Dossier d’œuvre architecture IA80001240 | Réalisé par
Justome Elisabeth
Justome Elisabeth

Chercheur à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Picardie de 2002 à 2006, en charge du recensement du patrimoine balnéaire de la côte picarde.

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  • patrimoine de la villégiature, La Côte picarde
La station balnéaire de Mers-les-Bains
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Ministère de la culture - Inventaire général
  • (c) Département de la Somme
  • (c) SMACOPI
  • (c) AGIR-Pic

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bresle Yères - Ault
  • Commune Mers-les-Bains

Au milieu du 19e siècle, le village de Mers est accroché aux coteaux nord de la commune, près de l'ancienne église paroissiale [fig. 1 et 6]. Au pied de la falaise, une digue de galets sépare la mer d'un espace marécageux et désert, caractérisant la zone sud de la commune, nommée les Mailleuls [fig. 1]. Sur la plage, un fortin protège la côte depuis 1802, afin de protéger le pays des incursions anglaises [fig. 7 et 8]. Deux fortins identiques se trouvent sur le territoire du Tréport, sur la rive gauche de la Bresle et à proximité de la jetée ouest. Le fortin de Mers est déclassé par la loi du 31 décembre 1875 et remis le 6 septembre 1878 à l'administration des Domaines, démoli en 1882. En 1874-1876, le corps de garde dépendant de l'ancienne batterie de Mers est vendu aux enchères par le Domaine, racheté par la commune de Mers pour 437 francs, afin de le détruire et laisser place à une rue prévue sur les plans du premier lotissement. Le bâtiment, dans un état de vétusté et de délabrement complet était construit 'en moellon de placage, couvert en tuile' [fig. 14]. Aux installations défensives succèdent progressivement les installations liées à la pratique des bains de mer, à l'image de ce qui existe déjà au Tréport, située de l'autre côté de la rivière de la Bresle. Dès 1844, un certain Nicolas Cormont, médecin spécial de l'administration des douanes travaillant au Tréport, demande à la commune de Mers l'autorisation d'implanter une habitation sur la digue de galets, consistant en une auberge, construite près de la gare actuelle (source : AD Somme, 99 O 2589). Dès 1858, la commune de Mers revendique la propriété de cette digue pour pouvoir établir un établissement de bains. L'emplacement du quartier balnéaire actuel est alors nommé, très précocement, 'nouvelle ville' ou de 'nouveau quartier'. Aux projets municipaux s'ajoutent les projets privés : en 1862, un certain Jean Lefranc, propriétaire à Paris, demande la concession d'un terrain communal, place de l'Herbette (ancienne rue Brûlée, actuelle rue Jean-Baptiste Cava) afin d'y construire un établissement de bains (AD80, 99 O 2589). Le nombre de baigneurs allant en s'accroissant justifie la construction en 1866 de l'Hôtel de la Plage (actuelle rue Roger-Salengro) pour un certain François Féron, suivi par la construction de l'Hôtel des Bains dans les années 1870 par Bachelier (actuelle rue Marcel-Holleville). Quelques maisons de villégiature sont construites à flanc de coteau, sur les hauteurs du bourg [fig. 15], détruites au cours de la Seconde Guerre mondiale ou suite aux effondrements de la falaise. La 'maison Dufour' est une de ces premières maisons élevées sur ces mêmes coteaux. Vers 1868, un premier casino est élevé sur la plage. La commune se développe surtout à partir de 1873, lorsque le chemin de fer arrive dans la commune voisine du Tréport. Cette dernière reçoit déjà des baigneurs depuis quelques décennies, et son extension urbaine se trouve limitée par la présence de la mer à l'ouest et celle des falaises, à l'est. La municipalité de Mers perçoit très rapidement l'intérêt de lotir des terrains improductifs nommés Les Mailleuls. Ces espaces marécageux, en contrebas de la digue naturelle de galets, reçoivent des animaux en pâture, non loin de parcs à huîtres et de chantiers de construction de bateaux. A partir de 1874, date de création du premier lotissement, au nord de la digue, jusqu'en 1896, date de création du dernier lotissement, au sud, se développe le quartier balnéaire, situé entre la plage et la route nationale. Une des premières constructions est la maison de la marquise de Fontenille qui se fait construire une maison en front de mer entre 1876 et 1877, actuellement englobée dans l'hôtel Bellevue (AD Somme, 45J92). Parallèlement à ce quartier de villégiature, celui du bourg se densifie, les maisons anciennes sont remplacées par des constructions neuves, à des fins