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Ensemble des six statues (petites natures) de l'ancien maître autel : Vierge à l'Enfant, saint Quentin, Charlemagne, Saint Louis, Aaron, Melchisédech

Dossier IM02004573 réalisé en 2001

Fiche

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Dénominations statue
Titres Vierge à l'Enfant
Saint Quentin
Charlemagne
Saint Louis
Aaron
Melchisédech
Aire d'étude et canton Saint-Quentinois - Saint-Quentin
Adresse Commune : Saint-Quentin
Adresse : Ancienne collégiale royale, actuellement basilique Saint-Quentin
Emplacement dans l'édifice bras nord du grand transept autel de la chapelle nord du choeur dite chapelle Saint-Quentin
sanctuaire niches de l'armoire à reliquaires troisième chapelle sud de la nef dite chapelle du Sépulcre

Comme l'indique clairement le chanoine De La Fons, qui décrit la collégiale vers le milieu du 17e siècle, ces six statues en albâtre ornaient à cette époque la clôture du maître-autel de la collégiale. L'autel dominait le sanctuaire sur une plateforme, surélevée de quelques marches et entourée d'un garde-corps à balustres, en marbre, jaspe et albâtre. Sur la tablette d'appui, étaient fixés douze piédestaux de jaspe, dont six soutenaient six statues d'albâtre, et les six autres, six boules de jaspe. Quatre de ces statues ornaient la partie antérieure de la balustrade : celles de la Vierge Marie et de saint Quentin, patrons de la collégiale, posées de part et d'autre de l'escalier central, puis vers les coins, celles de Charlemagne et de Saint Louis, principaux fondateurs de cette église. Les retours du garde-corps étaient occupés par les effigies d'Aaron et de Melchisédech, deux grands prêtres et sacrificateurs, considérés comme des préfigurations vétérotestamentaires du Christ. Le même auteur précise plus loin que le "parquet" (espace enclos) en marbre, jaspe et albâtre, du grand autel a été réalisé en 1627, ayant été commencé par François Tullier, maître-sculpteur à Arras, et achevé et posé par son fils. Il est donc permis d'attribuer à ces deux artistes les six statues d'albâtre, même s'il subsiste une légère incertitude, le terme "parquet" pouvant s'appliquer à la balustrade au sens strict, ou à la balustrade et à son décor en ronde bosse. L'intervention de deux artistes, de générations différentes, peut expliquer les divergences stylistiques qui existent entre certaines des statues, tels le canon allongé et les vêtements aux plis verticaux des deux grands prêtres, qui s'opposent à la perfection de l'anatomie de saint Quentin et de Saint Louis ou aux plis en diagonale des vêtements de saint Quentin et de la Vierge. A l'occasion de l'incendie du 14 octobre 1669, les six statues sont temporairement retirées de la balustrade de l'autel et portées dans la demeure d'un chanoine, ce déplacement précipité provoquant quelques dégâts à la statue de saint Quentin. L'ensemble est restauré et remis en place pour les fêtes de Pâques 1670. La Révolution détruit le maître-autel, mais, curieusement, épargne les statues qui subissent néanmoins quelques mutilations. Le baron de Guilhermy, lors de sa visite en 1855, remarque l'ensemble, à nouveau réuni sur une balustrade qui sépare le choeur du sanctuaire. Lors de la réfection totale du choeur en 1877, les statues de la Vierge et de saint Quentin sont placées dans les niches de l'armoire à reliquaires. Les quatre autres statues gagnent la chapelle Saint-Louis, elle-aussi restaurée. La Première Guerre mondiale endommage gravement la basilique et son mobilier, et les six statues sont considérées, à tort, comme détruites. En fait, les statues qui avaient été évacuées par les Allemands à Maubeuge, regagnent Saint-Quentin au tout début des années 1920, mais pour certaines, très endommagées. Charlemagne a perdu sa couronne, son bras gauche et sa main droite, Saint Louis est dépourvu de sa main droite et du bout de son pied gauche, la tête de saint Quentin manque, enfin la statue d'Aaron est sectionnée en deux parties. Après avoir bénéficié de restaurations, cet ensemble est aujourd'hui présenté dans l'édifice, mais dispersé. La statue de la Vierge est adossée à un pilier du croisillon nord du grand transept, et celle de saint Quentin a rejoint la chapelle nord du choeur consacrée à ce saint. Celles de Charlemagne et de Saint Louis sont scellées dans les niches de l'armoire à reliquaires située dans le sanctuaire, enfin celles d'Aaron et Melchisédech sont réunies dans la chapelle du Sépulcre.

