin du XVIIIe siècle.
Les origines médiévales de la seigneurie de Quincy
Au XIVe siècle, la seigneurie de Quincy appartient aux comtes de Dreux, seigneurs de Braine. Peu d'années après le dénombrement de 1330, Robert III de Dreux-Bû cède la terre de Quincy, probablement par vente, à Raoul VII Le Flamenc, seigneur de Cany (Canny-sur-Matz), Varesnes, Appilly et Mondescourt. Éloigné de ses principales possessions, il ne considère Quincy que comme un domaine de rapport. En 1393, Jean de Belleperche rend un aveu et dénombrement, suivi par Christophe de Barbençon en 1461. Ce dernier, qui avait épousé la sœur de son suzerain (le comte de Braine), aurait pu faire bâtir un premier manoir à Quincy-sous-le-Mont entre 1460 et 1470. Avant même sa mort, la terre est en 1490 à Jean Lempereur, issu d'une famille de noblesse récente, dont plusieurs membres ont fait carrière dans l'administration royale, notamment dans les finances.
La reconstruction du manoir par Nicolas Lempereur
En 1540, Nicolas Lempereur, chevalier, seigneur et vicomte de Quincy, rend un aveu et dénombrement à son suzerain. Rompant avec la modestie de sa famille qui voit sa noblesse contestée, il retrouve auprès du roi François Ier le statut d'officier de la couronne. Les mémoires de Martin et Guillaume du Bellay attestent de sa participation aux guerres d'Italie, notamment en Piémont entre février et juin 1536. Il doit sans doute y retourner en sa qualité de commissaire de l'artillerie après le traité de Nice (juin 1538). Son ambition personnelle et sa participation aux guerres d'Italie - qui lui fait fréquenter la fine fleur de l'aristocratie bâtisseuse de la première Renaissance française -, permettent de lui attribuer la reconstruction du manoir de Quincy qui intègre le modeste corps de logis de Jean Lempereur et, avant lui peut-être, de Christophe de Barbençon.
L'architecture du manoir au XVIe siècle
La maison originelle est transformée en un logis plus vaste avec son porche voûté intégré entre cour et jardin, avec ses deux ailes en retour d'équerre sur cour et sa tour d'escalier côté jardin. L'aile côté est complète l'habitation et les espaces de service tandis que l'aile ouest accueille un portique (galerie ouverte sur une seule face) de cinq travées voûtées sur croisées d'ogives à l'intérieur duquel un artiste - probablement italien - réalise cinq grands tondi à la fresque. En façade, ce portique est orné de six médaillons de marbre figurant des profils d'empereurs romains. L'implantation de la tour d'escalier, sur la façade postérieure du logis (côté jardin), diffère de l'usage courant qui est de la placer côté cour. Le colombier dans la basse-cour, d'une architecture savante résonnant avec l'humanisme du temps, fait probablement partie de l'ambitieux programme de Nicolas Lempereur.
Le parti de "maison plate", terme employé au XVIe siècle pour désigner les résidences nobles dépourvues de fossé, exprime le choix d'une demeure moderne, sans appareil défensif, évoquant moins un manoir rural que les hôtels particuliers parisiens que Nicolas Lempereur a eu l'occasion d'admirer par ses fonctions à l'Arsenal (l'hôtel de Cluny pour Jacques d'Amboise, l'hôtel de Pierre Le Gendre, l'hôtel de Sens pour l'archevêque de Sens).
Le côté d'entrée de la cour du manoir dans son état du XVIe siècle est probablement fermé d'un mur de moyenne hauteur percé d'un portail d'entrée simple ou ménagé dans un petit pavillon en forme de tour comme dans d'autres réalisations à cour intérieure datant de la même époque sur le territoire (Oigny-en-Valois, Noüe...).
Deux campagnes de construction au XVIe siècle confirmées par la dendrochronologie
Rendues en 2023, les conclusions de l'expertise dendrochronologique (cabinet CEDRE à Besançon, 2023) sur des échantillons de bois de charpente et de planchers confirment cette chronologie en deux campagnes. Pour le logis principal, les bois employés sont abattus entre 1519 et 1521. Pour l'aile est, les bois le sont entre 1522 et 1524. Il s'agit donc d'une première campagne conduite entre 1520 et 1525. En revanche, les bois prélevés sur l'aile ouest appartiennent à des arbres abattus au cours des hivers 1533-1534, 1537-1538 et 1538-1539. Le plafond de la tour d'escalier sous la chambre haute emploie du bois d'œuvre d'arbres abattus au printemps 1534 que l'on retrouve au plafond de la travée de raccord entre le logis et l'aile ouest. Il s'agit donc d'une seconde campagne conduite entre 1536 et 1540, soit au retour d'Italie de Nicolas Lempereur. La construction du colombier en revanche n'a pu être datée par dendrochronologie, sa charpente ayant été refaite vers 1780.
Une seigneurie morcelée de 1564 à 1689
En 1549, l'aveu et dénombrement de la seigneurie de Quincy est rendu par Nicolas de Pilloy (ou de Pillais ou encore Pillois), époux de la veuve de Nicolas Lempereur, Nicole de Saint. L'aveu de 1561 l'est par Jean Lempereur, fils aîné de Nicolas. La seigneurie est ensuite morcelée car, à partir de 1564, l'hommage féodal aux comtes de Braine n'est plus rendu que pour un tiers de la seigneurie (qui comprend le manoir), les deux autres tiers étant apparemment distraits par vente. Cependant, en 1650, la seigneurie n'apparaît plus divisée en un tiers et deux tiers mais en deux moitiés.
Au XVIIe siècle, la moitié de la seigneurie avec le manoir est dans la famille de Jean Regnaut, procureur en parlement, sur trois générations. L'autre moitié est possédée, à partir des années 1670 voire avant, par Louis Le Tellier (1634-1724), contrôleur général des gardes françaises, fils d'un procureur au Châtelet. Ce dernier reconstitue l'unité domaniale de la seigneurie de Quincy en rachetant en 1689 la moitié principale, avec le manoir et le titre vicomtal, à Henry Regnault, moyennant 1 200 livres de rente.
