Inventaire général du patrimoine culturel - Région Hauts-de-France
| L'Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Hauts-de-France

 

 

Fondé en 1964 par André Malraux, ministre de la Culture, l’Inventaire général du patrimoine culturel a pour mission de « recenser, étudier et faire connaître » le patrimoine urbain, architectural, artistique et mobilier de la France, selon les mots même du ministre. Cette compétence a été transférée aux Régions en 2007. 

 

Dans les Hauts-de-France, la documentation scientifique rassemblée depuis plus de 40 ans est publiée sous la forme de dossiers généraux ou individuels qui présentent les édifices ou objets mobiliers étudiés avec textes de synthèse, notices historiques et descriptives, photographies, cartes ou plans, et sources bibliographiques.

Une photothèque et un blog en ligne complètent les données et l’information sur l’actualité du service. 

Partez à la découverte des 14000 dossiers publiés et de leurs 200000 photographies ! Bonne visite !

 

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1 - Contexte

Depuis le XIIe siècle, Le Quesnoy est une place forte, c’est-à-dire "une agglomération urbaine possédant une population civile capable de la défendre et pouvant héberger la soldatesque, un lieu plein de maisons et ceinturé d’une enceinte et de fossés" (définition du dictionnaire de Pierre Richelet en 1680, cité par E. D’Orgeix). Mais, jusqu’au XVIIe siècle, cela ne se traduit pas intra-muros par une architecture spécifique et les hôtels particuliers, ou les grosses maisons bourgeoises abritant le commandement ou logeant des officiers, sont identiques aux autres.

C’est à un changement dans l’organisation de l’armée que l’on doit l’apparition d’une architecture militaire spécifique. En effet, à partir du milieu du XVIIe siècle, l’armée se professionnalise et devient permanente. Il faut donc loger les nombreux soldats désormais présents en ville de manière pérenne, et plus seulement des officiers et les soldats mobilisés lors de conflits et qui jusque-là résidaient chez l’habitant pour des périodes plus ou moins longues. Il est également jugé plus facile de réunir les soldats dans un seul lieu afin de mieux les entrainer mais également de les contrôler et d’éviter les débordements dont se plaignent souvent les habitants. Les premières casernes sont installées dans les fortifications, pratique qui sera reprise après la guerre de 1870, ou dans l’ancien château médiéval lorsqu’il existe encore. Les suivantes sont de grandes maisons communes réparties dans la ville, qui ne se distinguent de l’habitat privé que par leur taille et parfois la présence d’une écurie. Elles sont la propriété de particuliers qui les louent à l’Armée.

Mais sur les consignes et projets décidés par Vauban, de nouveaux bâtiments "standardisés" apparaissent dans les villes fortifiées : ceux liés au logement des troupes auxquels se rattachent les casernes et les écuries pour les corps de cavalerie, ceux nécessaires à la vie quotidienne des soldats comme les magasins de subsistance, les boulangeries militaires ou encore les hôpitaux, ou encore les arsenaux qui doivent pouvoir fournir armes et munitions en cas d’attaque. Tous ces bâtiments sont généralement situés à proximité des remparts. À la différence des premières casernes, ils sont bâtis par l’Armée sur des terrains achetés à la commune ou à des particuliers, parfois réquisitionnés, et lui appartiennent. On trouve enfin des lieux d’entrainement comme le champ de mars (souvent à l’extérieur des remparts) ou de démonstration de l’autorité militaire comme la place d’armes.

2 - La traduction de ces évolutions au Quesnoy

Comme dans les autres places fortes, tous ces bâtiments ont été présents au Quesnoy. Les premières constructions ont lieu en 1674 et on compte dix bâtiments militaire en 1698 (CAUE, 1999), tous différents : trois casernes, deux écuries, un arsenal, un hôpital militaire, un magasin de subsistances, une boulangerie... Ensemble, ils occupent 25% de l’espace urbain à la fin du règne de Louis XIV (CAUE, 1999). La plupart des emprises militaires figurent sur les plans de la ville dressés en 1682, bien qu’occupées par des constructions dont les fonctions (et donc l’architecture) changeront au début du XVIIIe siècle. Ainsi, l’emplacement de la caserne Lowendal est occupé par des écuries militaires et celui de la caserne Tournefort par un pavillon dédié à l’habitat des officiers. Tous les bâtiments "nouvelle formule" sont en revanche visibles sur le plan de 1792. Leur construction s’est faite dans des espaces vacants en périphérie du centre bâti, en particulier dans la zone sud de la ville, et n’est venu modifier ni le parcellaire privé intra-muros ni le tracé urbain. Il n’y a pas eu de création de quartier militaire. Au Quesnoy, le pouvoir militaire s’est adapté à l’urbanisme préexistant. Enfin, la ville n’a jamais eu à proprement parler de place d’armes, même si la place du Markiet (actuelle place du Général-Leclerc) a parfois accueilli des parades militaires et que ce nom figure sur les cadastres de 1817 et 1897. Une dernière vague de construction de casernes a lieu au XIXe siècle, en particulier celle destinée à la gendarmerie, avant que la ville ne soit démilitarisée.

