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Ancienne église abbatiale Notre-Dame du Pré de Berteaucourt-les-Dames, devenue église paroissiale Saint-Nicolas

Dossier IA80009655 réalisé en 2011

Fiche

Genre de bénédictines
Précision dénomination église abbatiale
Vocables Notre-Dame du Pré, Saint-Nicolas
Destinations église paroissiale
Dénominations église
Aire d'étude et canton Grand Amiénois - Domart-en-Ponthieu
Adresse Commune : Berteaucourt-les-Dames
Adresse : place du Général-Leclerc
Cadastre : 1832 A2 721 ; 2007 AE 106

D'après ses éléments stylistiques et notamment son décor sculpté, l'église abbatiale a probablement été construite vers le deuxième quart du 12e siècle. L'église comprenait à l'origine une nef de sept travées flanquée de bas-cotés, un transept saillant à deux absidioles orientées et un chœur de deux travées à abside semi-circulaire. La première travée du bas-côté sud est transformée au 13e siècle en soubassement de la tour-clocher. La présence de corbeaux au-dessus des grandes arcades de la nef, ainsi que le fait que les fenêtres hautes de la nef et les baies du bas-côté sud ne reprennent pas l'ordonnance des grandes arcades indiquent peut-être plusieurs campagnes de construction. Comme à la collégiale Saint-Aubin de Guérande (Loire-Atlantique), dont la construction est contemporaine, les grandes arcades de la nef sont soutenues par une alternance de piliers cylindriques et fasciculés.

Au 16e siècle sont datées plusieurs campagnes de travaux. Le terrassement du parvis entraîne un remaniement partiel du portail occidental, dont les ébrasements ont été abaissés, et des pilastres cannelés intercalés entre les chapiteaux et la voussure. Tandis qu'une sacristie est aménagée à l'emplacement de l'absidiole du bras nord du transept, l'absidiole du bras sud est détruite et l'arcade accueille la Mise au tombeau. Une poutre de gloire est installée entre la nef et le chœur. Durant la guerre de Trente ans, l'abbaye est pillée le 4 octobre 1639 puis incendiée en septembre 1641. Deux ans plus tard, l'abbesse Angélique Marie de Bournel instaure la clôture des religieuses et l'église paroissiale est alors séparée en deux parties : le chœur, le transept et les deux dernières travées de la nef réservées aux religieuses, les cinq premières travées de la nef et du bas-côté sud (à l'extrémité duquel est aménagée une sacristie) pour les paroissiens. L'autel de cette dernière église est adossé au mur de séparation avec le sanctuaire conventuel, tandis qu'un autre mur entre les piliers la sépare du bas-côté nord resté à la disposition de l'abbaye.

Le clocher est restauré et surélevé en 1745, coiffé d'une flèche en 1766 et pourvu de trois nouvelles cloches en 1774. L'abbaye est dévastée durant la Révolution, et la partie de l'église abbatiale réservée aux religieuses est aliénée puis détruite, avant d'être plus tard reprise par la commune. L'église devient église paroissiale après le Concordat. Après son classement sur la première liste des Monuments historiques en 1840, l'ancienne abbatiale est visitée l'année suivante par Hyacinthe Dusevel, inspecteur des Monuments historiques, qui en dresse un rapport alarmant. L'architecte Charles Demoulins dirige en 1843 des travaux de consolidation du clocher et du portail occidental. En 1855, le bas-côté sud est prolongé à hauteur de la sixième travée pour accueillir la chapelle Notre-Dame, tandis que le lambris de couvrement de la nef est refait. Les trois cloches sont bénites le 17 mai 1859. Les plus gros travaux ont lieu entre 1875 et 1878, sous la direction de l'architecte Edmond Duthoit. Les vestiges du transept et de l'abside sont rasés, et le mur séparant la sixième et la septième travée de la nef est supprimé. Une abside-semi-circulaire est établie à l'extrémité de la nef, le bas-coté nord est reconstruit. Une sacristie et une réserve sont construites à l'extrémité des deux bas-côtés. Le dimanche 31 mars 1878, l'église restaurée est consacrée sous le vocable de saint Nicolas, patron des tisserands.

