Photographe du service régional de l'Inventaire général Hauts-de-France.
- opération ponctuelle
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Communauté de communes du Grand Roye - Roye
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Commune
Tilloloy
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Lieu-dit
Château de Tilloloy
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Adresse
rue de Flandre
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Cadastre
2025
D
221
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Emplacement dans l'édifice
Passage couvert des communs, ancienne cour couverte dite du pavillon des Cochers.
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Dénominationspanneau de verrière
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Titres
Le passage couvert des communs du château de Tilloloy — anciennement cour couverte du pavillon des cochers — est éclairé en partie supérieure par six panneaux, remarquables par leur décor de mosaïques lumineuses. Ils sont exécutés en 1933 par l’atelier du verrier-mosaïste parisien Jean Gaudin (1879-1954). Cette intervention décorative s’inscrit dans la campagne de reconstruction des communs menée durant l’entre-deux-guerres pour la comtesse Thérèse d'Hinnisdal (1878-1959) sous la direction de l’architecte Albert Montant, précédemment chargé de la reconstruction de l’église voisine de Doncourt.
C’est précisément dans cette église, édifiée en brique et béton, que la propriétaire du domaine découvre et admire les mosaïques lumineuses réalisées par l’atelier Gaudin d’après des cartons d'Eleskiewicz et Mazetier. Séduite par la modernité de ces panneaux colorés, où la lumière devient matériau, elle souhaite transposer un dispositif comparable dans les communs de Tilloloy — signe d’une ouverture esthétique peu commune dans son milieu social et dans un cadre architectural marqué par la grande tradition classique.
Le 22 mars 1933, l’architecte Montant écrit à Jean Gaudin pour lui confier l’étude de six panneaux de mosaïques lumineuses destinés aux baies supérieures du passage couvert. Il lui transmet une photographie de la porte d’entrée des communs afin de "le fixer sur le caractère du bâtiment", rappelant ainsi la nécessité d’une insertion harmonieuse dans une architecture plus ancienne, due à l'architecte amiénois Edmond Duthoit et datant de la fin du XIXe siècle. S’il précise que la composition devra rester "simple et la plus lumineuse possible", il suggère avec diplomatie l’introduction des initiales T et H (pour Thérèse d’Hinnisdal) dans les panneaux centraux — une marque de propriété discrète présentée comme un souhait plutôt que comme une exigence. Quelques jours plus tard, le 31 mars, Montant invite Gaudin à prévenir Mademoiselle d’Hinnisdal, encore présente pour peu de temps à son hôtel parisien de la rue de Varennes, qu’il est en possession des plans et qu'il prépare son étude. Ces échanges révèlent la nature subtile des relations entre commanditaire, architecte et atelier d’art : une liberté artistique affichée, mais guidée par un cadre symbolique et architectural précis.
Jean Gaudin propose des vitraux en verre coloré dans la masse, d'une épaisseur de deux centimètres environ et sertis de ciment. Ils sont appelés généralement aujourd'hui "vitraux en dalle de verre" (ou "dalle de verre") mais Jean Gaudin les appelle"mosaïques transparentes" ou "mosaïques lumineuses". Dès 1929, le maître-verrier parisien s'était entendu avec le verrier Jules Albertini qui fabriquait alors de la pâte de verre pour mosaïque. Après plusieurs essais, ils avaient coulé dans des moules des dalles de verre épaisses, colorées dans la masse et translucides. Taillées en petits morceaux, ces dalles de verre seront utilisées par Jean Gaudin pour ses "mosaïques transparentes".
Ménageant un effet de surprise, les six panneaux, livrés durant l’été 1933 pour un montant de 6000 F, constituent aujourd’hui l’élément décoratif majeur de cette entrée traversante.
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Période(s)
- Principale : 2e quart 20e siècle , daté par source
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Dates
- 1933, daté par source
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Auteur(s)
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Auteur :
Gaudin Jeanpeintre-verrierGaudin JeanCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Peintre-verrier actif dans l'entre-deux-guerres, installé au n°6 rue de la Grande-Chaumière à Paris. Fils de Félix Gaudin et père de Pierre Gaudin.
Jean Gaudin est considéré comme l'inventeur de la dalle de verre, un procédé qui consiste à enchâsser des morceaux de verre épais dans du béton armé.