Les transformations du manoir au début du XVIIIe siècle par Louis Le Tellier...
S'installant au manoir de Quincy, Louis Le Tellier y entreprend très probablement des travaux de modernisation. Ainsi, les cheminées qui ont remplacé celles du XVIe siècle dans les chambres d'étage sont datables du tout début du XVIIIe siècle, correspondant au modèle-type de "moyennes cheminées pour les chambres" présenté par Augustin-Charles d'Avilers dans son Cours d'architecture (1691). L'expertise dendrochronologique de 2023 n'a pas apporté d'éléments de datation concernant ces travaux qui n'ont pas modifié les planchers et les charpentes.
Et celles apportées entre 1773 et 1775 par Louis-Philippe de Monet de Lamarck
Marie-Anne Le Tellier reçoit Quincy de son père Louis par donation anticipée entre vifs. Résidant en Bourgogne sur les terres de son époux, Gabriel-Hector de Culon d'Arcy, elle ne vient qu'occasionnellement à Quincy. La vicomtesse de Quincy meurt à Arcy-sur-Cure en 1769. Une sentence du Châtelet en date du 29 juillet 1772 adjuge la terre et seigneurie de Quincy à Louis-Philippe de Monet de Lamarck (1729-1801) sur la succession de la comtesse d'Arcy moyennant 150 000 livres.
M. de Lamarck ne conserve Quincy que deux ans mais a tout de même le temps d'y entreprendre quelques travaux d'importance, notamment le réaménagement des jardins aux dépens des vieux bâtiments de la basse-cour du manoir.
Le domaine en 1775 et les transformations apportées par Nicolas-François Vairon de Doigny
M. de Lamarck vend Quincy en 1775 à Nicolas-François Vairon de Doigny et à son épouse née Charlotte de Clèves de Cerny.
Il apparaît dans l'acte de vente que le logis principal est à l'usage du maître de céans et que ses deux ailes en retour d'équerre sont bien dissociées fonctionnellement : l'aile est, donnant à la fois sur la cour et la basse-cour, est à l'usage du fermier du domaine ; l'aile ouest est "destinée à faire des remises" (charretterie) mais est alors utilisée comme bûcher. L'expertise dendrochronologique de 2023 donne à partir d'un échantillon unique pris dans le plancher de l'étage de grenier de cette aile, soit au-dessus des remises, une date d'abattage au cours de l'hiver 1780-1781, soit une entreprise de M. Vairon de Doigny.
Les différents bâtiments d'exploitation du domaine sont disposés en 1775 sur trois côtés de la basse-cour, à l'est du manoir : plusieurs écuries, étables à vaches et à bœufs, bergerie voûtée, grange en fond de cour. Côté ouest du manoir, se trouvait une seconde basse-cour qui n'était alors pas baillée au fermier et dont M. de Lamarck avait fait démolir la majeure partie des bâtiments, à l'exception d'une maison pour le vigneron et d'une autre pour le jardinier du château. Divisée en deux cours, cette seconde basse-cour avait été transformée en verger et en pépinière.
La raison qui détermine M. de Lamarck à se séparer de sa terre de Quincy n'est pas connue. Toujours est-il qu'il achète l'année suivante avec son épouse une autre demeure avec statut de fief à Bourgogne, paroisse de Ventelay, entre Reims et Fismes.
M. Vairon de Doigny semble avoir établi sa résidence à Quincy. L'expertise dendrochronologique permet d'attribuer à son époque l'actuelle charpente de la tour d'escalier en forme de dôme sur base octogonale (les bois anciens proviennent en effet d'arbres abattus à l'automne-hiver 1777-1778). Il fait également refaire la charpente du colombier, privilège seigneurial auquel il devait être très sensible. Des sources documentaires du XIXe siècle lui attribuent également l'agrandissement de la cour du manoir et celui de l'aile ouest vers le nord jusqu'à la rue. Enfin, il fait possiblement installer un portail d'entrée de la cour s'inscrivant dans un mur rentrant en hémicycle, visible sur le cadastre de 1812 et remplacé à la fin du XIXe siècle.
Un manoir séparé de sa ferme de 1813 à 1942
À la mort sans descendance de M. Vairon de Doigny, l'ex-domaine seigneurial est mis en vente judiciaire et est morcelé en cinq parts. Une poursuite de licitation judiciaire étant engagée par l'un des acquéreurs, Auguste-François Angot, le domaine de Quincy est à nouveau mis en vente le 4 mars 1813 au tribunal civil de première instance de Laon et adjugé 270 000 F à deux adjudicataires pour moitié : Charles-Eustache Fortin, capitaine du génie en retraite, chevalier de Saint-Louis et de la Légion d'honneur, et son épouse ; Charles Heu, propriétaire, ancien cultivateur, et son épouse, demeurant à Beauvais.
Les époux Heu laissent trois héritiers en indivision ; les époux Fortin, quatre. Possédant le manoir depuis 1891, la veuve de Louis-Pierre Delafontaine née Marie-Adélaïde Fortin, demeurant à Beauvais, charge un mandataire, Jules David, d'en organiser la vente, à savoir "une ferme, sise à Quincy-sous-le-Mont [...] comprenant un corps de bâtiment dit le château et ses dépendances, neuf pièces de terre, prés et plantations, quarante-neuf hectares environ et un bois dit de Marthoune, dix-sept hectares cinquante-cinq ares". Frédéric-Alexandre Demoury, rentier à Quincy-sous-le-Mont, s'en porte alors acquéreur. Dans la première moitié du XXe siècle, le manoir est à nouveau possédé en indivision par les deux enfants de Frédéric-Alexandre Demoury, mort en 1904. Frère et sœur négligent son entretien. Leurs héritiers le vendent devant maître Pierre Boda, notaire à Braine, le 5 mars 1942 à Arthur-Léon-Augustin Dufrenois, alors propriétaire de la ferme contiguë, l'ancienne basse-cour du manoir.
