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La cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais de Soissons

Dossier IA02001564 réalisé en 2006

Fiche

Œuvres contenues

Vocables Saint-Gervais-Saint-Protais
Dénominations cathédrale
Aire d'étude et canton Soissonnais - Soissons-Sud
Adresse Commune : Soissons
Adresse : place du Cardinal Binet , rue de Jaulzy , place Saint-Gervais
Cadastre : 1846 C1 671 ; 2014 AM 20

Les origines de la cathédrale

Fondée vers la fin du 1er siècle avant J.-C., la ville d’ « Augusta Suessionum », actuelle Soissons, est évangélisée par saint Crépin et saint Crépinien, qui y subissent le martyre vers la fin du 3e siècle ou dans les premières années du 4e siècle, selon les auteurs. Tandis que cessent les persécutions et que le christianisme gagne du terrain, les deux premiers évêques de Reims, saint Sixte et saint Sinice, découvrent en 314 les restes de saint Crépin et saint Crépinien et confient alors la charge du nouvel évêché de Soissons à leur neveu Divitien.

Les origines de la cathédrale sont inconnues, et la plus ancienne mention du monument ne date que du milieu du 7e siècle. Un double vocable conjoint (la Vierge, à laquelle ont été associés saint Gervais et saint Protais), mentionné à plusieurs reprises durant l’Ancien Régime, laisse supposer l’existence dès l’origine d’un groupe cathédral composé de deux églises et d’un baptistère. Rien n’est connu sur l’emplacement exact et l’étendue de cet ensemble, qui néanmoins devait se dresser à l’intérieur du castrum.

À quelques auteurs près, qui placent la première cathédrale sur le site de l’abbaye Saint-Crépin-le-Grand dans un faubourg au sud de la ville, il est généralement supposé que la cathédrale et ses annexes ont toujours occupé le même emplacement, dans l’angle sud-ouest du castrum gallo-romain, mais en restant en retrait par rapport à cette fortification. Ce postulat est pourtant contredit par une remarque de Mgr Simon Legras, rapportée dans l’inventaire des archives du chapitre, qui rappelle que la cathédrale a été rebâtie quatre siècles auparavant "et même dans une autre emplacemt" (G 255, p. 370). Mais en l’absence de preuve incontestable ou de témoignages concordants, la prudence impose de considérer cette phrase troublante comme une simple éventualité.

Rien non plus n’est connu sur la cathédrale d’époque carolingienne, période à laquelle les chanoines paraissent vivre en communauté. L’incendie provoqué par les troupes d’Hugues-le-Grand en 948 affecte les bâtiments du cloître et la cathédrale. Mais aucune information n’a été conservée sur leurs réparations. Vers la fin du 11e siècle, le trésorier du chapitre Enguerrand de Coucy achète un terrain situé entre la rivière de Crise et le portail de l’église pour en faire le cimetière "qui était ailleurs" et il fait reconstruire la salle capitulaire à ses frais. Il donne également une somme d’argent destinée à des verrières.

La rareté et l’imprécision des sources ne permettent donc pas de connaître le passé de la cathédrale dans le courant du premier millénaire. Il faut attendre le 12e siècle pour que la documentation fasse allusion à une vaste campagne de travaux, datable du milieu du siècle. Ainsi, l’évêque Anscoul de Pierrefonds (1152-1158) lègue quatre chevaux pour aider à la construction de la tour-clocher. La découverte d’un chapiteau de cette période sous les grandes arcades de la nef en 1924, semble concorder avec le témoignage des archives, même si aucune autre trace de la précédente cathédrale n’a été retrouvée lors des travaux de restauration consécutifs à la Grande Guerre.

La construction de l’actuelle cathédrale

La fin du 12e siècle se révèle favorable à la poursuite du chantier. Le monument, qui en était dépourvu, est alors doté d’un transept édifié sur quatre niveaux, dont subsiste actuellement le bras sud. Le terrain sur lequel s’élèvent ce croisillon et la chapelle attenante est offert par l’évêque Nivelon de Quierzy, postérieurement à son accession à l’épiscopat en 1176. La fondation en 1190 par Raoul de Braine de la chapellenie Saint-Jacques dans la chapelle supérieure qui ouvre sur les tribunes, fournit une indication sur le proche achèvement de cette construction.

