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Le territoire communal de Corcy

Dossier IA00066974 réalisé en 1985

Fiche

Œuvres contenues

Aires d'étudesSoissonnais
AdresseCommune : Corcy

La date de fondation du village de Corcy, autour de la route romaine de Soissons à Meaux, n’est pas connue, bien que le nom de la localité – Corciacus – se rapporte à l’époque gallo-romaine. Cette affirmation de Ghislain Brunel est corroborée par plusieurs découvertes de mobilier archéologique de cette époque (substructions, tuiles, tessons de céramique), qui ont été effectuées autant sur le plateau de la ferme Saint-Paul qu’à des carrefours situés sur des voies forestières (route du Faîte). Les étapes de la formation de la paroisse n’ont pu également être cernées, ni les raisons de la consécration de l’église à saint Alban, premier martyr d’Angleterre. Les plus anciens documents connus qui citent Corcy sont l’acte - peut-être faux - de Charles le Chauve daté de 858, qui confirme une donation de biens immobiliers à l’abbaye bénédictine Notre-Dame de Soissons, et le don de l'"autel" du village par l’évêque de Soissons Heddo (1052-1064) à la même abbaye, rapporté par l’historien de cette dernière, dom Michel Germain.

Pendant tout l’Ancien Régime, l’abbesse de Notre-Dame de Soissons présente donc le desservant de la cure - un prêtre séculier -, et lève également la dîme en ce lieu. Cette paroisse du diocèse de Soissons appartient alors au doyenné de Vivières, membre du Grand archidiaconé, et possède Fleury comme annexe. Les remaniements consécutifs à la Révolution font de la commune au 19e siècle un élément du doyenné de Villers-Cotterêts. Ayant reçu Longpont comme annexe en 1811, la paroisse devient elle-même annexe de Villers-Hélon après la Première Guerre mondiale. Depuis les regroupements paroissiaux de la fin du 20e siècle, le village de Corcy appartient désormais à la grande paroisse Saint-Nicolas-du-Pays-de-Retz, devenue membre d’un doyenné de Villers-Cotterêts étendu.

Jusqu’à la Révolution, le village relevait de la Généralité de Soissons, de l’Élection de Crépy-en-Valois, et du bailliage de Villers-Cotterêts. Il fait aujourd'hui partie du canton de Villers-Cotterêts et de l'arrondissement de Soissons. Avant la suppression du régime féodal, la seigneurie de Corcy était partagée entre l’abbaye Notre-Dame de Soissons et des seigneurs laïcs. M. de Limon, dans un compte-rendu rédigé en 1786, précise que l'abbaye possède alors les sept-huitièmes de la seigneurie et des justices - haute, moyenne et basse -, ainsi qu'un corps de ferme et 69 arpents de la terre. Selon dom Michel Germain, la seigneurie de Corcy aurait été achetée par l'abbesse Denise Simon en 1507 à Gui d'Harzillemont, son précédent détenteur. En réalité - comme le prouve le dénombrement fourni par Gui d'Harzillemont en 1501 - la cession n'a pu porter que sur la moitié de la seigneurie, l'autre moitié étant déjà tenue conjointement par l'abbaye Notre-Dame et un seigneur laïc.

Les seigneurs laïcs tiennent donc à Corcy le dernier huitième de la seigneurie et des justices seigneuriales, ainsi qu'un fief, le "fief de la Place", qui s'étend sur Corcy et Fleury. Ce fief, qui tire son nom de la famille de la Place encore présente en 1501, comprend les justices, des rentes et différents droits seigneuriaux, le château de Corcy, des terres, des prés et une garenne. D'après diverses pièces d'archives, il est au 16e siècle et jusqu'au milieu du 17e siècle possédé par la famille de Remyart et ses alliés, avant d'être adjugé à Louis Vigneron le 6 octobre 1666. Détenu ensuite par son fils, Robert Vigneron, puis par le cousin germain de ce dernier, Jérôme Hubert, ce fief reste aux mains de la famille Hubert jusqu'au milieu des années 1780. Les biens de Jérôme Hubert sont ensuite achetés, le 17 octobre 1786, par Claude Darras, ancien trésorier de la Caisse des Amortissements, puis, après son décès survenu en mai 1788, passent par succession à sa petite-nièce, mariée à Louis Marquet de Montbreton. Ils ont été conservés par des descendants des Montbreton jusqu'au 20e siècle, avant d’être ravagés par la Première Guerre mondiale qui a totalement effacé l'ancienne demeure seigneuriale du paysage.

