Dossier IM02004711 | Réalisé par
Riboulleau Christiane
Riboulleau Christiane

Chercheur de l'Inventaire général.

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Ancien jubé (détruit)
Auteur
Riboulleau Christiane
Riboulleau Christiane

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Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté d'agglomération du Saint-Quentinois - Saint-Quentin
  • Commune Saint-Quentin
  • Adresse Ancienne collégiale royale, actuellement basilique Saint-Quentin
  • Emplacement dans l'édifice limite occidentale du choeur

D'après Bernard Chedozeau, les jubés apparaissent vers le 12e ou le 13e siècle et sont liés au développement de l'ordre canonial. Ce dernier se définit sur le modèle monastique dont il veut respecter la clôture. Pour cette raison, comme pour des raisons plus pratiques (se protéger des courants d'air ou du bruit), dès cette période, les chapitres des cathédrales et collégiales s'isolent donc des laïcs en faisant entourer le choeur d'une clôture en pierre, complétée à l'ouest par un jubé ou "pupitre". Le jubé est percé d'une porte centrale, principale porte d'accès au choeur, cantonnée du côté occidental par deux autels adossés. Deux escaliers, souvent installés dans l'épaisseur de la maçonnerie, permettent d'accéder à une galerie supérieure depuis laquelle sont lues les Saintes Ecritures. Peu de jubés subsistent aujourd'hui. Leur destruction accompagne la mise en place des réformes liturgiques consécutives au concile de Trente (1563), et date surtout des 17e et 18e siècles. A la collégiale de Saint-Quentin, la clôture du chœur est réalisée vers 1316, sous la direction de l'architecte ou maître maçon Jean Lebel. Mais les auteurs du 17e siècle qui rapportent cet événement, font ici clairement allusion au mur continu qui a reçu au cours des années suivantes un décor en relief relatif à l'apostolat et au martyre de Saint-Quentin, et dont plusieurs travées subsistent toujours. Aucune mention n'est alors faite du jubé, et aucune date n'est proposée pour sa construction. La comparaison avec d'autres édifices permet d'avancer deux hypothèses : la construction du jubé peut avoir été contemporaine de celle du mur en maçonnerie, ou bien elle peut l'avoir précédée (hypothèse proposée par exemple pour Notre-Dame de Paris). Il n'existe pas, à notre connaissance, de représentation graphique du jubé de la collégiale de Saint-Quentin. Toutefois, quelques allusions et une description de son décor permettent de s'en faire une idée. Cette clôture de trois travées juxtaposées était constituée d'un mur de fond précédé par des "piliers", sur lesquels reposait la galerie supérieure bordée de garde-corps. La travée centrale était occupée par la porte principale du choeur. A sa gauche, se trouvait un autel consacré à saint Quentin, édifié au-dessus de l'endroit où le corps du martyr avait été redécouvert par saint Eloi. Cet autel, surnommé "autel de cuivre", était un autel-table fait d'une dalle de marbre noir entourée de lames de cuivre et soutenue par des piliers de bois à moulures de cuivre. Sous l'autel, une dalle de marbre noir, portée par des figures en pierre blanche, signalait l'endroit de l'invention du corps de saint Quentin. Lui répondait, à droite de la porte, l'autel de marbre réalisé en marbre noir. Bien que son vocable d'origine ne soit pas très clair (saint Quentin, saint Cassien et saint Victorice ?), l'autel avait été consacré en l'honneur de saint Victorice en 1547, avant d'être consacré à la Vierge au moins dès la seconde moitié du 17e siècle. Le décor principal du jubé était concentré sur le garde-corps qui regardait la nef et faisait sans doute retour aux extrémités nord et sud. Il consistait en une suite de quatorze reliefs traitant des épisodes de la vie du Christ. Les sept premières scènes se rapportaient à l'enfance du Christ, de l'Annonciation à la fuite en Egypte, et les sept autres qui commençaient par l'entrée du Christ à Jérusalem s'achevaient par le Jugement dernier. Charles Gomart, sans citer sa source, avance que ces reliefs réunissaient une quarantaine de figures sculptées, nombre qui semble insuffisant pour représenter les sujets traités. Quoi qu'il en soit, ces scènes étaient séparées, semble-t-il, par des représentations de personnages dont l'identité ne nous est pas parvenue. On sait seulement que le roi David séparait l'Annonce aux bergers et l'Adoration des mages. Un lutrin ou pupitre était installé dans la galerie supérieure où avait été également placée une horloge. Sur d'autres jubés, où le programme décoratif était centré uniquement sur la Passion, la Mort et la Résurrection du Christ, la façade était