 La plupart de ces bâtiments militaires, construits entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du XIXe, ainsi que des reliquats des bâtiments de l’enceinte médiévale du château, existent encore aujourd’hui. Ils occupent environ 15% du parcellaire de la ville. Mais, de ces onze bâtiments, aucun n’a conservé de fonction militaire : trois sont devenus des immeubles de logements (caserne Tournefort, caserne de cavalerie rue Saint-François et ancienne porte du château médiéval), trois sont occupés par des bureaux (château, boulangerie militaire, corps de garde de la place du Général-Leclerc) et quatre sont dédiés à des activités de loisir et/ou culturelles (centre culturel pour la caserne Lowendal, cinéma pour la caserne Palavicini, office du tourisme pour le corps de garde de la rue Maréchal-Joffre, musée pour l’hôtel particulier de la gendarmerie). Seul l’hôpital militaire a conservé ses fonctions de lieu de soins. Tous ces bâtiments font l’objet d’une notice individuelle (voir liste ci-dessous).

Enfin, bien qu'elles ne relèvent pas à proprement parler de la catégorie des bâtiments militaires, les fortifications ont encore aujourd'hui une incidence sur la construction de l'espace urbain et sur la perception que l'on peut en avoir, et peuvent à ce titre s'inscrire dans le patrimoine militaire intra-muros. Ainsi, côté intérieur, les fortifications apparaissent comme un gros talus végétalisé venant fermer les perspectives et/ou contraindre le développement urbain (ill.) ; les portes encore présentes dans l'enceinte donnent aux entrées de ville un aspect architecturé très particulier (ill.), de même que les casernes ou magasins installés dans l'épaisseur de la fortification et transformés en garages ou espaces de stockage atypiques. Par exemple : les espaces à proximité de l'ancienne porte Saint-Martin (ill.) accueillaient une boulangerie militaire prévue pour fonctionner en temps de siège, composée d'une petite salle contenant trois fours et de petits souterrains de stockage (Mémoire, 1798 ; AD Nord, 66J1722) et le souterrain sous le bastion n°8, à l'extrémité de la rue des Lombards (ill.) sert d'abri pour 350 hommes et d'hôpital de siège, bien "qu'il soit malsain car mal aéré" (Mémoire, 1846 ; AD Nord, 66J1725). D'autres vestiges de structures militaires continuent à modeler l'espace urbain. Ainsi en est-il du mur qui bordait le premier arsenal sur son côté est qui a déterminé la forme et la largeur de la rue Beaudoin-l'Édifieur (ill.).

3 - Les bâtiments militaires disparus

Certains bâtiments militaires ont disparu dès la fin du XVIIIe siècle. Il s'agit en particulier des écuries qui n'étaient pas solidaires d'une caserne. Ces dernières sont de grands bâtiments rectangulaires couverts à longs pans et croupes, composés d'un rez-de-chaussée pour les stalles et d'un grenier pour la paille, le foin et le grain. Elles sont détruites au cours du siège de 1793 (AD Nord, 66J1722), et ne sont pas reconstruites ensuite. Elles figurent sur le plan de 1794 (ill.) bien que la légende précise "détruites" pour les numéros 91, 76 et 93, mais elles n'apparaissent plus sur le cadastre de 1817. C'est le cas, par exemple, des deux écuries parallèles qui occupaient l'emplacement de l'actuelle caserne Lowendal ou de celle située en face de la boulangerie militaire, actuelle rue de Turenne. C'est également le cas du premier arsenal, détruit lors du siège de 1793 (AD Nord, 66J1722) dont ne subsiste qu'une partie du mur d'enceinte.

D'autres bâtiments militaires ont perduré jusqu'au milieu du XXe siècle et n’ont été détruits qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit de la caserne Montplaisir et du second arsenal. Les terrains libérés par leur destruction pendant la Seconde Guerre mondiale ont été lotis et sont aujourd’hui occupés par de l’habitat privé individuel ou collectif.

4 - Tableau récapitulatif

Usage initial

Date

Usage actuel

adresse

Lien vers le dossier

caserne Tournefort

1729

immeuble à logements

17, place Tournefort

IA59005705

caserne Lowendal

1837-39

centre culturel

Rue Juhel

IA59005702

caserne de cavalerie

charnière XVIIe-XVIIIe, XIXe siècle

gendarmerie puis immeuble à logements

33, rue Saint François

IA59005711

boulangerie militaire

1794

immeuble de bureaux

5, rue de Turenne

IA59005710

caserne Palavicini

1720

théâtre

21, rue Baillon

IA59005708

corps de garde

1748

immeuble de bureaux - office du tourisme

1, rue Joffre

IA59005703

corps de garde

1741

immeuble de bureaux - centre des impôts

place du Général Leclerc

IA59005703

caserne Cernay - château de Marguerite de Bourgogne

transformation en caserne en 1820

Immeuble à logements

IA59005706

porte médiévale et salle des gardes

XIIIe siècle

Immeuble à logements

52, place du Général Leclerc

IA59005709

hôpital militaire

1720

maison de retraite

22-38 rue Thiers

IA59005712

caserne de gendarmerie

milieu XIXe siècle

musée néo-zélandais de la libération

18, rue Achille Carlier

IA59005704

caserne Montplaisir

1717, 1840

DÉTRUIT en 1940 : actuellement immeuble à logements

70-72 rue Thiers

IA59005971

Arsenal

1820

DÉTRUIT pendant la Seconde Guerre Mondiale : actuellement lotissements de maisons individuelles

ilot constitué par les rues Saint-François, Baillon et Salengro

Porte de l'enceinte médiévale qui entourait le château comtal et ouvrait sur la place du Markiet (actuelle place du Général-Leclerc). Vue de la façade côté place.