Avant l’éclatement de ce conflit, l’événement le plus marquant traversé par la commune est sans doute l’épisode révolutionnaire, au cours duquel un certain nombre de terres et d’immeubles changent de détenteur, faisant disparaître l’Église de la liste des grands propriétaires fonciers, qu’il s’agisse de la cure, de l’abbaye Notre-Dame de Soissons déjà citée ou de la chartreuse de Bourgfontaine. Le moulin et l’étang, dépendant de Notre-Dame, sont ainsi vendus en 1791. En revanche, les deux étangs de La Ramée, propriété de Bourgfontaine, échappent à ce sort en 1794 pour leur rôle dans le flottage des bois qui approvisionnent Paris en bois de chauffe et de construction.

Le village évolue et se modernise tout au long du 19e siècle, comme en témoignent par exemple la construction d’une mairie-école, l’implantation d’un nouveau cimetière à l’écart du centre de l’agglomération et l’arrivée du chemin de fer. L’éclatement de la Première Guerre mondiale stoppe temporairement cette marche paisible vers le progrès. Corcy - tout comme de nombreux villages du canton – est victime de bombardements et devient, vers le milieu de l'année 1918, le cadre de violents combats qui le ravagent mais arrêtent la progression de l'armée ennemie. Le courage des habitants sous les obus et pendant l'occupation allemande vaut à la localité d'être citée à l'ordre de l'armée et de recevoir la Croix de guerre par décret du 26 octobre 1920. La reconstruction du village, confiée à une coopérative placée sous la direction de l'architecte Frédéric Bertrand (1869-1956) a occupé une grande partie de l'entre-deux-guerres. L’église, classée Monument historique le 20 février 1920, a été restaurée simultanément, mais sous l’égide de ce service de l’État.

La commune de Corcy est située dans la partie orientale du canton de Villers-Cotterêts, en bordure du massif forestier de Retz sur lequel son territoire empiète fortement. Elle est entourée pour l’essentiel par les communes de Montgobert au nord, de Louâtre à l'est, de Faverolles au sud-ouest, et de Fleury à l'ouest. La séparation d’avec Louâtre est constituée principalement par la rivière Savière (ou Savières), qui, à cet endroit, vient de quitter Longpont, puis poursuit sa route vers le sud-ouest en direction d’Ancienville et de Faverolles.

D'après la monographie communale de 1888, le territoire - dont l’altitude varie de 77 à 155 m - occupe une surface dépassant 725 ha. Sur cette étendue, plus de 435 ha appartiennent à la forêt de Retz, qui s’étend au nord et à l’ouest de la commune sur la pente d’une colline. La surface consacrée à la culture est alors estimée à 262 ha et - exception faite des jardins, vergers et prairies, qui avoisinent le village - correspond surtout au plateau qui occupe la pointe sud du territoire. Dans le vallon qui sépare la colline boisée et le plateau agricole, se succèdent trois remarquables étangs : à l’ouest, les deux étangs de la Ramée alimentés par le ru de la fontaine Gosset et la fontaine du Prince, puis, à l’entrée de Corcy, l’étang du village, dont l’eau provient du Grand étang de la Ramée. Un canal, le "ru de flottage", qui servait jadis au transport par flottage des bois de la forêt de Retz, longe les étangs. À l’est de l’agglomération, il recueille les eaux du ru de décharge de l’étang du village, avant de bifurquer en direction du sud parallèlement à la Savière[s].

Le village est implanté à l'est du territoire communal, sur les pentes du vallon, autour de l’embranchement des routes départementales 80 et 17, cette dernière voie servant de chaussée à l’étang du village. L’agglomération paraît néanmoins coupée en deux par la présence de cet étang, scission accentuée par la voie de chemin de fer qui relie Paris à Soissons et traverse la commune d’ouest en est, en individualisant au nord le quartier de Bigoret. L’agglomération se complète de quelques constructions isolées, telle la ferme Saint-Paul, posée sur le plateau.

L'économie de Corcy semble avoir principalement reposé sur l'agriculture et le travail du bois, aucune industrie ou manufacture n'étant signalée dans les textes. À la fin du 18e siècle, l'abbé Houllier mentionne la production de blé, de grains et de foin, information reprise un siècle plus tard par l'instituteur, qui ajoute au blé, l'avoine, le seigle, l'orge et le maïs, puis la betterave (à sucre et fourragère). La présence d'une tuilerie à Corcy est mentionnée dans une délibération de la commune de Fleury, datée du 5 août 1855, puis dans la monographie communale de Corcy en 1888 ; toutefois, l'époque de cessation de son activité n'est pas connue. Quant aux deux carrières de pierre tendre, elles ne sont déjà plus - ou peu - exploitées à cette époque, faute de capitaux.

Annexes

  • Description du château de Corcy et de son parc vers 1824, par l'architecte-paysagiste Jacques Lalos.