-
Période(s)
- Principale : 1ère moitié 16e siècle
- Secondaire : 18e siècle
-
Auteur(s)
-
Personnalité :
Lempereur ou L'Empereur Nicolascommanditaire (incertitude), attribution par travaux historiquesLempereur ou L'Empereur NicolasCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
-
Auteur :
maître d'œuvre inconnumaître d'œuvre inconnuCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
-
Personnalité :
Le manoir de Quincy se situe dans un village modeste, au sud de la rue principale, l'actuelle route départementale 15 reliant Fère-en-Tardenois à Braine. Il s'élève sur un terrain en pente douce, au bas du versant sud de la vallée du Murton, un petit affluent indirect de la Vesle. Au nord, au-delà de la route, s'étend le côteau des anciennes vignes, dominant l'ensemble. À l'arrière du manoir, les anciens jardins en terrasse s'étagent vers le sud, surplombant légèrement le cours du Murton, distant d'une centaine de mètres. Un étang a été aménagé au point le plus bas, entre ces terrasses et la rivière.
L'ensemble architectural résulte de trois campagnes principales : un logis primitif antérieur aux années 1520, les transformations de Nicolas Lempereur vers 1520-1525 (extension du logis, aile est, tour d'escalier), puis l'ajout de la galerie-portique ouest et de la chambre haute octogonale après 1535-1536, au retour des guerres d'Italie.
La cour du château, définie sur trois côtés par le corps de logis principal et deux ailes en retour d'équerre, se développe selon un axe nord-sud. Les bâtiments de la ferme, disposés sur trois côtés de l'ancienne basse-cour, occupent une emprise au sol deux fois plus vaste que celle du manoir et de son jardin. La ferme s'organise selon un axe est-ouest, avec une cour trapézoïdale encadrée sur trois côtés.
I. La cour du manoir et les ailes latérales
A. La cour
L'entrée du manoir est marquée par un portail encadré de deux piliers en pierre de taille datant du XIXe siècle. Il ouvre sur la cour intérieure, dont la façade côté logis seigneurial se dresse à trente-cinq mètres de distance. Cette entrée est alignée avec la façade du logis et son porche voûté d'ogives qui traverse l'édifice pour relier directement la cour au jardin. Sur la gauche, l'aile est est percée, à environ un tiers de sa longueur, d'un étroit passage voûté en berceau. Ce passage constitue la seule communication entre la cour et la basse-cour depuis le XVIe siècle.
À la fin du XVIIIe siècle, la cour primitive a été agrandie par l'extension de l'aile ouest sur une quinzaine de mètres, tandis que l'aile est demeurait inchangée. Un simple mur a prolongé l'alignement de sa façade, contre lequel ont été adossés, à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle, les poulaillers actuels.
L'aile côté est a été retranchée du logis seigneurial dès le premier quart du XVIIIe siècle pour servir de logement au fermier. Peu remaniée pour cette raison, elle conserve mieux que le logis ses fenêtres à croisées de pierre du XVIe siècle, celles du logis ayant été remplacées au début du XVIIIe siècle. Toutefois, les interventions des XIXe et XXe siècles y ont été plus marquées, notamment par l'ajout de percements et la reconstruction, au XIXe siècle, de son mur-pignon après un écroulement partiel.
L'aile ouest, plus étroite que l'aile est, est initialement édifiée dans la seconde moitié des années 1530 sous la forme d'un portique monumental à arcades voûtées d'ogives. Transformée vers 1720 en aile de remise et d'écuries avec grenier et chambres pour les domestiques, elle subit alors une reconstruction complète de sa façade sur cour, entraînant la suppression de son ancien voûtement. Sa façade est alors percée de deux grandes entrées charretières en plein cintre et de trois fenêtres à l'étage. Ce n'est que vers la fin du XVIIIe siècle qu'elle est prolongée vers le nord, avec une architecture plus sobre et moins soignée.
L'ensemble formé par le corps de logis et ses ailes en retour présente une homogénéité dans la hauteur des façades à l'égout des toits. Une corniche continue, mise en place au XVIIIe siècle, court sur toute la structure. Elle est légèrement plus basse que celle qui la précédait au XVIe siècle.
B. L'aile est
D'une longueur de 18,50 m, l'aile côté est présente un rez-de-chaussée plus compartimenté que celui du logis seigneurial. Il se compose de trois pièces de dimensions plus réduites que celles du logis et d'un passage traversant, l'ensemble étant séparé par trois murs de refend relativement épais. Deux de ces murs encadrent le passage qui dessert latéralement deux pièces inégales, de plan rectangulaire, chacune voûtée de deux croisées d'ogives de plan barlong, sans culots ni formerets. La troisième pièce, attenante au logis, n'a jamais été voûtée et est couverte d'un plafond, à l'instar de celles du rez-de-chaussée du logis seigneurial. Les deux pièces voûtées d'ogives possédaient chacune une porte piétonne, dont l'encadrement extérieur était couvert d'un arc segmentaire, ouvrant sur la cour. Ces portes, ainsi que celle du passage traversant, ont été condamnées, mutilées ou réduites au fil des remaniements successifs de cette façade.
La cuisine
La plus grande des deux pièces voûtées d'ogives (5,80 m × 4,70 m), située à l'extrémité nord de l'aile, faisait office de cuisine du manoir. Sa voûte, très bien conservée, se distingue par une facture soignée, avec des ogives finement moulurées et des motifs sculptés aux deux clés, ainsi que des voûtains soigneusement appareillés. Le mur gouttereau, côté basse-cour, conserve sa cheminée d'origine, bien que celle-ci ait été mutilée et transformée en placard. Une seconde cheminée a été ajoutée au XVIIIe siècle contre le mur-pignon nord de l'aile. Sous sa hotte en brique, une porte donne accès à un escalier menant aux caves, qui s'étendent hors de l'emprise du bâtiment, au nord de l'aile est.
