Description
La maison est bâtie à front de rue, alignée avec ses voisines. Son plan en L est visible sur les vues aériennes de l'IGN : la partie habitation est prolongée d'une aile à l'arrière d'une aile en retour d'équerre. L'arrière de la maison s'ouvre sur une petite cour.
L'immeuble est couvert par une toiture en ardoise à longs pans brisés avec un pureau marqué et s'achève par un coyau. Situées symétriquement par rapport à l'axe central de la façade, deux lucarnes à fronton en plein cintre percent le brisis. L'aile arrière s'achève par un pignon couvert. La maison, qui compte un étage carré et un étage de combles, est construite en briques posées en appareil picard. Le soubassement à ressauts est enduit en béton. Compte tenu de la déclivité de la rue, la partie gauche de la maison est de plain-pied, mais celle gauche est en rez-de-chaussée surélevé et l'accès à la porte d'entrée (initialement située dans la travée de droite de la partie habitation) se fait par un degré en pierre bleue. L'élévation s'achève par une frise de carreaux de faïence à motifs de rinceaux dans des tons ocres beige et brun. Enfin, une corniche sommitale de modillons cubiques soutient le chéneau.
Côté gauche, les baies du premier et du second niveau sont de taille identique et alignées, tandis que sur la partie droite, l'ancienne vitrine occupe la largeur de deux travées. Elle est d'ailleurs soulignée par un léger avant-corps. L'ancienne porte du magasin, aujourd'hui condamnée, a la même largeur que la baie située au-dessus. Le rythme des baies dessine ainsi une élévation ordonnancée sans travées.
Toutes les baies sont encadrées par une archivolte en brique posée en boutisses couchées qui dessine un chambranle à crossettes. Au premier niveau, ce dernier s'achève par une goutte. Tous les arcs sont interrompus par une agrafe trapézoïdale en béton. Au premier niveau, elle présente une forme de console enduite en ciment. Si la partie supérieure (un rectangle dont le centre est évidé) est identique pour toutes les baies, la partie inférieure est décorée d'un triglyphe au-dessus des fenêtres et d'une surface bouchardée au-dessus des portes. Les agrafes du second niveau sont toutes en pointes de diamant. La grille Art nouveau qui protège l'ancienne vitrine est un ajout contemporain, fabriquée par la fonderie du Val d'Osne (Haute-Marne), à l'identique de celle existant auparavant (information communiquée par le propriétaire).
Le premier et le second niveau sont séparés par une corniche en brique. Chaque plein de travée est occupé par un bandeau de carreaux de faïences à motifs floraux de couleurs vives. Un cordon larmier enduit en béton réunit toutes les baies du second niveau.
Analyse
La maison fait partie des rares maisons associant à la fois décors de briques rappelant des motifs architecturaux et frises de carreaux de faïence. Seules quatre maisons présentant ces caractéristiques ont été repérées au Quesnoy pour cette étude. Comme pour les autres maisons du groupe, les décors de maçonnerie en brique sont visibles au-dessus des arcs des baies tandis que les décors de carreaux de faïence sont situés dans les pleins de travées entre les niveaux (posés en panneaux), et sous le chéneau (posés en frise). Elle est cependant la seule à présenter une grille aux motifs végétaux typique de l'Art nouveau.
L'élévation à deux niveaux est typique du XIXe siècle, tout comme l'ordonnancement à travées (particulièrement visible sur la partie gauche de la façade). La toiture brisée est plus rare, et plutôt associée au bâti du XVIIIe siècle. On peut en déduire que cette maison et magasin de commerce, construite au début du XXe siècle, a repris le gabarit des maisons qui occupaient précédemment la parcelle. Elle est également un point de rupture dans le gabarit des maisons qui bordent le flanc sud de la place Leclerc : celles situées à sa droite comptent trois niveaux tandis que, comme elle, celles situées à sa gauche n'en comptent plus que deux.
La maison offre en outre la particularité d'associer une habitation et un commerce - non l'un au-dessus de l'autre comme c'est le cas des autres maisons à boutique du Quesnoy -, mais l'une à côté de l'autre. C'est le seul exemple repéré ici de cette organisation.
Le soin apporté aux détails de la décoration, visible par exemple dans le traitement différencié des agrafes ou l'insertion des tapis et frises de carreaux de faïence est une indication du statut plutôt bourgeois du propriétaire.
Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France, depuis 2010.