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Ancien prieuré Saint-Lambert puis église paroissiale et ancien cimetière Saint-Leu d'Amiens

Dossier IA80002331 réalisé en 2002

Fiche

  • Vue générale.
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  • Parties constituantes

    • presbytère
    • école

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Œuvres contenues

Elevée dans la ville basse, en bordure de l'ancienne chaussée romaine, l'église Saint-Leu est reconstruite durant la première moitié du 15e siècle puis agrandie au sud sur le terrain occupé par l´ancien cimetière entre 1481 et 1497, date à laquelle la ville autorise la création de places à louer adossées à l´église. Le clocher, élevé entre 1500 et 1508, est endommagé par l´ouragan de 1581 et reconstruit à son emplacement. L´édifice fait l´objet de plusieurs restaurations au cours du 18e siècle, puis au milieu du 19e siècle, sous la direction de l´architecte Vigreux, projet de restauration sur lequel se prononce Viollet-le-Duc.

L´église Saint-Leu illustre la typologie des églises-halles, qui caractérisait de nombreuses églises d´Amiens. Si sa simplicité a souvent été la cause d´un certain mépris des érudits au 19e siècle, elle constitue l´une des rares églises paroissiales du Moyen Age subsistant dans la ville, avec l´église Saint-Germain, et à ce titre un témoignage devenu précieux. Comme l´église Saint-Germain ou Saint-Firmin le Confesseur, de nombreuses logettes y étaient adossées jusqu´au milieu du 19e siècle.

Vocables Saint-Lambert, Saint-Leu
Parties constituantes non étudiées presbytère, école
Dénominations prieuré, église paroissiale, cimetière
Aire d'étude et canton Grand Amiénois
Adresse Commune : Amiens
Lieu-dit : Ville Basse
Adresse : rue Saint-Leu

Documents figurés :

L'édifice représenté sur le cadastre de 1812 (doc.1) comprend l'église paroissiale, de plan allongé irrégulier, des bâtiments adossés à la limite de la parcelle mitoyenne, au nord, et un bâtiment de plan massé, isolé, à l'est de la Petite-Rue-Saint-Leu, implanté à l'aplomb du bras d'Engoulvent. Le cadastre de 1851 (doc. 2) figure une église de plan allongé irrégulier, prolongée par un bâtiment enjambant le canal au nord-est. Elle est ceinturée au sud et à l'est par la petite rue Saint-Leu ; au nord, plusieurs bâtiments lui sont partiellement accolés.

Sources :

Les sources conservées à la bibliothèque municipale (série BB) indiquent qu´en 1477, la fabrique est obligée de vendre des cens et des rentes pour financer les travaux nécessaires. En 1481, les marguilliers se plaignent de l´exigüité du terrain concédé qui décourage les dons des paroissiens. En 1495, ils demandent l´aménagement d´un passage par l´hôpital Saint-Liénart, appartenant à la ville, pour accéder au jardin de l´hôtel d´Espaigny dans lequel est aménagé un cimetière pour les enfants, terrain donné par Jean de Normâtre pour permettre l´agrandissement de l´église. La ville autorise la création de places à louer adossées à l´église en 1497. En 1500, les marguilliers demandent une subvention de 10 livres pour le clocher « qui estoit et seroit ung bel et sumptueux ouvrage ». En 1507, une loge d´écrivain est construite sur la chaussée, entre le portail et le cimetière, enfin en 1554, un appentis est adossé au portail. Les sources conservées aux archives départementales (série O) signalent de nombreuses réparations, en 1837, en 1859, en 1872 (toiture de l'église), en 1899 (réfection et appropriation du presbytère), enfin en 1920 (toiture de la sacristie).

Travaux historiques :

