Photographe de l'Inventaire général du patrimoine culturel, Région Hauts-de-France depuis 2021.
- inventaire topographique, canton de Cassel
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Dossier non géolocalisé
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Aires d'étudesCommunauté de communes de Flandre Intérieure-Cœur de Flandre Agglo
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Adresse
- Commune : Noordpeene
Noordpeene est une commune rurale de l’arrondissement de Dunkerque, dans le canton de Cassel. Avec une superficie d’environ 17,12 km² (1712 ha), elle constitue la plus vaste commune du canton. Le village se situe à environ 50 km au nord-ouest de Lille et à près de 25 km au sud-est de Dunkerque, à une dizaine de kilomètres à l’est de Cassel, au cœur de la Flandre intérieure.
Le territoire s’inscrit dans un paysage de transition entre les premiers contreforts des monts de Flandre au nord et la plaine humide tournée vers le marais audomarois au sud et à l’ouest. Le mont Balingberg (environ 70 m) et le Tom (environ 62 m) marquent les reliefs les plus élevés au nord de la commune. Entre ces deux buttes s’ouvre la vallée de la Peene Becque, qui entaille doucement le plateau. Plus au sud et à l’ouest, l’altitude décroît progressivement jusqu’à moins de 10 m, en direction des secteurs marécageux. L’ensemble forme un relief faiblement ondulé, typique de la plaine flamande.
L’hydrographie joue un rôle structurant. La Peene Becque, qui donne son nom au village, draine le nord du territoire avant de rejoindre un réseau de "becques" (petits ruisseaux) et de fossés. La Lyncke Becque participe également à l’écoulement des eaux. Ce maillage est complété par de nombreux fossés de drainage (watergangs), indispensables à la mise en valeur agricole des prairies humides. Au sud-est, le secteur du Schoubrouck correspond à une vaste zone de prairies inondables et de marais, aujourd’hui protégée par la Réserve naturelle régionale des Prairies du Schoubrouck, qui conserve un échantillon représentatif de ces milieux humides, riches en flore prairiale et en faune liée aux eaux lentes et aux fossés.
Sous cette topographie douce, le sous-sol est constitué de dépôts sédimentaires quaternaires (limons, argiles et sables) reposant sur des formations plus anciennes. Ces sols limoneux et argilo-limoneux, souvent hydromorphes dans les fonds de vallée, expliquent à la fois la fertilité agricole et la nécessité d’un drainage permanent.
Le village s’est historiquement organisé à la jonction de voies anciennes reprises aujourd’hui par les routes départementales qui relient Cassel, Hazebrouck, Wormhout et les communes voisines. L’armature viaire converge vers le bourg, où se concentrent l'habitat structurant du village. En périphérie, l’habitat se disperse en écarts agricoles et fermes isolées.
Deux infrastructures ferroviaires marquent le territoire. Au nord, la ligne Hazebrouck–Dunkerque longe la limite communale. Plus au sud, la LGV Nord traverse Noordpeene d’est en ouest, portée par des talus et des ouvrages d’art qui découpent le paysage.
Selon l’Insee, en 2022, la commune comptait 812 habitants répartis dans 307 résidences principales construites avant 2020. Parmi celles-ci, 55 datent d’avant 1919 (soit près de 18 % du parc), tandis que 51 ont été construites entre 1919 et 1945, révélant un bâti ancien toujours très présent. Les fermes, quant à elles, sont largement dispersées sur le territoire, souvent implantées à l’écart du centre-bourg selon le modèle flamand, organisées en écarts agricoles ou en petits hameaux.
Ainsi Noordpeene présente-t-il une cohérence forte entre relief, eau et occupation humaine : les becques et fossés structurent les prairies et le bocage, les buttes des monts de Flandre offrent des points hauts et des vues lointaines, et le réseau de routes et de voies ferrées inscrit le village dans les circulations régionales, tout en conservant un paysage largement agricole et humide, emblématique de la Flandre intérieure.
Remerciements à Jocelyne Willencourt, présidente de l’ASBL "La Maison de la Bataille 1677", et à Philippe Ducourant, guide salarié à la "Maison de la Bataille", pour leur accueil et les informations transmises.