dominée par un Christ en croix ou un Calvaire en ronde-bosse, judicieusement intégré entre les représentations de la Crucifixion et de la Descente de croix ou de la Mise au tombeau. A Saint-Quentin, sauf erreur d'interprétation des documents, il ne semble pas qu'une représentation en ronde-bosse du Christ en croix ait été intégrée au décor du jubé. Ce dernier était toutefois surmonté par une poutre de gloire indépendante, ornée de nombreuses figures sculptées dans le bois ou peintes. En 1589, la foudre endommage le garde-corps de la galerie supérieure, brisant la tête des rois Mages, de deux bergers de l´Annonce et celle du roi David qui séparait les deux reliefs. L'incendie du 14 octobre 1669 provoque l'effondrement de la voûte de la croisée du grand transept, qui fracasse l'avant du jubé et plusieurs de ses sculptures. Le lutrin de la galerie est cassé par la chute des pierres, et l'autel de cuivre, à gauche de la porte d'accès au chœur, est gravement endommagé ainsi que le buffet de l'horloge. Le garde-corps tourné vers la nef ayant été rompu, le chapitre s'accorde avec Guillaume Regnié, menuisier à Saint-Quentin, pour en faire un autre en bois, pour 225 livres. Ce travail est exécuté du 26 mars au 7 mai 1680. En septembre 1682, sont réalisés à Paris deux tableaux, représentant l'invention du corps de saint Quentin par saint Eloi et l'Annonciation, destinés à orner les autels de cuivre et de marbre sous le jubé. Enfin, par son testament du 17 décembre 1690, le chanoine Antoine Baillon lègue 500 livres pour l´embellissement du jubé et du crucifix de l'église (Christ en croix de la poutre de gloire). Dès la fin du 17e siècle et surtout dans le premier quart du siècle suivant, la collégiale reçoit un nouveau décor. Des lambris, des autels avec retables et tableaux peints sur toile, meublent les chapelles protégées désormais par des grilles en fer forgé. Dans ce cadre, le jubé médiéval mutilé détonne. Dès 1713, est caressé le projet de refaire un jubé de marbre. Finalement, le jubé qui menaçait ruine est détruit par décision du chapitre, entre 1725 et 1730. Le chapitre est alors partagé sur sa reconstruction et s'en remet au roi. Le 15 décembre 1731, le roi repousse tout projet de jubé et se prononce en faveur d'une simple grille entre deux autels, clôture qui est réalisée de 1734 à 1736. Le Christ de la poutre de gloire, elle-aussi supprimée, est donné en 1735 pour orner une croix dressée sur les remparts de la ville. A la lumière de la redécouverte d'éléments de jubés médiévaux, lors de fouilles ou de travaux effectués dans des cathédrales (Bourges, Noyon), l'on peut se demander si les éléments du jubé de Saint-Quentin n'ont pas partagé le même sort et ne se trouvent pas encore inhumés sous le dallage ou cachés dans des murs de l'ancienne collégiale. De peur de voir sa stabilité menacée, l'édifice n'a jamais profité de fouilles archéologiques systématiques, à l'exception du chœur, même après la Première Guerre mondiale. Le dépôt lapidaire de la basilique contient néanmoins un intriguant bloc de pierre, porteur d'un décor en relief mutilé, entouré d'un encadrement mouluré, le tout rehaussé de couleurs (rouge et bleu). Malheureusement, rien n'est connu sur l'histoire et le lieu de sa découverte. Cette pierre, qui mesure 41 cm de largeur, 54 cm de hauteur et 22 cm d'épaisseur, n'est qu'un élément d'un décor plus étendu comme l'indique le prolongement des moulurations de l'encadrement, vers le bord gauche. Quoique très abîmée, la partie conservée représente probablement l'ange assis sur le tombeau vide du Christ ressuscité, le matin de Pâques. Le revers du bloc est également orné, avec une table saillante et des rosaces en relief. Néanmoins, ce type de décor semble postérieur et peut résulter d'une réutilisation. Cette pierre peut provenir, par exemple, de l'entablement d'une clôture de chapelle ou du retable d'un autel. Elle peut également provenir du garde-corps occidental du jubé, où la Résurrection du Christ était représentée. Le style de l'encadrement mouluré semble d'ailleurs s'accorder à l'époque de construction de la clôture de chœur. Mais en l'absence d'autres éléments concordants, cette proposition ne doit être considérée que comme une hypothèse.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 14e siècle , (incertitude)
  • Lieu d'exécution
    Édifice ou site : Picardie, 02, Saint-Quentin
  • Catégories
    maçonnerie, sculpture
  • Structures
    • plan, rectangulaire horizontal
    • élévation, droit
    • travée, 3, juxtaposé
  • Matériaux
    • calcaire, en plusieurs éléments taillé, peint, doré, décor dans la masse, décor en relief
  • Précision dimensions

