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Ville, villégiature et tourisme en Picardie - conditions d'enquête

Dossier IA99000010 réalisé en 2014

Fiche

I. Contexte institutionnel et objectifs

Dans le cadre de l'étude sur la villégiature et le tourisme en Picardie, portée par la direction de l'Inventaire et du Patrimoine culturel (DIPC) de la Région Picardie, une opération d'inventaire, programmée sur la période 2014-2018, est menée sur le thème de la ville, la villégiature et le tourisme en Picardie. Elle répond à l'enjeu 1 du projet de service 2012-2014 de la DIPC (Mieux connaître, mieux mettre en valeur et mieux faire connaître le patrimoine picard), et plus particulièrement à l'objectif 1 (Contribuer à la connaissance et à la mise en valeur du patrimoine de la région, dans une démarche partenariale et pluridisciplinaire).

L'objectif est de produire une synthèse régionale en s'appuyant sur les résultats d'études précédentes, complétées par de nouvelles enquêtes. L'enquête principale porte sur les villes de villégiature de Chantilly, Compiègne et Pierrefonds (Oise) qui, par leur situation et leur environnement naturel et culturel, ont donné lieu à un type d'aménagement (urbanisme paysager de "bord de ville"), d'usages (résidence aristocratique, tourisme) et de loisirs (chasse, sport hippique, thermalisme) spécifique et cohérent.

La finalité de l'opération est de compléter, d'enrichir et de mettre en cohérence les informations recueillies autour des thèmes croisés de la ville et de la villégiature. Elle vise à renouveler la lecture de l'espace urbain à travers un usage précis, celui de la villégiature et du tourisme, et des formes que cette occupation a adoptées.

II. Descriptif de l'opération

L'étude de ces trois villes sera enrichie des données recueillies lors d'études précédentes sur des villes de villégiature (notamment pour la côte picarde) et éventuellement lors de l'étude de la ville de Villers-Cotterêts (Aisne), ou d'opérations actuellement menées et susceptibles d'apporter des éléments dans ce domaine. Elle contribuera à nourrir le contenu de l'étude de la villégiature et du tourisme en Picardie, ainsi que de l'ouvrage qui en publiera le résultat.

a) Délimitation de l'aire d'étude

L'aire d'étude est le territoire de la région Picardie. Dans cette séquence sont étudiées en particulier les trois villes de villégiature de Chantilly, Compiègne et Pierrefonds.

Le champ chronologique envisagé est plus généralement celui du phénomène de la villégiature en France aux 19e et 20e siècles. Il s'étend des années 1830 (premières installations à Chantilly et Pierrefonds) jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, après laquelle l'évolution massive des formes et des pratiques de la villégiature n'affecte plus guère les sites urbains concernés par l'étude.

1 Configuration géographique du territoire, situation et site

Bien que l'origine de ces petites villes du sud de la Picardie ne soit pas liée stricto sensu à la villégiature, celles-ci ont toutefois connu un essor comparable entre 1830 et 1950 environ, autour d'activités de loisirs, d'agrément et de tourisme comme la chasse (Compiègne, Villers-Cotterêts), le sport hippique (Chantilly) ou le thermalisme (Pierrefonds).

À la lisière des vastes forêts de Compiègne, Retz et Chantilly, les villes de Compiègne, Villers-Cotterêts et Chantilly se sont développées autour d'un important château royal ou princier. Ces lieux de résidence, mais aussi d'exercice et de représentation du pouvoir, commandaient un vaste territoire sur lequel ils ont eu un impact considérable du 16e au 18e siècle. Les réseaux tracés à cette époque (routes, avenues de jardins, allées forestières) ont permis de structurer le cadre naturel et bâti, et ont posé la trame de l'extension urbaine.

À partir du milieu du 19e siècle, la présence d'hôtes prestigieux (le duc d'Aumale à Chantilly, l'empereur Napoléon III à Compiègne et à Pierrefonds) a entraîné une brillante vie mondaine dans ces petites villes proches de Paris, déjà réputées pour leur environnement naturel et culturel privilégié (château, sites, parc, forêt). Cet engouement a engendré un mode résidentiel saisonnier favorisé par la pratique de loisirs distingués (chasse à courre, sport hippique, thermalisme, voire canotage). Il a profité de la création de lignes de chemin de fer et de la création de lieux de sociabilité liés au tourisme, comme les hôtels de voyageurs, les cercles sportifs, voire l'établissement thermal et le casino à Pierrefonds. Cette population citadine, principalement parisienne, a peu à peu investi de nouveaux quartiers aménagés dans les faubourgs où se sont épanouies, comme dans toutes les villes, de nouvelles formes architecturales et urbaines. Les réseaux viaires existants ont rendu accessibles un espace et un cadre propices à la villégiature, sans les contraintes du parcellaire et du bâti du bourg ancien.