XIᵉ – XIIIᵉ siècle : origines et premières mentions
Le nom Peene apparaît très tôt dans les sources. Dès 1067, on mentionne la Peene, terme issu du flamand occidental désignant les graminées poussant sur ses rives. Le village est cité dans le cartulaire de Bourbourg dès 1134 sous la forme Norpenes, puis Northpenes en 1139, attestant l’existence d’une communauté structurée dans la plaine flamande.
Au début du XIIIᵉ siècle, la terre de Noordpeene relève de l’abbaye de Watten : en 1213, le connétable de Flandres Michel de Harnes reconnaît officiellement à l’abbaye la possession du territoire après un litige.
La seigneurie de Peene s’affirme alors. En 1268, Ghilbert de Saint-Omer, seigneur de Pienne, épouse Agnès de Haverskerque. Leurs deux fils, Jean et Gérard, se partagent la seigneurie en 1306 : la Lyncke Becque devient la limite entre Pienne-Nord (Noordpeene) et Pienne-Sud (Zuytpeene), donnant naissance à la géographie communale actuelle.
XIVᵉ – XVIᵉ siècle : structuration seigneuriale et religieuse
Le village se développe autour de deux pôles : le pôle paroissial, avec l’église Saint-Denis, et le pôle seigneurial, implanté sur un site fossoyé qui devient le château de la Tour. Ce premier château est édifié en 1485.
En 1464–1468, les moines de l’ordre de Saint-Guillaume (guillemites) quittent Oudezeele pour s’installer à Noordpeene, invités par Josse de Halewyn et son épouse Jeanne de La Trémoille. Ils fondent un couvent et une église, accompagnés de terres et de dépendances agricoles qui structurent durablement le paysage, à l’origine de la future ferme du Couvent.
Vers 1566, la seigneurie de Peene est érigée en marquisat, ce qui traduit le poids politique et foncier de Noordpeene dans la Flandre intérieure.
XVIIᵉ siècle : la bataille de la Peene et la rupture
Les 10 et 11 avril 1677, les plaines de Noordpeene et de Zuytpeene deviennent le théâtre de la bataille de la Peene (voir annexe), épisode majeur de la guerre de Hollande. L’armée de Louis XIV affronte les troupes coalisées de l’Espagne, des Provinces-Unies et de l’Angleterre commandées par Guillaume d’Orange. La victoire française entraîne, par le traité de Nimègue de 1678, le rattachement de la châtellenie de Cassel et de la Flandre intérieure à la France.
Le village subit directement les conséquences des combats : le couvent des guillemites est incendié, des bâtiments sont détruits et la seigneurie bascule dans le royaume de France. Louis-Alexandre de la Tour, refusant de devenir sujet français, quitte Noordpeene et se défait du domaine.
Un obélisque commémoratif, dressé plus tard sur la RD 138, fixe dans le paysage la mémoire de cet événement fondateur.
XVIIIᵉ siècle : recomposition du village
Le château de la Tour est profondément remanié vers 1718 et prend sa forme résidentielle actuelle, avec son corps de logis régulier et ses deux tours entourées de larges douves.
En 1736, le domaine est acquis par Joseph Duvet, futur premier maire de Noordpeene à la Révolution. Sous son impulsion, le village se développe, notamment le long de la rue Basse, axe structurant de l’habitat. La famille Duvet marque durablement le paysage par ses constructions, dont la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes élevée en 1879.
Le premier presbytère est construit en 1740, dans un enclos fossoyé. Il est entretenu tout au long du siècle.
Révolution et XIXᵉ siècle : transformations profondes
La Révolution entraîne la suppression des ordres religieux. Le couvent des guillemites est vendu comme bien national et démoli vers 1793–1796. Ses terres deviennent une exploitation agricole figurant au cadastre de 1804 sous la forme de Ferme du Couvent.
Le nouveau presbytère est édifié à proximité de la place, l’ancien devenant maison privée. Le cimetière, qui entourait l’église médiévale, est profondément modifié lors de la reconstruction de l’église Saint-Denis entre 1894 et 1898, seule la tour ancienne est conservée.
