Dossier d’œuvre architecture IA80011323 | Réalisé par
Hoin Karl-Michael (Rédacteur)
Hoin Karl-Michael

Responsable-adjoint (2018-2023) puis conservateur régional (depuis 2024) de l'Inventaire général Hauts-de-France.

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  • opération ponctuelle
Colombier puis château d'eau
Œuvre recensée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes du Grand Roye - Roye
  • Commune Tilloloy
  • Adresse rue de Flandre
  • Cadastre 2025 D 220
  • Dénominations
    colombier, château d'eau

Pour la constitution de ce dossier, le Service Régional de l'Inventaire remercie mademoiselle Charlotte d'Andigné et sa famille de lui avoir permis la consultation des archives du château de Tilloloy (Somme) et monsieur Raymond de Nicolaÿ pour la consultation de celles du château de Régnière-Écluse (Somme). Ses remerciements s'adressent enfin à madame Christiane Nansot, représentant mademoiselle Charlotte d'Andigné, et à monsieur Hervé Lambelin, gérant du château de Tilloloy ; à monsieur Aurélien Marty, directeur de l'association du domaine de Régnière-Écluse ; à monsieur Gérard Comyn, ancien maire de Tilloloy.

Le colombier du château de Tilloloy se dresse devant la grande buanderie, pavillon à colombages de la basse-cour des communs, à l’arrière du grand bâtiment élevé au XVIIe siècle, derrière son pavillon sud, dit des Cochers. Sa position centrale, au cœur du dispositif des communs, le rendait visible depuis les différentes dépendances.

En octobre 1636, Maximilien de Belleforière, rendu responsable de la chute de Corbie et condamné à mort par contumace, avait vu son château rasé sur ordre royal. Réhabilité en 1643 grâce aux démarche de son épouse Judith de Mesmes et de sa famille de parlementaires parisiens, il faisait poser le 26 avril 1645 la première pierre de son château neuf. C'est à cette campagne que se rattache la construction de ce colombier. Sous l’Ancien Régime, la présence d’un colombier participait au statut de la demeure seigneuriale. L’élevage des pigeons répondait à la fois à un usage alimentaire et agricole : leur chair constituait une ressource régulière, tandis que la colombine, particulièrement riche en azote, était utilisée comme engrais. Cette pratique pouvait toutefois occasionner des dommages aux cultures environnantes, les volées de pigeons pouvant être importantes et leur chasse étant réglementée. À Tilloloy, le colombier doit ainsi être considéré à la fois comme une dépendance destinée à l’exploitation du domaine et comme l’un des éléments participant à la représentation du pouvoir seigneurial. Sa position au centre des communs, au contact des différents bâtiments d’exploitation, traduit cette double fonction.

À la fin du XIXe siècle, le colombier est probablement transformé en château d’eau, usage qu'on lui connaît ensuite jusqu'au début des années 1980 et qui est à mettre en relation avec l'éolienne Bollée installée au niveau du puits du potager à la même époque. La canalisation verticale visible sur l’élévation permettait, à des fins culturales, d'alimenter des cuves placées sur remorques.

Pendant la Première Guerre mondiale, les soldats français prennent possession du colombier et l’aménagent en gourbi. À la fin de 1917, l’architecte parisien Jacques Hermant, chargé par Henri d’Hinnisdal de la reconstruction du domaine, en constate le très mauvais état. Les solives du plancher, l’escalier d’accès et l’ensemble des menuiseries ont disparu. La couverture doit être entièrement refaite, de même qu’une partie du chevronnage et de la charpente. La partie haute du mur, à gauche de la lucarne, est traversée par une importante brèche tandis que plusieurs autres affectent le mur faisant face aux bergeries, au nord. Un pont-bascule qui donnait autrefois accès au colombier a également disparu. Jacques Hermant estime alors que l’édifice se trouve « actuellement dans un état de dégradation nécessitant la réfection complète » (AD Somme, 10 R 1223). Un brouillon de lettre non daté (AP Château de Tilloloy (Somme)), range le colombier parmi les urgences pour lesquelles une avance sur les dommages de guerre est demandée au début des années 1920 : il est alors, lit-on, découronné et troué de projectiles. Il fait partie du programme de restauration générale des communs entrepris dès 1920. Portant réservoir en ciment armé, il est rétabli dans son fonction de château d'eau.

  • Remplois
  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 17e siècle

Le colombier est un édifice isolé de plan circulaire, élevé en brique sur un soubassement de grès. Le fût cylindrique, scandé de chaînes harpées et d’encadrements en pierre de taille, est couronné d’un large cordon de pierre faisant office de larmier. Celui-ci, à profil mouluré et arrondi, sépare le bâtiment en deux registres et forme une saillie continue sur le pourtour. Ce dispositif, qui limite la prise des rongeurs, constitue un élément caractéristique de l’architecture des colombiers.

