Carrière de Froidmont à Braye-en-Laonnois
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  • (c) Ministère de la culture

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Grand Laonnois - Craonne
  • Commune Braye-en-Laonnois
  • Lieu-dit Froidmont
  • Cadastre 1983 ZA 61

Le hameau de Froidmont abritait autrefois une ferme dont les carrières servaient d´étables, de bergeries et de granges. Le hameau est attesté dans les textes dès 1668 sous le vocable de Frémon, appartenant alors au chapitre cathédral de Soissons. Exploitée entre le Moyen Age et 1870, la carrière semble avoir fourni les pierres des portails du transept de la cathédrale de Laon. Elle servit d´abri aux femmes et aux enfants du village lors de l'invasion des Prussiens en 1814. Occupé dès le mois d´octobre 1914 par les Allemands, le site permit le casernement des troupes franco-américaines en février 1918 (les Américains de la 26e division, 101e et 102e régiment d'infanterie), puis fut repris par l'ennemi en mai 1918. Les combats entamèrent la carrière : fragilisées par les bombardements d'artillerie, certaines galeries se sont effondrées, emprisonnant parfois des soldats. La ferme attenante fut alors entièrement détruite.

Ce site a été retenu tant pour son intérêt historique qu'artistique : en effet, les multiples traces rupestres évoquent le quotidien des carriers ainsi que la succession des occupations alliées et ennemies lors de la Première Guerre mondiale, ces différentes étapes pouvant être retracées grâce aux multiples graffiti (la carrière de Froidmont contient 50 % des graffiti laissés par les soldats de la Grande Guerre dans les 280 carrières inventoriées en Picardie ; 650 traces ont été réalisées par les Américains). De plus, des aménagements et agrandissements ont été effectués par les Allemands : ils y creusèrent quatre tunnels, des galeries de communication (construites en 1915 afin de relier les trois carrières, elles permettaient ainsi aux soldats de s'abriter et de traverser le Chemin des Dames du nord au sud en toute sécurité), de nouvelles sorties (afin d'approvisionner les tranchées en hommes et en munition). Des portes antigaz ainsi que tout un réseau de câbles électriques et téléphoniques avaient également été installés.

Ouverte au public jusqu'en 1990, la carrière fut abondamment pillée entre 1975 et 1981 ; une deuxième vague de pillage eut lieu en 1991.

