Dossier d’œuvre objet IM62003985 | Réalisé par
Girard Karine (Rédacteur)
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France.

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Riboulleau Christiane (Contributeur)
Riboulleau Christiane

Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, région Hauts-de-France jusqu'en 2022.

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  • patrimoine de la Reconstruction
  • enquête thématique régionale, La première Reconstruction
  • mobilier et objets religieux
Ensemble des cinq verrières historiées du chœur de l'église Saint-Nicolas de Bapaume : la Trinité et scènes de la vie du Christ
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes du Sud-Artois - Bapaume
  • Commune Bapaume
  • Adresse Église paroissiale Saint-Nicolas , rue de l'Église
  • Emplacement dans l'édifice choeur (baies 100 à 104)
  • Dénominations
    verrière
  • Titres
    • Trinité (la)
    • Scènes de la vie du Christ
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

La comparaison des verrières avant la Première Guerre mondiale et après-guerre montre que leur nombre a diminué pour passer de sept à cinq et qu'il n'y a pas de reprise du programme iconographique d'avant-guerre. D'une juxtaposition de vitraux qui n'ont comme point commun que leur lien avec des évènements ponctuels de l’histoire de Bapaume, on passe à un cycle iconographique cohérent qui relate toute la vie du Christ depuis sa naissance jusqu'à sa Résurrection ainsi que la Trinité. Certains épisodes pourtant importants comme la fuite en Égypte, la montée au calvaire ou la Crucifixion ne sont pas représentés car ils figurent dans le cycle consacré aux Sept douleurs de la Vierge qui occupe les baies de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié située juste à côté du chœur.

La composition des vitraux illustre la grande maîtrise des sujets religieux de Joseph Benoit, qui fait figurer autour de la scène centrale de nombreux détails tirés des évangiles : vases de parfum pour l'embaumement dans les mains des Saintes Femmes de la Résurrection, apôtres endormis pendant la dernière nuit au Mont des Oliviers... Ainsi, dans la baie consacrée à la Trinité, l'iconographie choisie pour le Saint-Esprit est fréquente du 14e au 16e siècle mais quasiment absente des vitraux modernes. De même, si au Moyen-Age l’Église et la Synagogue sont l’allégorie du christianisme et celle du judaïsme aveuglé qui n’a pas reconnu la divinité de Jésus, il faut plutôt ici y voir le passage du Judaïsme au Christianisme et de l’ancienne Loi à la nouvelle. D’ailleurs, la Synagogue tient les Tables de la Loi remises par Dieu à Moïse, tandis que l’Église, au lieu de tenir son habituel calice, pose la main sur l’Évangile. Il ne s'agit donc pas d'une présentation critique du judaïsme mais une illustration de la progression de la foi juive vers celle chrétienne, métaphore du passage d'une religion à une autre. De même, l'interprétation du vitrail de la Résurrection pose question : sans avoir pu retrouver le détail du programme iconographique, il est difficile de savoir si les ressuscités qui occupent la droite du vitrail sont les "bons" qui ont eu foi en Jésus et le retrouvent après la mort, ou si ce Christ ressuscité glorieux qui occupe le centre de la composition est celui de la Parousie (ou second avènement) où le Christ "revient dans la gloire, pour juger les vivants et les morts".