Le registre inférieur, qui représente environ le quart de la hauteur totale de l’édifice, est accessible par une porte rectangulaire à piédroits et linteau de grès, posée sur un seuil de pierre. Cette porte, qui paraît dater du XVIIe siècle, est accompagnée d’une fenêtre dont la mise en place semble plus tardive, probablement au XIXe siècle. Le registre supérieur, nettement plus élevé, est animé par des chaînages harpés en pierre de taille, composés de carreaux et de boutisses, qui se prolongent en partie basse de l’élévation. L’alternance de la brique et de la pierre ainsi que ce traitement des chaînes appartiennent au vocabulaire architectural mis en œuvre lors de la reconstruction du château au XVIIe siècle.

Le mur est couronné d’un second cordon de pierre, sous lequel prend place la couverture. Celle-ci est constituée d’un toit conique à égout largement débordant, couvert de tuiles plates et sommé d’un épi de faîtage métallique à boule. Une lucarne est ménagée dans le versant du toit ; elle est couverte d’un toit à croupe débordante et présente des jouées en ardoise.

L’élévation du registre supérieur présente deux ouvertures superposées. La première, située au niveau du larmier, est une porte dont le linteau en brique paraît correspondre à une modification postérieure, probablement des XIXe ou XXe siècles. La seconde, placée plus haut, sous la lucarne et le second cordon de pierre, présente un encadrement en pierre de taille qui se raccorde aux chaînages harpés. Son caractère et sa mise en œuvre paraissent ainsi compatibles avec la construction du XVIIe siècle. Ces deux ouvertures, ainsi que la lucarne, sont disposées sur un même axe vertical. Sous le second cordon de pierre, une troisième ouverture est percée côté ouest.

Plusieurs éléments rapportés témoignent des transformations ultérieures de l’édifice : un fer à trois isolateurs fixé sur la partie gauche de l’élévation, une canalisation verticale descendant contre le registre inférieur, en relation avec la transformation du colombier en château d’eau, ainsi qu’une pièce de bois verticale fixée sur le registre supérieur. La pierre des chaînes présente de nombreux petits impacts, qui pourraient correspondre à des éclats liés aux combats de la Première Guerre mondiale.

L’intérieur du colombier n’a pas pu être visité.

  • Murs
    • brique
    • grès
    • pierre pierre de taille
    • brique et pierre
  • Toits
    tuile plate
  • Plans
    plan centré
  • Couvrements
  • Couvertures
    • toit conique
  • État de conservation
    bon état
  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    classé MH, 1994/03/04
  • Précisions sur la protection

    Château ; ensemble des bâtiments des communs et leurs trois portails monumentaux ; ancien portail de l'hôtel parisien d'Hinnisdal remonté dans le parc ; restes de l'ancien parc à la française avec ses allées, ses vases et ses bancs de pierre (cad. Tilloloy D 177 à 179, 188 à 190, 212, 213) ; douves sèches du château et grande allée axiale avec ses bosquets reliant le château au village de Laucourt (cad. Tilloloy A 25, 49 à 69 ; Laucourt C 59 à 64, 66, 77, 88, 89) : classement par arrêté du 4 mars 1994.

  • Référence MH

Documents d'archives

  • AD Somme ; série R, Affaires militaires, organismes de temps de guerre ; sous-série 10R Dommages de guerre 1914-1918 ; 10R1223 : Domaine de Tilloloy. État descriptif au 31 décembre 1917 des dommages causés par la guerre à la propriété de Monsieur le comte d'Hinnisdal par Jacques Hermant, architecte, 19 Avenue Mac-Mahon à Paris.

    AD Somme : 10R1223

Bibliographie

  • MARTY, Aurélien. Tilloloy : son église, son château. Montdidier : Société d'études et de recherches historiques et archéologiques de Montdidier et sa région, 2002.

  • SEYDOUX, Philippe. Gentilhommières en Picardie. Amiénois et Santerre. Avec [la collaboration de] Jean-Charles CAPRONNIER, Marcel ÉVRARD, Ludovic FROISSART, Christian du PASSAGE, François VASSELLE. Paris : Éditions de La Morande, 2002.

    Article Tilloloy, pp. 270-276 et pp. 335-337.
  • GUERVILLE, André. Pigeonniers et girouettes en pays de Somme. Abbeville : F. Paillart éditeur, 2007.

    Notice 566.

Documents figurés

  • SPA40D3112. Tilloloy (Somme). Le pigeonnier dans la ferme du château. [légende d'origine] [en ligne]. Photographie d'Édouard Brissy, 29 décembre 1916.

    AD Somme : SPA40D3112
  • SPA40D3113. Tilloloy (Somme). Intérieur d'un pigeonnier transformé en château. [légende d'origine] [en ligne]. Photographie d'Édouard Brissy, 29 décembre 1916.

    AD Somme : SPA40D3113
  • AP Château de Tilloloy (Somme) ; non coté : Communs du château de Tilloloy. Colombier portant réservoir en ciment armé. Projet B. Dessin et travaux à exécuter (maçonnerie, charpente, couverture, menuiserie) par Jacques Hermant et Albert Montant, architectes, 25 septembre 1920.

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2026
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Hoin Karl-Michael
Hoin Karl-Michael

Responsable-adjoint (2018-2023) puis conservateur régional (depuis 2024) de l'Inventaire général Hauts-de-France.

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