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La Communauté de Communes de l'Oise Picarde

Dossier IA60003137 réalisé en 2020
Aires d'étudesCommunauté de communes de l'Oise Picarde

Faute de travaux d'envergure récents sur le nord du département de l’Oise, il faut compter sur les ouvrages du 19e siècle (Baticle, Mouret, abbé Delettre, abbé Seillier) concernant Breteuil et ses environs pour proposer une synthèse historique satisfaisante. Les recherches des sociétés historiques locales comme la Société historique de Breteuil ou le Groupe d'Études des Monuments et œuvres d'art de l'Oise et du Beauvaisis sont également fondamentales. Enfin, les travaux plus récents de Jean-Charles Cappronier aident à documenter les activités des habitants et habitantes de Breteuil et des communes avoisinantes.

Antiquité et Moyen Âge

Situé entre Amiens et Beauvais, le territoire de la Communauté de Communes de l'Oise Picarde (désormais "CC Oise Picarde") est une zone traversée par plusieurs voies de grandes communications reliant ces deux villes dès l’Antiquité avec deux chaussées Brunehaut et la Via Agrippa qui reliait Boulogne à Paris. Le site gallo-romain découvert à Vendeuil-Caply, dont le théâtre est encore visible aujourd’hui, témoigne de l’importance de cet espace dès l’Antiquité. La cité de Bratuspantium mentionnée par César dans la Guerre des Gaules était le siège d’un oppidum. Elle était le chef-lieu d’un pagus, circonscription administrative qui persiste de l’Antiquité au Haut Moyen Age, sous l’autorité du comte d’Amiens (pagus Vendoliensis).

À partir du haut Moyen Âge, le territoire de la CC Oise Picarde relève de deux diocèses différents, Amiens et Beauvais, chacun ayant le droit de cure et de dîme sur les paroisses relevant de leur territoire.

À partir du 11e siècle, le pouvoir des seigneurs se renforce, en particulier ceux de l’abbaye Notre-Dame de Breteuil et du seigneur de Breteuil. Ces deux puissants possèdent de nombreux fiefs et droits dans les terres environnantes et un réseau de petits seigneurs locaux viennent leur prêter hommage (seigneurs de Troussencourt, Chepoix…). Les seigneurs de Crèvecoeur, dont la généalogie peut être retracée à partir de 1120, avaient également de nombreux vassaux dans les villages à l’ouest du territoire comme Catheux ou Viefvillers. Ils détenaient également des terres et des droits seigneuriaux jusqu’à Breteuil et Chepoix. Les seigneurs de Breteuil et Crèvecoeur font hommage au roi de France pour leurs terres. Celui-ci conserve donc un contrôle sur cette zone, proche de la frontière flamande.

Aux 12e et 13e siècles, les abbayes cisterciennes de Chaalis et surtout de Froidmont, fondent des granges (5 au total sur l’aire d’étude), à la suite de donations octroyées par des seigneurs locaux. De vastes domaines agricoles se constituent alors. Ces exploitations agricoles ont marqué l’aménagement du territoire en défrichant et mettant en culture de nombreuses terres.

La guerre de Cent Ans à la fin du Moyen Âge provoque de nombreux pillages, incendies et destructions sur le territoire, notamment lors des assauts des troupes anglaises à Breteuil et dans les environs. Le château et le bourg de Breteuil sont détruits en 1447 par le duc de Bedford. Si les villes de Péronne, Montdidier et Roye soutiennent le duc de Bourgogne Charles Le Téméraire, Breteuil reste fidèle au roi Louis XI.

Renaissance et période moderne

Au 16e siècle, de nombreuses églises de style gothique flamboyant sont construites sur le plateau picard, succédant à des édifices vétustes. Equennoy, Paillart ou encore Chepoix témoignent de la présence du gothique picard dans cet espace.

Les guerres de religions divisent les villages du plateau picard, notamment lorsque le prince de Condé, seigneur de Breteuil et gouverneur de Picardie, adopte le protestantisme. Les huguenots ravagent Breteuil et les villages voisins en 1589. En 1636, dans le contexte de la Guerre de Trente Ans, les Espagnols ravagent les régions de Breteuil et Crèvecoeur. De nombreux villages doivent être reconstruits.

Avec l’organisation administrative du royaume de France à partir du 16e siècle, de nouvelles circonscriptions sont mises en place, principalement pour assurer le prélèvement de l’impôt. Les généralités, elles-mêmes découpées en élections, sont créées. Ces nouveaux découpages confirment la situation de frontière de cette partie nord de l’Oise. En effet, si Beauvais et ses environs appartiennent à l’Ile-de-France, Breteuil et les villages avoisinants sont rattachés à la province de Picardie, à la généralité d’Amiens et aux élections de Montdidier et d’Amiens. Quelques villages de la partie sud-est de l’aire d’étude dépendent de l’élection de Clermont et de la généralité de Soissons.