La réédification du chœur, de la croisée du transept et de la travée attenante de la nef, fait rapidement suite à ces travaux, mais sur un plan plus ambitieux. Précédée par le transfert à l’abbaye de Longpont de la tombe de l’évêque Josselin de Vierzy, peu après 1192, elle occupe les deux décennies suivantes, soutenue par les libéralités de la comtesse Aliénor ou Eléonore de Vermandois et Valois, qui offre en particulier le bois de la charpente et celui des stalles, ainsi que par les généreux dons de l’évêque Aymard de Provins (1208-1218). Le roi de France, Philippe-Auguste, ne dédaigne pas d’y participer, finançant la maîtresse-vitre de l’abside, ornée d’un Arbre de Jessé. Une dalle gravée, provenant du jubé et aujourd’hui encastrée dans un mur de la deuxième chapelle sud du chœur, commémore la prise de possession du nouveau chœur par le chapitre, le 13 mai 1212.

L’édification de la nef et du massif de façade occupe une grande partie du 13e siècle, trahissant un essoufflement de l’élan. Tandis que la nef et la moitié inférieure du massif de façade sont probablement achevées vers 1240, il faut attendre le troisième quart du 13e siècle pour que soit réalisée la galerie haute de la façade, et le début du 14e siècle pour que soient sculptées les statues du clocher.

Enfin, le bras nord du transept est rebâti dans le quatrième quart du 13e siècle, comme en témoigne l’analyse dendrochronologique de sa charpente, qui propose les dates extrêmes 1282-1287 pour l’abattage des arbres. L’édification de la chapelle du Sépulcre, adossée à l’extérieur du mur-pignon nord de ce croisillon, appartient à cette campagne de travaux. Fondée en 1276 par le chanoine Renaud de Chézy, cette chapelle a été détruite au cours de la Révolution. Il n’en subsiste actuellement que les élégants remplages aveugles juxtaposés à l’extérieur du mur nord du transept.

Le 14e siècle n’accroît la cathédrale que d’une chapelle vouée à saint Martin et Saint Louis, édifiée en 1308 au sud de la nef par décision de l’évêque Gui de la Charité (1296-1313). Quant au siècle suivant, à la fin duquel prend place la construction du couloir qui reliait jadis le collatéral sud du chœur et la sacristie, il est surtout remarquable pour l’abandon de la construction de la seconde tour de la façade. Pour réparer les dommages inhérents au siège de 1414, les matériaux qui étaient préparés pour l’édification de la tour nord-ouest sont alors abandonnés aux habitants, généreuse décision qui allait condamner la cathédrale à l’inachèvement.

Deux siècles de longs efforts

L'occupation de la ville par les Calvinistes (1567-1568) anéantit l'œuvre des siècles passés. Non contents d'endommager les vitraux et le mobilier porteur de décor figuré, les protestants décapitent et mutilent les statues des portails. Ils découvrent une partie du comble pour s'emparer du plomb, renversent le petit clocher qui surmontait la croisée du transept et tentent de faire détruire les quatre piliers de la croisée pour que la voûte s'effondre. À leur départ, la cathédrale n'est plus qu'un bâtiment souillé et dévasté dont la toiture lacunaire laisse passer la pluie.

Pour effectuer les réparations les plus urgentes, l'évêque Charles de Roucy (1557-1585) abandonne le revenu entier de l'évêché pendant trois ans et le chapitre est contraint de vendre des seigneuries, terres et immeubles, voire d'emprunter. En dépit de ces sacrifices, de nombreuses années sont nécessaires pour rendre à l'église sa couverture, clore ses baies - même avec économie -, et redonner à l’intérieur sa décence.

Alors que les pièces d'archives sont muettes quant à l'impact du siège de Soissons en 1617 sur la cathédrale, elles sont en revanche fort prolixes sur de violentes et soudaines intempéries qui ravagent à plusieurs reprises la toiture et les verrières (1593, 1632) et renversent même au milieu du cloître, le 10 décembre 1711, le petit clocher avec sa flèche garnie de figures de plomb.

Après ces incessantes restaurations, s'ouvre enfin une ère d'accalmie dans l'histoire mouvementée du monument. Elle débute par la fondation, la construction et l'ameublement de la chapelle du Sacré-Cœur (première chapelle sud de la nef) à la suite d'un vœu fait par Mgr Languet de Gergy, le 18 septembre 1729, et atteint son apogée avec le remaniement et le renouvellement du décor du chœur et des chapelles voisines, conduits sur les plans de Slodtz de 1767 à 1775. La cathédrale s'augmente alors de la grande sacristie, élevée sur l'emplacement de la petite en 1768-1769, puis des deux chapelles que le chanoine Castel fait édifier au nord de la nef et orner à grands frais de 1778 à 1780.

