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Des jardins étonnants en Nord - Pas-de-Calais - conditions d'enquête

Dossier IA62002971 réalisé en 2011

Fiche

Le choix du sujet

Le service du Patrimoine culturel de la Région Nord - Pas-de-Calais a mené une étude d'inventaire des productions artistiques réalisées par des habitants-paysagistes. Cette appellation choisie en 1977 par l'architecte-paysagiste Bernard Lassus désigne des individus qui exercent une activité créatrice au sein même de leur espace d’habitation, dont certains sont très connus comme Picassiette ou le Facteur Cheval dans des régions de France qui recèlent des exemples reconnus.

Descriptif de l'aire d'étude

L'opération porte sur une vingtaine de sites connus ou inédits situés dans le bassin minier du Nord-Pas de Calais, dans les communes de Bouvignies, Somain, Wallers, Waziers dans le département du Nord et celles de Billy-Montigny, Bully-les-Mines, Carvin, Liévin, Loos-en-Gohelle, Mazingarbe, Meurchin, Pont-à-Vendin, Rouvroy, Ruitz, Sains-en-Gohelle, Wingles dans le Pas de Calais. L'étude a également pris en compte les sites exceptionnels situés sur trois communes hors Bassin minier, Berck dans le Pas de Calais, Steenwerck (incontournable exemple de la « Ferme aux avions » des frères Vanabelle ainsi que Gravelines dans le Nord.

Méthodologie et durée de l'étude

Le travail a débuté en 2011 à la suite d'une étude sur les cités minières dans lesquelles avaient été mis en évidence des sites de jardins décorés par les habitants des cités. Les premiers repérages réalisés sur des jardins des habitants-paysagistes en Nord - Pas-de-Calais ont été basés également sur les ouvrages réalisés sur le sujet comme ceux de Bernard Lassus (Les jardins imaginaires, les habitants-paysagistes paru aux Presses de la Connaissance Weber, en 1977), de Jacques Verroust (Les inspirés du bord des routes paru aux éditions du Seuil, en 1978) ou de Francis David (Guide de l'art insolite paru aux éditions Herscher en 1984).

Les enjeux

Ces œuvres sont extrêmement fragiles et éphémères car vouées à la destruction, au changement de propriété, au décès du mineur, ou encore à la restructuration urbaine et paysagère des cités. La fragilité des œuvres a été illustrée récemment par la destruction de celles de Louis Honoré, habitant d’une cité à Oignies, et la question de la conservation in situ et de la valorisation des travaux de Rémy Callot à Carvin, par exemple. La même interrogation s’est posée pour la ferme aux Avions de Steenwerck, rachetée par un particulier et dont les œuvres éphémères ont été partiellement démontées. Le recensement de ce patrimoine est donc urgent afin de constituer une documentation et de conserver la mémoire de ces sites dont la plupart se dégrade faute d'être entretenu.

La genèse de l'étude

L´inventaire thématique de ces jardins insolites de la région Nord - Pas-de-Calais a été mené dans le cadre du projet "Mineurs du Monde" (programme initié par la Région Nord - Pas-de-Calais en 2010 pour valoriser l'Histoire de son ancien bassin minier et la mémoire des mineurs, qui vise à mettre en relation l'expérience nordiste avec les autres bassins miniers du monde). L’intérêt porté aux réalisations artistiques situées dans les jardins des cités minières du bassin du Nord - Pas-de-Calais s’inscrit aussi dans la continuité des travaux de recherche menés de longue date par l’Inventaire sur ce territoire. Ainsi, l’étude entreprise en 2006 sur le périmètre de la communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin (Carvin, Courcelles-lez-Lens, Courrières, Dourges, Drocourt, Evin-Malmaison, Hénin-Beaumont, Leforest, Montigny-en-Gohelle, Noyelles-Godault et Oignies) sur les différents types de logements construits par les compagnies minières et les Houillères du Bassin du Nord Pas de Calais (créées en 1946 par l’Etat, succédant aux compagnies privées) dans les cités minières, tout comme le travail plus ponctuel mené en 2007-2008 sur une centaine de cités localisées le périmètre BMU (Bassin Minier Uni pour la candidature à l’UNESCO), ont été propices à l’élargissement du champ d’exploration et ont favorisé, au gré des déplacements et des rencontres, la découverte progressive des jardins et des créations artistiques qu’ils renfermaient. La découverte de ces jardins s'est faite en sillonnant le bassin minier dans le cadre de ces études préalables et de la réalisation d'un recueil de photographies paru aux éditions Lieux-Dits en novembre 2012 intitulé "Voyage entre terrils et cités" sorti à l’occasion de l’inscription à l’UNESCO au titre de paysage évolutif culturel vivant décerné à un périmètre du bassin minier du Nord - Pas-de-Calais. Ces déplacements ont révélé que certains habitants, en particulier d’anciens mineurs, ont orné leur jardin, une partie intérieure ou extérieure de leur maison, avec des créations singulières, fantaisistes souvent insolites crées par eux. Girouettes, sculptures en ciment ou en papier, peintures, travail du bois ou du métal, soudures, installations éphémères ou assemblage de matériaux de récupération sont autant d'exemples qui ponctuent le territoire.