L’essor et la structuration de l’industrie domestique du textile durant le 17e siècle sont dûs à l’organisation de la production sous la forme de manufactures, territoires organisés en bureaux de contrôle des étoffes. Les travailleurs et travailleuses à domicile portaient les étoffes tissées aux bureaux d’Hardivillers ou Crèvecoeur, tandis que la laine et les fils de laine étaient contrôlés à Breteuil. Lin, chanvre et laine étaient travaillés à domicile, les femmes étaient fileuses, les hommes sergers et peigneurs de laine (houppiers). Pendant la belle saison, les activités agricoles (polyculture et élevage) complétaient les revenus apportés par le travail du textile.

De la Révolution à nos jours

Après la Révolution, les communes remplacent les paroisses et les cantons sont créés. L’aire d’étude considérée regroupe ainsi deux anciens cantons (Breteuil et Froissy) et plusieurs communes de différents cantons (Crèvecoeur et Nivillers).

Au 19e siècle, les activités rurales des villages combinent toujours travaux agricoles et activités textiles. Les fabriques qui emploient plusieurs dizaines d’ouvriers et ouvrières se développent : fabrication de toiles à Ansauvillers, de boutons à Troussencourt ou Hardivillers par exemple. D’autre part, des tuileries et briqueteries, parfois d'origine communale, s'agrandissent (briqueterie de Doméliers par exemple). Des usines plus importantes voient le jour comme l’entreprise de fabrication de calorifères et des fourneaux à pétrole à Esquennoy, ou encore la sucrerie créée par Gabriel Bazin au Mesnil-Saint-Firmin. Plus tard au milieu du 20e siècle, la famille Cornilleau installe une usine de fabrication de tables de ping-pong, toujours en activité aujourd’hui. Enfin à Fontaine-Bonneleau, dans la vallée de la Selle, une usine met en bouteille les eaux ferrugineuses extraites des sources du village. Malgré ces quelques cas précis, le territoire reste parsemé de petits ateliers liés aux activités textiles (cordonneries, bonneteries, fabriques de lacets, de gants…). Le déclin de cette activité industrielle au cours du 20e siècle provoque un exode rural qui dépeuple les villages au profit des centres urbains comme Beauvais et Amiens.

Espace de transition entre Amiens et Beauvais, la densification du réseau routier puis ferré a renforcé le maillage des voies de communication. Les anciennes voies romaines, constituant un axe nord-sud, sont complétées par un nouvel axe est-ouest (route royale de Rouen à La Capelle passant par Breteuil). Le chemin de fer apparaît au milieu du 19e siècle. En 1846, la ligne Paris-Amiens par Creil est créée. Il faut attendre 1877 pour la mise en service du chemin de fer de Beauvais-St-Omer-en-Chaussée-Amiens (qui sera arrêté en 1939). Une ligne Crèvecoeur-Froissy-Saint-Just-en-Chaussée-Estrée-Saint-Denis est en service de 1906 à 1945. Seule la ligne Paris-Amiens est toujours en service. Le tronçon de l’autoroute A16 ouvert en 1994 traverse le territoire de l’Oise picarde. Il est aujourd’hui la voie principale entre Amiens et Beauvais.

La Première Guerre mondiale frappe surtout la partie occidentale de l’aire d’étude, qui formait un arrière-front. Les villages de Sérévillers ou Broyes sont très touchés. Les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale ravagent plusieurs villes à l'ouest du territoire en mai et juin 1940. Le bourg de Breteuil est détruit à environ 80%. La ville est presque entièrement reconstruite dans les années 50, c’est pourquoi son centre-ville présente aujourd’hui une forte homogénéité architecturale.

La forte baisse des activités liées au textile au cours du 20e siècle ainsi que les deux conflits mondiaux ont dépeuplé le plateau picard. Les remembrements agricoles à partir des années 50 ont entraîné un agrandissement des exploitations, portées avant tout sur la céréaliculture. La mécanisation de l’agriculture ainsi que la diminution du nombre de fermes ont permis d’accroître leur taille. Ces évolutions, partagées par nombre d’autres espaces ruraux, expliquent l’abandon puis la destruction de nombreux bâtiments agricoles en torchis et pan de bois, qui ne sont plus adaptés aujourd’hui à des habitats aux fonctions strictement résidentielles.  

Présentation de l’aire d’étude

L’aire d’étude couvre l’ensemble des 52 communes de la Communauté de Communes de l’Oise Picarde (désormais "CC Oise Picarde"). Ce territoire est situé au nord du département de l’Oise entre Amiens et Beauvais. Le bourg de Breteuil est le chef-lieu de cet EPCI (Établissement Public de Coopération Intercommunale), né en 2017 de la fusion entre la Communauté de Communes des Vallées de la Brèche et de la Noye et d'une partie du canton de Crèvecœur-le-Grand.

