Dossier d’œuvre architecture IA80011133 | Réalisé par
Fournier Bertrand (Rédacteur)
Fournier Bertrand

Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France

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  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Chapelle de la Vierge de l'abbatiale Saint-Riquier
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Baie de Somme - Trois Vallées

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Rue
  • Commune Saint-Riquier
  • Adresse place de l' Église
  • Cadastre 2024 AD 49
  • Dénominations
    chapelle
  • Vocables
    de la Vierge

La chapelle axiale de l'abbaye royale de Saint-Riquier, dédiée à Notre-Dame, constitue l'un des exemples les plus emblématiques de la synthèse architecturale et sculpturale du gothique flamboyant de la Picardie maritime.

La construction de la chapelle de la Vierge

La chapelle de la Vierge, qui forme la chapelle axiale de l'église abbatiale, constitue sans doute la construction la plus tardive du sanctuaire. Lieu de prière et de dévotion privilégié du culte marial qui se développe particulièrement au XVe siècle, cette chapelle appartient à la même campagne de construction que le chœur et le déambulatoire. C'est en tout cas la conclusion avancée par l'analyse archéologique menée par le professeur Honoré Bernard qui fait donc remonter la construction de cette chapelle vers 1460, sous l'abbatiat de Pierre Leprestre, au moins dans sa partie inférieure. Cette partie pourrait donc être attribuée au maître maçon Nicolas Lesveillié, également désigné pour la construction du chœur. Au moment de l'incendie du 5 août 1487, il est alors probable que la chapelle n'était pas achevée et que les parties hautes et le parement extérieur aient été différés pour parer au plus urgent des réparations. Les travaux sont cependant repris vers 1480-1500, sous l'abbatiat d'Eustache Lequieux (1480-1511), dont les armoiries figurent sur l'un des culs de lampe. Les travaux sont achevés au début du XVIe siècle.

En parallèle, dès le début des travaux entamés sous Pierre Leprestre, la décoration peinte et sculptée est envisagée avec les meilleurs artistes locaux de l'époque. Une partie est aujourd'hui toujours visible, complétée et étayée par les travaux de Marc Gil, professeur à l'université de Lille, (Gil, 2009) qui a tenté de reconstituer les dispositions d'origine et l'évolution chronologique de son aménagement.

L'enfeu de Pierre Leprestre

La chronique de Pierre Leprestre souligne, pour l'année 1460 et les années qui suivent, différents aspects de l'aménagement de cette chapelle : "En cest an mil IIIIC LX l’abbé Pierre fit faire le sépulcre qui est en la chappelle nostre Dame, taller [tailler] et peindre, et la place la où ledit sepulcre est posé, il fist faire pareillement l’oratoire en ladite chapelle et sous icelle oratoire, fit faire sa fosse pour le metre quand il definira de cest sicle. Il fit pareillement peindre les miracles de nostre dame qui sont en la voûte haut et tost apres, fit faire les chayeles (chaises) de ladite chapelle, fit faire la table d’autel qui est en laditte chapelle et environ V ou VI ans apres le fist peindre comme elle est de present lesquelz ouvrages qui sont bien somptueux cousteront grands deniers" (Chronique de Pierre Leprestre, Chap. VII, année 1460, f°160 r°). Autrement dit, Pierre Leprestre se serait fait faire son propre tombeau dans un enfeu orné d'un groupe sculpté représentant une mise au tombeau et fait peindre, sur le mur du fond des scènes de la vie de la Vierge. L'association d'un sépulcre avec des scènes de Crucifixion se retrouve à la même époque à l'église d'Allery (Somme) et un peu plus tard à l'église Notre-Dame de Doullens (Debrie, p. 19 et p. 54). Selon la même Chronique (Chronique de Pierre Leprestre, Chap. XIX, année 1476, f°303 v°), l'œuvre est complétée en 1476 par un retable à volets mobiles, que Marc Gil (Ibid., p. 211-220) restitue de la manière suivante : la partie centrale sculptée devait montrer le donateur présenté à la Vierge par un ange, peut-être accompagné de saint Jean. Les volets peints figuraient saint Paul et Joseph, sur l’avers, et saint Pierre et saint Riquier, au revers. Toujours selon le même auteur, L’Assomption de la Vierge (IM80002148), aujourd'hui conservée dans la trésorerie de l'abbatiale, et le volet peint Noli me Tangere, au musée de Picardie (Amiens), pourraient provenir de ce retable.