L'impact de la Révolution

Les premiers instants de la tourmente révolutionnaire n'apportent aucun changement à l'affectation du monument. Mais rapidement, l'administration transforme la cathédrale en entrepôt de fourrage et en magasin pour des effets militaires. À la demande des citoyens, le directoire du district met à leur disposition, le 24 juillet 1795, le chœur, le déambulatoire et ses chapelles, la grande sacristie et le bras nord du transept pour l'exercice du culte. Cet espace, dépourvu en octobre 1797 de la grande sacristie attribuée aux théophilanthropes (membres d'un mouvement fondé sur l'amour de Dieu et des hommes), est toutefois partagé avec la municipalité à l'occasion de réunions politiques et de fêtes nationales. Avec le durcissement du régime, l'édifice, déjà privé de plusieurs annexes par des ventes et des démolitions (destruction de la chapelle du Sépulcre en 1797), perd la totalité du décor sculpté des portails en 1798, en exécution de la loi qui proscrit tous les signes extérieurs du culte. Mais le Consulat ramène l'apaisement et, en décembre 1799, permet aux Soissonnais d'user librement de l'église et de réparer ses détériorations. Enfin, le 9 avril 1802, le Premier Consul donne à Soissons un nouvel évêque : Jean-Claude Le Blanc de Beaulieu.

L'œuvre des architectes départementaux et diocésains

Pendant les premières années de cet épiscopat, la préoccupation constante du clergé, comme de la fabrique, est de pourvoir la cathédrale, devenue l’unique église paroissiale de la ville, en mobilier, objets de culte et ornements, et de lui restituer son décor. Néanmoins, la faiblesse des fonds disponibles ne permet que le plus strict entretien. Naît alors progressivement l'idée d'obtenir la libre disposition de l'église de l'abbaye Saint-Jean-des-Vignes, inutilisée depuis une dizaine d'années pour que les matériaux provenant de sa démolition, ou le prix de leur vente, soient employés au rétablissement de la cathédrale. Un décret de Napoléon, du 25 avril 1805, condamne irrémédiablement l'église abbatiale, dont seule la façade est finalement épargnée à cause de son intérêt architectural. Le démontage du reste de l'édifice en 1807 permet la restauration du gros-œuvre de la cathédrale.

La chute de l'Empire entraîne l'invasion de la France et l'attaque de la ville par les armées russes et prussiennes au début de 1814. La cathédrale, atteinte par des projectiles, est toutefois respectée quand l'assaillant se transforme en occupant. Mais, conséquence indirecte des événements politiques, un magasin à poudre du bastion Saint-Remy explose soudainement le 13 octobre 1815, provoquant des dégâts considérables dans toute la ville. Si la solidité de la cathédrale n'est pas compromise, en revanche la toiture est atteinte, les vantaux des portes sont arrachés et la presque totalité des verrières sont brisées, au moins partiellement. Plusieurs années sont nécessaires pour effectuer les réparations sous la direction de l’architecte Louis Duroché. La restauration complète des trois portes du portail occidental est entreprise vers 1819, faisant disparaître les traces de la dernière catastrophe, comme celles de la Révolution. La grande porte, ornée dans le style du moment, y perd son pilier central, mais acquiert en retour un tympan porteur d'un décor en relief, qui est peut-être l'œuvre du sculpteur Romagnesi.

Jusqu'au milieu du 19e siècle, le monument profite d'un entretien régulier et réfléchi, effectué sous la direction des architectes du département ou de l'arrondissement de Soissons. Ces ouvrages indispensables alternent parfois avec des opérations plus importantes, telle la modification de la toiture des cinq chapelles absidales en 1830-1831, voire d'envergure, comme la substitution progressive de l'ardoise à la tuile sur le comble de la nef dans le courant des années 1830. Mais, face aux besoins, le gouvernement ne peut encore approuver des travaux d'embellissement et repousse en 1847 un projet de vitraux figurés, "sans nécessité réelle".