La réalisation de l’étude

La structure même de l’habitat minier permet de les voir aisément puisque presque tous les logements comprennent un jardinet à l’avant de la maison et un jardin potager ou un jardin d’agrément à l’arrière de celle-ci. La plupart des jardins recensés sont donc visibles de la rue de la cité, de la voie communale ou de la route départementale à l'exception de deux exemples qui ont été retenus pour leur qualité ou leur excentricité.

La principale difficulté pour réaliser un repérage fiable réside dans l’impossibilité matérielle de sillonner de manière exhaustive tout le bassin minier, et de parcourir toutes les rues des 600 cités minières ou des plus de 250 communes qu’il compte.

La confrontation d’ouvrages écrits sur le sujet par Bernard Lassus, Les jardins imaginaires : les habitants-paysagistes1, Jacques Verroust, Les inspirés du bord des routes2, Francis David, Guide de l’art insolite, Nord - Pas de Calais - Picardie3, Bruno Montpied, Éloge des jardins anarchiques4, a été d’une grande ressource pour engager cet inventaire. Ils ont permis de dresser une première carte des sites qui subsistent et ont mis en évidence la pertinence mais surtout l’urgence d’effectuer un tel recensement.

La sélection des sites

L’étude, centrée sur le thème des jardins insolites, a conduit à une sélection de lieux qui attirent le regard et qui interpellent par leur originalité ou leur incongruité. Elle s’est attachée aux jardins décorés avec des œuvres réalisées par les propriétaires eux-mêmes, c’est-à-dire de façon artisanale, originale et créative, ou à des lieux où l'habitant a accumulé ou installé des objets de manière exceptionnelle et démesurée.

Une fois le repérage achevé, il convient d’opérer une sélection des lieux qui feront l’objet d’une étude poussée. Ainsi, plusieurs sites repérés n’ont finalement pas été sélectionnés car il ne présentaient, par exemple, que des objets en fibre plastique, en céramique ou en plâtre achetés dans le commerce et donc sans créativité notoire.

Au total, sur plus de cent sites repérés, seule une vingtaine a été sélectionnée, dont une quinzaine située dans le département du Pas-de-Calais.

Les sources

Le dépouillement des sources locales – presse, magazines d’entreprise –, comme de la collection des Relais (magazine mensuel de la région minière du Nord - Pas de-Calais qui présente l'actualité des Houillères), s’est également avéré précieux et a permis de porter à notre connaissance certains sites malheureusement trop anciens pour avoir été préservés. Relais consacrait régulièrement des reportages au Salon des Mineurs (Salon créé en 1956, qui avait lieu tous les trois ans, réservé aux actifs ou retraités des Houillères. Il prime des œuvres issues de cinq catégories : peinture, dessins-aquarelles-gouaches, sculptures-céramiques-poteries, arts appliqués et photographies) qui offrait la possibilité au personnel des Houillères d’exposer leurs œuvres pendant une dizaine de jours. Cette publication contient, de ce fait, des informations précieuses sur certains artistes locaux. Certains créateurs de jardins ont même pu faire l’objet d’un article spécifique dans ses pages ou dans la presse locale. La lecture de ce magazine régional mensuel a, en outre, permis de constater l’importance et le caractère courant de ces pratiques : de nombreux mineurs se sont adonnés à une activité créative dans le but de réaliser une œuvre plus ou moins « artistique » pratiquement toujours située dans leur jardin ou aux abords de leur maison.

Dans les années 1970-1980, des émissions de télévision française (« Je passe à la télé », « En cours de route », « Au petit bonheur ») ont également consacré des reportages aux habitants-paysagistes de la région qui se prêtaient alors volontiers au jeu de l’interview comme Charles Pecqueur ou encore Arthur Vanabelle.

Une dernière source de renseignements a été celle du bouche-à-oreille entre collègues, connaissances ou lors de rencontres fortuites. Quelques lieux nous ont ainsi été signalés par la Mission Bassin Minier et l’association Bassin Minier Uni chargée de la gestion du dossier d’inscription à l’UNESCO, structures particulièrement impliquées sur le territoire de l’ex-bassin minier. Le hasard des déplacements a enfin permis la découverte d’environnements inédits, comme celui situé sur le littoral. Un site, la maison de Joseph Meyer, avait fait l’objet d’un dossier dans le cadre d’une étude d’inventaire sur la ville de Berck-sur-Mer.

Les partenaires

Des courriers restés sans réponse ont été adressés aux responsables des antennes du bailleur principal des logements des cités minières afin de localiser certains sites. La Mission Bassin Minier et l'association Bassin Minier Uni ont permis la localisation de certains sites grâce à leur connaissance du territoire.