Décédé à Saint-Omer en 1480, Pierre Leprestre n'est toutefois pas enterré à Saint-Riquier comme il l'avait prévu mais à l'abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer, laissant son tombeau vide. Dès lors, son successeur, Eustache Lequieux (1480-1511) aurait modifié les peintures du fond de l'enfeu par des scènes de la Passion du Christ et de la Résurrection. Ces scènes, mises au jour en 1908 et restaurées en 1960 par le peintre restaurateur Paul Moras, sont aujourd'hui en très mauvais état. Toutefois, par le style des vêtements des soldats et des coiffes, ces scènes peuvent être datées du début du XVIe siècle et correspondraient donc à la fin de l'abbatiat d'Eustache Lequieux ou à celui de Thibault de Bayencourt (1512-1536).

La statuaire monumentale

Après l'incendie de 1487, les travaux d'achèvement de la chapelle sont engagés et, avec eux, le décor sculpté. Selon Dom Cotron, Eustache Lequieux aurait alors fait exécuter "de belles images de saintes vierges en pierre" entourant la Sainte Vierge et fait procéder à la pose de nouvelles verrières (Dom Cotron, livre IX, chap. I, cité par Durand, p. 222, n°6). Parmi ces statues de saintes en pied figurent sainte Marthe, sainte Geneviève ou sainte Marguerite. Par la suite, ces statues, qui témoignent de la richesse et de la qualité du foyer artistique abbevillois autour de 1500 (Béguerie-De Paepe. La Sculpture picarde à Abbeville vers 1500, p. 47-57.), sont complétées vers 1530 par les statues de sainte Apolline, sainte Agnès et une autre sainte non identifiée, ainsi que par les figures masculines de saint Pierre et saint Riquier situées à l'entrée de la chapelle.

Deux autres statues de saint Pierre et saint Paul, plus petites, provenant vraisemblablement d'autres chapelles, ont remplacé deux statues de saintes disparues.

Les aménagements ultérieurs de la chapelle

L’aménagement de la chapelle de la Vierge est demeuré dans cet état au moins jusqu'en 1554, date à laquelle un nouvel incendie, provoqué par les troupes de Philippe II d'Espagne, en représailles de l’incendie de l'abbaye du Mont Saint-Éloi (Pas-de-Calais) perpétré par les Français. Si la chapelle de la Vierge fut manifestement épargnée, elle fut isolée du reste de l'édifice. Il est probable que la mise au tombeau ait été détruite dans la seconde moitié du XVIIe siècle, lors de l'installation des boiseries sous l'abbé commendataire Charles d'Aligre (1645-1695). L’enfeu est encore endommagé en 1823 par l’ouverture d’une porte percée dans le mur oriental pour permettre aux séminaristes d'accéder directement à la chapelle en venant de la cour. Dans le même temps, une seconde porte est posée, percée dans les boiseries, détruisant le piédroit sud de l’enfeu et la partie gauche de la piscine (Hénoque, 1883, p. 400). Enfin, en 1908, les peintures murales de l'enfeu sont redécouvertes (Delignières, p. 87-95 ; Durand, 1907, p. 282-283).

Les tableaux du XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, malgré l'importance des travaux de restauration que suscite l'état de l'abbaye, et qui engloutissent l'essentiel des finances consacrées à l'édifice, la chapelle de la Vierge bénéficie de l'achat de deux tableaux d'importance. Le premier est une Apparition de la Vierge à Sainte Philomène réalisée en 1846 par Louis César Ducornet, peintre lillois, handicapé qui peignait avec les pieds. L'œuvre, d'abord exposée au Salon parisien de 1846, est acquise pour 1500 francs par l'État, qui passe commande le 12 octobre 1847, avec l'appui de M. Dutens, député de la Somme, sollicité par le maire et le curé de Saint-Riquier. L'autre tableau qui lui fait pendant, est une copie de Titien (1488-1576), exécutée par Edmond-Louis-Marie Wagrez (1815-1882). Le tableau, intitulé La Flagellation du Christ ou Le Christ couronné d'épines, dont l'original se trouve dans la chapelle Corona de Santa Maria delle Grazie à Milan, est également commandé par l'État en 1856. Il est attribué en 1860 à la commune de Saint-Riquier.

