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Le territoire communal du Crotoy

Dossier IA80007796 réalisé en 2005

Fiche

Œuvres contenues

Implantation du territoire

Des cercles protohistoriques ont été découverts par Roger Agache ainsi que des traces gallo-romaines sur le territoire. Lefils indique que le Crotoy est « né presque en même temps que le banc de sable sur lequel il est édifié. Dès que les alluvions s´affermirent, les pêcheurs vinrent s´y installer pour y pratiquer leur activité. Le territoire constituait de bonnes retraites contre les incursions des Romains ». Ces derniers semblent s´y être établis car la pointe que le territoire formait commandait l´entrée de la Somme ; de plus, les marécages qui le jouxtaient à l´est constituaient une parfaite défense.

Le travail de lutte contre les incursions de la mer aurait débuté à l´antiquité. En effet, Lefils s´interroge sur l´origine des digues, probablement édifiées par les Romains. D´autre digues auraient été élevées pendant la période franque : d´après lui, les abbés de Mayoc trouvaient le moyen de s´enrichir en arrachant les terres de leur territoire à la mer afin de les cultiver.

Evolution de l´économie

La charte du Crotoy indique que la ville était considérée comme étant le port du comte de Ponthieu (celui de Saint-Valery était plus spécialement celui des seigneurs de Saint-Valery). D´après Lefils, les Romains avaient établi un commerce d´échange entre le Crotoy et les îles britanniques. Un accord de 1203 signé avec les bourgeois d´Abbeville obligeait d´ailleurs les marchands possesseurs de nefs de partir du port du Crotoy et d´y aborder, indiquant ainsi l´importance du site. Au Moyen Age, les bateaux entraient dans la baie en longeant la rive nord, plus profonde. En raison des marées, ils devaient faire escale au Crotoy ou à Port-le-Grand, parfois aux deux. Le Crotoy servait alors d´entrepôt au bois de la forêt de Crécy pour l´approvisionnement d´Abbeville, de Saint Valery, du Havre et de Dieppe. Un second, destiné aux vins (importés du midi), aux laines et aux plantes tinctoriales (qui alimentaient les fabriques d´étoffes d´Abbeville, d´Amiens et de Corbie), était situé dans la cité médiévale. En effet, au 14e siècle, les marchandises débarquées au Crotoy étaient dirigées vers Rue, Saint-Riquier, Crécy et Hesdin. Le 16e siècle fut une époque d´intense commerce : les marchands portugais, espagnols, hollandais venaient s´y fixer.

Le port commercial dépérit au cours de la Guerre de Cent Ans puis, lors de la déviation de la Somme par la construction du canal reliant Saint-Valery à Abbeville (1786-1835). Le bassin, dans lequel se retranchaient les navires, fut envasé petit à petit en raison du manque d´entretien.

Les quelques années de paix que vécut le pays dès le 17e siècle permirent de mettre en culture les terres inondées qui entouraient le Crotoy (renclôture à l´ouest en 1775, dessèchement d´une grande prairie qui lui servait de marais). Ainsi, au 18e siècle, Ledieu indique qu´on y élevait de nombreux moutons et qu´on y cultivait le colza. Le territoire rassemblait alors 17 laboureurs, huit bergers, et de nombreux journaliers mais la plupart des habitants étaient matelots ou pêcheurs. Trois moulins à vent au blé occupaient les terres à la fin du 18e siècle (situés le long du canal, ils étaient neuf au milieu du 19e siècle). Ils disparurent tous en 1902.

La monographie communale précise qu´en 1899, sur les 1578 hectares de la commune, le territoire agricole comptait 979 hectares de terres labourables, 154 de pâtures, 337 de marais et de digues, 94 de verger et jardins et 14 de propriétés bâties. 560 hectares étaient cultivés en céréales (blé, avoine, etc.), 130 produisaient la betterave à sucre ; le reste était ensemencé en betteraves fourragères, pommes de terre, herbages, etc.

A cette époque, l´élevage de moutons avait cessé. La viande de boucherie était très renommée (bœufs et veaux). Le marché se tenait deux fois par semaine : les femmes de Favières, de Morlay, de Ponthoile et de Saint-Firmin venaient y écouler leur beurre, les légumes de leurs potagers, les fruits de leur jardin, les œufs et les grasses volailles, de leurs basse cour, notamment pendant la saison des bains.