H. Dusevel (1825) indique que l´église paroissiale Saint-Leu est un ancien prieuré dédié à saint Lambert. Il situe la reconstruction du clocher au bas de la nef, après la destruction du clocher initial en 1581. Selon A. Goze (1854), l´église, reconstruite en 1481, était bordée par un cimetière créé en 1495, comme ceux de Saint-Rémy et de Saint-Germain. Le clocher de milieu, détruit par un ouragan en 1581, est reconstruit au bas de la nef, sur le modèle de celui de Saint-Firmin-à-la-Pierre (1513) reproduisant celui de Saint-Sulpice, du milieu du 14e siècle. Darsy (1869) rappelle que la cure avait été donnée à l'abbaye Saint-Martin d'Amiens lors de sa fondation en prieuré, donation confirmée en 1172 par bulle du pape Alexandre III. H. Calland (1869 ca.) signale l´ancien prieuré et l´église attestée au 11e siècle, élargie et allongée en 1481. Le clocher, reconstruit en 1581, "d'un assez bon style, est encore la seule chose qui puisse être remarquée dans cette église. L'intérieur de renferme rien qui puisse fixer l'attention, à part une tribune avec son escalier et les statues rondes bosses de la Vierge et de saint Vincent de Paul, placées dans les chapelles qui terminent les bas-côtés. Ses vitraux obscurs et peu nombreux ne laissent pénétrer dans ce temple qu´une faible clarté ; le sanctuaire néanmoins n´est pas sans quelque magnificence ; on aime à voir apparaître, à travers un jour mystérieux et au milieu des nuages qui forment la gloire, le signe auguste de la Rédemption. » Selon Edmond Soyez (1895), l'église primitive n'occupait qu'une partie de l'emplacement de l'édifice actuel, reconstruit en 1481. Le clocher, reconstruit en 1501, fut renversé en 1581. Une nouvelle tour ouverte d'un élégant portail au sud, est élevée au bas de la nef. En 1495, un bourgeois amiénois Jean de Normâtre fit don d'un terrain contigu à l'église pour y établir le cimetière, de petite dimension, qui sera supprimé en 1597. Des logettes étaient adossées aux murs ouest et sud de l´église, en 1497. Le carrelage du choeur est refait en 1836 et le repavage de l´église, en 1838. L'auteur donne une description des clefs de voûte (cf. annexe). Le Dictionnaire historique et archéologique de Picardie (1909) indique que l'église, reconstruite au 16e siècle, présente peu d'intérêt sur le plan architectural. Selon un article de 1938 attribué à Georges Durand et publié dans le Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, la reconstruction de l´église Saint-Leu commence au début du 15e siècle ; la première campagne étant achevée en 1449. Il est probable qu´elle ait été reconstruite à l´emplacement de l´ancienne. Son agrandissement nécessaire est envisagé sur le terrain occupé par l´ancien cimetière situé au sud de l´église ; les travaux en cours en 1481, date à laquelle est décidée la construction d´ « un bel et somptueux clocher » qui sera construit après 1500, s´achèvent en 1508. Le clocher endommagé par l´ouragan de 1581 est reconstruit à son emplacement. Plusieurs restaurations ont été réalisées au cours du 18e siècle (charpente, 1747). L´édifice est en très mauvais état au milieu du 19e siècle, Vigreux en fait un relevé en 1856, pour un projet de restauration sur lequel se prononce Viollet-le-Duc. Pour G. Durand, qui en fait une longue et remarquable description, l´édifice n´est pas antérieur au 15e siècle. Selon l'ouvrage publié sous la direction de Ronald Hubscher (1986), l'église Saint-Leu est donnée par l'évêque à l'abbaye Saint-Martin-aux-Jumeaux, peu après sa fondation, en 1073. La notice rédigée par le service de l´animation du patrimoine date l´agrandissement de l´église de 1481 et la construction du clocher de 1501, reconstruit après l´ouragan de 1581. La construction de la sacristie enjambant le canal est réalisée en 1826 et la restauration réalisée au 19e siècle, sous la direction de l´architecte Louis Vigreux. Selon A. Goze (1854), la Petite-Rue-Saint-Leu, élargie en 1827, est formée sur le terrain de l'ancien cimetière aménagé à la fin du 15e siècle. Selon Edmond Soyez (1895), le cimetière, de petite dimension, établi en 1495 sur un terrain contigu à l'église offert par un bourgeois amiénois Jean de Normâtre, est supprimé en 1597. Le manuscrit Pinsart indique que le cimetière est créé en 1495 sur un terrain donné par un paroissien. Il sera supprimé en 1597. Les habitants de la paroisse disposaient du cimetière de l'hôpital Liénard-le-Sec.

Période(s) Principale : 4e quart 15e siècle, 4e quart 16e siècle
Principale : 1er quart 16e siècle , (détruit)
Secondaire : 2e moitié 18e siècle, 2e quart 19e siècle
Dates 1481, daté par travaux historiques
1495, daté par travaux historiques
1501, daté par travaux historiques
1747, daté par travaux historiques
1826, daté par travaux historiques
Auteur(s) Auteur : Vigreux Louis Victor Amédée,
Louis Victor Amédée Vigreux

Architecte communal établi à Amiens, au Château d'Eau, en 1862 (annuaire).