La chapelle de la Vierge constitue la chapelle axiale de l’église abbatiale de Saint‑Riquier. Construite en pierre de taille de moyen appareil, comme le reste de l’édifice, elle comprend trois travées droites et un chevet polygonal. À l'exception de la première travée aveugle, chaque travée s’ouvre largement sur de hautes baies en tiers‑point à deux registres et à remplage flamboyant. Les travées droites, plus larges, comportent trois ou quatre lancettes, tandis que celles du chevet en possèdent deux. L’ensemble est recouvert d’un toit en ardoise à longs pans et à croupe polygonale. Un parapet en pierre, ajouré de motifs en soufflets inversés, en cerne le pourtour.

À l'intérieur, les travées droites sont recouvertes de boiseries datées du XVIIe siècle à corniche denticulée. Les boiseries du chevet ont été retirées permettant de mettre au jour la piscine d'autel et l'enfeu de Pierre Leprestre. Cet enfeu, qui abritait une mise au tombeau, est en arc en anse de panier, festonné de lobes tréflés, dont les pointes sont ornées de bustes d’angelots. Au-dessus des boiseries, la retombée des nervures de voûte est ponctuée par une série de statues en pierre calcaire, dont le style et la précision illustrent la qualité des ateliers de sculpture abbevillois du premier tiers du XVIe siècle. De gauche à droite figurent les statues de sainte Apolline, saint Paul, sainte Marguerite, sainte Marthe, sainte Catherine d'Alexandrie, sainte Geneviève, sainte Marguerite, une autre sainte non identifiée, sainte Marie Cléophas, sainte Marie l'Égyptienne, saint Pierre et sainte Agnès. Seules les statues de saints Pierre et saint Paul se distinguent par leur taille et ont manifestement remplacé d'autres statues de saintes. Sainte Apolline et sainte Agnès se distinguent également par un style plus tardif et par le fait qu'elles soient peintes. Enfin, l'un des culs de lampe porte les armes d'Eustache Lequieux.

L'ensemble est couvert de voûtes en pierre à liernes et tiercerons.

  • Murs
    • pierre moyen appareil
  • Toits
    ardoise
  • Couvrements
    • voûte d'ogives
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe polygonale
  • Techniques
    • sculpture
    • peinture
  • Précision représentations

    Peinture murale de l'enfeu de Pierre Leprestre : Crucifixion, Christ aux limbes, Noli me tangere, ciel étoilé

    Peinture : Apparition de la Vierge à sainte Philomène (2e travée à gauche) ; La flagellation du Christ (2e travée à droite).

    Sculpture : statues de sainte Catherine, sainte Marie-Madeleine, sainte Marthe, sainte Marie l'Égyptienne, sainte non identifiée d'aspect juvénile tenant un livre, sainte Marguerite, sainte Apolline, sainte Agnès

  • Mesures
    • h : 170 (dimensions approximatives)
  • Précision dimensions

    h = 170 (hauteur moyenne des statues de saintes)

  • Statut de la propriété
    propriété du département
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    classé MH, 1840
  • Précisions sur la protection

    Classé monument historique sur la liste de 1840.

Ce dossier a été établi en 1995 par le Centre gothique en Picardie. Il a été actualisé et enrichi dans le cadre de l'inventaire topographique du Pays d'art et d'histoire Ponthieu - Baie de Somme en 2025.

Documents d'archives

  • BnF. Fonds Picardie : ms 153. Chronique de Pierre Le Prestre, 1444-1477.

    Bibliothèque nationale de France
    Chap. XIX, année 1476, f°303 v° ; Chap. VII, année 1460, f°160 r°
  • BnF. Fonds latin : Ms 12-890. Chronique de Dom Victor Cotron, 1672-1674.

    Bibliothèque nationale de France
    Livre IX, chap. I, cité par Durand, p. 222, n°6
  • AC Abbeville. Fonds ancien : ms 222. Rapport sur l’état des constructions dévastées de l’abbaye de Saint-Riquier, par Le Veneur, ingénieur des Ponts et chaussées de la généralité d’Amiens, 1719.