Les grandes exploitations tendaient déjà à disparaître. Sur les 1150 propriétaires, 15 d´entre eux exploitaient plus de 50 hectares, les autres ne possédant qu´une petite culture de 5 à 10 hectares.

Aires d'étudesCommunauté de communes Ponthieu-Marquenterre
AdresseCommune : Le Crotoy

Decas indique les anciennes formes du nom : Creta en 663, Croteium en 1237, Crotolium en 1258, Courtoy en 1346 et Crottoy 1421. D´après Lefils, un crot est un « banc de sable affranchi des eaux et exhaussé par l´apport des vents ». Le Docteur Pratbernon propose une autre étymologie selon laquelle croz ou crot viendrait du celtique cro, boue ou crossum : creux ou ravin.

En 1110, le territoire du Crotoy était immergé. Sa banlieue s´étendait depuis le château (érigé sur la rive) jusqu´à Saint-Firmin.

Selon Rodière, depuis le Moyen Age jusqu´au 18e siècle, plusieurs fiefs étaient mouvants du Crotoy dont une partie appartenait au roi à cause du comté de Ponthieu et l´autre partie à l´abbaye de Saint-Riquier. Prarond précise que les droits des abbés remontaient au-delà de 1177, régis par la charte communale, une des plus anciennes du comté (confirmée en 1209 par Guillaume III, comte de Ponthieu). L´une des premières mentions du Crotoy se trouve d´ailleurs dans le dénombrement des biens de l´abbaye en 831. Alcius Ledieu parle de source datant de 663 mais il n´en précise pas la nature.

L´observation du cadastre napoléonien (1828) permet de constater que le bâti, isolé, se concentrait d'avantage au nord du territoire et étaient alors composé uniquement de fermes imposantes telles que le Grand Logis, la Ferme Charlet, la Vierge, le Champ Neuf, le lieu-dit Mayoc au coeur du territoire et le Tarteron au sud-est ainsi que de quelques hameaux : Saint Firmin au nord, la Dune au nord-ouest (composé de six fermes isolées), le Bihen au nord-est et la Bassée au centre. Tous sont encore en place aujourd'hui.

Les parcelles étaient alors relativement larges. Certaines fermes ont parfois aujourd'hui disparu (comme la ferme Charlet au nord du territoire).

Aujourd'hui, le bâti occupe le sud du territoire, installé sur le banc préhistorique de galets, qui émergeait, selon Dallery, au milieu des alluvions environnantes en formation devant l'embouchure de la Somme. Les hameaux et fermes isolées disposent d´un bâti plus diffus, formant un tissu discontinu étiré le long d´accès routiers plus ou moins importants, reliant le Crotoy à l´arrière-pays. La commune compte une quinzaine d´exploitations dont la taille moyenne est 70 hectares.

Situé à 8 km de Rue, sur la rive nord de l'estuaire de la Somme, le terroir, qui forme un plateau, consiste en molières et en bas-champs. Au nord-ouest du Crotoy, s'étend une large zone de marais, au nord-est de l'agglomération, un large banc de sable. Le sud est flanqué par la baie de Somme, la partie occidentale étant occupée par les marais.

Le chemin de fer du Nord (ligne Paris / Boulogne jusqu'à Noyelles-sur-Mer puis chemin de fer économique jusqu'au Crotoy) dessert la station balnéaire. On y accède également par la RD 940 au sud-est provenant d´Abbeville, au nord par la RD 940 provenant de Rue et également au nord par la RD4 provenant des bas champs du Marquenterre en longeant les marais communaux.

Le Crotoy a de tout temps constitué un lieu d´échange entre mer et l´arrière pays. Le territoire est essentiellement composé de terres arables et prairies, de marais au nord et au centre.

Annexes

  • Histoire de la décadence du port du Crotoy

    Un canal aurait existé autrefois de Rue au Crotoy (encore tracé en 1692 du Crotoy jusqu´à Mayoc). Au 18e siècle, le roi voulait faire du Crotoy un grand port, mais de nombreux intérêts, maritimes et commerciaux, s´agitaient à Saint-Valery, qui possédait de grands établissements (entrepôts, magasins, corderies, négociants, commissionnaires). Tous s´inquiétaient de l´ensablement progressif du port. Un ingénieur fut donc employé pour établir un projet.

    Le lit de la Somme fluctuait lorsque les vents du sud-ouest poussaient les sables. Pour cela, le trajet des navires du Crotoy à Saint-Valery était devenu dangereux (rapport des habitants d´Abbeville en 1734). Le Crotoy était alors l´avant port d´Abbeville et la Somme était un moyen de communication intérieure vers les villes manufacturières telles que Amiens, Abbeville et Saint-Quentin.