L'histoire de ces villes est bien connue, surtout pour les châteaux qui occupent une place essentielle dans l'histoire de l'architecture et de la culture françaises. En revanche, l'évolution de leur vocation touristique l'est moins, même si cette dernière période a tout autant marqué le paysage urbain. En effet, le développement de la villégiature a surtout procédé de l'appropriation progressive et raisonnée d'espaces périurbains gagnés sur les lisières du parc et de la forêt (Chantilly), la plaine entre la ville et la forêt (Compiègne) ou les rives de l'étang (Pierrefonds).

À l'inverse de la plupart des villes de villégiature (stations thermales ou balnéaires fondées ex nihilo à partir du Second Empire), ces installations suburbaines s'inscrivent dans la continuité de l'occupation de lieux prestigieux pour y maintenir une brillante tradition résidentielle.

2. Périodisation

La périodisation est établie à partir des trois villes dans lesquelles sont menées des enquêtes complémentaires. Selon les villes, trois grandes périodes peuvent être envisagées, formant une trame chronologique plus ou moins continue :

  • 1830-1860 : découverte et premiers aménagements des sites, liés à l'attrait pour la forêt et au développement du sport hippique
  • 1860-1914 : expansion maximale du peuplement et de l'activité grâce à la prospérité économique et à la vie mondaine sous le Second Empire et la Troisième République
  • 1914-1939 : déclin relatif de l'activité en raison de la rupture de la Grande Guerre dans un mode de vie qui disparaît définitivement avec la Seconde Guerre mondiale.

Chantilly

La forteresse médiévale, qui formait un gué sur la route de Paris à la Picardie, devient progressivement un vaste château de plaisance classique du 16e au 18e siècle, sous l'égide de ses propriétaires successifs, les prestigieuses familles de Montmorency puis de Bourbon-Condé. Les allées du jardin régulier, tracé à partir de 1662 par l'architecte et jardinier André Le Nôtre, se prolongent dans la forêt et le village pour structurer l'espace. À partir de 1720, le duc de Bourbon fait construire les grandes écuries hors de l'enceinte du château et tracer la ville autour de la vieille route de Gouvieux, qui est régularisée pour devenir la Grande Rue.

Brillant cavalier, le duc d'Orléans, frère du duc d'Aumale, maître des lieux, préside aux premières courses hippiques sur le sol particulièrement élastique de la Pelouse située devant les grandes écuries, et inaugure en mai 1834 l'hippodrome aménagé sur ces lieux, qui décide de la vocation hippique de la cité princière et de ses alentours, notamment les commune de Gouvieux et Lamorlaye. Le duc d'Orléans confie au prince de la Moskowa, gendre du banquier Laffitte, la direction des courses de Chantilly

Un quartier anglais se développe à partir des années 1830 entre la Grande Rue (actuelle rue du Connétable) et le canal Saint-Jean, à l'emplacement de parties de l'ancien domaine princier aliénées durant la Révolution. Des entraîneurs, lads et jockeys anglais s'installent à Chantilly dès 1851 et forment une importante communauté britannique (église anglicane Saint-Peters, 1860). Le développement de la ville attire les turfistes ainsi que la haute société parisienne en villégiature dans des hôtels de voyageurs (hôtel du Grand-Condé, 1908) ou des demeures construites ou transformées à cet usage. Entre la route de Paris et la petite pelouse, neuf écuries de courses s'implantent (dont l'ancien hôtel de ville, 1889).

