Dossier d’œuvre architecture IA62005168 | Réalisé par
Girard Karine (Rédacteur)
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France.

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  • patrimoine de la Reconstruction
  • enquête thématique régionale, La première Reconstruction
Minoterie Stenne (détruite)
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes du Sud-Artois - Bapaume
  • Commune Bapaume
  • Adresse rue de Douai
  • Cadastre 2021 000 AB 01 587

Éléments de contexte

La minoterie Stenne est installée à l’extrémité de la rue de Douai à cet emplacement depuis 1865. Elle a profité de l’espace libéré par la destruction des fortifications. Une photograhie ancienne montre un immeuble à front de rue accolé à avec une cheminée ronde à un angle. Couvert par un toit à longs pans et croupes percé de deux lucarnes en façade, il présente trois niveaux et quatre travées. Le premier niveau, qui occupe à lui seul presque la moitié de la hauteur de la façade, est percé de grandes baies en plein cintre tandis que les deux autres niveaux ne sont percés que de petites fenêtres carrées.

Elle est reconstruite de l'autre côté de la rue après guerre (Dégardin, 1945) mais elle est désormais installée au centre d'une grande parcelle et n'est plus jointive avec les maisons de ville qui l'entourent.

Le devis descriptif permet d'avoir des indications sur les matériaux mais il ne comporte malheureusement aucun plan ou dessin d'élévation. Il énumère cependant l'ensemble des bâtiments présents sur le site. Cette liste, associée à l'étude des photographies réalisées après la reconstruction et des vues aériennes IGN réalisées depuis 1947 (en particuliers celles des années 1965 et 1983) permettent cependant de se faire une idée assez précise de la minoterie et de ses évolutions.

Le projet de reconstruction

Le devis de la reconstruction établi en mars 1920 est conservé aux AD du Pas-de-Calais (10R9/152, dossier n°1382). La revue Le monde illustré de juin 1922 (p.65) apporte également des indications utiles sur l'histoire de cette minoterie et montre une photographie du chantier de reconstruction de l'usine sur laquelle les deux principaux bâtiments sont presque achevés : "Cette usine modèle et moderne va reprendre sous peu sa marche (...). les plans de l'usine et des dépendances sont de MM Bidard et Maurin, architectes de la Cité nouvelle (...). La mouture se fera automatiquement, la force motrice très puissante permettra également le bon fonctionnement des silos appelés à emmagasiner de grosses quantités de blé (...). Cette usine pourra écraser au moins trois cent quintaux de blé par jour."

Le budget synthétique fourni par l'architecte est de 439 000 francs, dont 202 000 francs pour la minoterie, 90 000 pour l'habitation et ses dépendances, 78 000 francs pour les bureaux et les dépendances de la minoterie, auxquels s'ajoutent les frais d'architectes et les imprévus. Le bien d'avant-guerre était estimé à 370 000 francs.

Organisation générale du site de la minoterie

Le site est bordé par les rues de Douai et du Général Frère et s'arrête à l'arrière des jardins des maisons de la rue Lecointe. Ceinturé par une clôture, il abrite plusieurs bâtiments qui n’entretiennent entre eux aucun lien structurel. On peut les réunir en trois ensembles : la minoterie proprement dite, des hangars, ateliers et bureaux nécessaires à l'activité industrielle, et des habitations pour le propriétaire et le concierge.

Si l'on fait le tour de la parcelle de la droite vers la gauche depuis l'entrée rue de Douai, on trouve le long de la rue du Général Frère : un pavillon à usage administratif avec deux bureaux et une salle d'attente, accolé à la première aile de la minoterie ; la seconde aile, parallèle à la première mais plus élévée est reliée à cette dernière par un corps de bâtiment perpendiculaire ; enfin, reliés à la minoterie par un bâtiment bas, se trouvent deux grands hangars servant de remise et de dépôt. Les bâtiments de la minoterie abritent les moulins, les magasins pour le grain et la farine, une salle des machines qui donne sur la cour, une salle des générateurs, un magasin à bâches. Enfin, la minoterie comprend une grande cheminée de "35 m de haut, construite en brique avec une ceinture en fer tous les 1,5 mètres".