Comme toujours dans les vitraux de Joseph Benoit, les compositions sont très théâtralisées. Elles sont organisées autour du personnage central qui donne le thème du vitrail et autour duquel sont répartis, selon une perspective hiérarchique, les personnages secondaires de l'épisode biblique raconté dans la verrière. Les costumes mélangent représentation historique fidèle (casques et cothurnes des légionnaires romains) et costumes orientaux (juifs du jugement de Pilate) ou médiévaux (paysans de l'adoration des bergers) tels qu'ils apparaissent dans l’iconographie médiévale. Les gammes colorées sont similaires dans toutes les verrières : bleu du manteau de la Vierge ; rouge du manteau du Christ et vert pâle de sa toge ; orange, vert, violet, rose des vêtements des autres protagonistes. Dans les verrières où il est présent (seule la Trinité n'en n'a pas), le ciel n’est pas traité de manière naturaliste : des volutes violettes ou bleu occupent le haut des lancettes. Les éléments de décors en revanche sont assez réalistes : muraille entourant Jérusalem du jugement de Pilate (et qui existent encore aujourd'hui), mangeoire de l'étable de l'adoration des bergers, tapis aux pieds de Pilate. Dès lors qu'il s'agit de représenter des hommes, les expressions des visages (tristesse des Saintes Femmes au tombeau, colère des juifs du jugement de Pilate) ou les mouvements des corps (apôtres endormis au jardin des oliviers, soldats effrayés devant le tombeau, inclinaison des corps des bergers et des rois mages devant le Christ) sont très naturalistes. Ce n'est plus le cas des personnages qui symbolisent des entités comme l’Église ou la Synagogue, représentées de manière très hiératique, attitude soulignée par le tombé très vertical des vêtements.

La reprise des cartons créés en 1934 pour restaurer les verrières détruites pendant la Seconde Guerre mondiale explique qu'il n'y ait pas de différences de styles ni de couleurs entre les différentes verrières du chœur bien qu'elles aient vingt ans d'écart.

Dans L’Écho de Bapaume de décembre 1933 le curé de la paroisse consacre un long développement aux vitraux prévus pour le chœur et la chapelle Notre-Dame-de-Pitié. Inspirés de ceux de Sains-les-Marquions "d'une belle ordonnance, d'une richesse de coloris qui captivent et retiennent longuement le regard en même temps qu'ils portent à la piété. De style classique, ces vitraux sont traités par des procédés modernes. Avec des couleurs parfaitement harmonisées, une grande noblesse de visages et de mouvement, ils sont compréhensibles pour tous. (...) J'ai fait appel au même artiste, le Maître Verrier Joseph Benoit de Nancy, qui m'a promis de faire mieux encore qu'à Sains-les-Marquions." Il ajoute compter sur les dons des paroissiens "qui devront se montrer généreux" pour que "à Pâques 1934, lorsque les vitraux (...) resplendiront sous les feux du soleil, [il soit] en mesure de payer le travail accompli." Dégardin rapporte que les vitraux du chœur sont posés en avril 1934.

Les baies 102 et 103 qui sont les seules datées portent en effet la date de 1934.

Les AD du Pas-de-Calais conservent également les demandes de dommage de guerre relatives à la Seconde Guerre mondiale (89W239). Ces documents permettent de voir que deux des verrières du chœur ont été endommagées par la chute d'une bombe en mai 1940 (L’agonie au jardin des oliviers et la Trinité). Leur restauration est confiée aux ateliers Joseph Benoit de Nancy qui avaient conservé les cartons originaux et achevée en 1955.

Dans la verrière 104 (la Résurrection), se trouvaient à l’origine les armes de Mgr Emile Louis Cornil Lobbedey, évêque d’Arras de 1911 à 1916. Cet élément du vitrail brisé en 1940 a été remplacé lors de la restauration de 1955 par les armoiries de Victor-Jean Perrin, évêque d’Arras du 3 novembre 1945 à sa mort le 31 janvier 1971.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 20e siècle
    • Secondaire : 3e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1934, daté par source, porte la date
    • 1955, daté par source
  • Lieu d'exécution
    Commune : Nancy
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Maison Joseph Benoit, Nancy (1912 - 2011)
      Maison Joseph Benoit, Nancy

      L'atelier Joseph Benoit est un atelier nancéien. Il a successivement vu travailler Joseph Benoit (1871-1939), puis ses deux fils Henri (1899-1960) et Pierre (1904-1977).

      Au départ en retraite de Pierre en 1969, la société est rachetée par les ouvriers de l’atelier et devient l’Atelier 54. Installé quelques années plus tard à Saint-Nicolas-de-Port (à proximité de Nancy), l'atelier a fermé en 2011.

