Dossier d’œuvre architecture IA59005070 | Réalisé par
Dupuis Leslie (Enquêteur)
Dupuis Leslie

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France.

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  • opération d'urgence, ville de Tourcoing
Piscine et bains publics, dits école de natation, actuellement Institut du Monde Arabe-Tourcoing
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Métropole européenne de Lille - Tourcoing-1
  • Hydrographies
  • Commune Tourcoing
  • Adresse 9-11 rue Gabriel-Péri
  • Cadastre 2016 ER 40
  • Précisions
  • Dénominations
    piscine, bains publics
  • Appellations
    école de natation

Une double vocation : école de natation et bains publics

En 1904 la ville de Tourcoing se dote d'une école de natation, c'est-à-dire un établissement mixte combinant, comme c'est fréquemment le cas à l'époque, une piscine et des bains publics. Sa conception et son architecture expriment en effet la rencontre entre deux tendances de la toute fin du XIXe siècle : la naissance de la natation sportive et le développement d’une politique municipale d’accès à l’hygiène corporelle.

L’école de natation de Tourcoing est l'une des toutes premières piscines - c'est-à-dire un bassin public couvert et chauffé - du Nord ; elle fait suite à celles d'Armentières (1890), de Douai (1895) et de Dunkerque (1896). Si les nageurs s’entraînent d’abord dans les canaux, l’évolution vers un sport de compétition nécessite en effet la création de bassins couverts permettant de s’entraîner toute l’année et de mesurer les performances. Pour mémoire, les premiers championnats de natation français sont organisés en 1899.

En accueillant des bains publics, l’établissement répond également à l’objectif hygiéniste et sanitaire qui s’impose progressivement à la fin du XIXe siècle. Il s'agit de permettre à un public désormais élargi aux classes laborieuses citadines l'accès - moyennant une somme volontairement modique - à une cabine de bain ou de douche. Tourcoing fait donc partie des premières municipalités de la région à s'équiper, avec Armentières, Douai et Dunkerque (dont les piscines sont également des bains publics) et Lille (bains Boulevard de la Liberté en 1892). Par comparaison, si dès 1851 l’Etat aide financièrement les municipalités dans la construction de bains publics municipaux, les premiers bains-douches parisiens bon marché ouvrent seulement en 1899.

Du programme à la construction

Le projet d’un établissement de bains publics remonte à 1857 mais ne se concrétise qu’à la fin du siècle avec l’acquisition par la Ville d’un terrain situé avenue du Printemps (aujourd’hui rue Gabriel-Péri) le 16 février 1891. Les débats montrent la préoccupation des édiles à satisfaire avant tout aux besoins d’hygiène des classes populaires. La création en parallèle puis l’adjonction d’un bassin de natation extérieur est un moment envisagé avant la décision de construire un établissement mixte regroupant bassin de natation couvert et bains publics.

Le 2 juillet 1897 les élus confient à l'ingénieur Edmond Philippe la réalisation des plans et l'établissement des devis. La direction des travaux est confiée à l'architecte Désiré Dehaene. Le 25 janvier 1900, le conseil municipal accepte les plans, les devis et le cahier des charges. En raison de la lenteur des travaux et des défauts constatées, Dehaene est révoqué le 22 avril 1903 et la direction du chantier confiée au service des bâtiments communaux.

La complexité technique de l’installation nautique justifie l’association d’un architecte et d’un ingénieur, procédé répandu à cette époque. Edmond Philippe est ainsi associé à la construction de nombreuses piscines-bains publics comme à Paris rue du Château-Landon puis boulevard de la Gare (premiers bassins de natation parisien en 1885 et 1886, avec Paul Christmann) et dans le département du Nord (établissements d’Armentières, Douai, Dunkerque et Lille). En outre, la société d’Edmond Philippe (nommée en 1902 Société anonyme des bains et lavoirs économiques) propose aux municipalités un système de concession : elle avance les frais liés à la construction des équipements et se rétribue sur le fonctionnement. La Ville cède le terrain, prend à sa charge l’approvisionnement (combustible et eaux) et fixe les tarifs. Edmond Philippe démarche ainsi, notamment, les municipalités de Saint-Denis et Angers. Dans le cas de Tourcoing, la municipalité refuse le système de la concession : l'ingénieur se contente de concevoir l'édifice, qui est ensuite affermé.