La cuisine était éclairée par une petite fenêtre rectangulaire à encadrement chanfreiné sur le mur nord. Murée depuis longtemps, cette fenêtre demeure bien conservée à l'extérieur, en bas du mur-pignon. Côté cour, la pièce est éclairée par deux fenêtres contiguës de dimensions presque similaires, dotées d'embrasures descendant jusqu'au sol et couvertes par des linteaux en bois au plus près de l'intrados de la voûte d'ogives. La première, d'origine, possède un encadrement en pierre de taille et un couvrement en arc segmentaire en façade. La seconde, percée au XIXe ou au XXe siècle et encadrée de briques industrielles, a détruit en grande partie l'ancienne porte de la cuisine ouvrant sur la cour.
La deuxième pièce (l'office)
Cette pièce, plus étroite (5,80 m × 3,50 m), présente une architecture initialement plus modeste. Ses croisées d'ogives sont semblables à celles de la cuisine, mais sans décor sculpté à la clé et sans arc doubleau intermédiaire. À l'origine, elle ne comportait pas de cheminée et était éclairée uniquement par deux petites fenêtres similaires à celles de la cuisine, percées sur le mur-pignon nord. La première, située côté basse-cour, était ménagée en hauteur, au ras de l'intrados de la voûte. Son linteau monolithe est encore visible sur la façade postérieure de l'aile est, au-dessus d'une grande fenêtre percée ultérieurement. La seconde, sur le mur côté cour, a été en grande partie détruite et remplacée par une grande fenêtre encadrée de briques industrielles. Cette modification a également mutilé l'ancienne porte qui ouvrait l'office sur la cour.
L'office communiquait avec la troisième pièce par deux portes distinctes percées dans le mur de refend. L'une, située dans la partie est du mur, demeure en usage. L'autre, dans la partie ouest, a été condamnée au XXe siècle. Des sondages récents ont révélé que cette dernière ouverture avait initialement un format large, avant d'être remaniée au XVIIIe siècle en une porte piétonne plus classique, surmontée d'un linteau en bois sous un arc de décharge plat en briques.
Le puits de la cour, dont la margelle a disparu, est situé à proximité immédiate de la façade, près de l'office, facilitant ainsi l'approvisionnement en eau depuis la cuisine.
La troisième pièce (la sallette)
Située au sud de l'aile est, cette pièce non voûtée est contiguë à la grande salle du logis. De plan carré, elle est légèrement plus grande que la cuisine. Elle peut être identifiée à une "sallette", pièce plus petite que la grande salle, qui lui était souvent associée dans les demeures seigneuriales. Une cheminée était aménagée dans le mur de refend. La suppression récente de placages du XXe siècle a mis au jour cette cheminée, dont les caractéristiques – hotte en briques cuites au four reposant sur deux piédroits en pierre sans moulures – suggèrent une construction du XVIIIe siècle plutôt que du XVIe siècle. Son foyer a été réduit à la fin du XXe siècle avec des briques industrielles.
Comme l'office, la sallette était éclairée par deux ouvertures, l'une à l'est (côté basse-cour), l'autre à l'ouest (côté cour). La première, une petite fenêtre haute similaire à celle de l'office, subsiste partiellement au-dessus d'une ouverture percée à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. La seconde, sur cour, a été rétrécie au XVIIIe siècle. Elle conserve davantage d'éléments de son encadrement d'origine, en pierre de taille, visibles tant en façade que dans son embrasure intérieure. Il s'agit d'une fenêtre à croisée de pierre, de même largeur que celle qui la surmonte à l'étage.
Une tourelle d'escalier secondaire
Un court segment de la façade sur cour de l'aile est présente, à l'étage, une fenêtre du XVIIIe siècle et, au rez-de-chaussée, une porte du XVIe siècle couverte d'un arc segmentaire. Cette porte, redécouverte en décembre 2024 lors de la démolition d'un petit vestibule en béton datant du XXe siècle, ouvrait sur une tourelle semi-circulaire. Probablement destinée à abriter un escalier secondaire ou "petite vis", cette tourelle complétait l'organisation verticale du manoir en assurant une liaison entre l'aile est et le logis seigneurial, en complément de la grande vis située côté jardin.
Si l'on restitue l'empreinte estimée de cette tourelle sur l'extrémité gauche de la façade sur cour du logis, l'arcade d'entrée du porche menant au jardin apparaît correctement centrée. Actuellement, le porche présente un jambage gauche à 10,60 m de l'angle rentrant est et un jambage droit à 8 m de l'angle ouest.
L'étage de l'aile est
L'organisation de l'étage de l'aile est reste difficile à reconstituer précisément, en raison de son état intérieur peu lisible. Cependant, la présence de trois fenêtres à croisée de pierre en façade suggère l'existence de trois chambres distinctes, séparées par deux murs de refend.
Le pignon de pierre couvert
Le toit de l'aile est se termine au nord par un pignon de pierre couvert, témoin d'une reconstruction majeure du mur-pignon après un écroulement partiel. Cette reconstruction, réalisée sur une moindre épaisseur, peut être datée de la fin du XIXe siècle. Son exécution plus sommaire (baie à linteau en bois), plus économique (absence de pierre de taille sur le rampant couvert) et plus moderne (pierres d'angle en assises réglées et sciées) contraste avec les maçonneries du XVIIIe siècle.
C. L'aile ouest et son ancienne galerie-portique
L'aile ouest n'était certainement pas prévue lors de la construction du manoir vers 1520-1525. Elle est entreprise une dizaine d'années après l'achèvement du logis et de l'aile est, probablement au retour d'Italie de Nicolas Lempereur. Elle occupe un emplacement où ne se trouvait sans doute alors qu'un simple mur fermant le côté ouest de la cour. Un puits étroit a été retrouvé à l'intérieur, dans l'angle nord-est de l'aile, près du mur de fond devenu mur de refend depuis l'extension datant de la fin du XVIIIe siècle.