Période(s) Principale : 2e quart 12e siècle, 13e siècle
Secondaire : 2e quart 18e siècle, milieu 18e siècle, 2e quart 19e siècle, 3e quart 19e siècle, 4e quart 19e siècle
Dates 1745, daté par travaux historiques
1766, daté par travaux historiques
1843, daté par source
1875, daté par source
Auteur(s) Auteur : Demoulins Charles, architecte, attribution par source
Auteur : Duthoit Edmond,
Edmond Duthoit (1837 - 1889)

Architecte en chef des Monuments historiques de l'Algérie. Fils d'Aimé Duthoit.


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architecte, attribution par source

L'église en calcaire, appareillé en pierre de taille, est formée d'une nef de cinq travées, flanquée de deux bas-côtés et prolongée d'un chœur de deux travées qui s'achève en abside semi-circulaire. La façade reprend les deux niveaux d'élévation intérieure. Au premier niveau s'ouvre le portail principal à ébrasement et voussure en plein cintre, tandis qu'au deuxième niveau, délimité par deux corniches à arcatures, une baie en plein cintre est entourée de deux oculi. Un portail de même structure avec voussure à gorges et gâble ouvre sur le bas-côté sud. La première travée du bas-côté sud sert de soubassement à la tour-clocher. La majeure partie du bâtiment est couverte en brique plate. Le toit en pavillon du clocher est en ardoise. La sacristie et la pièce de dégagement qui jouxtent le chœur au nord et au sud sont couvertes de tôle nervurée. Tous les pignons sont découverts. Six piliers alternativement circulaires et fasciculés soutiennent les grandes arcades brisées de la nef et du chœur. Deux doubleaux diaphragmes ponctuent le bas-côté nord à la hauteur des troisième et cinquième piliers. Au-dessus des arcades, des corbeaux. Les fenêtre hautes de la nef (6 au nord et 7 au sud), en plein cintre, ne sont pas ordonnancées avec les sept arcades. Une grande arcade brisée, surmontée d'un oculus, sépare l'abside du chœur. Au revers de la façade occidentale, le portail en arc brisé soutenu par deux piliers cylindriques porte un massif d'où partent les deux colonnettes qui entourent la baie centrale du deuxième niveau. Les trois vaisseaux sont parés d'un lambris de couvrement, en plein cintre pour la nef et en demi-berceau pour les bas-côtés. L'abside est couverte d'un cul-de-four, et le premier niveau de la tour-clocher est voûté d'ogives.

Murs calcaire pierre de taille
Toit ardoise, tuile plate, zinc en couverture
Plans plan en croix latine
Étages 3 vaisseaux
Couvrements cul-de-four
voûte d'ogives
lambris de couvrement
Couvertures toit à longs pans pignon découvert
toit en pavillon
croupe ronde

Bien que largement restaurée et réduite en ampleur dans la seconde moitié du 19e siècle, sous la direction de l'architecte Edmond Duthoit, l'ancienne église abbatiale présente encore une certaine harmonie et notamment sa belle façade sculptée du 12e siècle.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections classé MH, 1840

Annexes

  • Rapport de M. Duthoit sur l'état et la restauration de l’Église de l'abbaye de Berteaucourt-les-Dames, 8 avril 1873

    L´église de Berteaucourt a été en partie restaurée, tant bien que mal, pendant les dernières années, sous la surveillance de M. Dusevel, et grâce aux allocations annuelles du Conseil général de la Somme, les travaux les plus urgents à exécuter pour le moment seraient, la restauration ou plutôt la réfection des combles et des toitures. Cependant je ne pense pas qu´il y ait lieux de rien entreprendre en ce moment, avant que les projets nouveaux demandés par le conseil municipal de cette commune n´aient été soumis à votre approbation.

    Telle qu´elle existe aujourd’hui´hui, l´église de Berteaucourt n´est qu´une petite partie du monument primitif. Le portail mutilé, un clocher sans style, cinq travées de la nef, le bas côté de droite sont tout ce qu´il en reste.