Au fond de la cour, après le virage formé par la rue du Général Frère, se situe une grande écurie à laquelle est accolée une "infirmerie pour les chevaux" et enfin un petit poulailler. Au bout de l'écurie, un passage couvert donne accès à une arrière-cour où se trouvent trois hangars accolés et un autre poulailler. Toute cette zone a été remplacée avant 1947 par deux grands hangars (datation par rapport aux vues aériennes IGN).

A gauche se trouvent la maison de maître avec ses dépendances que l'on atteint par un escalier hors-œuvre (volière, clapier et poulailler et quatre niches en ciment couvertes sous une butte de terre), puis un corps de bâtiment regroupant une conciergerie, une sellerie avec accès sur cour et des hangars à usage de garage avec grenier, enfin une écurie et un poulailler. Derrière la maison de maître, séparé de cette dernière par une grille en fer, un grand jardin clos accueille un jet d'eau, un kiosque construit "sur un petit rocher rustique", une resserre à outils et des couches (serres basses).

Les matériaux préconisés dans le devis descriptif

Bidard a utilisé les matériaux typiques de la reconstruction comme le béton et la brique mais également d'autres plus surprenants comme le pan de bois avec torchis. Il n'est donc pas inutile de regarder quelles techniques et quels matériaux ont été mis en œuvre sur les constructions de la minoterie.

Certains principes constructifs sont communs à la quasi-totalité des bâtiments. Ainsi en est-il des murs en brique avec parement en brique et soubassement en ciment qui sont utilisés pour la minoterie, la petite maison sur le boulevard, la maison de maître et ses dépendances, la conciergerie-sellerie et les bureaux. Pour des bâtiments qui n'ont pas d'autres fonction que procurer un espace couvert, comme les hangars les remises, la grande écurie et son infirmerie, et trois des murs des bureaux, l'architecte choisit un système un peu moins couteux que des murs pleins en brique : un mur composé d'une ossature en bois avec remplissage de briques repose sur un muret en briques. Pour une écurie, le remplissage est composé de torchis (que l'architecte nomme "paillotis"), et dans trois hangars et deux poulaillers, il est réalisé en panneaux de bois.

Pour la majorité des bâtiments techniques le sol est en brique (dépendances de la maison de maître, garages, remises, hangars, grande écurie et infirmerie, poulaillers) ou en béton laissé nu (moulin, magasins, terrasse de la maison de maître). Les autres sols sont en béton mais sont recouverts : carrelages, comme dans la maison de maître, la conciergerie, les bureaux (pour lesquels l'architecte précise qu'il s'agit de carreaux de Beauvais rouge) ou la salle des machines, ou parquetés dans les espaces de réception et les étages des habitations. Seul le moulin est édifié avec des planchers en fer à voutains de brique.

Le choix des bois varie en fonction de l’emplacement et du type de bâtiment. Ainsi, si toutes les huisseries intérieures et les planchers hauts sont en sapin, celles extérieures peuvent être en chêne (moulin, magasins, maisons d'habitation, conciergerie-sellerie, grand portail sur le boulevard) ou en sapin (bureaux, grande écurie et son infirmerie). L’escalier du moulin et celui de la maison de maître sont en chêne, avec même une main courante et un départ de rampe en acajou pour cette dernière. Les charpentes sont en chêne pour les maisons ainsi que pour la conciergerie-sellerie et les bâtiments du moulin, mais elles sont en sapin pour les autres (hangars, écuries, poulailler, bureaux...).

Les couvertures présentent également une grande variété. L'ardoise est choisie pour les bâtiments de prestige : maisons et moulin. Les autres constructions sont couvertes en tuiles mécaniques de Leforest : conciergerie-sellerie, bureaux, garages, écuries, une partie des hangars et des poulaillers. Quatre hangars et des poulaillers reçoivent une couverture en sapin recouverte de carton bitumé. Enfin, le kiosque du jardin est couvert en tuiles en écailles vernissées, la salle des machines par une verrière et la terrasse au dessus du petit salon et de la chambre de la maison de maître est en béton.

