Dossier d’œuvre architecture IA02002901 | Réalisé par ;
Dufournier Benoît
Dufournier Benoît

Chercheur au service régional de l'Inventaire de 1985 à 1992, en charge du recensement du patrimoine industriel.

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  • patrimoine industriel, la communauté d'agglomération de Saint-Quentin
Usine textile Hurstel, puis Hamm, puis Boca, puis Boudoux, puis Vandendriessche, puis Vélifil
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Communauté d'agglomération et ville de Saint-Quentin

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Saint-Quentinois - Saint-Quentin
  • Commune Saint-Quentin
  • Lieu-dit faubourg d' Isle
  • Adresse 170 rue de Guise , rue de la Convention , rue du Sentier , rue Turbigo
  • Cadastre 2004 BV 1, 2, 3
  • Précisions autrefois sur commune de Neuville-Saint-Amand
  • Dénominations
    usine textile
  • Appellations
    Hurstel, Hamm, Boca, Boudoux, Vandendriessche, Vélifil
  • Parties constituantes non étudiées
    atelier de fabrication, salle des machines, chaufferie, bureau, entrepôt industriel, conciergerie, logement patronal, cheminée d'usine, magasin industriel

En 1874, les frères Charles et François Hurstel font édifier sur les plans de l'architecte saint-quentinois Pierre Bénard, une filature et un tissage de laine sur ce site, qui dépend alors de la commune de Neuville-Saint-Amand (lieu du Clos Michaux), jusqu'au rattachement d'une partie de cette commune à celle de Saint-Quentin en 1881. En 1876 se forme la société Hurstel Frères, Hamm et Cie, constituée des frères Hurstel directeurs de l'usine, et du négociant parisien Alexandre Hamm plus spécialement chargé des relations commerciales. En 1878 et 1880, les frères Hurstel se retirent successivement de l'affaire, laissant seul Alexandre Hamm à la tête de la société A. Hamm et Cie. L'usine est agrandie dès 1880, adjoignant un tissage à la filature. Après la dissolution de la société A. Hamm et Cie en 1888, la filature de laine est reprise par Ernest Boca. Ce dernier exploite alors deux tissages de laine dans le quartier Sainte-Catherine à Saint-Quentin, qu'il regroupe progressivement sur le site de la rue de Guise, tout en maintenant l'activité filature. En 1900, l'usine est acquise par la société Boudoux Frères constituée depuis 1889 par Benoni, Edouard, Emile et Auguste Boudoux. Cette société exploite alors une maison de négoce rue du Gouvernement et un tissage à la main à Nauroy, à 15 kilomètres au nord de la ville. L'usine de la rue de Guise est reconvertie en tissage de coton, modification accompagnée de nouvelles extensions dès 1901, suivies de l'édification d'une nouvelle salle des machines, par les entrepreneurs Bassonville et Jude Spiwinne. En 1914 Jean Boudoux entre dans la société, dont la raison sociale est désormais Boudoux Frères et Fils. Durement touchée durant la Première Guerre mondiale, l'usine est restaurée (ateliers, entrepôts, salles des machines) et en partie reconstruite (bureaux, conciergerie et logement du directeur, cheminée d'usine) à partir de 1919, sous la direction de Georges Forest, architecte spécialiste de l'architecture industrielle basé à Tourcoing. Le tissage est à cette occasion reconverti en filature de coton, mise en route en 1923, et exploitée sous la raison sociale Boudoux et Vandendriessche (appellation commerciale : La Vermandoise). Gustave Vandendriessche, gendre d'Edouard Boudoux, était membre de la société depuis 1921. Les terrains bordant la rue Turbigo, où s'élevait depuis le début des années 1880 la cité ouvrière Ozenfant, non reconstruite in-situ, sont absorbés par l'usine. Des extensions aux ateliers et entrepôts sont réalisées en 1924 par G. Forest, puis en 1927, 1928, 1930, 1947 et 1953 par l'architecte saint-quentinois Narcisse Laurent. En 1957, une nouvelle filature est implantée de l'autre côté de la rue de Guise (étudiée), tandis que de nouveaux entrepôts sont édifiés dans la cour de l'usine en 1962, sur les plans de l'architecte d'origine suisse Charles Vollery (La Madeleine-Lez-Lille). La société Vandendriessche et Fils (1953) passe sous le contrôle du groupe Boussac Saint-Frères en 1976. En 1989 l'usine est rachetée par VEV-Prouvost, avant d'être scindée en deux entités en 1991 : l'usine de 1957 est reprise par la société Caulliez de Tourcoing, tandis que l'usine originelle est reprise par Vélifil (groupe Groebli et Fils). Cette dernière dépose le bilan en 2003. La friche industrielle est promise à la démolition. L'usine est dotée de 5280 broches de filature entre 1885 et 1900. Les métiers à tisser sont au nombre de 400 en 1885 et 1891, 450 en 1901, 530 en 1907, 600 en 1914. La production est alors de 120 000 pièces par an. L'entreprise dispose de 4000 broches de retordage à la veille de la Première Guerre mondiale. Le matériel de la filature mise en route en 1923, fourni par la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques, est réorganisé en 1937-1939 par Gherzi Textil Developpement (Suisse). Le matériel est à nouveau modernisé entre 1948 et 1956. La production est de 4500 t par an en 1972, 2100 en 1988. L'usine est équipée en 1896 d'une machine à vapeur de 300 ch. (estimée à 250 ch. en 1910), et de trois générateurs. Cette machine à vapeur est remplacée en 1912 par une machine compound de 650 ch. du constructeur lillois Jean Crépelle. Jusqu'en 1906, l'usine produit le gaz nécessaire à l'alimentation de plus d'un millier de becs (700 en 1896) pour l'éclairage des locaux, production ensuite abandonnée au profit du gaz de ville. En 1882, 90 ouvriers sont employés à la filature, 40 au tissage. En 1914, la société Boudoux emploie 550 ouvriers dans l'usine de Saint-Quentin, une trentaine d'employés dans la maison de commerce, 110 ouvriers en atelier à Nauroy et près de 350 tisserands à domicile. L'usine emploie environ 750 salariés en 1960, 590 en 1982, 160 en 1989, 120 en 1994, une soixantaine lors de la liquidation.