Période(s) Principale : 2e quart 17e siècle
Dates 1627
Lieu d'exécution Édifice ou site : Nord-Pas-de-Calais, 62, Arras
Auteur(s) Auteur : Tullier François le père, sculpteur, (?)
Auteur : Tullier le fils, sculpteur, (?)
Atelier ou école : Ecole du Nord de la France, école

Les six statues sont en albâtre. Leur revers est sculpté car ces oeuvres étaient destinées à orner la clôture du maître-autel et pouvaient donc être observées depuis plusieurs points de vue. Chacune de ces statues, base comprise, est taillée dans un grand bloc d'albâtre. Toutefois, certains éléments en saillie, dépassant du volume du bloc, semblent avoir été rapportés, comme par exemple l'extrémité des pieds qui dépasse parfois de la base, ou certaines mains. La base de la statue de la Vierge est de plan rectangulaire et échancrée aux quatre coins. La main droite de la Vierge et son attribut étaient probablement rapportés. La base de la statue de saint Quentin est plus ou moins rectangulaire. L'extrémité de son pied droit était peut-être rapportée, et sans doute sa main droite avec l'attribut. La base de la statue de Charlemagne adopte un plan polygonal. La base de la statue de Saint Louis est de forme carrée, aux angles arrondis. Sa terrasse comporte un décor en relief de stries ou tremolierungen, imitant l'aspect du sol. Quelques éléments de cette statue étaient rapportés : l'avant-bras droit et l'extrémité du pied gauche. La base de la statue d'Aaron semble de plan approximativement ovale, tandis que celle de Melchisédech est rectangulaire. L'extrémité du pied droit de Melchisédech était rapportée.

Catégories sculpture
Structures revers sculpté
Matériaux albâtre, en plusieurs éléments, taillé, poli
Précision dimensions

Dimensions approximatives de la Vierge à l'Enfant avec le socle : h = 102, la = 41, pr = 25. saint Quentin avec le socle : h = 91, la = 40, pr = 30. Charlemagne avec le socle : h = 106, la = 37, pr = 28. Saint Louis avec le socle : h = 106, la = 43, pr = 30. Mesures d'Aaron et Melchisédech non prises (l'échelle de ces statues est comparable à celle des quatre autres).

Iconographies figure biblique, bénédiction, effet de mouvement, globe, Vierge à l'Enfant, en pied, de face, Enfant Jésus
figure, ouvert, tunique, manteau, fleur, saint Quentin, en pied, de face, broche, livre
figure, empereur carolingien, en pied, de face, barbe, moustache, armure, cotte de mailles, couronne, attribut de la royauté, Charlemagne
figure, manteau, fleur de lys, hermine, ordre de Saint-Michel, la couronne d'épines, saint Louis roi, en pied, de face, effet de mouvement, tunique, attribut de la royauté
figure biblique, prêtre, en pied, de face, barbe, moustache, vêtement religieux, tunique, clochette, ceinture, couvre-chef, Aaron, Juif
figure biblique, prêtre, roi, en pied, de face, effet de mouvement, barbe, moustache, robe, tunique, ceinture, couvre-chef, couronne, pain, cruche, Melchisédech, Juif
Précision représentations