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Auteur :
Les panneaux se font face, trois par trois, dans la partie centrale haute du passage, couverte d'une dalle cintrée coulée en béton - interprétation moderne de la voûte en berceau, typique de l'entre-deux-guerres. Une partie latérale, s'arrêtant en hauteur là où s'élèvent les baies de la partie centrale, a également un couvrement en béton armé, rythmé cette fois de caissons carrés, allégeant visuellement la structure. Ainsi l'ensemble conjugue-t-il harmonieusement anciennes maçonneries et techniques contemporaines, modernisant les communs sans rompre l'harmonie générale. D'ailleurs, les couvrements en béton armé et les panneaux de mosaïque ne sont pas visibles depuis l'extérieur des communs.
Les panneaux de verre occupent les parties hautes du passage couvert, insérés dans des baies rectangulaires ménagées dans la paroi de béton. Il ne s’agit pas de vitraux au plomb traditionnels, mais de mosaïques de verre serties dans un réseau minéral, selon le procédé dit de "mosaïque lumineuse" développé par l’atelier Gaudin dans l’entre-deux-guerres.
Chaque panneau est composé d’un maillage géométrique très structuré : une trame principale en losanges et carrés inclinés, formant un dessin répétitif au sein d'une armature en béton armé formant claustra. À l’intérieur de ces compartiments, une multitude de petites tesselles de verre coloré, disposées en motifs linéaires, presque graphiques.
La gamme chromatique est volontairement restreinte mais très efficace : des verres jaune doré captent la lumière solaire et la transforment en éclats chauds ; des tons bleutés et verdâtres apportent de la fraîcheur et de la profondeur ; des éléments plus sombres structurent le dessin et renforcent la lisibilité des motifs. La lumière ne traverse pas en nappes continues comme dans un vitrail figuratif : elle est fragmentée, scintillante, filtrée par la multiplication des petites pièces de verre.
L’effet est presque textile ou joaillier, produisant une vibration lumineuse plutôt qu’une image. Le décor est entièrement abstrait et géométrique, caractéristique de la modernité décorative des années 1930. On n’y trouve ni scène, ni symbole religieux, ni emblème héraldique apparent — seulement un jeu de rythmes, de lignes et de couleurs. Cette abstraction convient parfaitement à un espace de service : elle ennoblit le lieu sans le sacraliser. La répétition des modules d’un panneau à l’autre crée une frise lumineuse continue courant sous la retombée du berceau en béton.
L’ensemble agit comme un bandeau décoratif qui allège visuellement la masse des couvrements et accompagne la perspective du passage.
On observe ici une collaboration typique de l’époque entre architecte et atelier d’art : la structure porteuse est résolument moderne (béton armé), mais le décor de verre apporte une dimension artistique raffinée, transformant un simple dispositif de lumière en signature esthétique. L'ensemble traduit l’entrée des communs de Tilloloy dans la modernité des années 1930.
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Structures
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Matériaux
- verre, coloré
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Iconographies
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Inscriptions & marques
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État de conservation
- bon état
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Statut de la propriétépropriété privée
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Intérêt de l'œuvreÀ signaler
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Protections
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Collection particulière. Droits réservés
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
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Périodiques
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LOIRE, Natalie. Les vitraux en dalle de verre en France, des origines à 1940 [en ligne]. Histoire de l'art, n°8, 1989.
pp. 39-48.
Documents figurés
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Archives privées : non coté
Proposition de motif pour les six panneaux de mosaïques transparentes de la cour couverte des communs (avec le monogramme TH pour Thérèse d'Hinnisdal (1878-1959)) par M.M. Gaudin et Cie, verriers mosaïstes à Paris, juin 1933 (AP Château de Tilloloy (Somme)).
Lien web
- Château de Tilloloy. Les communs [entrée de la cour couverte de l'ancien pavillon des cochers]. Photographie, 1921. Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie (MPP), base Mémoire, APMH00060428. [consulté le 28/01/2026]
- CAPPRONNIER, Jean-Charles / FOURNIS, Frédéric / GÉRARD, Alexandra / TOUZET, Pascale. L’art sacré entre les deux guerres : aspects de la Première Reconstruction en Picardie [en ligne]. In Situ, 12 | 2009.
- LOIRE, Natalie. Les vitraux en dalle de verre en France, des origines à 1940 [en ligne]. Histoire de l'art, n°8, 1989. [consulté le 02/02/2026]
- Thérèse d'Hinnisdal (1878-1959) et le choix de la lumière, 1933. [consulté le 02/02/2026]
Responsable-adjoint (2018-2023) puis conservateur régional (depuis 2024) de l'Inventaire général Hauts-de-France.
Responsable-adjoint (2018-2023) puis conservateur régional (depuis 2024) de l'Inventaire général Hauts-de-France.