L'usine occupe la totalité d'un îlot, à l'exception d'un petit groupe d'habitations et d'une habitation isolée, enclavés au sud. Elle est close d'un haut mur de brique en bordure de la rue de Guise, et fermée sur ses trois autres côtés par les façades des ateliers. Un motif en briques silico-calcaires se répète sur toutes les façades extérieures et intérieures de l'usine, constitué de la superposition d'une brique en boutisse, de deux panneresses côte à côte, de deux boutisses (plus rarement trois), d'une panneresse puis d'une boutisse. Ce motif se retrouve sur tous les édifices liés à l'usine Vandendriessche : cités ouvrières, entrepôts, filature de 1957, etc. Sur de nombreuses façades (sur les allèges, en bandeaux, etc.), des briques rouges et silico-calcaires sont disposées en damier, autre motif récurrent de l'usine. L'entrée de l'usine est cantonné de la conciergerie et du logement du directeur, construits en brique, l'un en rez-de-chaussée, l'autre avec un étage carré. Ils sont dotés d'un étage en surcroît, dont l'enduit évoque un pan de bois, et sont couverts de toits à longs pans et lucarnes-pignons en façade, en tuile mécanique. Les bureaux et magasins d'expédition, à un étage carré couverts respectivement en terrasse et de sheds, sont constitués de forts piliers de briques, encadrant de larges baies vitrées soit scindées par des meneaux en béton et couvertes de linteaux droits du même matériau (bureaux), soit métalliques (magasins). Les sheds, à croupe côté ateliers, sont masqués côté cour par de petits pignons à redents percés chacun d'un oculus aveugle. Un pignon à redents coiffe la travée centrale des bureaux, dans lequel s'inscrit un arc de décharge. A l'intérieur, les bureaux sont entièrement recouverts de boiseries. La chaufferie, remaniée, est en brique, couverte d'un toit à longs pans en fibro-ciment. En face, se dresse une haute cheminée d'usine en tôle. L'ancienne salle des machines, scindée en deux niveaux, et couverte depuis 1921 d'une terrasse en béton armé, ceinturée d'une lourde corniche du même matériau. Elle est percée en façade sur cour d'une large verrière en plein cintre, portant initialement en son centre une horloge aujourd'hui déposée. Les ateliers reconstruits à partir de 1921, en rez-de-chaussée, sont couverts de sheds en bois (chevrons-arbalétriers) et métal (sablières et entraits), portés par des colonnes de fonte en partie récupérées des ruines des ateliers antérieurs. Les couvertures sont en tuile mécanique. Les façades sur rue, aveugles, sont scandés par les piliers porteurs des poutrelles à treillis de la structure des sheds. De fausses-tables animent ces murs aveugles, obtenue par le jeu des briques. De lourdes corniches de briques viennent coiffer ces murs côté rue. Sur cour, les sheds sont masqués par des pignons à redents du même type que ceux du magasin d'expédition. Les entrepôts des matières premières sont constitués de deux vastes halles, couvertes de charpentes métalliques, en fibro-ciment. Leur façade bordant la rue de la Convention, aveugle, est traitée comme celles des ateliers précédents. Côté usine, la façade est rythmée par de grandes arcades, majoritairement aveugles. Dans leur prolongement, se dressent les entrepôts de produits manufacturés. En brique, ils sont dotés d'un étage carré, porté par des colonnes de fonte. L'étage est couvert de sheds du même type que ceux des ateliers, avec croupe côté usine. La façade sur rue reprend là encore les registres précédents (fausses-tables, lourdes corniches soulignant les lignes des sheds). Elle est pratiquement aveugle, à l'exception de deux larges baies, et quelques ouvertures de ventilation rajoutées à hauteur des sheds. Côté usine, la façade est rythmée par deux niveaux de baies vitrées, aveugles ou en claustra. Les derniers ateliers édifiés en bordure de la rue Turbigo sont en béton armé à remplissage de briques enduites, percées de bandeaux de larges baies vitrées. Composés d'un étage carré surmonté d'un étage de comble, ils sont couverts d'un toit à longs pans en fibro-ciment.

  • Murs
    • béton
    • brique
    • brique silico-calcaire
    • enduit partiel
    • enduit d'imitation
    • béton armé
  • Toits
    tuile mécanique, béton en couverture, ciment amiante en couverture, verre en couverture
  • Étages
    sous-sol, 1 étage carré, étage de comble, étage en surcroît
  • Couvertures
    • terrasse
    • shed
    • toit à longs pans
    • croupe
  • Énergies
    • énergie thermique
    • produite sur place
  • État de conservation
    établissement industriel désaffecté
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Les frères Hurstel exploitaient un établissement similaire fondé à Saint-Quentin, en 1860, dans le faubourg d'Isle, qu'ils cèdent en 1872 à un fabricant de tissus rémois, Stanislas Gabreau.