La Vierge, debout et de face, est vêtue d'une chemise à manches longues, d'une robe à manches courtes et d'un manteau qui revient devant elle, en tablier. Un voile est posé sur sa tête. Elle porte de son bras gauche l'Enfant Jésus assis. Celui-ci tient dans sa main gauche un globe terrestre et faisait peut-être de l'autre un geste de bénédiction. D'après l'album Pingret, la Vierge semblait tenir un attribut à la main droite. Saint Quentin est représenté debout, de face et les pieds nus. Il est vêtu d'une longue tunique nouée au-dessus d'un genou et d'un manteau jeté sur les épaules d'où dépassent les extrémités des deux broches. Il soutient de sa main gauche un livre ouvert ; si l'on accorde confiance au témoignage de l'album Pingret, la main droite, aujourd'hui disparue, tenait une palme. La terrasse de la base est ornée de fleurs en relief. L'empereur Charlemagne est représenté debout et de face, sous les traits d'un homme âgé, moustachu, à la longue barbe bouclée. Il est revêtu de certains attributs de la royauté française : outre la couronne, il porte le grand manteau de sacre fleurdelysé, doublé d'hermine. Sous celui-ci, Charlemagne est doté d'une armure de la première moitié du 16e siècle et d'une cotte de mailles. Ses deux mains, qui ont disparu, devaient être pourvues d'attributs. Un dessin de l'album Pingret et une description du 19e siècle laissent entendre qu'il soutenait le globe d'une main, et qu'il avait également une épée au côté. Le roi de France Saint Louis est représenté sous les traits d'un jeune homme imberbe, aux cheveux bouclés, la tête légèrement tournée vers sa gauche. Il est vêtu d'une tunique. Sa jambe gauche qui s'avance est bottée. Comme Charlemagne, il porte le grand manteau de sacre fleurdelysé, doublé d'hermine. Le collier de l'ordre de saint Michel (reconnaissable à ses coquilles Saint-Jacques et à son médaillon ovale) repose sur ses épaules. La présence de cette décoration est un détail anachronique, puisque cet ordre ne fut créé qu'en 1469 par le roi Louis XI. Les restes d'un tissu, du côté gauche, font comprendre qu'il présentait la Couronne d'épines posée sur une étoffe. Quant à la main droite, elle serrait sans doute un sceptre, si l'on accorde crédit aux dessins de l'album Pingret. Aaron, debout et de face, tourne le visage vers sa droite. Il est freprésenté à un âge avancé, portant une barbe et une moustache longues et bouclées. Il est revêtu de l'habit de cérémonie caractéristique des grands prêtres. Plusieurs tuniques de différentes longueurs, dont l'une est ornée de grelots à sa bordure inférieure, sont maintenues à la taille par une ceinture. Elles sont recouvertes par l'éphod, un corselet sur lequel est fixé le pectoral avec les douze pierres symbolisant les douze fils et donc les douze tribus d'Israël. Il porte sur la tête un couvre-chef caractéristique, sur lequel est fixé le diadème d'or signalant la consécration de ce prêtre à Dieu. Les attributs qu'il portait ont disparu et le dessin de l'album Pingret n'est pas assez précis pour qu'on puisse les identifier. Le roi-prêtre Melchisédech est lui-aussi debout et de face, la tête tournée vers sa gauche. Il est également marqué par l'âge et porte la barbe et la moustache longues et ondulées. Il est vêtu d'un riche costume (robe longue et tunique à franges) maintenu à la taille par une ceinture, complété par un mantelet de fourrure. Il porte sur sa tête un turban sur lequel est emboîtée une couronne. Le mouvement esquissé par sa jambe gauche, ainsi que les pains et la cruche de vin qu'il porte, évoquent sa venue à la rencontre d'Abraham victorieux (Genèse, XIV, 18). Aaron et Melchisédech sont tous deux considérés comme des préfigurations du Christ, grand prêtre de la Loi nouvelle, et l'offrande du pain et du vin effectuée par Melchisédech à Abraham est interprétée comme une annonce de l'Eucharistie future.

États conservations oeuvre mutilée
oeuvre restaurée
manque
oeuvre tachée
Précision état de conservation