Le projet originel, restitué par les archives

Au total le montant des travaux s'élève à 599 569,64 francs. Le dossier conservé aux archives municipales, très complet, permet de dresser la liste des entrepreneurs ayant participé à la construction et témoigne des nombreuses modifications apportées au projet initial d'Edmond Philippe : adjonction de cent cabines supplémentaires au premier étage du bassin de natation, modification et déplacement des chaudières,... Il permet également d'appréhender les éléments profondément remaniés ou disparus, notamment le bassin de natation et le restaurant-buvette.

Postérité

L'école de natation est inaugurée officiellement le 17 juillet 1904. Elle devient un haut lieu de la natation sportive et du water-polo français (victoire olympique en 1924) grâce notamment à Paul Beulque, maître-nageur et moniteur chef, fondateur et entraîneur du club municipal Les Enfants de Neptune. Autre domaine où s’illustre l’école de natation tourquennoise : le développement d’une pédagogie de la natation largement ouverte aux écoliers. En effet, l’absence de bassin couvert constitue généralement une entrave à l’apprentissage de la natation, devenu obligatoire à l’école en 1879. Disposant désormais d’un équipement ad hoc le maire Gustave Dron rend obligatoire en 1911 la natation pour tous les élèves de la ville. Parallèlement, Paul Beulque y met au point et généralise une méthode d’apprentissage basée sur un appareil de suspension collective qui sera reconnue « méthode nationale » par la Fédération Française de Natation de 1922 à 1945.

En 1933 le stade nautique est construit face à l’école de natation. C'est le premier bassin de natation olympique du Nord. Les deux équipements sont reliés par un souterrain dont l’entrée reste visible. Rénovée partiellement dans les années 1960, l’école de natation est désaffectée en 1999. L’édifice, réhabilité, accueille désormais l'Institut du Monde Arabe (IMA).

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 20e siècle
  • Dates
    • 1904, porte la date
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Philippe Edmond
      Philippe Edmond

      Ingénieur, il dirige entre la fin du XIXe siècle et 1917 une société proposant la concession de bains publics et piscines aux municipalités. Il est ainsi associé à la conception des premiers bassins de natation parisiens, rue du Château-Landon puis boulevard de la Gare (en 1885 et 1886, avec Paul Christmann). Il participe aussi à la conception de plusieurs piscines du Nord : Lille (1890, avec l'architecte Albert Baert), Armentières (1891), Douai (1895) puis Tourcoing (1904, avec l'architecte Désiré Dehaene).

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      ingénieur attribution par travaux historiques
    • Auteur :
      Dehaene Désiré
      Dehaene Désiré

      Architecte tourquennois, il dessine en 1897-1899 les plans de l'école de natation de Tourcoing, en collaboration avec l'ingénieur Edmond Philippe mais est dessaisi du dossier par la municipalité en 1903.

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      architecte attribution par travaux historiques
    • Auteur : architecte communal attribution par travaux historiques
    • Auteur :
      Entreprise Coilliot, carrelages et mosaïques (1895 - )
      Entreprise Coilliot, carrelages et mosaïques

      À la mort de Jean-Baptiste Coilliot, son fils, Louis Coilliot, prend la direction de l'entreprise paternelle de vente de matériaux située au 12 de la rue de Fleurus. Vers 1895, il achète la parcelle adjacente, au 14 de la rue de Fleurus, et d'autres parcelles situées à l'arrière, courant jusqu'à la rue Fabricy perpendiculaire à la rue de Fleurus.

      Sources :

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_Coilliot [consulté le 25/10/2023].

      https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA59000148 [consulté le 25/10/2023].

      L'entreprise dirigée alors par Edouard en 1904, semble également installée à Roubaix, 111 boulevard de Strasbourg.

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L’école de natation est située au centre-ville, rue Gabriel-Péri (ancienne avenue du Printemps), à côté du bureau de Bienfaisance (1894). La parcelle rectangulaire, plus large que profonde, dispose sur l’arrière d’un étroit accès sur la rue de la Bienfaisance. Cette ancienne entrée secondaire a aujourd'hui disparu.

L’édifice présente un plan rectangulaire relativement régulier et comporte plusieurs corps de bâtiments comprenant un ou deux niveaux s'élevant au-dessus d'un vaste sous-sol. Il est construit en brique. Des lits horizontaux de briques jaunes et quelques briques émaillées agrémentent la façade. La couverture originale de l'édifice, en zinc, a été modifiée.

Les fonctions de bains publics et de natation sont à l’origine organisées indépendamment, sans continuité de parcours. Ainsi le public peut venir uniquement aux bains ou encore aller nager sans passer préalablement par les bains publics.