    Le plan, primitif dont le périmètre est encore partout visible, couvrait une surface de plus de mille mètres carrés. L´église actuelle n´en occupe plus que 350 mètres carrés.

    Le petit plan ci-contre indique assez clairement les dispositions anciennes et actuelles.

    Cette église mutilée est devenue insuffisante pour une population qui a presque doublé dans ces dernières années et qui est appelée à augmenter encore depuis l´établissement de plusieurs filatures. Le conseil municipal a reconnu la nécessité d´agrandir l´édifice et s´est proposé de faire compléter la grande nef, reconstruire le bas-côté manquant et clore cet ensemble par une abside et des sacristies.

    C´est ce projet que j´étudie en ce moment et mon devis comprendra non seulement les travaux neufs mais aussi les travaux à exécuter pour la meilleure conservation du monument ancien.

    Sans doute la réalisation complète de ce projet sera couteuse si l´on tient compte des ressources assez restreintes de la commune et surtout du prix de revient des églises construites depuis quelques années dans la contrée, où la brique a été presque exclusivement employée.

    La piette d´appareil a été mise en œuvre pour la construction de ce qui nous reste de l´église de Berteaucourt et nous sommes naturellement obligés de faire usage des mêmes matériaux dont l´emploi entraine forcément à la commune dans une dépense que ne réclame point la satisfaction stricte à ses besoins.

    Elle espère donc que la commission des Monuments historiques, et vous, Monsieur le ministre, tenant compte des sacrifices qu´elle sut s´imposer, lui viendrez largement en aide.

    Si vous ne croyez point devoir me donner de nouvelles instructions, je remettrais mon travail complet au maire de Berteaucourt qui vous le fera parvenir officiellement après l´avoir mis à l´approbation du conseil général du département.

    En terminant cette lettre, je me permettrais de solliciter votre avis sur un point intéressant la restauration de la porte principale de cette même église que je termine en ce moment. Cette porte a été surhaussée au quatorzième siècle et des massifs de pierres restés inachevés remplirent l´espace resté libre entre le tailloir des chapiteaux et le dessous des voussures. Les massifs, les colonnes et leurs chapiteaux ont été totalement renouvelés il y a une dizaine d´année, mais le ravalement des colonnes fut seul commencé.

    Les chapeaux anciens fort ouvragés, très finement ciselés dans une pierre ferme et d´un grain très serré, furent dans le commencement rangés avec soin. Mais ils ont été tant de fois remués qu´il sont passé à l´état de moellons et servent à caler les roues de la pompe du village. Les sculptures de ces chapiteaux représentaient des figurines, des personnages bibliques et des animaux fantastiques ou symboliques.

    La question que j´ai l´honneur de soumettre à votre appréciation est celle-ci. Les chapiteaux, avec leurs détails, doivent-ils être reproduits dans la restauration que je termine en ce moment. A première vue, cette question semble devoir être résolue par l´affirmative. Je ne veux cependant rien entreprendre sans instructions formelles, mais suis prêt à exécuter telle décision qui me sera notifiée.

    Je dois ajouter cependant qu´il me parait très difficile de faire exécuter ce travail convenablement parce que les chapiteaux primitifs étaient sculptés dans une pierre fine et permettant toutes les délicatesses qui ne peuvent s´obtenir dans une pierre à gros grain et tendre telle que la pierre dite de banc royal employée pour la restauration de la porte. Parce que la pierre, fut-elle assez fine, ne pourrait trouver dans le département de la Somme, pas plus que dans les départements limitrophes un artiste comprenant la sculpture romane et ne confondant point le grotesque avec le naïf. Enfin, parce les ressources dont je dispose sont insuffisantes pour faire venir de Paris un artiste capable.

    En attendant vos ordres (...) »

    Paris, Médiathèque de l'architecture et du Patrimoine, dossier de restauration n°81/80.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Somme. Série L ; L 1989/2. Abbaye Notre-Dame de Berteaucourt. Bien national, 1790-1793.

  • AMH (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine). Berteaucourt-les-Dames ; 80/81. Abbaye, 1840-1957.