Le XIXᵉ siècle voit se multiplier les équipements et marqueurs du village : construction des écoles, dont l’ancienne école de filles devenue médiathèque ; édification de chapelles rurales (Notre-Dame-des-Champs, Jésus Flagellé, Notre-Dame-de-Lourdes) ; affirmation du cimetière avec ses tombes anciennes, croix en fer forgé et le tombeau monumental des Duvet ; ouverture de la ligne de chemin de fer Hazebrouck–Dunkerque en 1848 ; présence de plusieurs moulins (Schoubrouck, Coin Perdu, Moulin de l’Hey).
Le village conserve aussi des maisons emblématiques, comme la maison de Paul Hazard, grand intellectuel né à Noordpeene, et la maison de Jean-Baptiste Van Grevelynghe dit “Tisje-Tasje” (voir annexe), figure populaire locale.
XXᵉ siècle : guerres et modernité
Le paysage bâti et les abords du village conservent également la trace d’activités et d’aménagements plus modestes mais révélateurs de la vie quotidienne et de l’économie locale. L’ancienne briqueterie du Ménégat (ill.), aujourd’hui disparue et connue par des cartes postales anciennes, rappelle l’exploitation des argiles locales et l’importance de la production de matériaux de construction dans la commune au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles. Au centre du village, une ancienne borne routière (ill.) subsiste encore, témoignage du réseau de circulation historique et de l’organisation des distances à l’époque des routes départementales. À l’entrée sud de Noordpeene, une barrière de prairie (ill.) typique des Flandres marque toujours la transition entre l’espace agricole et le bourg, rappelant le rôle structurant des pâturages, des clôtures et des usages agropastoraux dans le paysage flamand.
Les deux conflits mondiaux marquent durement la commune. Durant la Seconde Guerre mondiale, la présence de rampes de lancement de V1 au lieu-dit du "Moulin du Hey" (ill.) et au Tom, ainsi que la casemate d’infanterie double CEZF-A du Balemberg, exposent Noordpeene à de nombreux bombardements. Plusieurs habitations sont détruites et des civils sont tués.
Le château de la Tour, occupé par les troupes allemandes, subit des dégradations. En 1956, la famille Clebsattel entreprend une vaste restauration qui assure la sauvegarde du monument.
En 1992, la ligne TGV Paris–Londres traverse la commune d’est en ouest, modifiant durablement les paysages et les circulations.
XXIᵉ siècle : patrimoine et transmission
Depuis 2007, la Maison de la Bataille de la Peene constitue un centre d’interprétation majeur, consacré à la bataille de 1677 et à la vie en Flandre au XVIIIᵉ siècle. .
Aujourd’hui, Noordpeene conserve dans son tissu et son paysage l’ensemble de ces héritages : le château et ses douves, la ferme du Couvent, l’église reconstruite, les presbytères, les écoles, les chapelles, les maisons de Paul Hazard et de Tisje-Tasje, l’obélisque de la Peene et les vestiges militaires du XXᵉ siècle, font du village un véritable palimpseste de l’histoire flamande.
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
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Documents d'archives
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AD Nord : 2 O 437 (1 à 89)
AD Nord. Série O ; 2 O 437: 437/1-89. Affaires communales - Sainte-Marie-Cappel.
Bibliographie
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La Bataille de la Peene. La Flandre déchirée. Contexte, récits, conséquences. Noordpeene : La Maison de la Bataille 1677, 2017, 274 p.
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DEPRET, Julien. Le Nord, Frontière militaire. Tome 1 : L'organisation défensive de Dunkerque à Longwy, 1874-1914. Salomé : Julien Dépret éd., 2003.
Documents figurés
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Comité Flamand de France - Bibliothèque
COMITE FLAMAND DE FRANCE. [non coté]. [Album de photographies en noir et blanc]. Hazebrouck : [ca 1970].
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Comité Flamand de France - Bibliothèque : [non coté]
FLAHAUT R. (Chanoine). Gravures des édifices et objets religieux de Flandre du XIXe siècle [album]. Comité Flamand de France.
Annexes
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La bataille de la Peene : un tournant pour la frontière du Nord (1677)
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Tisje-Tasje, le colporteur devenu légende flamande.
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La bretelle de Cassel - 1939-1940
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Biographie de Paul Hazard
Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel - Région Hauts-de-France depuis 2019.
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