Au cours de ce demi-siècle, la fabrique, aidée par le clergé, s'engage également dans une campagne d'acquisitions, afin d'installer contre l'édifice ses serviteurs religieux et laïques (vicaires, sonneur, gardiens, suisse), de se doter de magasins indispensables et de rattacher à la cathédrale les parties qui en avaient été distraites. En octobre 1821, est ainsi rachetée une partie de l'aile occidentale du cloître, convertie de 1829 à 1831 en chapelle dite "du Collège" ou "des Œuvres".

Avec le changement de régime qui suit la chute de Louis-Philippe, la responsabilité des chantiers est désormais confiée à une succession d'architectes diocésains, inaugurée par Émile Boeswillwald. A dater de cette période et jusqu'à la séparation des Églises et de l'État, la cathédrale devient le sujet d'une longue et coûteuse restauration. La réfection de l'ensemble des vitraux, confiée à Édouard Didron, débute en 1855. La destruction du jubé en 1866 est suivie du remaniement au goût du jour des chapelles du déambulatoire et du transept. Aucun projet ne semble alors irréalisable puisque la fabrique reçoit même en 1870 un legs destiné à contribuer à l'achèvement de la seconde tour.

Le bombardement de Soissons par l'armée prussienne du 12 au 15 octobre 1870 occasionne de nouveaux dégâts, répartis sur le flanc sud du monument, avec une concentration plus forte sur le bras sud du transept et ses chapelles superposées. Après un temps d'arrêt, dû aux difficultés financières de l'État, la consolidation des parties endommagées est amorcée par l'architecte diocésain Adolphe Lance, puis réalisée par son successeur Édouard Corroyer. L'achèvement de cette entreprise vers 1884 s'accompagne d'une restitution aux fidèles de la petite sacristie, transformée en chapelle de la Résurrection (ou du Sépulcre) et dont l'autel est consacré le lundi de Pâques 1885.

Dans la continuité de la politique inaugurée dans la première moitié du siècle, de nouveaux achats fonciers et échanges sont entrepris, en collaboration avec l'État, facilitant d'abord le transfert des dépendances de la cathédrale, puis la destruction de bâtiments parasites. Plusieurs transactions successives dans les années 1860 et 1870 permettent à l'architecte diocésain Édouard Corroyer de proposer en 1875 et de réaliser dans les années suivantes la restauration de l'ancienne salle capitulaire et de la galerie de cloître attenante, vouées par le clergé aux catéchismes, aux offices du collège et aux réunions paroissiales. Enfin, dans le même temps, la démolition de maisonnettes au sud de l'abside libère un terrain sur lequel Corroyer fait construire, à l'est de la grande sacristie, une salle affectée aux réunions de la fabrique et du chapitre, et dont ce dernier prend possession en octobre 1876.

L'épiscopat de Mgr Duval (1890-1897), évêque déterminé et fort investi dans l'embellissement de son église, correspond au débadigeonnage total du bâtiment (1890-1893), malheureusement effectué à l’aide d’outils métalliques qui abîment la surface de la pierre, et à la pose de verrières figurées, créées par Félix Gaudin pour les chapelles absidales. Quand Émile Brunet endosse en 1904 la responsabilité d'un édifice en très bon état de conservation et au mobilier renouvelé, il ne lui reste plus, en apparence, qu'à faire réaliser quelques réparations aux tours et au massif de façade.

Le martyre de la cathédrale pendant la Grande Guerre

Peu après le déclenchement des hostilités en août 1914, la position des belligérants se stabilise dans les environs de Soissons, les Allemands occupant une position dominante au nord et à l'est de la ville. Pendant toute la guerre, la cathédrale demeure une cible privilégiée de l'armée ennemie, sous le prétexte fallacieux qu'elle sert de poste d'observation ou en représailles pour les échecs subis. Durant les premiers mois du conflit, l'artillerie allemande n'endommage que la toiture, les verrières de la cathédrale, et l'ancienne salle capitulaire ou chapelle des Œuvres. Puis, sous l'intensification des bombardements, les deux premières travées du mur nord et une colonne de la nef s'écroulent en février 1915. Les arcs-boutants ne peuvent supporter longtemps la partie correspondante de la voûte qui s'effondre le 2 mars, sur une surface de 200 m². Au cours des semaines suivantes, les projectiles atteignent le haut de la tour sud, ébranlant la voûte dont les pierres continuent à se détacher. L'architecte Émile Brunet, appelé à prendre des mesures de préservation, ne peut qu'ordonner la dépose des verrières, l'évacuation des œuvres d'art les plus précieuses et la protection du mobilier intransportable par un amoncellement de sacs de plâtre et de ciment. Les intempéries de l'hiver 1915-1916, en désagrégeant les pierres, aggravent les effets de la fureur dévastatrice des hommes. Le 31 janvier 1916, une nouvelle partie de la voûte de la nef s'écroule, laissant maintenant à ciel ouvert l'ensemble du vaisseau depuis l'orgue jusqu'à la chaire.