La pierre est peu utilisée : pierre blanche de Creil pour les éléments décoratifs de la maison de maître, pierre de Soignies pour les seuils de tous les bâtiments et comme soubassement des poteaux de structure en bois. Enfin, la grande cour reçoit un pavage en gré des Vosges tandis que les cours devant la loge, le garage, la remise, les bureaux et les écuries sont macadamisées avec un trottoir en brique.

A l'intérieur, les murs des bâtiments importants (moulin, salle des machines, magasin, sellerie, bureaux) sont enduits en plâtre et peints, quelque fois agrémenté de papiers de tenture dans les maisons et la conciergerie. Les dans les bâtiments comme els hangars ou les écuries, ils sont simplement passés à la chaux. Pour les murs extérieurs, l'architecte utilise un enduit ciment pour le soubassement sur la plupart des bâtiments industriels (moulin, salle des machines, magasin) mais un enduit tyrolien pour les bureaux. Sauf pour la maison de maître où ils sont en pierre, les bandeaux, appuis et linteaux de fenêtre sont enduits en ciment.

Enfin, quelques détails du devis descriptif donnent une idée des éléments de confort ou de décoration de la maison, suffisamment différents de ce qui se fait ailleurs pour être décrits : les plafonds sont décorés de rosaces en plâtre, la salle à manger est équipée d'un calorifère Godin en faience, toutes les pièces disposent de l'électricité, y compris la cave et le grenier, et "certaines pièces avec plusieurs lampes" et la salle de bain est dotée d'une baignoire.

Le projet de l’architecte : les élévations

Le devis descriptif, qui indique où doivent être employés les matériaux, décrit parfois également succinctement les plans et les élévations de certains bâtiment et permet donc de s'en faire une idée.

C'est le cas pour pour la conciergerie : on accède par la cour à ce bâtiment d'un niveau avec combles construit sur cave. Le rez-de-chaussée compte deux pièces éclairées par une fenêtre sur rue et deux sur cour, et deux pièces mansardées occupent les combles. C'est également le cas du pavillon à usage de bureaux, situé en face de la sellerie et de la loge, comprenant deux bureaux et une salle d'attente et donnant sur la cour par deux portes vitrées et une grande baie. De nombreuse informations concernent les édicules du jardin : le jet d'eau est installé dans une auge en briques enduite en ciment et entouré par une murette arrondie ; le kiosque rond est construit sur une rocaille et bâti avec des poteaux sapin et des vitraux de couleur, une charpente sapin octogonale couverte de tuiles écaille vernissées ; enfin, au milieu du verger, se trouve un pigeonnier pour 50 pigeons "placé sur un arbre avec échelle de meunier, tout en charpente en sapin avec couverture tuiles écaillées".

Le mur qui entoure la propriété est également décrit dans le devis descriptif : c'est un mur bahut en brique "enduit et peint d'un mètre surmonté d'une grille avec barreaux en fer rond". Il est percée du portail principal entre la loge et les bureaux, de deux portes charretières près des dépôts et de la remise et d'une "porte cavalière" qui permet d’accéder au jardin directement depuis la rue de Douai. Chaque porte est encadrée par des pilastres en brique avec un chaperon débordant conique en pierre de Soignie.

Une carte postale prise avant la seconde guerre mondiale donne une idée de l'aspect que pouvaient avoir les bâtiments de la minoterie, en particulier les toitures. Les deux grands ailes de hauteur différentes du moulin sont couvertes par un toit terrasse. Les lucarnes avec fronton triangulaire mouluré du moulin dont parle le devis descriptif ne sont pas visibles sur la photographie. Il est cependant impossible de dire si elles sont sur une façade invisible sur la prise de vue, si elles n'ont pas été construites ou si elles avaient déjà disparu au moment où la photographie a été prise. Le pavillon du concierge est couvert par une toiture en pavillon. La maison de maître par une toiture à longs pans s'achevant par une croupette pour les parties à deux niveaux, et par une terrasse pour une partie du rez-de-chaussée. Les différences de hauteur des toitures à longs pans qui couvrent la conciergerie-sellerie-hangar rendent visibles depuis l'extérieur la partition des espaces intérieurs.