locatives ou résidentielles et dont la morphologie est inspirée de celles du quartier balnéaire. Le quartier du Dépôt voit le jour, investi par les nombreux cheminots en exercice à la gare du Tréport-Mers, qui assure le transport des voyageurs et des marchandises. Au plus près de la Prairie et de la route nationale, quelques maisons de villégiature ou de rapport sont édifiées. Le nombre de constructions prend un essor considérable entre la fin du 19e siècle et la première décennie du 20e siècle : alors qu'en 1882, on ne dénombrait que 102 maisons, on en compte 1058 en 1912 [fig. 24]. Afin de répondre aux besoins des estivants, des commerces sont construits le long des voies principales (avenue du Maréchal-Foch, place du Marché), de même que des hôtels de voyageurs sont édifiés dans le quartier balnéaire. Afin de pousser les élus locaux à accompagner la mutation du village en station balnéaire, le Syndicat des propriétaires de Mers est fondé en 1886 (source : P.V. des assemblées générales). La municipalité entreprend des aménagements propices au développement de la station : le tramway reliant Eu au Tréport (Seine-Maritime) est déclaré d'intérêt public le 24 juillet 1899. Les travaux débutent le 15 avril 1900, la ligne est inaugurée le 31 mai 1902. Le 10 juillet 1904, le tramway rejoint Mers-les-Bains, par le pont tournant, le terminus se trouvant à la limite des deux villes, avenue du Maréchal-Foch. En 1909, la ligne est prolongée jusqu'à la Prairie. Le service est assuré jusqu'en 1939, supplanté par l'automobile et les autobus. En 1893, l'eau courante est mise en place (source venant d'Eu). Dès la fin du 19e siècle, l'éclairage des rues est assuré grâce à l'usine à gaz implantée au Tréport, et en 1923, les rues sont éclairées à l'électricité (le projet courait depuis 1913). En 1930, un réseau souterrain de lignes téléphoniques est établi (source : AD Somme, 99 O 2594). Les améliorations vont jusqu'à la construction d'un chalet de nécessité en 1897-1898, ouvert au public du 1er juin au 30 septembre, accessible pour 0,10 centimes [fig. 5]. La Prairie est un espace resté libre entre la quartier du Dépôt et le quartier balnéaire, où les animaux sont laissés en pâture : en 1904, un arrêté municipal interdit cette pratique entre juin et septembre, le temps de la saison (source : Falkman). En 1893, un lotissement municipal est projeté, mais ne voit jamais le jour, à la suite des protestations des éleveurs [fig. 2 et 3]. Au cours de la Première Guerre mondiale, la station n'est pas directement touchée par le conflit, mais elle héberge des réfugiés du Nord de la France et de Belgique, puis des convalescents et des troupes au repos au sein des hôtels de voyageurs, du casino. La ville devient ensuite un centre logistique : des vêtements sont confectionnés dans le casino, près de Blingues est installé un camp d'instruction anglais pour la manoeuvre des tanks (l'un d'eux sera offert à la ville de Mers après guerre), avec installation de baraquements. Ancêtre de l'aérodrome, un champ de manoeuvre est installé. Pendant l'entre-deux-guerres, certaines dents creuses résiduelles sont comblées dans les lotissements, avec notamment la construction de l'hôtel Astoria (rue Sadi-Carnot). La commune se développe vers l'est, en marge de la station balnéaire, avec la création du lotissement Desjonquières en 1924 puis 1927, afin de loger les ouvriers de l'usine (AD Somme : 99 O 2597). En 1931, un terrain de sports est construit dans la Prairie, face à la rue Paul-Viguier, d'après les dessins de Gélis, architecte à Paris (source : AD Somme, 99 O 2592). Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la station est occupée par l'armée allemande : la plage est interdite, les maisons réquisitionnées. Le front de mer est muré, de même que les maisons. A la Libération, un certain nombre de constructions sont détériorées en façade et beaucoup sont vidées de leurs planchers.

  • Période(s)
    • Principale : 19e siècle
    • Principale : 20e siècle

La station de Mers-les-Bains a englobé le quartier plus ancien du bourg et s'est diffusée vers le quartier du Dépôt, où des maisons ont été construites par des 'étrangers', même si le quartier balnéaire, le plus proche de la mer en reste le coeur. Il est pourtant indéniable que de nos jours, les activités commerciales restent en marge de ce quartier de villégiature : autant les quartiers du Bourg et du Dépôt se sont développés grâce à la croissance balnéaire, autant le quartier balnéaire reste tributaire de ces quartiers, ce qui montre leur complémentarité.