Le bâtiment d'entrée

L'accueil et la répartition du public se font par le bâtiment d’entrée qui abrite en rez-de-chaussée les services : caisse, lingerie (du linge de bain est fourni), salon de coiffure et pédicure, accès aux bains. Au premier étage est installé le logement du directeur. L’étage supérieur, consacré au service, abrite notamment un réservoir d’eau chaude qui doit être déplacé peu après l’ouverture, car trop peu accessible.

En position centrale, ce corps de bâtiment se distingue par son volume, à deux niveaux formant avant-corps, et son ornementation, réalisée par le sculpteur tourquennois Maurice Mayer. La haute ouverture formant l’entrée est fermée d’une grille métallique à motif rayonnant portant le blason de la ville de Tourcoing. Le projet de 1899 présentait un motif différent, en dents de scie, de style plus oriental, similaire à celui de l'école de natation d'Armentières. Le niveau supérieur est percé de deux fenêtres jumelées encadrant une croisée surmontée d’un bas-relief représentant le blason de Tourcoing. À l'intérieur du fronton triangulaire est inscrite la date d’achèvement de l’édifice (1904). L’intérieur présente une certaine monumentalité : après un porche dans-œuvre surmonté d'une verrière, on accède à un vestibule à l’italienne très ornementé, surmonté lui aussi d’une verrière zénithale réalisée par Bériot Frères (Tourcoing). Au sol subsistent quelques fragments d'une mosaïque réalisée par l'entreprise roubaisienne Coilliot.

Les bains publics

Les bains publics sont localisés de part et d’autre du bâtiment d’entrée, dans deux ailes avec retour à un étage carré. Des cours intérieures permettent l’éclairage de toutes les cabines de bain au nombre total de soixante-quatre dans le projet. Les femmes se voient attribuer le rez-de-chaussée et les hommes le premier. L’aile sud accueille les bains « de baignoires à prix réduits » (dix-huit cabines femmes + dix-huit cabines hommes, à cinquante centimes le bain simple en 1904) et l’aile nord les bains « de baignoire de luxe » (quatorze cabines femmes et quatorze cabines hommes, à un franc le bain simple). On y trouve à chaque étage un local d'hydrothérapie (accès à 1,50 francs) : grande salle de douche, salle de sudation, salle de vapeur, salle de massage et salles de repos. Le matériel est fourni par l'entreprise parisienne Émile Guesnier. L’ordonnancement de la façade sur rue, très régulière, ne laisse pas percevoir cette séparation des publics mais correspond à la succession des cabines de bains, chacune pourvue d’une fenêtre simple surmontée d’un arc en anse de panier. Le projet de 1899 propose un rythme différent avec des fenêtres jumelées.

Seul le premier étage de l’aile nord - la section de luxe pour hommes - abrite plusieurs cabines d’origine, parfois encore équipées de leurs baignoires. Ces cabines sont carrelées et séparées par des cloisons en menuiserie garnies d’un double vitrage en verre tramé opaque, entre les feuilles duquel circulaient les conduites d’eau. À l'extrémité nord du couloir est encore disposé un grand miroir. Le service d’hydrothérapie a été depuis remanié de façon afin de pouvoir accueillir des groupes mais l’ancienne distribution reste lisible au sol grâce au carrelage. Des cabines de douches individuelles plus récentes, datant probablement des années 1960, sont visibles au rez-de-chaussée de l’aile gauche.

Locaux et installations techniques

Dans la continuité de chaque aile, en léger avant-corps sur la rue, s'élèvent deux corps de bâtiment. Chacun est pourvu d'une cour intérieure couverte par une charpente métallique vitrée. Le bâtiment de gauche accueille le logement du gardien. À droite, le corps de bâtiment, à vocation technique, permet d'entreposer le charbon et donnait accès au sous-sol.

Dans le projet de 1899 le bâtiment technique de droite doit accueillir la chaudière mais il est décidé d'augmenter la capacité et d'équiper la piscine de deux chaudières tubulaires de chacune 100 m² de surface de chauffe. Pour se conformer aux normes de sécurité, les chaudières sont finalement installées dans un bâtiment ad hoc, encore partiellement en place, situé dans la cour ouest. C'est donc là qu'est également érigée la cheminée, aujourd'hui disparue.