Valorisation

L'étude a fait l'objet d'une publication intitulée D'étonnants jardins en Nord Pas de Calais parue dans la collection « Images du Patrimoine », numéro 297 à l’automne 2015. Plusieurs auteurs ont été sollicités pour aborder le sujet sous différents points de vue :

- Bernard Lassus, plasticien, architecte-paysagiste, grand prix national du Paysage

- Savine Faupin et Christophe Boulanger, respectivement conservatrice en chef de la collection d'art brut et attaché de conservation au LaM, Lille métropole, musée d'Art moderne, d'Art contemporain et d'Art brut

- Laure Chavanne, restauratrice de sculptures

- Marie Patou, chargée de mission patrimoine-écducation-réseaux internationaux à la Mission Bassin Minier et Nicolas Selva, architecte-paysagiste

- Thifaine Kempka, vice-présidente de l'association Le Cercle des amis de Rémy Callot, chargeé de communication et de la médiation

- Michel Cabal, médecin psychiatre retraité

Une exposition intitulée Garten / Jardins a présenté des photographies issues de l'ouvrage "D'étonnants jardins en Nord Pas de Calais" dans les locaux conjoints du CAUE du Nord/Goethe Institut à Lille du 21 janvier à fin avril 2016. Elle exposait également les travaux de dix photographes de ParisBerlin>fotogroup qui mettent en avant l'importance des jardins dans nos vies de citadins.

Le 8 janvier 2016 une présentation orale des travaux a été organisée lors d'une journée d'études ''Patrimoine en paradoxes'', dans le cadre de l'enseignement du Master « Jardins historiques, patrimoine, paysage », à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Versailles.

Un article a été rédigé sur le jardin du sculpteur anonyme de la région de Marchiennes pour la revue Vieilles Maisons Françaises dont le numéro de mars 2016 est consacré aux jardins.

Visite et présentation de l’exposition avec les collègues du service du patrimoine culturel le 8 mars 2016.

Participation à une table ronde de clôture de l’exposition, « jardin habitant jardin citoyen » le 11 mars 2016 au CAUE du Nord à Lille.

Versement des dossiers dans la base de données Nord Pas de Calais Picardie.

1Presses de la Connaissance Weber, 1977, tome 1 d’une collection à venir jamais réalisée.2Seuil, 1978.3Herscher, 1984.4l’Insomniaque, 2011.
Aires d'étudesCommunauté d'agglomération des Deux Baies en Montreuillois, Communauté d'agglomération de Lens-Liévin, Communauté de communes Pévèle-Carembault, Communauté d'agglomération Hénin-Carvin, Communauté urbaine de Dunkerque, Communauté d'agglomération de Béthune-Bruay, Artois-Lys Romane, Communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut, Communauté de communes Coeur d'Ostrevent, Communauté de communes de Flandre Intérieure, Communauté d'agglomération Douaisis Agglo

Références documentaires

Bibliographie
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  • CARRE, Laurence. Pré-enquête pour l'inventaire du patrimoine culturel du bassin minier Nord-Pas-de-Calais, dans le cadre de la candidature à la classification UNESCO. Association Bassin Minier Uni, Loos-en-Gohelle, juin-septembre 2008.

  • DAVID F., SCHAETTEL G., Les bricoleurs de l’imaginaire, un inventaire pour une région, Laval, 1984.

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  • LASSUS, Bernard. Jardins imaginaires : les habitants-paysagistes. Paris : Presses de la connaissance Weber, 1977.

  • LASSUS, Bernard. "La parole subversive : mesurable et démesurable chez les habitants-paysagistes". L’architecture aujourd’hui, architecture douce, n°179, Paris, mai 1975.

  • LASSUS, Bernard. Couleurs, lumière, paysages, instants d’une pédagogie, éditions du Patrimoine, Paris, 2004.

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  • LOYER, François. Fééries en béton peint. L'Œil, numéro 201-202. Paris : septembre-octobre 1971.

  • MAGLIOZZI, M. Art brut, architectures marginales, un art du bricolage, l'Ecarlate, L'Harmattan, Orléans, 2008.

  • MONTPIED, B. Éloge des jardins anarchiques, accompagné du film de Ricordeau R., Bricoleurs de Paradis, l’Insomniaque, Montreuil, 2011.

  • PETIT, M-R. D’un art spontané, à propos de trois créateurs, thèse de doctorat en médecine, Lille, 1979.

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  • VERROUST, J. Les inspirés du bord des routes, Seuil, Paris, 1978.

  • [Exposition. Reims, Palais du Tau. 2001]. 20 siècles en cathédrales : exposition présentée à Reims, Palais du Tau, 29 juin-2 décembre 2001. Dir. Catherine Arminjon, Denis Lavalle. Paris : Monum, Éditions du Patrimoine, 2001.

  • WISNIEWSKI, J. Histoire de mine et de rien, édité par la Société des écrivains, Paris, 1995.

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