      (Pour plus de détails sur l'histoire de l'entreprise et les caractéristiques stylistiques de l'atelier Joseph Benoit, voir l'annexe : L'atelier Joseph Benoit : des nancéiens au service des verrières de l'église Saint-Nicolas de Bapaume).

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      verrier, peintre-verrier signature, attribution par source

Le chœur compte cinq verrières de structure identique (baies 100 à 104). Chacune d’entre elle est composée de trois jours de réseaux carrés juxtaposés surmontés de trois lancettes juxtaposées et de trois jours de réseaux en forme de losange. Toutes les lancettes ont une largeur identique. Hormis sous la baie centrale, une table rentrante tripartite porte un texte gravé puis peint (pour les baies 101 et 102) ou seulement peint (pour les baies 103 et 104) qui se lit de gauche à droite sans tenir compte des séparations imposées par les tables.

Les verrières sont réalisées en verre antique de couleur. Les détails sont peints à la grisaille. Les pièces de verre sont tenues par un réseau de plomb.

Toutes les verrières présentent une organisation similaire : le(s) personnage(s) principal(paux) se trouve(nt) dans la lancette centrale, le reste de la scène étant réparti symétriquement dans les lancettes latérales. Les jours de réseau à la base de chaque lancette sont tous organisés de la même manière : un blason chaque fois différent occupe le jour central, encadré à gauche et à droite par un motif de fleurs stylisées de roses rouges avec leurs feuilles vertes sur fond bleu inscrites dans motif géométrique jaune identique pour toutes les baies. Au bas de chaque vitrail, le nom du donateur est peint en réserve et ressort donc en lettres jaunes sur fond noir.

  • Catégories
    vitrail
  • Structures
    • lancette, 3, juxtaposé, en arc brisé
    • jour de réseau, 6, losangé vertical, carré
  • Matériaux
    • verre transparent, coloré verre antique, peint, grisaille sur verre
    • plomb, réseau
  • Précision dimensions

    h = 550 ; l = 210.

  • Iconographies
    • Trinité
    • Agonie du Christ
    • Sainte Famille
    • Adoration des bergers
    • La Résurrection
    • Jésus devant Pilate
    • l'Eglise et la Synagogue
  • Précision représentations

    Les verrières forment un ensemble thématique autour de la vie du Christ, depuis la Nativité jusqu'à la Résurrection. Elles illustrent les trois principaux dogmes chrétiens ou les trois principaux mystères de la Foi. Une verrière est consacrée à la Trinité, une à l’Incarnation (Nativité) et trois à la Rédemption (Agonie au jardin des oliviers, Jésus est condamné à mort, la Résurrection).

    -          Baie 100 : la Trinité

    Dans le christianisme, la Trinité (ou Sainte Trinité) est le Dieu unique en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, égaux, participant d'une même essence divine et pourtant fondamentalement distincts.

    Le panneau est divisé en trois registres superposés. Au centre du registre haut se trouve Dieu le Père représenté en position dominante. C'est un homme âgé au visage sévère, coiffé de la tiare, qui pose sa main sur le globe de l’Univers. Le Christ qui tient l’étendard de la Résurrection fixé à une hampe en forme de croix est assis à sa droite. A sa gauche, le Saint-Esprit est représenté comme un jeune homme imberbe. La colombe qui le symbolise vole devant lui.

    En dessous de Dieu prennent place les trois Vertus théologales (Foi, Espérance, Charité) qui guident les hommes dans leur rapport à Dieu. Elles sont encadrées par des anges adorateurs - placés en miroir – dont les têtes s’inclinent.

    La partie centrale du registre inférieur est occupée par un livre ouvert portant les lettres alpha et oméga (première et dernière lettres de l’alphabet grec), qui symbolisent l’éternité de Dieu comme étant le commencement et la fin de tout. Il est entouré par deux personnages féminins assis. Ce sont les allégories de l’Église et de la Synagogue. L’Église est en dessous du Christ, ce qui est normal, puisque Jésus est le chef de l’Église ou que l’Église est considérée comme l’épouse mystique du Christ. C’est une figure triomphante et royale. Elle a la tête levée, est couronnée et tient l’étendard de la Résurrection. En face, la Synagogue a la tête baissée, les yeux bandés et sa lance porte-étendard est brisée.