À l'occasion d'un déplacement de la zone de combats en 1917, Brunet propose, à la demande de l'évêque, des travaux urgents de clôture pour pouvoir rendre au culte le chœur avec ses chapelles ainsi que le transept, moins atteints et plus facilement réparables que la nef. Puis au début de l'année suivante, il projette de poursuivre ces mesures par la consolidation des parties conservées de la nef, maintenant séparée du transept par un mur. Mais le retour des combats à partir de mai 1918 réduit à néant les mesures prises et accroît encore la dégradation du monument. À l'issue du conflit, la cathédrale en ruines, criblée d'impacts et de brèches, a perdu sa couverture et sa vitrerie. La nef, presque entièrement détruite sur trois travées, est dépourvue de ses voûtes et d'une partie de ses arcs-boutants. La tour sud, fissurée, est privée de son beffroi. Enfin le sol entier de l'édifice est recouvert d'un amoncellement de gravats qui atteignent, par endroits, plus de cinq mètres de hauteur.

Une restauration persévérante

Dès le retour de la paix, Brunet entreprend une restauration méthodique, poursuivie pendant tout l'entre-deux-guerres, en collaboration étroite avec l'entrepreneur de maçonnerie parisien Henri Quélin, secondé par l’appareilleur Maurice Lépissier, le sculpteur Pierre Séguin et les peintres-verriers Jean Gaudin et Emmanuel Daumont-Tournel. Reprenant le processus appliqué en 1917, l'architecte porte ses premiers efforts sur la partie la moins touchée (chœur et transept). Il y fait rapidement réaliser les travaux de maçonnerie les plus urgents, refaire la couverture, enfin clore toutes les baies par du plâtre et de la toile huilée, permettant ainsi au clergé de reprendre possession de la partie orientale de l'édifice à la Toussaint 1919. Dans les mois qui suivent (1920), la réparation et la reconstruction des arcs-boutants et la réfection du fenestrage endommagé des baies facilitent à partir de 1921 l'installation d'une vitrerie définitive, puis, après une révision totale des voûtes du chœur en 1923, la repose des cinq verrières médiévales restaurées. L'activité gagne ensuite le déambulatoire et ses chapelles dont les verrières archéologiques reprennent leur place en 1924. La restauration du mur-pignon nord du transept, exposé pendant toute la guerre au feu de l'ennemi, constitue le couronnement de cette campagne de travaux, grâce à un don du Comité américain pour les Régions dévastées de la France, investi en 1926 dans l'installation d'éblouissantes verrières de Jean Gaudin et Louis Mazetier.

La restauration de la nef et de ses parties adjacentes (chapelles, ancienne salle capitulaire, tour nord) débute également en 1919 ; mais les premiers mois sont d'abord consacrés à une campagne de déblaiement et de tri, dans le but de remployer le plus de matériaux anciens possible (tambours de colonnes, chapiteaux, clefs de voûte), puis à des opérations de conservation et consolidation visant à préserver des intempéries les maçonneries épargnées par les projectiles. La réédification proprement dite des colonnes, des murs et des organes de stabilité de la nef (contreforts et arcs-boutants) n'est entreprise qu'en 1921-1922, monopolisant la plupart des forces au cours des années suivantes, pour prendre fin vers 1927-1928, permettant alors la pose d'une charpente en ciment armé en 1928, puis l'achèvement des voûtes en 1929. Après la remise en état des collatéraux et de leurs chapelles puis de la tribune d'orgue et du réseau de sa rose, la reprise du dallage et la pose des vitres et verrières parachèvent en 1930-1931 cette longue opération, plus importante que prévu, du propre aveu de l'architecte. Lors de la grandiose cérémonie de reprise de possession de la nef par le clergé et les fidèles le 26 avril 1931, il ne reste plus qu'à entreprendre l'aménagement intérieur des chapelles nord de la nef, poursuivre la restauration de l'ancienne salle capitulaire et de la galerie attenante en voie d’achèvement, enfin consolider et compléter la tour sud, à l’état de "ruine lézardée". Ce programme qui peut sembler restreint par comparaison avec l'énormité de la tâche accomplie depuis 1919 occupe pourtant la totalité des années 1930. La bénédiction des chapelles nord de la nef, parées de leurs lambris (5 mars 1933), est rapidement suivie de celle de l'ancienne salle capitulaire le 1er juillet 1933. Puis le 24 octobre 1937, Georges Huisman, directeur général des Beaux-Arts, inaugure solennellement la tour sud dont le beffroi reconstruit abrite à nouveau ses cloches. La reprise du décor sculpté du portail ouest et l'aménagement des abords du monument ferment cette campagne de travaux.

