Dossier d’œuvre architecture IA59005869 | Réalisé par
Girard Karine (Rédacteur)
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France, depuis 2010.

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  • inventaire topographique, Le Quesnoy centre
Maison de maître
Œuvre repérée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes du Pays de Mormal
  • Commune Le Quesnoy
  • Adresse 5 rue Brancion
  • Cadastre 2024 OE 02  ; 1897 E 846, 847 parcelle 846 : jardin d'agrément parcelle 847 : maison ; 1817 E 659, 660

Aucune archive ne permet de documenter la construction de la maison. Les plans établis depuis le XVIe siècle montrent que la rue Brancion est déjà bâtie. Mais ils ne disent rien de l'aspect du bâtiment et n'apportent donc pas d'éléments de datation du bâti. Les cadastres et états de sections de 1817 et 1897 fournissent uniquement des informations sur l'emprise au sol du bâti sur la parcelle, parfois sa fonction, ainsi que sur le propriétaire. Ainsi, en 1817, la maison et le jardin appartiennent au baron Decarondelet qui y habite et en 1897, l'ensemble est la propriété d'un inspecteur des forêts.

Sur le cadastre de 1817 - le premier à relever l'occupation des parcelles avec précision, la maison apparait déjà avec un plan identique à celui de 1897 : une maison à front de rue de plan en U, avec deux ailes arrière en retour d'équerre de largeur différente enserrant une cour, qui se poursuit encore par un grand espace non bâti que l'état de section de 1897 indique être un jardin d'agrément. Cependant, la juxtaposition des deux cadastres montre qu'entre 1817 et 1897, l'aile gauche semble avoir été épaissie en empiétant sur la cour, et l'aile droite avoir absorbé une partie de la parcelle voisine et de la maison qui s'y trouvait (appartenant à un capitaine en retraite). Cette agrandissement a sans doute occasionné la modification de la façade.

La porte cochère, matérialisée par un X superposé au bâti sur le cadastre de1897, est contigüe à l'aile en retour d'équerre gauche. Le cadastre de 1817 ne matérialise pas les portes cochères et, bien que cela soit probable, il n'est donc pas possible d'affirmer avec certitude que celle-ci existait déjà avant la fin du XIXe siècle. La date de 1580 portée sur la clef de voûte, tout comme le chapiteau typique de la fin du XVIe siècle qui coiffe le montant de la porte, ne constituent pas des éléments de datation fiables pour dater la maison : ils peuvent, certes, dater de l'origine de la maison et être restés en place tout au long des siècles, mais ils peuvent tout aussi bien avoir été remployés lors des modifications successives de la maison.

La comparaison avec le cadastre actuel montre que l'occupation au sol est identique aujourd'hui à ce qu'elle était à la fin du XIXe siècle.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 16e siècle , porte la date
    • Principale : 2e moitié 18e siècle , (incertitude)
    • Principale : 2e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1580, porte la date

Description

Côté rue

La maison est construite à front de rue. Les murs en briques posées en appareil picard et badigeonnées reposent sur un soubassement en moellons de grès. La toiture brisée en ardoise s'achève par un chéneau. Elle est percée de quatre lucarnes à fronton. La façade, qui s'organise en deux niveaux et cinq travées, n'est pas ordonnancée car la porte cochère, unique accès au bâtiment, n'est pas située dans la travée centrale de la façade.

Les baies, entièrement en brique, sont couvertes par un arc segmentaire sur lequel est venu se superposer un chambranle en bois. Ce dernier, composé d'un linteau mouluré et d'un appui, également mouluré et reposant sur deux petits corbeaux, sert de support pour les gonds des persiennes.

Des fers d'ancrage en frome de X épaté autour d'une épaisse tige centrale sont visibles au niveau des plafonds des deux niveaux.

La porte cochère, entièrement entourée d'une chaine harpée en grès, est couverte par un arc surbaissé. La clef est une pierre gravée des mots "SOIONS EN PAIX 1580" sur un blason sans décor. La date de 1580 ne correspond à aucun traité de paix et est sans doute relative à la date de construction de la maison. La phrase est peut-être un appel à la paix dans une région frontalière où les conflits entre souverains rivaux sont nombreux.

Le chapiteau qui achève le montant de la porte est décoré d'un motif héraldique de deux chimères adossées autour de ce qui ressemble à un gland en partie haute et des feuilles de chênes en partie basse (rappel de l'arbre symbole du Quesnoy ?).