    CHAPITRE LXIII.

    Corcy, près Villers-Cotterets,

    Département de l'Aisne.

    "Cette terre, qui est en partie enclavée dans la forêt de Villers-Cotterets, appartient à M. le baron de Montbreton ; un château très-modeste est adossé à la montagne, qui forme un parc de la contenance de quelques arpens ; le château présente de ce côté une façade très-irrégulière, qui ressemble plutôt à une habitation rurale qu'à celle d'un riche propriétaire. Il est si rapproché de la montagne que l'on ne peut circuler autour. Le premier étage du côté de l'arrivée forme rez-de-chaussée du côté du parc. J'ai fait exécuter dans l'intérieur diverses réparations pour le rendre plus logeable. La montagne offre quelques beaux ombrages ; quoiqu'elle manquait de sentiers, malgré une allée de tilleuls qui la traversait derrière le manoir. On ne pouvait parvenir au sommet qu'en passant à travers les ronces et les épines.

    Chargé de la restauration du château, j'ai distribué la montagne, de manière à pouvoir s'y promener librement.

    C'est maintenant une promenade charmante que l'on peut parcourir en tous sens. Parvenu au sommet, la vue est admirable ; l’œil plane tant sur la forêt que sur une jolie vallée, où coule un ruisseau qui sépare cette propriété de celle de Corcy. La forêt de Villers-Cotterets semble faire partie de cette terre, mais l'habitation ressemble plutôt à un rendez-vous de chasse, qu'à un château de particulier.

    Si la route ne séparait pas la vallée du château, on pourrait étendre le parc jusqu'au ruisseau, lequel pourrait former une jolie rivière. Corcy, riche par la vue d'une belle forêt, dont il est entouré, réunissant à quelques agrandissemens la montagne et la vallée, formerait une propriété charmante. Il est à regretter que les bâtimens de la ferme soient placés sous les fenêtres du château."

    LALOS, Jacques. De la composition des parcs et jardins pittoresques, ouvrage utile et instructif pour les propriétaires et les amateurs, et orné de planches en noir ou coloriées ; seconde édition, revue, corrigée et augmentée. Paris : l'auteur, 1824, p. 281-282.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AN. Série P (Chambre des comptes et comptabilité) : P 232/2/ (Premier vole des hommages, aveux, envoyés par les trésoriers de France de Soissons, depuis la cote 1ère jusqu'à la cote IIc LXIIII. 1621-1676).

    Cote CCXIII ; aveu de Louis Vigneron, seigneur de Corcy et Fleury (8 novembre 1671).
  • AN. Série R (Papiers des princes) ; Sous-série R/4 (Apanage d'Orléans) : R/4/147 (Titres et documents généraux concernant le duché de Valois).

    Compte-rendu par M. de Limon de sa tournée dans le duché de Valois faite dans l'automne 1786 : p. 101-109.
  • AN. Série R (Papiers des princes) ; Sous-série R/4 (Apanage d'Orléans) : R/4/176 (Duché de Valois, châtellenie de La Ferté-Milon : documents sur les communes et hameaux de la châtellenie ; dossiers rangés par ordre alphabétique : C-M).

    Dossier : Corcy-Fleury.
  • AD Aisne. Série R (Affaires militaires) ; sous-série 15 R (Dommages de guerre) : 15 R 1315.

    Dossiers 6221 à 6226.
  • AD Aisne. Série T (Enseignement, affaires culturelles, sports) ; Sous-série 13 T : 13 T 123 (PARIS, Désiré. Commune de Corcy. Monographie communale. 22 avril 1888, non paginé).

Documents figurés
  • Plan de la terre de Corcy, dessin à la plume aquarellé, par Breffort fils, arpenteur et notaire royal à Neuilly-Saint-Front, 19 février 1774 (AD Aisne : G 373).

  • Plan des Etangs de la Ramée, dessin à la plume aquarellé, [ca décembre 1793] (AD Aisne : Q 818, pièce 123).

  • Château de Corcy, dessin au crayon et à l'encre, par Amédée Piette, dessinateur, 11 mai 1874 (AD Aisne : 8 Fi Corcy 3).

  • CORCY (Aisne). - Le Château, carte postale, Godet, éditeur à Longpont, Albert Bergeret et Cie, imprimeur à Nancy, [ca 1900] (AD Aisne : 18 Fi Corcy).

  • CORCY (Aisne). - Vue du Parc et du Château, carte postale, Godet, éditeur à Longpont, Albert Bergeret et Cie, imprimeur à Nancy, [ca 1905] (coll. part.).

  • Villers-Cotterêts - La Forêt - La Fontaine du Prince, carte postale, [ca 1905] (coll. part.).