Au terme de la prodigieuse résurrection de cet édifice, qui avait été jugé plus compromis que la cathédrale de Reims, seuls quelques éclats de maçonnerie volontairement conservés, l'absence de plusieurs verrières et de l'orgue, enfin la pose de plaques commémoratives, témoignent encore de la gravité du conflit passé.Les combats de la Seconde Guerre mondiale causent peu de dommages au bâtiment dont les verrières anciennes avaient été déposées dès 1939. En revanche, les verrières modernes subissent d'importants dégâts en janvier 1945, conséquences du bombardement par l'aviation allemande et de l'explosion de trains de munitions stationnés en gare de Soissons. Pourtant, les principales interventions du service des Monuments historiques dans la seconde moitié du XXe siècle n'ont pas été destinées à faire disparaître les traces de ce dernier conflit, vite effacées, mais à renforcer et compléter l'œuvre inachevée d'Émile Brunet.

Période(s) Principale : milieu 12e siècle , (détruit)
Principale : 4e quart 12e siècle, limite 12e siècle 13e siècle, milieu 13e siècle, 4e quart 13e siècle
Secondaire
Secondaire : 1er quart 14e siècle, 4e quart 15e siècle, 2e quart 18e siècle, 4e quart 18e siècle
Dates 1212, porte la date
Murs calcaire pierre de taille
Toit ardoise, tuile plate
Plans plan en croix latine
Étages 3 vaisseaux
Couvrements voûte d'ogives
voûte en berceau brisé
voûte plate
Couvertures toit à longs pans croupe polygonale
toit à deux pans croupe ronde
toit à deux pans pignon découvert
appentis
toit à deux pans croupe
toit en bâtière
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier en vis sans jour, en maçonnerie
escalier hors-oeuvre : escalier en vis sans jour, en maçonnerie
États conservations restauré
Techniques sculpture
vitrail
Mesures :
Statut de la propriété propriété de l'Etat
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables transept
Protections classé MH, 1862
Précisions sur la protection

La cathédrale a été classée par inscription sur la liste de 1862.

Références documentaires

Documents figurés
  • Aisne. Cathédrale de Soissons, dessin aquarellé par Tavernier de Jonquières, dessinateur, [vers 1780] (BnF : Destailleur, Province, t. 5, 1243).

  • [Plan de la cathédrale de Soissons avec l'emplacement des verrières], 2 dessins à l'encre sur papier par Louis Dumanceau-Duroché (?), architecte du département de l'Aisne, [1815] (A Evêché Soissons : 6 L Soissons 1815-1818).

  • Plan de la Cathédrale de Soissons ainsi que des Maisons et Jardins acquis par différents Particuliers ; Indiqués au Plan par les Lettres Alphabétiques, dessin à l'encre aquarellé, par Louis Duroché, architecte, 10 avril 1820 (A Évêché Soissons : P Soissons-Cathédrale, 3 D plans).

  • Plan de la Cathédrale de Soissons. Picardie, dessin par Alphonse Baillargé, gravure par Auguste Hibon, [vers 1840]. In : TAYLOR, Justin, NODIER, Charles, CAILLEUX, Alphonse de. Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France. Picardie. Paris : Firmin Didot frères, 3 volumes, 1835-1845.

    T. 2, 1840.
  • Vue du Transept méridional de la Cathédrale de Soissons. Picardie, dessin par Alphonse Baillargé, lithographie par Jules Monthelier et Eugène Cicéri, impression par Thierry frères, [vers 1840]. In : TAYLOR, Justin, NODIER, Charles, CAILLEUX, Alphonse de. Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France. Picardie. Paris : Firmin Didot frères, 3 volumes, 1835-1845.