Le programme architectural de la nouvelle aile correspondait à une galerie constituée exclusivement d'un portique à arcades ouvert sur la cour, les trois autres murs (mur de fond et murs-pignons) étant aveugles. Partant de la façade du logis, ce portique, large de 5,80 m hors-œuvre et d'une longueur à peu près équivalente à celle de l'aile est, créait un espace ouvert et lumineux. La mise en place d'un angle extérieur saillant au sud-ouest imposa de prolonger vers le sud le mur postérieur (ouest) de la nouvelle aile jusqu'à l'alignement de la façade sur jardin du logis et de bâtir un pan en retour sur cet alignement jusqu'à l'angle du logis existant. Le mur postérieur, aveugle à l'origine mais souligné à mi-hauteur d'un bandeau mouluré continu jusqu'à l'angle sud-ouest, témoigne de cette parfaite unité de construction. Au sud de la galerie portique proprement dite et à l'ouest du logis a été créée dans le creux quadrangulaire une travée close et couverte faisant raccord. Elle rallonge le logis et sa façade sur jardin de 4,80 m en incorporant son ancien mur-pignon ouest rétrogradé en mur de refend. La travée ouest ajoutée procure au logis, tant au rez-de-chaussée qu'à l'étage, une pièce annexe relativement étroite (3,80 x 7 m) pouvant servir de garde-robe.
La galerie-portique mesurait 18,75 m de long pour une largeur dans-œuvre de 4,30 m. Elle était composée de cinq travées voûtées sur croisée d'ogives, de plan presque carré (3,75 m x 4,30 m), et ouvertes sur la cour par de grandes arcades reposant sur des colonnes à chapiteaux. Cependant, elle n'était pas directement accessible à couvert depuis le logis. En effet, le mur sud, qui la séparait de la travée ouest ajoutée au logis, ne présente aucune trace d'une porte d'origine. En revanche, une petite porte, discrètement aménagée dans le mur de fond à l'ouest, permettait d'accéder à une partie du jardin, probablement un potager. L'entrée principale de la galerie-portique se faisait donc par la cour, en passant sous les arcades. De plus, elle ne remplissait pas une fonction distributive puisqu'elle ne desservait aucun bâtiment annexe.
Les voûtes et arcades de la galerie-portique ont été détruites au XVIIIe siècle pour transformer l'espace en une aile de remises et d'écuries. Toutefois, plusieurs vestiges du XVIe siècle permettent d'en restituer les dispositions d'origine. Le premier témoin est constitué des arcs formerets (nervures de voûte courant le long du mur) des cinq voûtes disparues, encore visibles en haut du mur du fond et du mur sud. Ces arcs conservent par endroits un décor peint dans des cadres circulaires. Leurs moulures saillantes ainsi que les culots (deux d'angle et quatre intermédiaires), qui recevaient les retombées des ogives, des doubleaux et des formerets, ont été bûchés jusqu'au nu du mur.
Un autre vestige significatif est le départ de la première arcade sud du portique, préservé dans les maçonneries de l'actuel mur de façade sur cour. Il subsiste une demi-colonne adossée, appareillée et chaînée au mur du logis, avec son chapiteau et les trois premiers claveaux de l'arc, récemment mis au jour. Les arcs formerets et les arcades, dont l'extrados tenait lieu de formeret, sont en tiers-point - une forme encore nettement gothique contrairement aux arcs en plein cintre ou en anse de panier qui dominent dans la plupart des portiques à arcades des châteaux français du premier tiers du XVIe siècle, qu'ils soient voûtés ou non sur croisée d'ogives.
L'élévation de cette galerie était exceptionnellement haute : 5,75 m du sol actuel à l'intrados des arcs et arcades. Ainsi, la hauteur du mur de cette aile, exclusivement dédiée au portique, égalait celle des deux niveaux du logis et de l'aile est. En règle générale, les portiques à arcades sont moins élevés : ils s'arrêtent au niveau du rez-de-chaussée du logis et supportent un étage de galerie, qu'il s'agisse d'une pièce de représentation ou d'un second niveau de portique formant loggia. Nicolas Lempereur a pu s'inspirer pour sa galerie-portique de modèles tels que le manoir du prévôt de Saint-Médard de Soissons à Favières, voisin de sa terre de Fère-en-Tardenois, ou encore le portique-balcon du château de Vierzy, en Soissonnais.
Les ornements architecturaux sculptés et moulurés du portique ne subsistent aujourd'hui qu'à travers le chapiteau de la demi-colonne adossée, bien conservé dans les maçonneries de la façade du XVIIIe siècle. La forme et les modénatures de ce chapiteau, tailloir compris, affichent un blason en relief sur la face nord de la corbeille. Ce blason, sans armoiries intaillées ou sculptées, suggère que celles-ci étaient peintes. Les profils employés, en doucine, ne relèvent plus du style gothique mais annoncent une sobriété propre à la Renaissance. Le départ de l'arc est marqué par un large chanfrein aux arêtes adoucies.
Dans le mur du fond, les anciens culots sur lesquels retombaient les voûtes ont été bûchés, mais leur empreinte ("fantôme") reste visible, permettant de reconnaître leurs modénatures typiques de la Renaissance. L'une d'elles parmi les pierres de taille intégrées au mur, correspondant au culot entre la troisième et la quatrième travée, est un remploi d'un segment de corniche d'entablement. Le côté droit de cette pierre, pris dans le mur et donc non destiné à être visible, conserve une mouluration savante, composée de larges moulures en cavet et en doucine avec réglets. L'œil y distingue également un petit élément décoratif en relief, évoquant un chapelet en festons.
II. Le corps de logis
A. Les traces d'un logis primitif
Les éléments archéologiques visibles dans les parements du bâtiment permettent d'identifier les traces d'un premier logis, antérieur à la reconstruction opérée par Nicolas Lempereur. Sur la façade côté cour, immédiatement à gauche du porche, une déliaison verticale, marquée sur toute la hauteur du mur, révèle l'emplacement d'un ancien angle en pierre de taille. Ce dernier a été intégré dans une extension de la façade : la partie droite du mur correspond à l'ancienne structure, tandis que la partie gauche représente la rallonge ajoutée par la suite. Il s'agit là de l'angle nord-est du logis primitif.