Le sous-sol est scindé en deux grands espaces disposant chacun d'une cour vitrée à charpente métallique, apportant lumière et ventilation. Il accueille une grande partie des équipements techniques. Au sud se trouve une salle des machines comportant notamment des installations électriques, un réservoir à eau chaude garni de serpentins destiné à chauffer l'eau du bassin, et la machine à vapeur, d'une puissance de cinquante-deux chevaux (entreprise Masure Deltour Fils, Tourcoing). Celle-ci est reliée aux chaudières par un passage en ciment armé construit sous le bassin de natation. Au nord se trouve le lavoir, destiné à l'entretien du linge de bain (serviettes, peignoirs…). Il est équipé d'une lessiveuse-laveuse, d'une essoreuse et d'un séchoir à tiroirs. Deux réservoirs en ciment armé récupèrent les eaux pluviales à destination de la salle des machines et du lavoir.

L'établissement comporte également trois réservoirs à eau chaude spécifiquement destinés aux bains publics et un filtre automatique traitant l'eau du bassin, d'une capacité de 15 m3 par heure (Société des filtres automatiques, Paris). L'école de natation est entièrement éclairée à l'électricité (entreprise Degryse).

Le bassin de natation

Le bassin, construit dans un bâtiment parallèle à celui des bains publics, mesure quarante-huit mètres de longueur sur dix mètres cinquante de largeur avec une profondeur d'un mètre au sud (petit bain) et de trois mètres au nord (grand bain). Aujourd’hui très remanié, il est cependant parfaitement bien documenté par les archives.

Accessible depuis le sous-sol, le bassin est entouré d'un mur de brique qui cache malheureusement sa structure. Celle-ci, d'après les archives, est en béton armé système Hennebique et est élaborée conjointement par Edmond Philippe et par l'entrepreneur roubaisien Dhalluin, concessionnaire Hennebique.

Moyennant quarante centimes, on accède directement au bassin de natation depuis le bâtiment d’entrée, muni de son linge de bain. Les longueurs du bassin sont bordées de 188 cabines sur deux étages. Les cent cabines du premier étage sont ajoutées au projet initial, ce qui nécessite un renforcement des galeries en fer. Preuve d’un fonctionnement totalement indépendant de celui des bains publics, on trouve dans l’angle nord-ouest un service d'hydrothérapie autonome avec salle de douche, vapeur, massage et sudation. Il permet en outre un accès à la douche. Il est encore visible actuellement, quoique remanié. De l'autre côté du bassin, dans l'axe de l'entrée, est installé un restaurant-buvette, aujourd'hui disparu. Donnant sur un jardin en cœur de parcelle avec un accès indépendant par la rue de la Bienfaisance, il est constitué d'une cuisine au sud et d'une salle au nord et est équipé d'une cuisinière et de deux pompes à bière.

Ayant la physionomie d'une halle industrielle, le bâtiment du bassin est couvert d’une charpente métallique en carène lambrissée de bois, le bois ayant été ajouté pour éviter le ruissellement de l'eau de condensation. Un lanterneau vitré assure un éclairage zénithal.

Par son ornementation, le bassin se rattache, comme beaucoup de ses contemporains, à une architecture de loisirs et d’agrément. Au nord, côté petit bain, est installé un rocher artificiel agrémenté de plantes et d'une cascade, conçu par l'architecte paysagiste tourquennois Émile Ponthieu. La cascade, décorative, sert à l'apport d'eau chaude tout en permettant de chasser les impuretés vers le trop-plein. Au sud, côté grand bain, sont disposés des plongeoirs. Au centre, le bassin est enjambé par une passerelle métallique à garde-corps. Pourvue d’escaliers permettant d’entrer graduellement dans l’eau, elle permet également une meilleure distribution des locaux situés de l’autre côté du bassin. Cette passerelle disparaît rapidement, peut-être par incompatibilité avec une pratique plus sportive de la nage et surtout du water-polo.

  • Murs
    • brique maçonnerie brique émaillée
  • Toits
    verre en couverture, métal en couverture, matériau synthétique en couverture
  • Plans
    plan rectangulaire régulier
  • Étages
    sous-sol, 2 étages carrés, 1 vaisseau
  • Couvrements
    • charpente métallique apparente
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • verrière toit en carène lanterneau
    • toit à longs pans pignon couvert
    • croupe
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour
  • État de conservation
    désaffecté, remanié
  • Techniques
    • sculpture
    • fonderie
  • Représentations
    • blason
  • Précision représentations

    Le blason de Tourcoing, sculpté en bas-relief, surmonte le sommet de la croisée médiane de l'avant-corps central et figure en ferronnerie sur la grille d'entrée.

  • Statut de la propriété
    propriété publique

Le présent dossier d'urgence a été rédigé par l'Inventaire du patrimoine culturel des Hauts-de-France à l'occasion de ces importants travaux.