  • Corcy - Bigoret. (Aisne), carte postale, Jourdain, éditeur à Corcy, [ca 1910] (coll. part.).

  • CORCY (Aisne). - Rue principale, carte postale, Jourdain, éditeur à Corcy, [ca 1910] (coll. part.).

  • CORCY (Aisne). - La Broussaille, carte postale, Jourdain, éditeur à Corcy, [ca 1910] (coll. part.).

  • CORCY (Aisne) - Vue panoramique (Vue prise avant l'invasion 1914), carte postale, Maquin, éditeur, [ca 1914] (coll. part.).

  • CORCY (Aisne) - L’Étang du Château. (Vue prise avant l'invasion 1914), carte postale, Maquin, éditeur, [ca 1914] (coll. part.).

  • Environs de Villers-Cotterets. CORCY (Aisne) après l'offensive allemande de 1918 - L’Etang, carte postale, [ca 1918] (coll. part.).

  • Corcy-par-Longpont - Aisne - Rue de l’Etang et Aglomération, carte postale, Maquin, éditeur, [ca 1925] (coll. part.).

Bibliographie
  • BRUNEL, Ghislain. L'implantation des ordres religieux de Prémontré, Cîteaux et Fontevraud dans la région de Villers-Cotterêts au XIIe siècle : une réponse à de nouveaux besoins ? Mémoires de la Fédération des Sociétés d'Histoire et d'Archéologie de l'Aisne, tome XXXII, 1987, p. 197-224.

  • CHOLLET, abbé François. Un serment mal gardé ou Villers-Cotterêts et ses environs. Villers-Cotterêts : Obry, libraire ; Soissons : Mme Lalance, libraire, 1853.

    p. 129-131.
  • DOMMANGET, Maurice. La rivière d'Ourcq et ses affluents. Compiègne : imprimerie-librairie Decelle, 1906.

    p. 63-64.
  • ECK, Francis. Il était une fois des châteaux dans l´Aisne, du Moyen Age au 18e siècle. Laon : [s.n.], 2004.

    p. 78.
  • GERMAIN, Michel. Histoire de l'abbaye royale de Notre-Dame de Soissons, de l'ordre de Saint-Benoît. Divisee en quatre livres. Avec les preuves, et plusieurs titres, tirez des Archives de cette Abbaye. Paris : chez Jean-Baptiste Coignard, 1675.

    p. 140, 244, 349, 439.
  • HOULLIER, Abbé Pierre. État ecclésiastique et civil du diocèse de Soissons. Compiègne : Bertrand, Imprimeur du Roi ; Paris : Mérigot jeune, Libraire, 1783.

    p. 189.
  • Journal officiel de la République française.

    52e année, n° 295, Jeudi 28 Octobre 1920, p. 16685.
  • LALOS, Jacques. De la composition des parcs et jardins pittoresques, ouvrage utile et instructif pour les propriétaires et les amateurs, et orné de planches en noir ou coloriées ; seconde édition, revue, corrigée et augmentée. Paris : l'auteur, 1824.

    p. 281-282.
  • LEDOUBLE, abbé Joseph. État religieux ancien et moderne des pays qui forment aujourd'hui le diocèse de Soissons. Soissons : l'auteur, 1880.

    p. 20, 175, 412-413.
  • MELLEVILLE, Maximilien. Dictionnaire historique du département de l'Aisne. Nouvelle édition. 2 volumes. Laon : l'auteur, 1865.

    t. 1, p. 279-280.
  • MICHAUX, Alexandre. Histoire de Villers-Cotterêts. La ville, le château, la forêt et ses environs. Deuxième édition, augmentée et mise au courant des événements jusqu'en 1885. Paris : Marchal et Billard, libraires-éditeurs, 1886.

    p. 155-156.
  • PICHON, Blaise. L'Aisne, 02. Carte archéologique de la Gaule. Pré-inventaire archéologique publié sous la responsabilité de Michel Provost. Paris : académie des Inscriptions et Belles-Lettres, ministère de l’Éducation nationale, ministère de la Recherche, ministère de la Culture et de la Communication, maison des Sciences de l'Homme, 2002.

    p. 204, n° 216.
  • SEYDOUX, Philippe. Gentilhommières des pays de l'Aisne. Tome 2 : Soissonnais, Tardenois, Brie. Paris : La Morande, 2013.

    p. 124-125, 261.
  • La Vie Diocésaine ou l'activité catholique dans le diocèse de Soissons, Laon & Saint-Quentin.

    1933, 4e année, n° 36, samedi 9 septembre 1933, p. 452-453 (bénédiction d'une croix de chemin restaurée).
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