    [manuscrit disparu mais cité in extenso par  Hénoque, II, 1883, p. 525-529].

    Archives communales : Fonds ancien : ms 222
  • AN. Série F ; F 21/0026. Acquisition du tableau de Ducornet par la ville de Saint-Riquier, 1847.

    Archives nationales de France

Bibliographie

  • BERNARD, Honoré. L’œuvre monumentale de Pierre Leprêtre : commentaire adjoint a l'édition de la Chronique de Pierre Leprêtre. In : Saint-Riquier : Auxiliaires du Clergé de l'Abbaye de Saint-Riquier, 1971.

  • BERNARD, Honoré. L'abbaye de Saint-Riquier : évolution des bâtiments monastiques du IXe au XVIIIe siècle. In : Sous la règle de Saint-Benoit : structures monastiques et société en France du Moyen Age à l'Epoque moderne. Genève-Paris, 1982.

  • BERNARD, Honoré. Saint-Riquier : archéologie et historiographie, Paris, 1992.

    [Thèse d’État : université Paris X-Nanterre : 1992].

    Bibliothèque universitaire
  • BOUTHORS, Léon (Abbé). Histoire de Saint-Riquier, le bienheureux, l'abbaye, la ville, le petit séminaire. Abbeville : [s.ed.], 1902.

  • CURIE, Pierre, RYKNER, Didier. Les tableaux du XIXe siècle dans l'église abbatiale. In : MAGNIEN, Aline (dir.). Saint Riquier : une grande abbaye bénédictine. Paris : Picard, 2009.

    p.301-305.
  • DEBRIE, Christine. Les mises au tombeaux du département de la Somme. Amiens : CRDP, 1985. 190 p.

    p. 19 et 54.
  • DURAND, Georges. Saint-Riquier. In : SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE. FONDATION EDMOND SOYEZ. La Picardie historique et monumentale. Tome IV, Arrondissement d'Abbeville. Seconde partie. Amiens : Impr. de Yvert et Tellier, 1907-1911.  358 p. et pl.

    p. 133-363.
  • GIL, Marc. La peinture murale : la décoration de la chapelle de la Vierge. In : MAGNIEN, Aline (dir.). Saint Riquier : une grande abbaye bénédictine. Paris : Picard, 2009.

    p. 211-220.
  • HENOCQUE, Jules (Abbé). Histoire de l'Abbaye et de la ville de Saint-Riquier. In : Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie.

    Documents inédits concernant la Province : tomes IX, X, XI. Tome I, 1880. Tome II, 1883. Tome III, 1888.

    t. II, p. 400.
  • SOCIÉTÉ ROYALE D’ÉMULATION D'ABBEVILLE. Églises monumentales : rapport de la société royale d'Émulation d'Abbeville sur les églises monumentales de l'arrondissement à M. le Ministre de la justice et des cultes et à M. le préfet de la Somme, église abbatiale de Saint-Riquier, 1836.

  • MUSEE BOUCHER-DE-PERTHE. BEGUERIE DEPAEPE Pantxika, Dir. La sculpture picarde à Abbeville vers 1500 autour du retable de Thuison. Tournai : La Renaissance du Livre, 2001 (Coll. Références), 160 p.

Périodiques

  • BELLEVAL, Alexandre de. Chronique de Pierre Le Prestre. Mémoire de la Société d'Emulation d'Abbeville, t. XIV, 1877.

  • DUSEVEL, Hyacinthe. Etude archéologique et historique sur l'église de Saint-Riquier. La Picardie : revue littéraire et scientifique, 1863, t. IX.

    p. 289-297 et p. 337-346.
  • HELIOT, Pierre. Éléments d'un répertoire des maîtres-maçons artesiens et picards (XIe-XVIe siècles). Revue du Nord, 1951, n°132.

    p. 266.

Documents figurés

  • Coupe longitudinale de la chapelle de la Vierge, détail de la coupe longitudinale de l'église abbatiale de Saint-Riquier. Jean Herbault, architecte [s.d.] (Amiens - Société des Antiquaires de Picardie ; SAP CP-182).

  • Saint-Riquier. Chapelle de la Vierge, photographie (AD Somme ; 8 Fi 6056).

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Fournier Bertrand
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