La main droite de la Vierge a disparu, tout comme celle de l'Enfant Jésus, ainsi que la croix qui surmontait le globe et l'auriculaire gauche de la Vierge. Le nez de la Vierge est abîmé. La statue est tachée par des déjections d'oiseau. L'oeuvre est fixée contre le pilier au moyen d'un tenon. Saint Quentin est acéphale. Il manque les extrémités des broches, un coin du livre, l'extrémité du pied droit, l'avant-bras droit et la main avec l'attribut, et des fragments de matière çà et là. Un des angles arrière de la base est également cassé. La présence d'un scellement de plâtre à l'avant-bras droit témoigne d'une restauration ancienne. Les statues des deux rois sont mutilées à des degrés divers et ont parfois fait l'objet de restaurations anciennes. Le bout du pied droit, une partie de l'avant-bras droit et l'avant-bras gauche de Charlemagne ont été brisés, comme la partie supérieure de sa couronne. Le manteau et la cotte de mailles ont perdu quelques fragments de matériau. Les deux avant-bras de saint Louis manquent, ainsi que la Couronne d'épines qu'il portait sur l'avant-bras gauche. L'extrémité de son pied gauche a disparu. La statue a perdu de petits éclats ça et là. La disparition de la médaille de l'Ordre de Saint-Michel résulte vraisemblablement d'une mutilation volontaire. La tête et la jambe gauche de Saint Louis ont été recollées à l'occasion d'une précédente restauration (sans doute après la Première Guerre mondiale). La statue d'Aaron a perdu la main droite et les attributs tenus, un bout du socle et du pied droit. La main gauche est mal restaurée. La statue de Melchisédech est mieux conservée. Il n'y manque que l'avant du pied droit, un fragment de la tunique et des franges, l'anse et une partie de la cruche, enfin quelques éclats.

Il s'agit d'un ensemble exceptionnel, tant par le matériau utilisé (albâtre, et non calcaire ou marbre), que par la période de réalisation (les églises de l'Aisne possèdent en effet plus d'oeuvres des 15e-16e siècles et du 18e siècle que du 17e siècle), la destination des statues et leur iconographie qui réunit, autour du maître-autel, les saints patrons de l'église, les rois fondateurs du monument et deux préfigurations du Christ.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre À signaler
Protections classé au titre objet, 1915/01/04
inscrit au titre objet, 1973/12/20

Références documentaires

Documents d'archives
  • AC Saint-Quentin. Série S ; 6 S 13. Dossier : Mobilier de la basilique.

    Dossier : objets récupérés : Valenciennes, Maubeuge, etc.; Dossier : mobilier de la basilique et correspondance avec le séquestre
  • BnF (Cabinet des Manuscrits) ; naf 6108. Collection Guilhermy.

    folio 318 verso
  • A paroissiales basilique de Saint-Quentin. Cahier manuscrit non coté. Inventaire de l’Église Basilique de Saint-Quentin, arrêté à la date du 1er juillet 1905.

    non paginé
Documents figurés
  • Vue du sanctuaire et du maître autel du choeur de l'église de Saint Quentin, en 1789, dessin à l'encre aquarellé, par Edouard Pingret, 1804. In : PINGRET, Edouard. Vues extérieures et intérieures de l'église de Saint Quentin, ainsi que de plusieurs autres monuments de la dite église ; contenant légendes historiques, remarques et explications sur le martyr de saint Quentin, 1804 (coll. part.).

  • Dans : "Vuës Extérieures et intérieures de l'Eglise de Saint Quentin, ainsi que de plusieurs autres Monuments de la dite Eglise ; Contenant Légendes historiques, Remarques et Explications sur le Martyr de Saint Quentin, par Edouard Pingret", 1804, folios 30 verso-31 recto. Dessin aquarellé, 1er quart 19e siècle.

Bibliographie
  • DREILING, Prof. Dr. Raymund. Die Basilika von St. Quentin. Ihre Geschichte und ihr Charakter. St. Quentin, 1916.

    p. 45, 50-51
  • GOMART, Charles. Extraits originaux d'un manuscrit de Quentin de La Fons intitulé Histoire particulière de l'église de Saint-Quentin, publiés, pour la première fois, par Ch. Gomart. Saint-Quentin : librairie Doloy, 1854, t. 1er.

    p. 50-51, 142
  • HACHET, Jules. La basilique de Saint-Quentin. Son Histoire - Sa Description. Troisième édition. Saint-Quentin : Imprimerie moderne, 1926.

    p. 37, 63
  • LECOCQ, Georges. Journal de l'incendie & de la restauration de l'église de St-Quentin (1669-1681) par le chanoine De Croix, publié et annoté par Georges Lecocq. Saint-Quentin : Imprimerie Ch. Poette, 1877.

    p. 11, 31
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