Sur la façade côté jardin, une déliaison verticale plus discrète marque l'emplacement de l'angle sud-ouest du même logis. Dans les deux cas, ces angles correspondent à des murs de refend épais, qui montent jusqu'aux combles actuels. Ces murs, associés à celui de l'ouest (auquel est adossée une cheminée à la fois au rez-de-chaussée et à l'étage), étaient les anciens murs-pignons d'un modeste logis de 11,50 m de long.
La première campagne de travaux réalisée par Nicolas Lempereur, dans les années 1520, a consisté à prolonger ce logis primitif de 14,50 m vers l'est. Cette extension a inclus la construction d'une tour d'escalier, adossée à la façade postérieure de la partie neuve, au raccord avec la partie existante. Un porche voûté a été aménagé dans le logis primitif pour relier la cour au jardin. L'aile est, en retour d'équerre sur la cour, a été ajoutée au cours de cette même campagne.
B. La distribution intérieure du logis
Les aménagements réalisés au début du XVIIIe siècle ont profondément modifié les façades et la distribution intérieure du logis, effaçant presque entièrement les agencements et l'équipement originaux du XVIe siècle.
Au rez-de-chaussée, la pièce à l'ouest du porche servait de cuisine en 1775, tandis que la cuisine d'origine était incorporée au logement du fermier qui occupait l'aile est. Cette pièce était initialement une chambre basse. Sa cheminée, avec un foyer large de 2 m, est surmontée d'une hotte saillante droite, soutenue par deux piédroits semi-cylindriques en forme de colonnes sans chapiteaux. Son foyer a été aménagé pour accueillir un petit four. Le reste du rez-de-chaussée, à l'est du porche, est aujourd'hui divisé par un mur de refend et des cloisons. Il devait probablement servir à l'origine de grande salle du manoir. Le mur de refend actuel, qui ne se prolonge pas à l'étage, a été ajouté tardivement, probablement au début du XVIIIe siècle. En 1775, cette partie était utilisée comme salle à manger, ainsi que pour des chambres et antichambres.
L'étage du logis est divisé par un seul mur de refend, situé au-dessus du pan ouest de la tour d'escalier, juste au-dessus du mur qui sépare le porche de la grande salle au rez-de-chaussée. Les volumes à l'ouest et à l'est de ce mur ne sont divisés que par des cloisons légères, créées au XVIIIe siècle pour définir les chambres côté cour et un corridor côté jardin. Tout le volume à l'est du mur du refend a fait l'objet de réaménagements aux XIXe et XXe siècles : les chambres organisées au XVIIIe siècle et leurs cloisons ont été en partie redistribuées en supprimant les deux tiers du corridor et les cheminées ont été refaites ou supprimées.
C. Le porche voûté
Le projet architectural des années 1520 a fait le choix affirmé pour la communication de la cour au jardin, d'un véritable porche d'aspect intérieur valorisant, sans être plus haut que nécessaire (il ne s'agissait pas d'y faire passer des charrois).
Ce porche est couvert par deux croisées d'ogives, soutenues par un arc doubleau. Les nervures, qui prennent appui sur le mur sans culot et se croisent sans traitement particulier au niveau de la clé de la croisée, étaient décorées de peintures ornementales à motifs répétitifs : un rouge ocre sur fond jaune, dont subsistent quelques vestiges (motifs de poste, fleurs de lys, etc.). L'enduit couvrant les voûtains, qui dissimule la brique sous-jacente, aurait pu également être orné de décorations peintes, mais aucune trace n'en subsiste. Ce porche dessert deux pièces contiguës au rez-de-chaussée, dont la salle basse du logis primitif, située à l'ouest du passage.
Initialement ouvert, le porche ne permettait pas l'installation de portes à deux vantaux, en raison de la position des portes latérales et de l'encombrement des nervures des croisées d'ogives à proximité des arcades. Ce n'est que plus tard, au XVIIIe siècle, que les arcades ont été entièrement refaites pour permettre l'ajout de menuiseries à vantaux, dans des proportions modifiées.
Le choix de ce porche, mis en valeur pour l'accès privé au jardin, ainsi que l'implantation de la tour d'escalier du côté du jardin plutôt que côté cour, témoignent de l'importance particulière accordée par Nicolas Lempereur à son jardin dans l'aménagement de son manoir. Par ses dimensions, ce porche s'apparente à un porche d'entrée de cour d'un petit château ou manoir à logis-porche médiéval ou à celui d'un hôtel particulier de l'époque. La configuration du porche et de la tour d'escalier du manoir de Quincy peut être comparée à celle du logis-porche du manoir de La Glaux à Dommiers, au sud-est de Soissons, dans lequel le porche d'entrée, plus spacieux et plus haut, traverse le logis et débouche dans la cour immédiatement à droite de la tour d'escalier élevée en façade sur cour.
D. La tour d'escalier ou grande vis
La tour est entièrement construite en pierre de taille, dans une mise en œuvre sans défaut. Elle mesure cinq mètres de large hors-œuvre, offrant ainsi une cage d'escalier particulièrement spacieuse, avec des marches gironnées de 2,60 m de large autour d'un noyau relativement mince. Le second œuvre témoigne également d'une grande attention aux détails, comme en atteste la qualité de la menuiserie à châssis, conçue pour recevoir un vitrail et un volet décoré de motifs "pli de serviette", récemment retrouvé dans le mur de l'une des petites baies de jour de l'escalier.
Bien que cette tour octogonale ne soit pas parfaitement centrée par rapport à la façade donnant sur le jardin — la distance entre le pan est de la tour et l'angle sud-est du logis étant de 12,50 m, contre 16,80 m entre le pan ouest de la tour et l'angle sud-ouest —, il convient de noter que, dans l'état originel du manoir tel qu'il résultait de la première campagne de Nicolas Lempereur, la façade sur jardin ne mesurait que 29,50 m et la tour était alors mieux centrée qu'aujourd'hui.