Côté cour

Comme la partie sur rue, l'aile d'habitation (à gauche depuis le jardin) compte également un étage carré et une toiture brisée percée de lucarnes à fronton. Un œil-de-bœuf est également visible dans l'axe de l'aile des communs. À l'extrémité de l'aile d'habitation, les lucarnes dernières sont situées au droit de chaque travée. La travée la plus à gauche, qui correspond sans doute à l'extension réalisée lors de l'annexion de la parcelle voisine dans le courant du XIXe siècle, est soulignée par deux pilastres s'achevant par un chapiteau à ressauts. Au-dessus de la grande baie vitrée, création contemporaine, les portes-fenêtres sont entourées d'un large chambranle à cru mouluré, dont l'arc segmentaire est interrompu par une agrafe décorée de glyphes. Pour les autres façades sur cour, les baies sont identiques à celles de la façade sur rue. Elles ne sont pas organisées en travées.

Au centre de la façade sur cour de l'aile d'habitation, une porte piétonne permet d'accéder aux pièces de monstration. Elle est surmontée d'un tympan décoré d'une table rentrante, à son tour couronnée d'une corniche moulurée décorée de denticules. Elle marque également une rupture dans l'alignement du mur, dont toute la partie vers le jardin est en retrait par rapport au reste du bâti. Au second niveau, cette partie de l'aile porte la trace d'une baie, aujourd'hui bouchée.

À droite de la porte cochère, le bâtiment des communs compte un rez-de-chaussée et un étage de combles. Comme la partie habitation, il est couvert par une toiture brisée percée de lucarnes à fronton. Aucune des baies (une porte cochère couverte par un linteau, une porte piétonne et trois fenêtres couvertes par un arc segmentaire) n'est soulignée par un chambranle en bois.

Pour toutes les façades sur la cour, l'élévation s'achève par une corniche à ressauts en brique soutenant le chéneau, dont le bandeau central porte une frise de denticules. On y retrouve également des fers d'ancrage identiques à ceux de la façade sur rue.

L'intérieur

Trois pièces présentent des traits architecturaux remarquables. La première est la pièce sur rue, qui a conservé des plafonds peints, des lambris décorés de motifs végétaux et géométriques en léger relief, et des portes peintes reprenant le motif floral du plafond. Elle peut être datée du milieu du XIXe siècle (style Napoléon III). Cette pièce, qui donne directement sur le passage couvert de la porte cochère (aujourd'hui transformé en hall), servait sans doute à l'accueil des visiteurs.

La seconde, en enfilade de la première pièce et aujourd'hui occupée par un salon, a conservé un plafond où les moulures dessinent des caissons irréguliers, et des poignées de porte avec leur plaque de propreté à motifs néo-gothiques (lancettes). Ces caractéristiques permettent d'avancer une datation dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le rétrécissement ébrasé de la cheminée recouvert de carreaux de faïence de cette pièce date lui plutôt des années 1920. Il est sans doute contemporain de la grande salle à manger qui jouxte le salon, dont il est séparé par une porte vitrée à double battant décorée de vitraux. Ces derniers, composés de deux panneaux (un petit en partie haute et un grand en partie basse) présentent des motifs végétaux très stylisés (palmettes, fleurs en bouquet) associés à des formes géométriques. Toutes ces formes sont en verre jaune et réhaussées de lignes blanches. Les motifs sont réalisés dans du verre lisse et sont insérés dans un fond en verre translucide blanc décoré de petits motifs répétitifs obtenus par laminage. Ces verres dichroïques ont la particularité de présenter des teintes différentes en fonction de l'orientation de la lumière qui les traverse. Ainsi, ils paraissent jaunes côté salon, mais blancs côté salle à manger.

La dernière pièce est la salle à manger, grand espace de réception. La pièce est entièrement couverte par une verrière décorée au centre, aux angles et en bordure, de motifs végétaux : fleurs, tiges, feuilles... dans un style qui marie Art nouveau (ligne "coupe de fouet" des tiges) et Art déco (fleurs très proches des roses Art déco imaginées par Paul Iribe ou de celles mises en œuvre dans ses vitraux par Charles Rennie MackIntosh). Les murs de la salle sont rythmés par des potences aux bord moulurés, réhaussées de baguettes aux extrémités pattées. Elles supportent des plafonniers métalliques en forme de fleur. À l'extrémité de la pièce vers la rue, des pans coupés sont occupés par des placards encadrant un grand miroir. Les panneaux sont décorés de tables affleurées et, au-dessus du linteau, des motifs en reliefs moulurés (crosses, lignes horizontales, gouttes, bagues...) viennent surmonter le cadre des portes. Ces motifs se retrouvent également, bien que simplifiés, dans l'encadrement et les panneaux inférieurs des portes donnant dans le salon et dans la cuisine. Cette dernière porte présente une imposte vitrée décorée des mêmes motifs que celle entre le salon et la salle à manger. Enfin, une cheminée engagée occupe le centre du mur en face de la porte de communication avec le salon. Le manteau en bois déborde largement de la cheminée pour encadrer un grand miroir, proposant ainsi deux tablettes. Il reprend les motifs décoratifs des potences et des dessus de porte, tandis que l'association de motifs végétaux et de cercles du devant de cheminée en cuivre rappellent plutôt les motifs des vitreries des portes.