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conducteur de travaux, attribution par travaux historiques

L'édifice comprend une église, implantée en parcelle d'angle en bordure d´une ancienne voie romaine, un presbytère qui occupe la parcelle voisine au nord et une école, à l´est, séparée par une rue. L´église, construite en calcaire appareillé en pierre de taille sur solin de grès et couverte d´ardoises, présente un plan allongé irrégulier à trois vaisseaux et chevet à trois pans. La tour de clocher s´élève dans l'angle sud-ouest. Les trois vaisseaux de hauteur inégale (la nef est plus basse que les collatéraux) sont couverts par des toits indépendants à deux pans. Celui de la nef est plus élevé au dessus du choeur. Les charpentes à chevrons portant fermes sont lambrissées en carène. Les vaisseaux sont séparés par des piles circulaires à nervures pénétrantes. Les collatéraux sont éclairés par six fenêtres (dont une murée au nord) ; les fenêtres des murs est ont été murées et masquées par des aménagements mobiliers (autels). Dans le choeur, une fenêtre du chevet est murée au nord, une autre (est) est masquée par un aménagement mobilier (gloire). L´église dispose de trois accès à l´ouest et de deux accès au sud. A l´ouest, le portail principal ouvrant sur la nef (au centre) est flanqué d´un portail secondaire ouvrant sur la tour de clocher au bas du collatéral sud, enfin d´une petite porte donnant accès au collatéral nord. Au sud, un portail double ouvre sur la tour de clocher et une petite porte donne accès au collatéral sud, au niveau du choeur. La tribune en bois, courant sur les trois vaisseaux, est accessible par deux escaliers latéraux en colimaçon. Les blochets ornés de décor figuré (têtes) et les clefs des voûtes de décor figurés (anges) et d´armoiries (cf. annexe). La sacristie (fig. 4), qui s´élève au nord-est de l´église, est construite en briques et couverte d´ardoises. L'ancien presbytère (fig. 5), au nord est construit en briques ; le toit à croupes est couvert d'ardoises. Il compte deux étages carrés et présente une façade nord à 4 travées.

Murs calcaire
grès
brique
pierre de taille
Toit ardoise
Étages 3 vaisseaux
Typologies église halle, clocher décentré, cimetière d'enclos paroissial (churchyard)
Statut de la propriété propriété publique
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections classé MH, 1906/12/26

Annexes

  • Description des culots des arcades extraite de E. Soyez, 1895, p. 162-163.

    « Grande nef, côté de l´Évangile, en partant de la tribune de l´orgue :

    1° ange soutenant un écusson sur lequel on a peint les armes de l´empereur Napoléon III

    2° chou frisé

    3° deux licornes supportant les armes d´Amiens

    4° personnage tenant un phylactère

    5° deux anges supportant les armes des Condé

    Grande nef, côté de l´Épître, en partant du maître-autel :

    1° Père éternel avec globe terrestre

    2° évêque tenant une croix (st Leu ?)

    3° sujet caché par la chaire

    4° personnage portant une coiffure singulière, et tenant un vase cylindrique

    5° le pilier diffère des autres parce qu´il supporte un angle de la tour.

    Bas-côté nord, en partant du portail :

    [1°] Ange portant un écusson d´argent au pal dentelé ou denché de sinople (sayetiers d´Amiens)

    2° ange portant un écusson aux armes de l´abbaye de Saint-Martin-aux-Jumeaux

    3°deux lions soutenant un écusson d´azur à l´arc d´or chargé d´une flèche de même posée en fasce (le même écusson était sculpté sur la façade d´une maison du canal du Don démolie en 1887)

    4° personnage non caractérisé

    5° chou frisé.

    Bas-côté sud, en partant de l´autel du Sacré-Coeur

    1° ange tenant l´écusson des Mailly

    2° ange tenant l´écusson des Hénencourt

    3° personnage sans carctéristique

    4° ange tenant un écusson de gueules au lion d´or, armes de Geoffroy de la Marthonie, évêque d´Amiens

    5° pilier d´angle de la tour (rien).

    Dans la chapelle du Sacré-Coeur on remarque à la voûte les écussons de Mailly et de Hénencourt».

Références documentaires

Documents d'archives
  • BM Amiens. Série BB ; BB12 Administration communale.

    1477, Fol. 131
  • BM Amiens. Série BB ; BB14 Administration communale.

    1481, Fol. 44
  • BM Amiens. Série BB ; BB16 Administration communale.

    1492, Fol. 235
  • BM Amiens. Série BB ; BB17 Administration communale.