    Les jours de réseaux en losange sont occupés par des chérubins (anges réduits à leur tête et leurs ailes).

    Dans le jour de réseau central inférieur, le blason couronné de la tiare papale est traversé par deux clefs entrecroisées qui représentent les clefs du royaume des cieux que Jésus a remises à Saint-Pierre considéré comme le premier pape de l’Église.

    -  Baie 101 : l'Agonie au Jardin des oliviers

    Encore appelé Le Christ au Jardin des oliviers, la scène est un épisode de la vie du Christ qui se situe avant son arrestation dans le même jardin à la suite de sa dénonciation par Judas. Après avoir prêché, il passe la nuit à prier afin d'accepter son destin.

    Au registre supérieur, cinq anges portent les instruments de la Passion du Christ : marteau, tenailles, voile de Véronique à gauche ; clous, fouet et lance à droite ; couronne d'épines au centre. Au registre central, un ange réconforte le Christ qui a la vision d’un calice rayonnant. C'est une allusion à la phrase : "Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi, cependant que votre volonté soit faite et non la mienne" (texte qui figure in-extenso dans les tables sous le vitrail), la coupe symbolisant le sacrifice à venir qui trouve sa conclusion dans la crucifixion. A gauche, Judas arrive, conduisant des soldats romains et leur désignant le Christ. Dans le registre bas, les trois apôtres qui ont accompagné le Christ pendant sa journée sont représentés endormis, conformément à ce qui est raconté dans l'évangile de Saint-Luc (22,39-46).

    Dans les deux jours de réseau latéraux, perchée au bord d’un calice (le calice du Salut), une colombe boit ou picore des grains de raisin sur un arrière-plan de blé et de vigne (symboles eucharistiques). Comme pour la baie 100, le jour central est occupé par un chérubin.

    Les ornements extérieurs du blason, le chapeau vert et ses cordons avec ses houppes, sont caractéristiques d'un évèque.

     -  Baie 103 : la Sainte Famille et l’Adoration des bergers et des mages

    La scène de l'adoration des mages n'est racontée que dans l'Évangile selon Matthieu (2, 1-12), et celle de l'adoration des bergers que dans l'Évangile selon Luc (2, 4-18).

    Peu après la naissance de Jésus, des anges annoncent à des bergers qu'un enfant qui sera leur sauveur vient de naître à Bethléem. Ils se rendent sur place pour lui rendre hommage. Les bergers incarnent le petit peuple, celui à qui Dieu s'adresse en priorité. Ils sont les premiers mis au courant par les anges de la naissance du Christ, les premiers à l’apercevoir et à porter le message aux alentours. De plus, le Christ est souvent comparé à un agneau mais aussi à un berger prêt à guider les hommes.

    Les rois mages représentent les peuples non-juifs qui se tournent vers le christianisme. Ils sont venus d’Orient, prévenus par l’apparition d’une étoile de la naissance du Roi des Juifs. Ils se rendent à Bethléem pour lui rendre hommage. Les trois rois ne sont identifiés qu'à partir du 10e siècle : Melchior, roi de Perse, offre l’or de la royauté ; Gaspard venant d’Asie apporte l’encens pour la divinité de Jésus ; et Balthazar, l’Africain, donne la myrrhe qui sert à l’embaumement, allusion à la mort du Christ, mais aussi à sa résurrection.

    De manière assez classique, les deux épisodes sont ici représentés comme s'ils étaient simultanés alors que l'adoration des bergers précède celle des mages.