Analyse

Tout en présentant une organisation générale plutôt typique du XVIIIe siècle (plan en U, grande porte cochère mais pas de porte piétonne), la maison porte les traces de nombreuses époques de construction. Ainsi, les éléments de la porte cochère (clef et chapiteau du montant), cohérents entre eux, datent vraisemblablement du XVIe siècle, mais ont sans doute été réutilisés dans les constructions ultérieures : le traitement de la pierre de la clef n'est pas identique à celui des autres pierres de l'encadrement de la porte (bouchardée et bords lisses pour la clef, sans bords et portant des traces de layures pour les autres), le bois du chapiteau ne correspond pas au bois du reste de la porte... La couverture par une toiture brisée percée de lucarnes et le soubassement en moellons de grès sont plutôt typiques du XVIIIe siècle, et ont sans doute été prolongés sur la partie sud de la maison lors de son extension au cours du XIXe siècle. Côté cour, la frise de denticules qui achève l'élévation est, au Quesnoy, typique de la seconde moitié du XIXe siècle.

À l'intérieur, la maison présente également plusieurs époques. L'actuel bureau et le salon datent sans doute du milieu du XIXe siècle, tandis que l'association dans la salle à manger de formes Art nouveau et Art déco permet de proposer, pour cette pièce, une datation dans les années 1920.

Comme pour les autres maisons de maître, les baies sont organisées en travées. Et, si avec ses cinq travées, la maison fait, extérieurement, partie de la moyenne des maisons de maître, les deux ailes en retour d'équerre à l'arrière ainsi que la grande surface du jardin la font rentrer dans la catégorie des grandes maisons bourgeoises. Elle partage avec deux autres maisons le fait de ne posséder qu'une porte cochère pour accéder au logis (5, rue de l'Aulette, 20, place Leclerc) et avec treize autres (dont neuf datées du XVIIIe siècle) le soubassement en moellons de grès. La façade badigeonnée se retrouve sur six autres maisons. Il est cependant difficile de dater cet aspect puisque cette pratique est contemporaine de l'utilisation de la brique en maçonnerie, et a parfois été mise en œuvre sur des façades dans les années 1960.

L'encadrement de la porte la démarque cependant des autres maisons de maître. De manière générale, les chaines harpées dans les pieds droits sont rares : deux maisons pour les baies (13-15, rue George-V et 24, place Leclerc) et trois pour les portes (1, rue de la Couronne où la chaine est partielle, 2, rue Couronne et 19, rue Nouvelle-Zélande où il s'agit d'une porte neuve en pierre bleue). Elle est de plus la seule à développer ce motif sur l'arc de la porte.

  • Murs
    • brique maçonnerie
    • grès moellon
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan régulier en U
  • Étages
    1 étage carré, étage de comble
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans brisés
  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée

Documents d'archives

  • AD Nord. Série P ; sous-série 35 : 35 P 1116. Département du Nord, Arrondissement d'Avesnes, Justice de paix du Quesnoy, Commune du Quesnoy : Section E dite de la ville, tableau indicatif des propriétaires, des propriétés foncières et de leur contenance, 1817 [état de section].

  • AD Nord. Série P ; sous-série 35 : 35 P 1121. Département du Nord, Arrondissement d'Avesnes, canton de Le Quesnoy est et ouest, Commune du Quesnoy : Section E dite de la ville, tableau indicatif des propriétaires, des propriétés foncières et de leur contenance, 1897 [état de section].

Documents figurés

  • Ville du Quesnoy - Plan cadastral napoléonien, feuille unique, levé en 1817. Section E, 1ère partie (AD Nord ; P31-761).

  • Le Quesnoy, plan cadastral napoléonien de 1897. Section dite de la ville, en trois feuilles, 2ème feuille (AD Nord ; P31-761).

    AD Nord : P31-761
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Girard Karine
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France, depuis 2010.

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