Après l'ouverture de la gare en 1858 sur la ligne Saint-Denis-Creil, de nombreuses maisons de villégiatures (pavillons ou villas) sont édifiées dans ce quartier, entre la route de Paris et la voie ferrée. À la fin du 19e siècle le quartier hippique du Bois Saint-Denis est créé au sud, en lisière de forêt, avec de nombreuses écuries de courses, et présente une belle architecture de brique et de maisons de style régionaliste. Aménagé de l'autre côté de la route de Paris en 1898, le terrain des Aigles est un vaste terrain d'entraînement relié au quartier du Bois-Saint-Denis par un passage souterrain. Cette installation contribue à faire de l'activité hippique la première ressource de la ville.

Au tournant des 19e et 20e siècles, de grandes demeures sont aménagées à Gouvieux pour des personnalités prestigieuses : le domaine des Fontaines (1881, par Félix Langlais pour Nathaniel de Rothschild), le château de Montvillargenne (1910-1912, par Châtenay et Rouyre pour Jeanne Leonino), le chalet de La Tour, le haras « le Pré-Nonette » ou le château d'Aiglemont.

Lamorlaye, au sud de Chantilly dont elle est limitrophe par le quartier du Bois Saint-Denis, accueille également des établissements équestres, ainsi que le lotissement du Lys-Chantilly aménagé à partir de 1925.

Compiègne

La reconstruction complète du château à partir de 1751, sur les plans de l'architecte du roi Ange-Jacques Gabriel, érige la ville de Compiègne au rang des principales résidences royales puis impériales françaises, centrée autour de la pratique séculaire de la vénerie. Les aménagements du château et du jardin sont complétés d’un réseau d'avenues plantées rayonnantes, qui relient la ville à la forêt en rejoignant les routes forestières existantes.

Au début du 19e siècle, la forêt devient également un lieu de villégiature recherché des citadins, conforme à la sensibilité romantique, et qui se traduit par le développement du tourisme thermal et équestre. Sous le Second Empire, Compiègne devient un des principaux lieux de villégiature de la cour de l'empereur Napoléon III et de l'impératrice Eugénie. Pour les souverains sont organisés chaque automne des séjours d'une centaine d’invités privilégiés, les fameuses "séries" de Compiègne. Ces évènements mondains et l'animation qu'ils procurent à la ville et à ses environs attirent à Compiègne la haute société, dont les divertissements sont la chasse à courre ou à tir, les courses ou les promenades à cheval. La gare, ouverte en 1847 sur la rive opposée de l'Oise, facilite ces migrations saisonnières et l'engouement pour la cité.

À cette fin, un nouveau quartier résidentiel est créé autour des avenues de Gabriel, dans les anciens faubourgs Hurtebise et Saint-Lazare, et principalement de l'avenue royale menant de la place d'armes à la forêt, qui est bordée de belles villas et hôtels. De véritables "châteaux" sont aménagés à la lisière de la forêt pour le comte de L'Aigle (1855) et le comte Foy (1879), avant que le lotissement du quartier de L'Aigle (1889-1914) ne permette d'aménager de grandes demeures (avec parc et communs) d'une variété et d'une qualité architecturale remarquables (styles classique, régionaliste, voire toscan).

La vocation hippique de la ville, qui s'étend à la commune voisine de Lacroix-Saint-Ouen, est confirmée en 1875 avec la création du haras national dans les anciennes écuries royales, puis la construction de l'hippodrome en 1888 sur un terrain concédé par l'État à la commune dans la plaine du Putois, en bordure du Grand Parc. Cette activité attire des touristes britanniques qui fréquentent l'église anglicane Saint-André (1868), et résident à l'hôtel du Rond-Royal, construit en 1907 pour l'Automobile Club.

Pierrefonds

Le pittoresque village de Pierrefonds, agrémenté d'un étang et dominé par les ruines du château-fort de Louis d'Orléans, est fréquenté dans les années 1825 par un cercle d'artistes et d'écrivains, dont Alexandre Dumas. Le peintre et photographe Louis-Joseph Deflubé y fait aménager une propriété dans laquelle il découvre en 1845 une source d'eau sulfureuse.

Il fait alors construire un établissement thermal et transformer sa maison en hôtel des Bains, qui complète les quelques hôtel de voyageurs existants. L'empereur Napoléon III, intéressé par le développement du thermalisme médical en France, fréquente l'établissement avec sa cour à partir de 1857, lorsqu'il décide de faire relever le château médiéval. L'étang est aménagé en véritable lac pour accueillir des divertissements comme le canotage, la pêche. Un casino complète les équipements en 1858.