    Le registre supérieur du vitrail est occupé à gauche et à droite par des anges en adoration et au centre par l'étoile rayonnante qui a guidé les mages. En dessous, la Vierge occupe la partie centrale du vitrail. Elle est présentée comme une Maestà ou comme une statue de Vierge romane (Trône de Grâce) : assise de face et environnée de rayons lumineux, drapée dans son manteau bleu, elle présente son fils au Monde. Celui-ci n'est pas un nouveau né mais déjà un petit enfant qui bénit le monde de ses bras écartés. A ses pieds se trouve un berceau sous lequel est couché un agneau (symbole de l'Agneau de Dieu) entouré de volutes d’encens. Derrière elle, saint Joseph semble veiller sur la mère et l’enfant. La lancette droite est réservée au bœuf et à l’âne, aux bergers de tous âges et aux produits de la Nature qu'ils offrent en cadeau. Dans la lancette gauche prennent place les rois mages, également d'âges différents, et leur cortège réduit à un homme enturbanné tenant la bride de deux chameaux. Ils symbolisent les peuples du Monde et offrent leurs cadeaux précieux. Les deux groupes portent une partie de leurs présents dans les mains, le reste est déposé à leurs pieds et forme comme une nature morte. Les deux groupes de personnages sont installés symétriquement par rapport à la lancette centrale. Disposés selon une perspective inversée, leurs têtes forment un cercle, fermé en haut par la tête de la vierge et en bas par l'agneau et les volutes d'encens. Un second arc de cercle, parallèle au premier, réunit les têtes de l'âne, du bœuf, de Joseph, du serviteur maure et des deux chameaux. Si les vêtements rappellent plus des tenues médiévales qu'une représentation historiciste des costumes, ils marquent cependant clairement les différences d'appartenance sociale des deux groupes. Le message est que le Christ s’est incarné pour le Salut de tous, quels que soient le milieu social, l’origine géographique ou l’âge.

    Les armoiries dans le jour de réseau central montrent un blason sous lequel pendent la Croix de la Légion d’Honneur, reçue par Mgr Lequette en 1867, et la croix de l’ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

    Les jours de réseau supérieurs sont occupés au centre par un chérubin et par des lys pour ceux latéraux.

    - Baie 102 : Jésus est condamné à mort 

    Après son arrestation au Jardin des oliviers, Jésus est amené devant le préfet Ponce Pilate dépositaire de l'autorité impériale en Galilée. C'est au cours de ce procès que pour la première fois la mention de "roi des juifs" est associée à Jésus, terme qui revêt une forte dimension politique. Bien que n'ayant pas de raisons de le condamner, Pilate cède à la pression des membres du conseil juif de Jérusalem et de la foule et condamne Jésus à la crucifixion, tout en se désolidarisant de cette décision prise sous la contrainte.

    La foule et les notables juifs souhaitant la mort de Jésus sont réunis dans le registre supérieur de la composition. Leur hargne est visible sur leurs visages et dans leurs gestes véhéments. Ils sont placés devant un décor urbain dont les toits à bulbes symbolisent Jérusalem, ville d'Orient. Au centre de la composition, Jésus se dresse en Ecce Homo, les poignets entravés, portant sur les épaules le manteau rouge dont on l'a affublé pour se moquer de sa prétendue royauté, la couronne d’épines sur la tête et le roseau à la main. Devant lui Pilate, assis sur un trône surélevé et appuyé sur le faisceau des licteurs symboles de son autorité impériale, se lave les mains dans un bassin tendu par un serviteur. Par ce geste il se dégage de la responsabilité de la condamnation à mort de Jésus. Ils sont entourés par des soldats romains en armes, observateurs et impassibles. Au pied de Jésus, le titulus qui sera fixé sur la croix est posé sur un sol en damier rouge et bleu qui occupe tout le premier plan de la composition.

    Dans deux jours de réseau supérieurs, sont figurés le Pélican mystique et le Serpent d’airain. Le Pélican, qui est réputé s'ouvrir le ventre pour nourrir ses enfants en cas de famine, est l’allégorie de l’abnégation et du sacrifice volontaire du Christ pour la rédemption de l’humanité. Le Serpent d’airain enroulé sur la croix vers lequel se tendent des mains fait référence à un événement survenu pendant l’exode des Israélites (Livre des Nombres, chapitre 21, versets 8-9). Il est une préfiguration du Christ en croix sauveur.