Configuration géographique du territoire, situation et site

L’Oise picarde est un territoire rural. Elle dénombre en 2017 21 163 habitants sur une superficie de 395,6 km². Le bourg de Breteuil est le plus peuplé avec 4 340 habitants en 2017.

L’aire d’étude considérée se situe entre les Communauté de Communes de la Picardie Verte à l’ouest et du Plateau Picard à l’est. Sa partie nord est limitrophe du département de la Somme.

Aujourd’hui mosaïque de plusieurs entités administratives passées (cantons et intercommunalités), le territoire de l’Oise Picarde conserve une homogénéité géologique et paysagère. En effet, il fait partie du Pays de Chaussée, entité paysagère du plateau Picard. Cet espace, qui s’inscrit dans le prolongement du plateau de la Somme (Santerre), se caractérise par un plateau crayeux composé d’un limon important. Le paysage du Pays de Chaussée est fait d’une succession de vallées sèches, qui abritaient anciennement des sources et des rivières. Elles se sont asséchées au fil du temps en raison de la nature poreuse des sols composés de calcaire. Outre les paysages de plateau, le territoire comporte trois sites de vallées humides : la Noye au nord-est, la Celle au nord-ouest, rivières affluentes de la Somme ; la Brêche enfin, au sud du territoire, affluente de l’Oise. Les abondants limons du plateau picard produisent un sol fertile, favorisant le développement de la polyculture (blé, betterave, orge, avoine, colza, pommes de terre en particulier).

Les formes du bâti

La structure hydrographique du sol caractérisé par des nappes phréatiques profondes et une absence de sources et rivières, a déterminé le mode d’occupation de l’espace. Ainsi, sur le territoire de l’Oise Picarde, l’habitat est groupé en villages, afin de partager les zones de collecte d’eau. Les aménagements liés à l’eau, en particulier les puits et les mares, et plus tard les châteaux d’eau, sont ainsi des éléments structurants des villages et des marqueurs forts de leur identité. Les communes qui comptent des écarts sont très rares. Leur existence s’explique principalement par les raisons suivantes : anciennes paroisses, lieu du développement d’une activité particulière ou encore présence d’un grand domaine abbatial.

La nature des sols et le paysage ont également entraîné l’utilisation de matériaux de construction spécifiques. Le torchis sur pan de bois est le mode d’édification majoritaire jusqu’à la Première Guerre Mondiale. L’absence de massifs forestiers importants sur le plateau picard a longtemps limité le développement des fours des briqueteries. Celles qui étaient présentes sont modestes, produisant des briques de qualité inégale. Elles répondaient avant tout aux besoins de la commune. Quant à la craie, type de pierre majoritaire dans les sols, elle est très souvent fragile et poreuse. Les blocs de qualité sont donc utilisés pour les édifices importants comme les églises, les manoirs et châteaux seigneuriaux ou encore les granges d’abbayes. Toutefois, les chaînages d’angle et les solins des bâtiments sont souvent constitués de blocs de pierre (calcaire ou grès), ou de briques. Dans certains villages, les moellons de silex sont également utilisés dans la mise en œuvre des soubassements.

Le caractère rural des communes de l’Oise Picarde se traduit par des typologies spécifiques d’habitat, observées sur le terrain. L'habitat relevé est construit entre le dernier quart du 18e siècle et le premier quart du 20e siècle. Ses formes sont néanmoins plus anciennes et pourraient remonter au Moyen Âge. Travaux agricoles et industrie textile domestique étaient les deux types d’activités répandus sur le plateau picard. L’habitat s’est ainsi adapté à ces pratiques. La ferme avec logis en fond de cour et grange sur rue est la forme de bâti principale de l’aire d’étude. Des rues entières sont bordées par des enfilades de granges qui confèrent à ces villages une identité propre. Une variante se retrouve sous la forme du logis (parfois prolongé d'une grange) à façade sur rue et passage charretier, plutôt rattaché à des activités artisanales comme le tissage des étoffes de laine. De petites fabriques textiles sont parfois présentes parmi les bâtiments agencés autour de la cour de ferme. La présence d’imposantes fermes en brique, à l’usage strictement agricole (polyculture et élevage ovin ou porcin, ou bien polyculture seulement) se retrouve également dans l’ensemble des villages. Elles se sont souvent constituées à l’extrême fin du 19e siècle, au cours du premier exode rural, profitant de l’agrandissement des exploitations. D’autres ont fait l’objet d’une reconstruction après l’un ou l’autre des deux grands conflits du 20e siècle.

Références documentaires

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