L'entrée de l'escalier à vis, située dans le premier pan ouest de la tour octogonale, se trouve à proximité de l'arcade par laquelle le porche voûté d'ogives traversant le logis mène au jardin. Une différence stylistique marquée distingue la porte de la tourelle, surmontée d'un arc en anse de panier avec une archivolte en accolade — caractéristique des années 1500-1520 —, des arcades du porche, qui sont couvertes d'un arc en plein cintre et simplement décorées d'une feuillure. Ces arcades ont été largement réaménagées au XVIIIe siècle, notamment pour y insérer une menuiserie à portes à vantaux et un tympan fixe.
Les dernières marches de la grande vis mènent au seuil de la porte donnant accès à l'étage de comble, lequel n'a jamais été aménagé pour être habitable, même avant les travaux de réfection des toitures au XVIIIe siècle. Cet étage n'a jamais comporté de cheminées, mais seulement les conduits alimentant les niveaux inférieurs.
E. La chambre haute octogonale
Lors de la première campagne de construction, vers 1525, la tour ne comprenait pas la chambre haute octogonale qui constitue aujourd'hui son principal ornement. Cette chambre, chauffée par une grande cheminée gothique, est éclairée par cinq fenêtres en demi-croisée (disposées sur cinq pans contigus, soit au sud, à l'est et à l'ouest), alternant avec six niches d'angle, chacune coiffée d'un dais en forme de coquille. Cette chambre, ainsi que la petite tourelle d'escalier circulaire qui la dessert, recouverte d'un cône en pierre de taille, sont ajoutées lors de la seconde campagne de construction, après 1535-1536.
La corniche très simple, profilée en cavet, qui marquait la fin de l’élévation de la tour dans son premier état, est conservée sous un bandeau en larmier qui souligne la base du mur de la chambre. Au-dessus de cette corniche, la tour était initialement couronnée d’un toit octogonal à versants droits.
L'ajout de la chambre haute a nécessité quelques adaptations, notamment la construction d'un petit escalier-relais permettant de relier le sommet de la grande vis à cette chambre haute. Ce petit escalier, qui se projette en saillie hors-œuvre, est construit en encorbellement, juste au-dessus des dernières marches de l’escalier principal. Il prend la forme d'une petite vis étroite logée dans une tourelle cylindrique adossée au pan nord-ouest de la tour octogonale.
Le confort de cette chambre est marqué par une cheminée gothique surdimensionnée, avec des piédroits et des moulurations prismatiques soignées, et une hotte verticale arrondie de manière curieusement asymétrique. Cette chambre offre des vues panoramiques à l'est, au sud et à l'ouest, tant sur les paysages lointains - notamment vers le Mont Notre-Dame -, que sur le jardin en terrasse du manoir. Elle constitue une pièce privilégiée, véritable cabinet ou studiolo du maître des lieux, très isolée des autres appartements du manoir par sa position élevée, à plus de deux mètres au-dessus du plancher des combles (inhabitables). Le mobilier y était réduit à une simple chaise et un pupitre. Cette chambre révèle l'importance accordée par Nicolas Lempereur à son jardin.
L’architecte a habilement exploité les pans aveugles de l’octogone du côté nord, où la hauteur du comble du logis aurait masqué les vues, pour y adosser la petite tourelle-relais et la cheminée. Cela a permis de mettre en valeur les fenêtres à encadrement prismatique, avec leur linteau surhaussé et arrondi aux angles, ainsi que les niches extérieures décorées de pinacles gothiques et de dais en forme de coquille Saint-Jacques, un détail à la référence italianisante. Ces niches, hautes de près de deux mètres, étaient destinées à recevoir des statues, aujourd’hui disparues, dont l’iconographie nous échappe. Le nombre de niches, six, correspond à celui des médaillons d’empereurs romains placés par Lempereur sur la façade du portique qu’il fit construire dans la cour du manoir en même temps qu’il ajoutait la chambre haute à la tour d’escalier côté jardin.
Le type de chambre haute surmontant une tour d’escalier, qu’elle soit en encorbellement ou non et accompagnée d’une petite vis-relais, se retrouve dans plusieurs manoirs, châteaux et hôtels urbains, comme le manoir de Louis XI au Plessis-lez-Tours (Indre-et-Loire). L’architecture de la chambre haute à Quincy, distincte par son léger encorbellement et ses fenêtres agrandies qui signalent son statut privilégié, trouve des équivalents ailleurs en France. Cependant, la multiplication des fenêtres panoramiques et des niches à statue fait de la chambre haute de Quincy un cas unique. La charpente et le toit actuels, formant un dôme à huit pans, sont issus d’une réfection de la fin du XVIIIe siècle. Il n’existe aucune preuve que cette forme ait été fidèle à celle du toit originel du XVIe siècle qui aurait pu être un toit aigu sur base octogonale, mieux harmonisé esthétiquement avec le toit conique en pierre de la tourelle-relais.
-
Murs
- calcaire pierre de taille
- calcaire moyen appareil
- brique
-
Toitsardoise
-
Plansjardin régulier
-
Étagessous-sol, 1 étage carré, comble à surcroît
-
Couvrements
- voûte en berceau
-
Élévations extérieuresélévation à travées, jardin de niveau
-
Couvertures
- toit à longs pans
- dôme polygonal
- croupe
- pignon découvert
-
Escaliers
- escalier hors-oeuvre : escalier en vis sans jour escalier en maçonnerie
-
Jardinspelouse
-
Typologiescorps de logis à tourelle d'escalier
-
État de conservationmauvais état
-
Techniques
- sculpture
-
Représentations
- ornement géométrique
- ornement architectural, coquille Saint-Jacques
-
Précision représentations
Les niches encadrant les baies de la partie supérieure de la tourelle d'escalier sont ornées de coquilles.