    - Baie 104 : la Résurrection du Christ et des morts

    La résurrection désigne, dans la religion chrétienne, le passage physique de la mort à la vie. Jésus-Christ, mort au cours de sa crucifixion est ressuscité le troisième jour, c'est-à-dire le matin de Pâques. Lorsque les trois saintes femmes (Marie, Marthe et Marie-Madeleine) viennent prier et embaumer le corps, elles trouvent la pierre qui ferme le tombeau déplacée et ce dernier vide. La croyance en la résurrection du Christ s'est fondée sur les témoignages des apôtres qui sont relatés dans les quatre évangiles. Quand à la résurrection des morts, elle aura lieu lorsque le royaume de Dieu sera établi : l’homme entier est rappelé à la vie par un nouvel acte créateur de Dieu et son âme immortelle rejoint son corps.

    Au centre de la composition le Christ sort de son tombeau, enveloppé de son linceul et tenant l’étendard de la Résurrection. Il est représenté comme un Christ en gloire, le corps débarrassé des souffrances de la crucifixion. Élégamment drapé dans son linceul dont les plis tombent en bouillonnant à ses pieds, levant la main en signe de bénédiction, il s'inscrit dans une mandorle d'où s’échappent des rayons lumineux. A gauche se trouve l’ange qui a retiré la pierre fermant le tombeau et derrière lui, avec le Golgotha à l’arrière-plan, arrivent trois Saintes Femmes à l’expression triste, portant des vases d’aromates pour embaumer le corps. Cette scène fait le lien entre le Vendredi Saint où il n’a pas été possible de terminer les préparatifs du corps du Christ avant la mise au tombeau (en effet, le sabbat commence le vendredi soir) et le dimanche matin où les saintes femmes vont au tombeau pour achever les rites funéraires. La partie inférieure des trois lancettes est occupée par les soldats romains qui devaient garder le tombeau : l’un est endormi, un autre se protège de son bouclier, un autre affolé se détourne, le dernier tombe à la renverse.

    La lancette de droite représente le passage de l’Apocalypse où est évoquée la résurrection des corps avant le Jugement dernier. Les morts ressuscitent au son de la trompette des anges. Il est intéressant de voir que les nouveaux ressuscités se tournent vers le Christ ressuscité du centre et tendent les mains vers lui.

     Les lancettes supérieures sont occupées par un chérubin, dont le regard est orienté vers la résurrection représentée dans la lancette centrale.

  • Inscriptions & marques
    • armoiries, peint, sur l'oeuvre
    • date, peint, sur l'oeuvre
    • signature, peint, sur l'oeuvre
    • inscription concernant le lieu d'exécution
    • inscription concernant le donateur
    • inscription concernant l'iconographie, gravé, peint
  • Précision inscriptions

    Baie 100 : la Trinité

    L’Église et la Synagogue ont un phylactère sur les genoux. On y lit : "Presidet Ecclesia Christi relevata cruore" (l’Église préside, rachetée par le sang du Christ)  et "Ceca ruens Synagoga perit frustatur honore" (la Synagogue aveugle s’écroule et périt, elle est frustrée d’honneur). Ces textes sont empruntés à des inscriptions qui figurent sur des personnages de la châsse de l’évêque Saint-Eleuthère à la cathédrale de Tournai.

    Les armoiries du jour de réseau sont celles du pape Pie XI (1922-1939)

    Inscription en rapport avec le donateur : "En souvenir de Mr et Mme Victor Bédu et de Mr Jules Bédu".

    Inscription en rapport à l'iconographie : le texte dans les tables est "Bénie soit la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Un seul Dieu en trois personnes".

    Baie 101 : l'Agonie au Jardin des Oliviers

    Les armoiries sont celles de Mgr Henri Edouard Dutoit, évêque d’Arras de 1930 à 1953 dont la devise "Mihi vivere Christus" (pour moi vivre, c’est le Christ) est inscrite sous le blason.

    Inscription en rapport avec le donateur : "En souvenir de la famille Legay-Carpentier".

