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Le territoire communal d'Estréboeuf

Dossier IA80007326 réalisé en 2005

Fiche

Œuvres contenues

Implantation du territoire

Roger Agache indique la présence de grands cercles de l'Age du fer, d´un cercle isolé et de substructions gallo-romaines. D´après Florentin Lefils, on découvrit une pirogue en chêne (qui semble bien antérieure à l´occupation romaine) dans les étangs du village. Long de près de dix mètres, l´objet est aujourd'hui conservé au musée Boucher-de-Perthes à Abbeville. A cette découverte est liée la présence d´habitations isolées tirant partie de la chasse, de la pêche et des ressources de la terre.

Evolution de la population

Estréboeuf rassemblait 75 habitants en 1700. En 1856, le chiffre avait augmenté à 334 habitants. Le recensement indique en 1836 une population de 370 individus. Elle diminua petit à petit pour atteindre 220 habitants en 1936. Le nombre de maisons passa de 83 en 1906 à 73 en 1936.

Evolution de l´économie

D´après l´ouvrage intitulé « Documents pour servir à l´histoire de la Révolution française », à la fin du 18e siècle, la population comptait 23 chefs de famille dont quatre laboureurs : en raison de la cherté de leur marché, de l´ingratitude du sol et de la surcharge des impôts, ils subvenaient à grande peine aux dépenses de leur exploitation. Le creusement du canal de Saint-Valery fit également du tort à la profession puisque les ouvriers étaient recrutés parmi les employés agricoles, si bien rémunérés que l´agriculture ne trouvait plus de main d´œuvre.

Les autres chefs de maison étaient journaliers (13) ou serruriers (6) et n´avaient d´autres ressources que le travail de leur journée. L´ouvrage insiste sur la misère de la population.

Estréboeuf était essentiellement composé de fermes modestes et de deux exploitations plus imposantes. Le pays était voisin de la mer et donc très sablonneux : « les terres, médiocres, ne pouvaient produire que du seigle, mais très peu de foin et de lin ». A la fin du 19e siècle, la commune cultivait essentiellement de l´orge d´automne et de l´orge de mars. Les terres furent remembrées avant 1880 (observation du cadastre de 1880). Les produits étaient exportés par la gare canal.

En 1802, le territoire possédait pour la plus grande partie de ses biens communaux des molières ou laisses de mer (couvertes et découvertes à chaque grande marée) et quelques marais. Le territoire disposait de quelques bois (au sud-ouest et à l´est).

Une partie des molières était à la fin du 18e siècle chargée de 500 moutons. Les vaches (même proportion) paissaient dans le marais. Une loi fut votée, réduisant le nombre de bêtes par propriétaire dans les pâturages communs. En 1929, les moutons occupaient encore une part importante de l´élevage (292) alors que le nombre de vaches avait connu une forte hausse (élevées pour la consommation personnelle, elles étaient 180 en 1929). Les chevaux de travail étaient encore bien représentés (67) et on comptait une forte présence des porcs pour la consommation personnelle (80).

Deux métiers ressortent du dépouillement du recensement de population au début du 19e siècle : il s´agit de blanchisseur de toiles et tisserand. En 1800, la meilleure partie du territoire consistait en prairies à foin, en « prairies au serge de blanchiries de toille, établissement important pour la commune, une partie rivière dite d´Etamboise » (l´Amboise). Les neuf blanchisseries (dont cinq sur pré et quatre sans), qui employaient dix ouvriers en 1847, stoppèrent leur activité à la fin du 19e siècle.

Il semble, d´après Gaston Vasseur, que le métier de serrurier soit apparu dans le village dès 1664, cité dans de nombreux registres paroissiaux. Les serruriers étaient cultivateurs en pleine saison. Ils travaillaient pour l´entreprise la Perche (Friville-Escarbotin). D´autres étaient polisseurs à domicile. L´atelier flanquait l´habitation et l´établi était situé devant la fenêtre. Les pièces étaient coulées en fonderie, amenées chez les ouvriers qui les assemblaient. Quinze ouvriers travaillaient à la serrurerie en 1869. Le graphique indique une activité en dent de scie jusqu´en 1884, utilisant entre 4 et 15 ouvriers selon la demande, tout comme la tourbe (entre 2 et 25 ouvriers). Les Trente Glorieuses engendrèrent un certain essor (électricité, chauffage central) qui modifia totalement le mode de vie dans les villages, engendrant l´abandon du travail à domicile.

Le village produisait également une grande quantité de tourbe. Cinq usines étaient en activité en 1868.

Certains étangs du village furent creusés au début du 20e siècle pour les touristes qui venaient y chasser. En effet, la chasse à la hutte était une activité très prisée sur le territoire, d´où l´importance des rendez-vous de chasse de Neuville et Drancourt.

Un moulin à vent existait entre Arrest et Estréboeuf sur la butte de Cattigny.