-
Statut de la propriétépropriété privée
-
Intérêt de l'œuvreà signaler
-
Éléments remarquablescolombier, tourelle
-
Protectionsinscrit MH partiellement, 1927/06/03
-
Précisions sur la protection
Parties du 16e siècle comprenant les salles et le passage voûtés ainsi que la tour avec tourelle : inscription par arrêté du 3 juin 1927.
-
Référence MH
Le manoir, qui a conservé la structure de sa double vocation résidentielle et agricole, est agrémenté sur sa façade sur jardin d'une belle tourelle d'escalier du 16e siècle (dôme polygonal, baies à traverses, niches) et dans la basse-cour d'un rare colombier circulaire à arêtes hélicoïdales de la même époque.
Pour la constitution de ce dossier, le Service Régional de l'Inventaire général du patrimoine culturel remercie monsieur et madame Philippe Guiffault, nouveaux propriétaires du manoir de Quincy, ainsi que monsieur Denis Rolland, président de la Société historique de Soissons.
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Collection particulière. Droits réservés
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Collection particulière. Droits réservés
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) AGIR-Pic
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) AGIR-Pic
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) AGIR-Pic
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) AGIR-Pic
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) AGIR-Pic
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) AGIR-Pic
Documents d'archives
-
AD Aisne. Série T ; 13 T 377. Quincy-sous-le-Mont. Monographie par l'instituteur, signée Boileau, 1884.
Chapitres n°8 et n°17.
Bibliographie
-
BNF-Gallica
AVILER, Augustin-Charles d'. Cours d'architecture qui comprend les ordres de Vignole, avec des commentaires, les figures et descriptions de ses plus beaux bâtimens, et de ceux de Michel-Ange.... [en ligne] Paris : Jean Mariette, 1710.
p. 169. -
BNF-Gallica
BOURRILLY, Victor-Louis, VINDRY, Fleury [éditeurs scientifiques]. Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay, tome 2, volume 3 [en ligne]. Paris : Librairie Renouard (H. Laurens, successeur / pour la Société de l'histoire de France), 1910.
p. 327. -
CORVISIER, Christian. Manoir de Quincy-sous-le-Mont (Aisne). Histoire du fief et de ses possesseurs, étude archéologique de l'architecture. Bruyères-sur-Fère : 2024.
-
PERRAULT, Christophe. Quincy-sous-le-Mont (Aisne). Datation par dendrochronologie du château. Besançon : C.E.D.R.E., 2023.
-
[en ligne]
PRIOUX, Stanislas. Répertoire archéologique du canton de Braine [en ligne]. Mémoires de la société archéologique, historique et scientifique de Soissons, tome XVI, 1861.
pp. 55-56. -
SERVICE RÉGIONAL DE L'INVENTAIRE GÉNÉRAL PICARDIE. Braine et son canton. Des horizons du Soissonnais aux confins du Tardenois. Réd. Frédéric FOURNIS ; photogr. Irwin LEULLIER et Frédéric FOURNIS. [Amiens] : Association pour la Généralisation de l'Inventaire régional en Picardie (AGIR), 2005.
p. 86. -
SEYDOUX, Philippe. Gentilhommières des pays de l'Aisne. Tome 2 : Soissonnais, Tardenois, Brie. Paris : La Morande, 2013.
pp. 50-51. -
ULLOIS, Tatiana. Devis de conservation-restauration de peintures murales. [s. l.] : ARTOP, 2024.
Documents figurés
-
Collection particulière
544. - Quincy-sous-le-Mont, près Braine (Aisne). - Vue générale, carte postale, [ca 1900], A. Berthe (éd. à Vailly-sur-Aisne) (coll. part.).
-
Collection particulière
Quincy-sous-le-Mont (Aisne). L'ancien château. Tour remarquable, carte postale, [ca 1900], Vergnol (phot.) et A. Berthe (éd.à Vailly-sur-Aisne) (coll. part.).
Lien web
- Vue de l'ancien château de Quincy-sous-le-Mont, tour et tourelle. Dessin (crayon noir repassé à la plume encre noire, lavis encre noire), 11 septembre 1871. AD Aisne (fonds Amédée Piette ; 8Fi1233). [consulté le 11/02/2025]
- Croquis représentant une vue de l'ancien château de Quincy-sous-le-Mont, tour et tourelle au centre. Dessin (crayon noir). AD Aisne (fonds Amédée Piette ; 8Fi1234). [consulté le 11/02/2025]
- Moyennes cheminées pour les chambres. In : AVILER, Augustin-Charles d'. Cours d'architecture qui comprend les ordres de Vignole, avec des commentaires, les figures et descriptions de ses plus beaux bâtimens, et de ceux de Michel-Ange.... Paris : Jean Mariette, 1710. [consulté le 14/02/2025]
- PRIOUX, Stanislas. Répertoire archéologique du canton de Braine [en ligne]. Mémoires de la société archéologique, historique et scientifique de Soissons, tome XVI, 1861, pp. 55-56. [consulté le 14/02/2025]
- Citation de Nicolas Lempereur, seigneur de Quincy. In : BOURRILLY, Victor-Louis, VINDRY, Fleury. Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay, tome 2, volume 3. Paris : Librairie Renouard , 1910. [consulté le 04/09/2025]
Annexes
-
Présentation des cinq fresques (réalisées entre 1540 et 1549) de l'ancienne galerie-portique du manoir de Quincy à Quincy-sous-le-Mont (Aisne).
-
Présentation des médaillons de l'ancienne galerie-portique du manoir de Quincy à Quincy-sous-le-Mont (Aisne).
Responsable-adjoint (2018-2023) puis conservateur régional (depuis 2024) de l'Inventaire général Hauts-de-France.
Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France puis conservateur régional de l'Inventaire général Pays-de-la-Loire.
Responsable-adjoint (2018-2023) puis conservateur régional (depuis 2024) de l'Inventaire général Hauts-de-France.