     Baie 103 : la Sainte Famille et l’Adoration des bergers et des Mages

    Le blason est chargé du Sacré-Cœur, armoiries de Mgr Lequette, né à Bapaume le 23 juin 1811, évêque d’Arras, Boulogne et Saint-Omer en 1866, et mort à Arras en 1882. La devise "Pascor a vulnere" (je suis nourri de cette blessure) est une phrase attribuée à Saint Augustin.

    Inscription en rapport avec le donateur : "En souvenir de M.M. Louis Martin et Louis Peugniez".

    Inscription en rapport à l'iconographie : le texte peint sous la baie est "Les bergers et les anges viennent l'adorer".

    Inscription en rapport avec la signature et le lieu d'exécution : le vitrail est daté et signé en bas au centre de la lancette centrale : J. Benoit - Nancy 1934.

    Les jours de réseau latéraux portent le texte "gloria in excelcis deo".

     

    Baie 102 : Jésus est condamné à mort 

    Les armoiries sont celles de l’évêque Eugène-Louis-Ernest JULIEN (1917-1930) dont la devise est "À Dieu va". Cette expression qui prend son origine dans le monde marin signifie que l’avenir est entre les mains de Dieu. Elle explique la présence du bateau sur le blason.

    Inscription en rapport avec le donateur : offert par M. Bouchez-Merlin, M. Bouchez-Vasseur et E. Bouchez-Merlin.

    Inscription en rapport à l'iconographie : le texte gravé et peint dans les tables sous la baie est "Crucifiez-le dit la foule ameutée. Saisi de crainte Pilate se lave les mains et livre Jésus couronné d'épines".

    Inscription en rapport avec la signature et le lieu d'exécution : le vitrail est daté et signé en bas à droite de la lancette droite : J. Benoit - Nancy 1934.

    Baie 104 : la Résurrection du Christ et des morts

    La devise de l'évêque d'Arras, de Boulogne et de Saint-Omer Victor-Jean Perrin est "Per tuas Semitas" qui se traduit par "Par tes voies [conduis-nous au but où nous tendons]" est un extrait du "Panis Angelicus" motet écrit pour accompagner l'élévation de l'hostie pendant la messe.

    Le blason porte ses armoiries, d’hermine au lion de gueules, couronné d’or, tenant une fleur de lys du même.

    Inscription en rapport à l'iconographie : le texte peint sous la baie est "Jésus est ressuscité. Par lui nous ressusciterons".

  • État de conservation
    • oeuvre restaurée
    • partie remplacée
    • grillage de protection
  • Précision état de conservation

    Grillage à l'arrière pour l'ensemble des verrières.

    Une partie des verrière a été refaite à l'identique après les destructions de la Seconde Guerre mondiale.

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune

Documents d'archives

  • AD Pas-de-Calais - 89 W 1-1448 : Dommages de guerre : propriétés des personnes publiques et assimilées (1940-1965). 89 W 239 : Dommages de guerre seconde guerre mondiale : Eglise Bapaume - 1941-1960.

Bibliographie

  • BROCHARD, Valérie. Le vitrail à Nancy des années 20 à nos jours. Mémoire de maîtrise d'histoire de l'art, sous la direction de François Pupil, Université de Nancy II, 2000. Non publié.

    p. 33 à 35.
  • DÉGARDIN, Gaston. Rues et monuments de Bapaume. Arras : Presses de l'imprimerie centrale de l'Artois, 1945.

    p. 89-90.
  • Presbytère de Bapaume. L'écho de Bapaume, bulletin mensuel de la paroisse (1924-1947).

    Décembre 1933, p. 3-5.
  • JAJOUX, Christel. Étude du fonds Höner - Janin - Benoit (1850-1950) déposé à l'Inventaire Général de Lorraine. Mémoire de maîtrise d'histoire de l'art sous la direction de François Pupil et Francis Roussel, Université de Nancy II, 1987. Non publié.

    p. 72 à 82.
Date(s) d'enquête : 2019; Date(s) de rédaction : 2019
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Girard Karine
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France.

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Riboulleau Christiane
Riboulleau Christiane

Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, région Hauts-de-France jusqu'en 2022.

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