    1495, Fol. 99 ; 1497, Fol. 167
  • BM Amiens. Série BB ; BB19 Administration communale.

    1500, Fol. 17
  • BM Amiens. Série BB ; BB20 Administration communale.

    1507, Fol. 191
  • BM Amiens. Série BB ; BB21 Administration communale.

    1512, Fol. 134
  • BM Amiens. Série BB ; BB29 Administration communale.

    1554, Fol. 15
  • AD Somme. Série O ; 99 O 222. Amiens. Églises avant 1869.

    (Eglise Saint-Leu)
  • AD Somme. Série O ; 99 O 303. Amiens. Églises.

    (Eglise Saint-Leu)
Documents figurés
  • Amiens. Section nord-est de la ville intra-muros, dessin sur calque d'après le cadastre de 1812 (BM Amiens ; Fonds Pinsard MS E 1397).

  • Le pont de la Vierge et le chevet de l'église Saint-Leu en 1824, dessin, par Louis Duthoit. In En voyage avec Aimé et Louis Duthoit. Amiens : CRDP, 1979.

  • Logette dans le portail de Saint-Leu, dessin, 1824, par Louis Duthoit. In En voyage avec Aimé et Louis Duthoit. Amiens : CRDP, 1979.

  • Section H, dite de la ville intra-muros, 2e feuille, dessin par Desroches géomètre, 1851 (DGI).

  • Eglise Saint-Leu, héliogravure de P. Dujardin. In SOYEZ Edmond. La Picardie historique et monumentale. Amiens : Yvert et Tellier, 1895.

  • Eglise Saint-Leu. Portail ouest, photographie, par Félix Martin-Sabon, avant 1896 (Archives photographiques de la médiathèque du patrimoine MH 049032).

  • Eglise Saint-Leu. Portail sud, photographie, par Félix Martin-Sabon, avant 1896 (Archives photographiques de la médiathèque du patrimoine MH 045465).

  • Eglise Saint-Leu. Façade ouest, photographie, par Henri Deneux (Archives photographiques de la médiathèque du patrimoine DNX 5110).

  • Eglise Saint-Leu. Toiture, photographie, par Henri Deneux (Archives photographiques de la médiathèque du patrimoine DNX 5114).

  • Amiens. La rue Grainville et le chevet de Saint-Leu, carte postale, L. L., 1er quart 20e siècle (AD Somme ; collection particulière).

Bibliographie
  • DUSEVEL, H., MACHART, R. Notice sur la ville d'Amiens ou description sommaire des rues, places, édifices et monumens les plus remarquables de cette ville ..., par MM. H. D*** et R. M***. Amiens : Allo-Poiré libraire, 1825.

    p. 75-76
  • GOZE, Antoine. Histoire des rues d'Amiens. Amiens : Alfred Caron imprimeur éditeur, 1854-1861.

    tome 1, p. 3-8
  • DARSY, F. I. Bénéfices de l'Eglise d'Amiens ou Etat général des biens, revenus et charges du clergé du diocèse d'Amiens en 1730 ; avec des notes indiquant l'origine des biens, la répartition des dimes, etc. Amiens : E. Caillaux imprimeur de la société des Antiquaires de Picardie, 1869.

    tome 1, p. 78
  • CALLAND, H. Guide de l'étranger à Amiens. Description de ses monuments anciens et modernes suivie d'une biographie des hommes remarquables qui sont nés dans cette ville, augmenté par A. Dubois. Amiens : typographie Lambert-Caron.

    p. 73
  • SOYEZ, Edmond. Amiens. Eglises Saint-Leu et Saint-Rémi. La Picardie historique et monumentale. Amiens : Yvert et Tellier, 1895.

  • [DURAND, Georges]. Aperçu historique sur l'église Saint-Leu jusqu'au XIXe siècle. Bulletin de la Société historique de l´art français, 1938, 1995.

    p. 85-113
  • SOCIETE DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE. Dictionnaire historique et archéologique de la Picardie. Tome I : Arrondissement d'Amiens, cantons d'Amiens, Boves et Conty. Amiens : Société des antiquaires de Picardie, 1919. Réed. Bruxelles : Editions culture et civilisation, 1979.

    p. 78
  • HUBSCHER, Ronald (dir.). Histoire d'Amiens. Privat, 1986.

    p. 56

Liens web

(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général - Barbedor Isabelle
Isabelle Barbedor

Chercheur du service de l'Inventaire général du patrimoine culturel de Picardie, puis des Hauts-de-France, depuis 2002.


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