Aires d'études Communauté d'agglomération de la Baie de Somme
Adresse Commune : Estrébœuf

D´après Florentin Lefils, le nom d´Estréboeuf est d´origine celtique. Il proviendrait d´estran qui signifie plage, et bow : courbe, plage ou rivage courbe. En effet, une partie de la côte formait un coude à cet endroit. Jusqu´au 18e siècle, l´abbaye royale de Saint-Valery, voisine du pays et seigneur en partie, possédait 22 journaux de bas-champs qu´elle exploitait. Le seigneur de cette paroisse, résidant en son château de « Pandé-le-Grand », louait ses biens à un particulier qui lui payait tous les subsides. En 1807, la réunion de la succursale d´Estréboeuf à celle de Pendé fut débattue. Cette dernière était déjà trop d´étendue. Les habitants demandèrent donc que leur commune soit érigée en succursale indépendante, en y réunissant les hameaux de Ribeauville et de Drancourt, ce qui fut fait en 1809. De nombreux lieux-dits sont indiqués en 1808 (cadastre par masse de culture) : Catigny (aujourd'hui disparu), Draucourt (en fait Drancourt), Russigny (probablement une chapelle, aujourd'hui disparue) et Cauquière (également disparu).

Situé au sud de la Baie de Somme, à quatre kilomètres de Saint-Valery et neuf de Friville-Escarbotin, au fond d´un vallon, le territoire communal possède un relief marqué.

Le Plan d´Occupation des Sols indique une superficie totale de 624 hectares. Ce même rapport atteste que le territoire est situé « entre l´extrémité du plateau du Vimeu et les vallées de l´Avalasse et de l´Amboise. La partie sud/sud-est du territoire fait partie de la frange nord du plateau incliné du Vimeu dont les altitudes diminuent progressivement vers le nord-est, en direction de la vallée de la Somme ».

L´Avalasse marque l´entrée de la commune (en venant de Saint-Valery) par une vaste zone marécageuse ponctuée de bois et de plants d´eau.

Le site naturel a largement influencé le tracé des voies de communication. La Route Départementale 48 est l´axe majeur, orienté nord/sud. Le territoire est relié par la RD 925 au Vimeu industriel.

En effet, la structure viaire du territoire renseigne sur le rôle de transit entre Saint-Valery et les communes du Vimeu, également avec la vallée de la Somme et les communes littorales.

Les voies secondaires (chemins ruraux, vicinaux) devaient desservir les anciennes exploitations agricoles et leur vaste zone d´activité.

L´extrémité du plateau du Vimeu indique un paysage d´openfield suite au remembrement. Le parcellaire des zones humides présente des formes plus diverses.

Annexes

  • Evolution du bâti sur le territoire d´Estréboeuf

    Evolution du bâti sur le territoire d´Estréboeuf

    Le développement urbain d´Estréboeuf s´est fait de façon linéaire, en bordure de voiries ou en léger retrait, de manière relativement lâche. A l´origine, le bâti traditionnel était constitué presque exclusivement de fermes plus ou moins importantes. Il s´agissait (selon l´observation du cadastre napoléonien) de fermettes à cour centrale carrée (dont certaines présentent encore leur passage couvert) avec habitation en fond de cour, les deux ou trois autres côtés étant constitués de bâtiments d´exploitation. Les fermes étaient groupées par lot de deux, trois ou quatre. Le logis était aligné sur son voisin. Le parcellaire était relativement étroit, plus ou moins profond, la partie située à l´arrière étant réservée aux potagers, vergers et prairies.

    L´urbanisation du territoire semble avoir été limitée par le relief et les cours d´eau.

    La proportion de maisons en torchis et pans de bois reste élevée, mais elles sont dans un état de délabrement avancé.

    Les hameaux de Drancourt et Neuville, où le bâti est très peu développé, ont bénéficié d´une architecture relativement soignée, avec présence de fermes aux proportions imposantes et demeures monumentales.

    Les briques utilisées dans le village proviennent des briqueteries de Chepy et de Martaineville.

    Toutes les portes anciennes des logis disposent d'un tympan ajouré.

  • Evolution du paysage du territoire d'Estréboeuf

    Evolution du paysage du territoire d'Estréboeuf

    Autrefois, la mer pénétrait dans la vallée de l'Amboise, dans laquelle des digues ont été construites, entre Ribeauville et Estréboeuf. Ces dernières sont aujourd'hui converties en chaussées. La partie la plus creuse de la vallée de l'Amboise se trouve vers le milieu de son cours, dans le triangle que forme Drancourt, Estréboeuf et Ribeauville. Quand cette vallée était ouverte, les eaux stagnantes formaient de petits lacs à marée basse. Neuville était recouvert par la mer qui arrivait par Saint-Valery. Aujourd'hui, cet espace est rempli de tourbe, dont l'épaisseur est de quatre mètres à Drancourt et de deux seulement à Estréboeuf. Cette vallée, communiquant avec la mer, a donc pu être navigable, engendrant ainsi une petite industrie.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Somme. Série M ; 6 M 2423. Statistiques industrielles du canton de Rue : [milieu 19e siècle].