  • Période(s)
    • Principale : Moyen Age, 1er quart 20e siècle

Transperçant le plateau du Chemin des Dames sur toute sa largeur, à 15 mètres sous le niveau de la terre, la carrière présente une surface impressionnante d'environ 40 hectares. L´entrée primitive, creusée au 18e siècle, se faisait à l´arrière de la ferme de Froidmont. Les carriers habitaient les maisons troglodytiques situées derrière le complexe agricole. Le site souterrain s'étend sur trois niveaux, définissant trois bancs d'extraction (pierre dur ou tendre). Les parois sont aujourd'hui recouvertes de sculptures et de graffiti exécutés par les carriers des 18ème et 19ème siècles, ainsi que par les soldats de la Première Guerre mondiale (sur les milles oeuvres recensées, 65 % ont été réalisées par les soldats américains de la 26e Division Yankee). Les oeuvres accomplies par les ouvriers prennent la forme de statues de saints, tels que saint Laurent ou sainte Barbe, ou de graffiti présentant une grande diversité iconographique (le chrisme, une croix latine suivie de la date d'exécution : 1736). Les demi-reliefs pouvaient être vendus aux visiteurs. La maquette d'un portail monumental cintré avait été esquissée afin de prévoir les pierres nécessaires à la future construction. Une partie d'un chemin de croix gravé le long d'un couloir est accompagné de symboles compagnonniques. Une feuille de paie de carrier fut tracée au crayon aux alentours de 1700 sur une paroi aplanie à cet effet. Un panneau exécuté en 1844 et complété en 1881, signé Robespierre et Pierre la flute, présente les principaux outils utilisés par les ouvriers. Un graffito, signé Emile Debacq fils en 1868, illustre une commande : "Le c... d'Albretch, carrier à Braye, il a tiré des pierres pour le palais de Vervins" (palais de justice construit en 1847). Une épitaphe à la mémoire de deux carriers, Laurent Mulpas et son fils Francis, victimes d´un écrasement mortel le 11mai 1838, est également visible. Lors de la Première Guerre mondiale, des ronces artificielles séparaient les deux camps, permettant ainsi une protection contre les attaques surprises. Des éclats de grenade témoignent malgré tout des conflits qui ont divisé les soldats. Les entrées allemandes et françaises étaient distantes de 600 mètres. Des chambres avec traces de cantonnement (casques, rouleaux de fil de fer, quarts, gamelles, bouteilles...) sont encore en place. Les soldats enterrés in situ ont reçu une sépulture, notamment trois Allemands inhumés dans la même salle. Ces tombes ont été pillées en 1981, les dépouilles ont alors totalement disparu ; l'épitaphe les accompagnant fut découpée, laissant une trace sur le mur. Le profil d'un officier allemand ainsi qu'une inscription "Dieu punisse le K..." (K pour Kaiser) évoquent les révoltes qui ont également eu lieu au sein de l'armée ennemie. Le profil de l'oncle Sam, du Kronprintz (prince couronné), un fusil mitrailleur Chauchat (fourni aux Américains par l'armée française), une gourde, un obélisque, le drapeau américain dans la position de salut aux morts pour un soldat de la 102e infanterie du Connecticut, les armoiries du Massachussetts... constituent autant de motifs gravés. Un graffito mi-crayon mi-sculpté symbolise la France enchaînée libérée par les Etats-Unis. Une même paroi abrite parfois les graffiti de plusieurs nationalités (allemande, française et américaine). Certaines compositions ont reçu une signification symbolique difficile à déchiffrer (une tête de mort sur laquelle est indiquée le mot allemand Kultur reliée au sol par un escalier, un navire de guerre). Un autel agrémenté de symboles franc-maçonniques fut creusé dans la paroi. L'encre, l'intaille et la gravure ont été utilisés pour les différentes représentations. Les gravures ont été soulignées à l'encre. Ce site est à rapprocher de la carrière de Confrécourt à Berny-Rivière, proche de là.

  • Techniques
    • gravure rupestre
  • Représentations
    • représentation figurative
    • vie du Christ
    • tête humaine
    • fusil
    • croix latine
    • symbole patriotique
    • chrisme
    • IHS
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    vestiges de guerre
  • Protections
    inscrit MH, 1994/02/11
    classé MH, 1998/11/17
  • Précisions sur la protection

    Carrière (cad. ZA 61) : inscrit en totalité par décret du 11 février 1994 ; classement par décret du 17 novembre 1998.

L'inscription par arrêté du 11 février 1994 fut annulée. Cette carrière présente un intérêt public en raison de l'importance national du Chemin des Dames dans l'histoire de la Première Guerre mondiale ainsi que du nombre et de la qualité des vestiges sculptés et des graffiti dont elle est ornée, illustrant les phases d'utilisation successives de ces sites souterrains.

Documents d'archives

  • AD Aisne. Fonds Piette : MASSIER. Monographie d'instituteur, [2 et 3 Mai 1888].

    p. 25
  • DRAC Picardie, Service des Monuments historiques. Dossier de demande de classement de la carrière de Froidmont à Braye-en-Laonnois. 1998.

  • DRAC Picardie, Service des Monuments Historiques. ASSOCIATION DU CHEMIN DES DAMES. L'intérêt exceptionnel et unique des carrières de Braye-en-Laonnois. 2001.

  • DRAC Picardie, Service des Monuments Historiques. ASSOCIATION DU CHEMIN DES DAMES. Le site de Braye-en-Laonnois et ses carrières de calcaire tendre. 2001.

Bibliographie

  • CAPPRONNIER, Jean-Charles. Le Chemin des Dames, le fort de Condé-sur-Aisne, le camp retranché W2 de Margival. Laon : Comité Départemental du Tourisme, février 1993.

  • MASLY, Jean-Claude. Les noms de lieu du département de l'Aisne. Paris : La Société Française d'Onomastique, 1999, t. 1.

    p. 435
Date d'enquête 2003 ; Dernière mise à jour en 2003
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