Entre 1858 et 1862, Napoléon III fait empierrer la "route Eugénie" entre les Beaux-Monts et Pierrefonds, qui traverse le village de Vieux-Moulins, où la nouvelle église est construite en 1860 comme un signal pittoresque, sous la conduite de l'architecte du château de Compiègne, Jean-Louis-Victor Grisard, qui donne également les plans du chalet de l'impératrice édifié au bord des étangs de Saint-Pierre.

En 1860, Viollet-le-Duc donne les plans d'une demeure, dite château Sabatier, inspiré des châteaux en brique et pierre du 17e siècle. En 1887, une ligne de chemin de fer Pierrefonds-les-Bains/Villers-Cotterêts est ouverte depuis Compiègne, avec la gare conçue comme un chalet par l'architecte Charles Lecœur.

3. Les formes du bâti

Comme pour tout site de villégiature, le bâti comprend non seulement les différentes formes d'habitat (maisons de villégiatures, …) mais également les lieux de sociabilité et de loisirs liés à la vocation de villégiature (hôtels de voyageurs de type grand hôtel, casinos, établissements thermaux, équipements sportifs, …).

En raison de l'importance de la forêt pour les trois sites étudiés, on y trouvera des équipements particuliers liés à la chasse (rendez-vous de chasse, écuries et chenils), ainsi que des aménagements forestiers liés aux hôtes souverains ou princiers qui sont les maîtres d'ouvrage de leur domaine (le duc d'Aumale et les princes d'Orléans à Chantilly, le couple impérial à Compiègne et Pierrefonds).

À Chantilly, Compiègne et dans leurs environs, le développement de l'activité hippique a engendré l'aménagement de nombreuses écuries de course autour des demeures d'éleveurs et d'entraîneurs.

Ces typologies serviront de références pour les autres villes de la région.

4. Raisons scientifiques du choix de l'aire d'étude

L'aire d'étude est choisie pour produire une synthèse régionale, à partir des opérations menées depuis la création du service.

L'étude de Villers-Cotterêts avait déjà pu permettre d'aborder la thématique d'une forêt liée à un grand château royal ou princier.

C'est pourquoi le choix de Chantilly et de Compiègne (avec Pierrefonds considéré comme un satellite de la seconde) s'impose avec pertinence pour élargir et compléter le propos autour de la notion de ville et de villégiature.

b) Les enjeux scientifiques

1. Intérêt scientifique de l'opération

Pour la DIPC, cette opération offre l'intérêt de considérer un mode d'urbanisme lié à une fonction sociale et résidentielle précise, et qui adopte un aspect relativement cohérent dans l'espace et le temps. À l'instar de l'étude du patrimoine balnéaire de la Côte picarde, il s'agit d'évaluer l'impact d'usages et de pratiques sur la façon de structurer un territoire. Il convient de reconsidérer la notion de villégiature comme forme de tourisme sédentaire, tout en mobilisant les données et outils déjà disponibles sur la question.

Il s'agit de :

  • renouveler l'approche sur la villégiature par une démarche plus transversale fondée sur les usages, ici liés à la forêt
  • analyser l'évolution des formes urbaines liées à la villégiature sur des sites non spécifiquement dédiés à cet usage
  • mieux qualifier le rôle des commanditaires et des réseaux dans le développement et l'activité des villes de villégiatures

Dans le cadre de l’étude précise des villes de Chantilly, Compiègne et Pierrefonds, mais aussi plus largement dans une dimension régionale, l’étude permettra de montrer les liens et la complémentarité entre ville et villégiature, selon plusieurs pistes de réflexion :

Architecture et patrimoine de la villégiature

L'étude des villégiatures de Chantilly, Compiègne et Pierrefonds prend place parmi les recherches sur la villégiature menées depuis une trentaine d'années par l'Inventaire général et le centre André-Chastel (UMR 22), sur lesquelles elle s'appuie et qu'elle vient compléter. Elle apporte une contribution intéressante à l'étude de l'urbanisme paysager, qui s'épanouit en France au milieu du 19e siècle et joue le rôle de laboratoire de l'architecture de la villégiature.