  • AD Somme. Série M ; 99 M 90531/7. Statistiques générales, codes rurales, questionnaires, 1808 : affaires générales.

  • AD Somme. Série M ; 6 M 2407. Situation industrielle dans l´arrondissement d´Abbeville [1860-1869].

  • AD Somme. Série M ; 6 M 2408. Situation industrielle dans l'arrondissement d'Abbeville, [2e moitié 19e siècle].

  • AD Somme. Série V ; 2 V 23. Organisation et police du culte catholique, [19e siècle].

  • AD Somme. Série M ; 6 M 2579. Questionnaire concernant les récoltes par commune, 1929.

  • AD Somme. Série M ; 6 M 2103. Tableaux synoptiques des réponses par communes concernant la superficie réservée à chaque culture, arrondissement d'Abbeville, 1853-1855.

  • AD Somme. Série M ; 6 M 2271. Tableau des principales productions agricoles de l´arrondissement d´Abbeville, 1893-1899.

  • AD Somme. Série O ; 99 O 1579. Estréboeuf. Biens communaux (avant 1869).

  • AD Somme. Série M ; 2MI_LN 234. Recensement de population, Estréboeuf, [1851-1936].

  • AC Estréboeuf. Cahier de délibérations du Conseil Municipal, 25 thermidor an 8-27 brumaire.

  • BM Amiens ; Ph 1189 C. Extrait d´une compilation de documents sans références.

Documents figurés
  • Carte de la Somme, carte, par Cassini, vers 1756.

  • Plan général de la baie de Somme ainsi que des portions de vallée et de côte maritime qui l´avoisinent en 1808, encre de chine sur papier, 1808 (A.D. 80 : 99 S_CP_355 101/1).

  • Estréboeuf. Plan par masses de culture levé en exécution de l´arrêté du gouvernement du 12 brumaire an 11. Terminé le 25 floréal an 12, par Cardinet géomètre en chef, Boquet, Arpenteur, 15 mai 1805 (AD Somme ; 3 P 936).

  • Estréboeuf. Plan cadastral, 1832 (AD Somme : 3 P 1345).

Bibliographie
  • AGACHE, Roger, BREART, Bruno. Atlas d´archéologie aérienne de Picardie. Le bassin de la Somme à l´époque protohistorique et romaine. Amiens, Société des Antiquaires de Picardie, 1975.

    p. 59
  • AGACHE, Roger. La Somme pré-romaine et romaine d´après les prospections aériennes à basse altitude. Amiens, Société des antiquaires de Picardie, 1978.

    p. 255
  • Cabinet François Seigneur architecte dplg. Plan d'Occupation des Sols de la commune d'Estréboeuf. 1995.

  • DIMPRE, Rémi. Histoire de quelques pays du Vimeu. Saint-Valery-sur-Somme : Imprimerie E. Lefebvre, 1900.

    p. 41
  • Documents pour servir à l´histoire de la Révolution française. Etat généraux de 1789, élections, rédaction des cahiers. Amiens, Typographie et Lithographie T. Jeunet, t. II, 1901.

    p. 133-136, 293-303
  • GRENIER, Dom. Introduction à l´Histoire Générale de la Province de Picardie. Amiens, Imprimerie Duval et Herment, 1856.

    p. 483
  • LEDIEU, Alcius. Dictionnaire d´histoire locale. L´arrondissement d´Abbeville de nos jours et le Ponthieu en 1763. Abbeville : Imprimerie E. Caudron, 1881.

    p. 39
  • LEFILS, Florentin. Géographie historique et populaire des communes de l´arrondissement d´Abbeville. Marseille, Laffitte Reprints, 1981. Réimpression de l'édition originale publiée à Abbeville, J. Gamain, 1868.

    p. 400
  • LEFILS, Florentin. Histoire civile, politique et religieuse de Saint-Valery et du comté du Vimeu. Abbeville, René Housse Imprimeur Editeur, 1858.

    p. 4, 10
  • RAVIN, F.-P. Notice sur la pirogue gauloise, trouvée à Estréboeuf, près de Saint-Valery-sur-Somme en mai 1834. Mémoire de la Société Royale d'Emulation d'Abbeville. 1834-1835.

    p. 81-87
  • ROY, Paule. La Picardie maritime, Abbeville, le Ponthieu, le Marquenterre, le Vimeu, la Côte d´Opale. Paris, les Editions Nouvelles, 1967.

    p. 57
  • VASSEUR, Gaston. Les premiers serruriers du Vimeu. Société d'Emulation historique et littéraire d'Abbeville, 1961, t. 20.

    p. 486
  • VASSEUR, G. La réorganisation des paroisses rurales du district d´Abbeville. In Bulletin de la Société d´Emulation historique et littéraire d´Abbeville. 1958, t. XX, p. 127-137.

    p. 127-137
  • WITASSE, MG de. Le PAGUS PONTIVUS et le PAGUS VIMNAUS. Mémoires de la Société d'Emulation d'Abbeville, 1889-1890, t. 17.

    p. 154
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