Le cliché apporte également quelques informations sur l'aspect des façades. Toutes sont en briques apparentes, avec quelques détails en pierre (sur la maison de maître) ou en enduit ciment pour souligner les appuis et les linteaux des baies ainsi que la frise sous le débord des toitures et les angles des murs. Seules les ouvertures qui percent les murs du moulin sont travaillées : de grandes travées brugeoises réunissent de hautes baies séparées par un plein de travée en ciment.

Les modifications ultérieures

Dès 1936, la minoterie cesse ces activités. Entre 1976 et 1981, les bâtiments sont transformés pour être réutilisés comme bureaux et entrepôts-ateliers par une société de transports routiers. De nombreux bâtiments disparaissent : la cheminée, l'ensemble conciergerie-sellerie-hangar, les écuries (remplacées par deux grands hangars accolés), les deux ailes du moulins sont raccourcies et réunies sous une même toiture, les dépendances de la maison de maître et les édicules du jardin sont remplacés par un hangar et un parking.

La totalité des bâtiments restant sur le site est rasée en 2004. Ils sont remplacés par un bâtiment en L occupant la partie avant de la parcelle et abritant les bureaux de Pôle-Emploi.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 20e siècle, 2e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1920, daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Bidard Eugène
      Bidard Eugène

      Architecte diplômé en 1895 de l’École supérieure des Beaux-Arts de Paris.

      Membre de la société civile d’architectes La cité nouvelle fondée en 1919 par Charles Duval et Emmanuel Gonse.

      (Pour plus d'informations sur la carrière d'Eugène Bidard, se reporter à l'annexe "Eugène Bidard, l'architecte de la reconstruction de Bapaume").

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      architecte attribution par source
  • État de conservation
    détruit

Bidard a utilisé des matériaux typiques de la reconstruction comme le béton et la brique mais il a su, afin de construire vite, adapter les matériaux au type de construction. Ainsi, la minoterie ou les maisons qui sont appelées à durer sont construites en briques et ciment. Lorsqu'ils sont utilisés, les matériaux "pauvres" sont destinés à des constructions secondaires dont on sent bien qu'elles n'ont pas vocation à durer et pourront être remplacées ultérieurement pas des constructions plus solides. Ces matériaux sont généralement associés dans un même bâtiment : murs avec ossature bois et remplissage de brique avec couverture carton bitumé pour certains hangars et poulaillers par exemple.

Documents d'archives

  • AD Pas-de-Calais, sous-série 1OR : Organismes en temps de guerre - 1OR19 : Office de reconstruction industrielle.

    10R9/152, dossier n°3182 : Gaston Stenne, minoterie à Bapaume : Procès-verbal de conciliation, devis descriptif et estimatif des dommages, plans, compte de remploi, dossier photographique ; contrôle technique des travaux de déblaiement.

    AD Pas-de-Calais : 10R19/152
    Dossier n°3182 - Minoterie Stenne : procès-verbal de conciliation, devis descriptif et estimatif des dommages, plans, compte de remploi, dossier photographique ; contrôle technique des travaux de déblaiement.

Bibliographie

  • DÉGARDIN, Gaston. Rues et monuments de Bapaume. Arras : Presses de l'imprimerie centrale de l'Artois, 1945.

    p. 74
  • ROUSSEL, Olivier. Bapaume et son canton - Mémoire en images. Saint-Cyr-sur Loire : Éditions Alan Sutton 2005.

    p.45

Documents figurés

  • Les moulins de Bapaume avant la guerre. Photographie tirée du journal Le Monde Illustré. Le monde illustré : la reconstitution des régions libérées, tome septième, le Pas-de-Calais (1918 - 1922), pages 64 et 65.

  • Bapaume (P.-de-C.) - Vue générale des moulins Stenne. Photo J. Sourdeau, Bapaume. Vers 1930 (coll. part.).

Date(s) d'enquête : 2018; Date(s) de rédaction : 2019
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Girard Karine
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France.

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