C’est pourquoi un parallèle intéressant pourra être établi avec trois petites villes d'Île-de-France étudiées par l'Inventaire général : Maisons-Laffitte, Le Vésinet, Enghien-les-Bains. Ces trois sites, qui bénéficient également d'un environnement naturel privilégié, sont les jalons essentiels de l'architecture et de l'urbanisme de "bord de ville" (selon l’expression de François Loyer). Dès 1834 se constitue dans l'ancien parc du château de Maisons-Laffitte l'une des premières colonies suburbaines, à proximité de la forêt qui favorise, comme à Chantilly, Compiègne et Villers-Cotterêts, la chasse et les sports hippiques. Ce modèle trouve son aboutissement avec la fondation de la ville-parc du Vésinet à partir de 1858. À Enghien-les-Bains, la découverte d'une source d’eau sulfureuse puis la création d'une station thermale de bord de lac en 1850, trouve un écho avec l'essor contemporain de Pierrefonds-les-Bains".

Comme elles sont suffisamment proches de Paris pour profiter de la même dynamique et du même mouvement migratoire, l'étude de la villégiature à Chantilly, Compiègne, Pierrefonds et éventuellement Villers-Cotterêts pose la question des sources, des modèles et des influences d'un type spécifique d'aménagement urbain, et de ses motivations sociales, culturelles et économiques. Comme à Maisons-Laffitte, le développement de ces villes autour d'un château et de son parc exprime sans doute aussi l’aspiration plus ou moins avérée de réinvestir un lieu de pouvoir d'Ancien Régime, avec un nouveau mode de vie et son cadre.

Les espaces urbains périphériques

Depuis sa création en 1983, l'Inventaire général de Picardie a mené l'étude de villes moyennes qui ponctuent le territoire de la Picardie (Château-Thierry, Guise, Laon, Noyon, Vervins), et commencé celle d'Amiens Métropole. L'exemple de ces villes, ainsi que celui d'Abbeville en cours d'étude, pourra offrir des comparaisons intéressantes pour l'architecture domestique suburbaine.

L'étude des villégiatures de Chantilly, Compiègne et Pierrefonds se place dans la continuité de ces études, mais elle s'oriente vers une approche plus ciblée de l'espace bâti : il ne s'agit plus de considérer l'ensemble de l'agglomération, mais un modèle urbain cohérent et privilégié dans un espace périphérique, de conception récente et souvent autonome à l'égard du centre ancien, avec son organisation et ses équipements propres, pour le séjour et les loisirs saisonniers d'une société choisie, comme les stations balnéaires ou thermales.

Des parallèles pourront être établis avec le patrimoine balnéaire de la Côte picarde, étudié à partir de 2002. Ainsi des comparaisons seront peut-être possibles avec des communes où la villégiature a suscité une urbanisation périphérique, comme à Saint-Valery-sur-Somme où le quartier balnéaire s'est développé entre la ville fortifiée et le port de pêche. De la même façon, l'étude de Villers-Cotterêts, ainsi que l'opération en cours sur Abbeville, apporteront des éléments de réflexion utiles sur ce type de villégiature suburbaine.

2. Les problématiques scientifiques

Il s'agit de comprendre comment la vocation de villégiature et de tourisme a modifié, même en périphérie ou de façon ponctuelle, le visage de certaines villes jusqu'à composer une part importante de leur identité.

À travers les témoignages les plus significatifs que forme le patrimoine bâti, l'enjeu est de considérer un espace non seulement à travers ses formes, mais à travers son usage.

Les axes de recherches retenus sont :

• le repérage et l'étude des éléments liés à la villégiature et au tourisme

• l'analyse de l'évolution des espaces urbains liés à la villégiature et au tourisme

• l'étude des caractéristiques de l'habitat lié à la villégiature

Plus précisément, l'étude de la villégiature à Chantilly, Compiègne et Pierrefonds permet de :

Caractériser l'espace urbain

La villégiature à Chantilly, Compiègne et Pierrefonds concerne principalement les quartiers périphériques, dont le développement a eu un impact certain sur la ville ancienne qu'ils prolongent. Cette histoire urbaine aide à distinguer les éléments matériels ou culturels favorables à l'essor de la villégiature : présence d'un important château résidentiel, appropriation de l'espace naturel et suburbain, tracé d'axes structurants, tradition d'activités aristocratiques, "villégiaturisation" de sites existants… L'attrait touristique des villes, origine et conséquence de la villégiature, est également abordé au titre de l'invention d'un territoire.