    Dimensions inconnues. Sa largeur correspondait approximativement à la largeur du chœur, soit environ 14 m.

  • Iconographies
    • cycle narratif, vie du Christ, Annonciation, Nativité, Annonce aux bergers, Adoration des Mages, Présentation au Temple, Massacre des Innocents, Fuite en Egypte, Entrée à Jérusalem, Crucifixion, Mise au tombeau, Descente aux Limbes, Résurrection du Christ, Ascension, Pentecôte, Jugement dernier
    • figure biblique, roi David
  • Précision représentations

    Contrairement à de nombreux autres jubés, le décor de celui-ci n'était pas centré sur la Passion et la Résurrection du Christ, mais était réparti entre ces thèmes et des scènes de l'enfance du Christ. Il est intéressant de remarquer que les scènes de l'enfance du Christ correspondent exactement aux scènes de la vie de la Vierge représentées sur la verrière de la baie 1, dans la chapelle axiale.

  • Inscriptions & marques
    • inscription concernant l'iconographie, peint, sur l'oeuvre, latin, disparu, connu par document
  • Précision inscriptions

    Chacune des quatorze scènes de la vie du Christ, sculptées sur le garde-corps de la coursière, était soulignée par deux vers latins peints, donnant le sens de la scène. Ces inscriptions sont rapportées en pièce annexe.

  • État de conservation
    • oeuvre détruite
  • Précision état de conservation

    Le jubé a été détruit vers 1725-1730, par décision des chanoines.

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    À signaler

Documents d'archives

  • AD Aisne. Série G ; G 784. Inventaire analytique des archives du chapitre de Saint-Quentin rédigé en 1775, t. 2.

    folios 48 verso-49 verso (copie de l'arrêt du Conseil du roi du 15 décembre 1731)
  • AD Aisne. Série G ; G 785. Inventaire analytique des archives du chapitre de Saint-Quentin rédigé en 1775.

    folio 333 recto et verso (extraits du testament du chanoine Antoine Baillon, daté du 17 décembre 1690)
  • AD Aisne. Série G ; G 810. Délibérations capitulaires, 1713-1720.

    folio 14 recto (séance du 13 septembre 1713)
  • AD Aisne. Série G ; G 813. Délibérations capitulaires, 1733-1740.

    folio 123 verso (séance du 16 février 1735)

Bibliographie

  • CHEDOZEAU, Bernard. Chœur clos, chœur ouvert. De l'église médiévale à l'église tridentine (France, XVIIe-XVIIIe siècle). Paris : éditions du Cerf, 1998.

  • GOMART, Charles. Extraits originaux d'un manuscrit de Quentin de La Fons intitulé Histoire particulière de l'église de Saint-Quentin, publiés, pour la première fois, par Ch. Gomart. Saint-Quentin : librairie Doloy, 1854, t. 1er.

    p. 52-54, 78-80
  • GOMART, Charles. Notice sur l'église de Saint-Quentin. Bulletin monumental, 1870, vol. 36 (4e série, t. 6).

    p. 231-232
  • LECOCQ, Georges. Journal de l'incendie & de la restauration de l'église de St-Quentin (1669-1681) par le chanoine De Croix, publié et annoté par Georges Lecocq. Saint-Quentin : Imprimerie Ch. Poette, 1877.

    p. 14, 162
  • PEITAVY, chanoine Jean-Antoine. Mémoire sur la Ville et les Environs de St-Quentin. Saint-Quentin : imprimerie Ch. Poette, 1883.

    p. 30

Annexes

  • Extraits originaux d'un manuscrit de Quentin de La Fons intitulé Histoire particulière de l'église de Saint-Quentin
Date d'enquête 2010 ; Dernière mise à jour en 2010
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Riboulleau Christiane
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