    T. 2, 1840.
  • Plans Elévations et Coupes de Travaux divers à éxécuter à l'Eglise cathédrale de la ville de Soissons (Aisne). Exercice 1842. Dressé par l'architecte du département soussigné, dessin à l'encre aquarellé par Henri van Cléemputte, architecte départemental, [1842] (AN : F 19, carton 7887).

  • Département de l'Aisne. Ville de Soissons. Cathédrale. Reconstruction du Dallage de la Grande sacristie en 1849, dessin à l'encre aquarellé par Henri van Cléemputte, architecte départemental, 30 décembre 1848 (AN : F 19, carton 7887).

  • Diocèse de Soissons. Cathédrale. Plan, dessin à l'encre aquarellé, par Émile Boeswillwald, architecte diocésain, 1850 (AN : F 19 7887).

  • Cathédrale de Soissons. État actuel de la Salle Capitulaire (Nouvelle Salle des Catéchismes) du Cloître et Dépendances, dessin à l'encre aquarellé, par Édouard Corroyer, architecte diocésain, 18 avril 1875 (AN : F 19 7887).

  • [Vue nord-ouest de l'ancienne salle capitulaire], photographie, [vers 1875] (A Évêché Soissons : 2 Y).

  • Cathédrale de Soissons. Projet de Restauration de l'Ancienne Salle Capitulaire (Salle des Catéchismes) du Cloître & de Construction d'une Maison pour le Suisse-Concierge, dessin à l'encre aquarellé, par Édouard Corroyer, architecte diocésain, 18 avril 1875 (AN : F 19 7889).

  • Soissons. Cathédrale, transept nord pendant la restauration, photographie par Médéric Mieusement, photographe, 1888 (coll. part.).

  • Soissons. Cathédrale, clocher et ancien évêché, photographie par Médéric Mieusement, photographe, [vers 1890] (AMH Amiens).

  • Soissons - Intérieur de la Cathédrale. Soissons : G. Nougarède éditeur [ca 1900]. Carte postale (coll. part.).

  • [Autel temporaire dédié au Sacré-Cœur], photographie, [vers 1910] (A Évêché Soissons : 2 Y).

  • Soissons. - Le Chœur de la Cathédrale. Soissons : Nougarède éditeur [ca 1916]. Carte postale (A Évêché Soissons : série Y).

  • Soissons - Le peintre militaire G. Boucart achevant un tableau des ruines de la Cathédrale près d'un obus tombé sans éclater, carte postale, G. Nougarède, éditeur à Soissons, [vers 1915] (A Évêché Soissons : Série Y, Soissons-Cathédrale).

  • Intérieur de la Cathédrale et Tribune des grandes Orgues, carte postale, G. Nougarède, éditeur à Soissons, [vers 1918] (A Evêché Soissons : 4 Y Soissons-Cathédrale).

Bibliographie
  • BINET, chanoine Henri. De Paris à Notre-Dame de Liesse par Villers-Cotterêts et Soissons. Souvenirs de voyage de l'année 1644. Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons, 1908, Troisième séance, Lundi 2 mars 1908, p. 29-38.

    p. 35.
  • BLANCHARD, Fernand. La statuaire de la tour sud de la cathédrale de Soissons. In CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE FRANCE. LXXVIIIe session tenue à Reims en 1911, par la Société française d'Archéologie. T. 2. Procès-verbaux et Mémoires. Paris : A. Picard, Caen : H. Delesques, 1912, p. 317-323.

  • BRUNET, Émile. La restauration de la cathédrale de Soissons. Bulletin monumental, 87e volume, 1928.

  • COLLET, Émile. L'Explosion de la Poudrière de Soissons. Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons, 2e série, t. 4, 1872-1873, séance du 3 février 1873, p. 219-238.

  • COLLET, Émile. Le siège de Soissons et l'occupation allemande dans le Soissonnais 1870-1871. 2e édition, Soissons : Eug. Ebel éditeur, 1901.

    p. 139, 184.
  • CORDONNIER, Geneviève. Les marques de tâcherons à la cathédrale de Soissons. Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons, 4e série, t. 14, 1969-1972, p. 224-231.

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