Au-delà des différences de forme (urbaine, architecturale), de structure (sociale, économique) et d'usage (résidentiel ou de loisirs, permanent ou saisonnier), considérer la ville dans son emprise historique et son extension récente permet d'aborder les questions d'espace urbain (continuité ou rupture), de réseaux et d'emprise foncière. Cette articulation se traduit dans la structure du dossier électronique (espace urbain > ensembles urbains > édifices), elle tient compte aussi du glissement progressif de la villégiature vers la résidence permanente, et de l'influence certaine de l'une sur l'autre.

Étudier la villégiature de bord de ville

L'étude porte en priorité sur les quartiers de villégiature, espaces définis, homogènes et aménagés durant une ou des périodes relativement brèves (du Second Empire à la Seconde Guerre mondiale). Leur cohérence urbaine et paysagère a toutefois laissé cours à une grande variété architecturale. En s'appuyant sur les données recueillies lors de précédentes études, un repérage précis de l'habitat de la villégiature sera mené afin de dégager des typologies, des styles, des périodes de construction et des maîtres d'œuvre.

De plus l'étude précise d'un type de villégiature périphérique et/ou suburbaine apportera des éléments de réflexion sur un phénomène largement répandu dans bien des villes, qui reprend le rapport traditionnel entre le centre et la périphérie.

À Chantilly, les quartiers des Cascades, du Parc-Aumont, de la Petite-Pelouse et du Bois-Saint-Denis sont aménagés pour la villégiature et l'activité hippique, qui gagnent largement les communes voisines de Gouvieux (pour la résidence de prestige) et de Lamorlaye (pour l’élevage de chevaux de course), auxquelles l'étude pourra être étendue.

La villégiature de Compiègne concerne le quartier élargi des Avenues, que prolonge à travers la forêt, vers Pierrefonds, la "route Eugénie" passant par le village de Vieux-Moulins et le chalet de l'Impératrice, au bord des étangs de Saint-Pierre. L'étude pourra de même être étendue à la commune de La Croix-Saint-Ouen, célèbre pour ses écuries de course.

Pierrefonds, pittoresque village du Soissonnais, est une destination touristique et un lieu de villégiature dès les premières décennies du 19e siècle, avant que l'architecture liée au thermalisme et à la résidence saisonnière ne s'étende autour du lac.

Considérer l'environnement paysager

L'environnement paysager, principalement forestier, sera pris en compte comme composante du projet urbain de ces villégiatures, mais également d'autres villes, comme peut-être Villers-Cotterêts. Le cadre naturel exceptionnel des sites (forêt, lac, parc) a été à l'origine de leur succès, mais il a également conditionné leur évolution pour devenir un exercice de style à part entière. Recomposé à Chantilly au bord de la forêt et de l'ancien parc, modelé à Compiègne entre le parc et la forêt, voire mis en scène à Pierrefonds sur les rives de l'ancien étang requalifié en lac, le paysage participe à l'identité-même de chacune. Il sera également intéressant de se pencher sur la perception et la représentation de ces sites par les contemporains, artistes, écrivains et inventeurs divers (affiches touristiques, publications, …).

La protection de ces ensembles au titre des Monuments historiques ou des Sites et Paysages traduit l'intérêt récent pour ce type de patrimoine culturel. Des échanges pourront être conduits avec des universitaires, chercheurs ou spécialistes (paysagistes, urbanistes) travaillant sur le sujet pour tenter de dégager des réflexions et/ou des pistes de recherche.

Reconnaître les acteurs

Considérer l'origine des promoteurs des premiers lotissements (communes, particuliers ou financiers) permettra de tisser un lien entre les anciens propriétaires du foncier et les nouveaux acteurs de l'espace urbain en devenir, et d'aborder la question de l'évolution du parcellaire.

À Compiègne, la présence des réseaux familiaux, sociaux et mondains est déterminante dans l'occupation de l'espace et l'organisation des loisirs aristocratiques (chasse, sport hippique). À Chantilly, l'influence de la communauté britannique, très présente dans le monde hippique, pourra aussi être précisée.

Aires d'études Chantilly, Compiègne, Pierrefonds, Picardie, Compiégnois, Sud de l'Oise
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général - Fournis Frédéric