Documents figurés
  • Berteaucourt-les-Dames. Plan de l'église paroissiale avec indication des parties conservées et des parties ruinées, dessin à l'encre et à l'aquarelle sur papier, fin du 18e siècle (AD Somme ; 11C CP 833/9).

  • Berteaucourt-les-Dames. Plan cadastral : section A2. Le village, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, Sannier et Desgardin géomètres, 1832 (AD Somme ; 3 P 1281/3).

  • Berteaucourt-les-Dames. Plan de l'église avec indication des parties existantes, dessin au crayon sur papier par Hyacinthe Dusevel, inspecteur des Monuments historiques, 1842 (AMH, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine. Berteaucourt-lès-Dames ; 80/81).

  • Eglise de Berteaucourt-les-Dames, dessin au crayon sur papier par Hyacinthe Dusevel, inspecteur des Monuments historiques, 1842 (AMH, Médiathèque de l'Architecture du Patrimoine. Berteaucourt-lès-Dames ; 80/81).

  • Eglise de Berteaucourt-les-Dames, dessin à l'encre sur papier par Louis Duthoit, dessinateur, 1873 (AMH, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine. Berteaucourt-lès-Dames ; 80/81).

  • Eglise de Berteaucourt-les-Dames. Projet de restauration, dessin au crayon sur papier par Louis Duthoit, dessinateur, 1873 (AMH, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine. Berteaucourt-lès-Dames ; 80/81).

  • Eglise de Berteaucourt-les-Dames, dessin à l'encre sur papier par Louis Duthoit, dessinateur, 1873 (AMH, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine. Berteaucourt-lès-Dames ; 80/81).

  • Eglise de Berteaucourt-les-Dames, dessin à l'encre sur papier par Louis Duthoit, dessinateur, 1873 (AMH, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine. Berteaucourt-lès-Dames ; 80/81).

  • Berteaucourt-les-Dames. L'église, carte postale, Jovelet éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Berteaucourt-les-Dames. Église. Héliogravure de P. Dujardin. In : La Picardie historique et monumentale, t. V, vol. 2, 1913.

    pl. h.t.
  • Plan de l'église de Berteaucourt-les-Dames, dessin à l'encre sur papier par Louis Duthoit. in : DESHOUILLIERES. Berteaucourt-les-Dames. Congrès archéologique de France. ICe session. Amiens, 1936. Paris : Picard, 1937.

    p. 127
Bibliographie
  • DUTHOIT, Aimé et Louis. Quelques cantons de Picardie. Amiens : CRDP, 1979.

    pl. 75-78
  • DESHOUILLIERES, François. Berteaucourt-les-Dames. Congrès archéologique de France, Amiens, 1936, ICe session, 1937.

    p. 125-133
  • ENLART, Camille. Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picarde. Anciens diocèses d'Amiens et de Boulogne. Mémoires le la Société des antiquaires de Picardie. Amiens : Impr. Yvert et Tellier, 1895.

    p. 72-87
  • GROUE, Lucien. Aux sources de la Nièvre en Picardie. Abbeville : F. Paillart, 2000.

    p. 82-89
  • GUYENCOURT, R. de. Berteaucourt-les-Dames. L'église. In La Picardie historique et monumentale. Tome V : Arrondissement de Doullens, volume n° 2 : canton de Domart-en-Ponthieu. Amiens : Yvert et Tellier / Paris : Auguste Picard, 1913.

    p. 49-53
  • OURSEL, Hervé, DEREMBLE-MANHES, Colette, THIEBAUT, Jacques. Nord roman. Flandre, Artois, Picardie, Laonnois. La Pierre-qui-Vire : Zodiaque, 1994. (Coll. La nuit des temps, n° 82).

    p. 73, 84
  • PICARDIE. Inventaire général du patrimoine culturel. Le Val de Nièvre, un territoire à l'épreuve de l'industrie. Réd. Frédéric Fournis, Bertrand Fournier, et al. ; photogr. Marie-Laure Monnehay-Vulliet, Thierry Lefébure. Lyon : Lieux Dits, 2013. (Images du patrimoine ; 278).

    p. 34-35
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général - Fournis Frédéric