    Plusieurs études pour la canalisation de la Somme amenaient la rivière à Saint-Valery car la ville bénéficiait d´une forte influence, soutenue par la chambre de commerce d´Amiens. Elle emporta donc le projet malgré les avantages naturels du Crotoy (1778). Le comte d´Artois voulait constituer un canal jusqu´au Crotoy pour servir à l´exploitation de la forêt de Crécy et de Vron (en raison du mauvais état des chemins qui augmentait le prix des charrois, le commerce du bois y était pourtant considérable) : mais on se contenta de travaux de dessèchement de l´ancien étang de Rue et des prairies environnantes en 1787. Les travaux du canal ne furent jamais achevés.

    Les travaux pour le port de Saint-Valery reprirent en 1825 : la rivière traversait obliquement la baie et revenait prendre au Crotoy le chenal de prédilection qu´elle s´était creusée. Mais les écluses furent fermées pendant plusieurs marées et ne s´ouvrirent plus : la Somme ne passait plus qu´à Saint-Valery. Il résulta alors le comblement rapide de la baie supérieure. Les vents de sud-ouest entraînaient alors les bateaux vers Saint-Valery mais la navigation était toujours aussi difficile (milieu du 19e siècle). Le Crotoy conservait ses avantages (grâce au jusant) jusqu´à ce que le chemin de fer de Noyelles à Saint-Valery l´en priva entièrement.

    Au début du 20e siècle, le port était garanti des ensablements par un bassin de retenu de 75 hectares que la marée remplissait d´elle-même ce qui n´empêcha pas sa chute.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Somme. Série M ; 6 M 2423. Statistiques industrielles du canton de Rue : [milieu 19e siècle].

  • AD Somme. Série M ; 6 M 2408. Situation industrielle dans l'arrondissement d'Abbeville, [2e moitié 19e siècle].

  • AD Somme. Série S ; 99 S 355/101. Baie de Somme, ports, plans et notices, an 9-1828.

  • AD Somme. Monographie communale du Crotoy rédigée par l'instituteur Margit,1899.

Documents figurés
  • Plan du Marquenterre, de la Baie de Somme à la Baie d´Authie, 18e siècle, encre et lavis sur papier, 18e siècle (AD Somme : RL 343).

  • Carte de la Somme, carte, par Cassini, vers 1756.

  • Le Crotoy. Plan cadastral, tableau d'assemblage, par Carpentier et Desgardin géomètres, terminé sur le terrain le 5 juillet 1828 (Service du cadastre, Abbeville : non coté).

  • Le Crotoy. Plan cadastral, 1828 (AD Somme : 3 P 1324).

Bibliographie
  • BACQUET, Gérard. Le Ponthieu. Auxi-le-Château, Gérard Bacquet, 1992.

    p. 362-368
  • DECAS, Joël. Essai de résumé historique de la ville du Crotoy. Bulletin de la Société d'Archéologie et d'Histoire de Saint-Valery-sur-Somme, 1969, n°2.

    p. 32-36
  • DELATTRE, Daniel. La Somme. Les 783 communes. Grandvilliers : Daniel Delattre, 1999.

    p. 100-101
  • DIREN de Picardie. Atlas des paysages de la Somme. Avril 2000.

    p. 60, 61, 86
  • HECQUET, Jacques. Notes pour servir à l'histoire du Crotoy et de Mayoc tirées de l'histoire des comtes de Ponthieu de Ducange, des chroniques de Ponthieu de Rumet. Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, 1905-1907.

    p. 311-314
  • HENNOQUE, l'Abbé. Histoire de l'Abbaye et de la ville de Saint-Riquier. Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. Documents inédits concernant la Province. Tomes IX, X, XI. Tome I, 1880, Tome II, 1883, Tome III, 1888, (tome III).

    , p. 340-341 (tome II), p. 26
  • LEDIEU, Alcius. Dictionnaire d´histoire locale. L´arrondissement d´Abbeville de nos jours et le Ponthieu en 1763. Abbeville : Imprimerie E. Caudron, 1881.

    p. 30-32, 59
  • LOUANDRE, Ch., LABITTE, Ch. Essai sur le mouvement communal du conté de Ponthieu. Mémoires de la Société Royale d'Emulation d'Abbeville, 1836-1837, t. III.

    p. 77-128, p. 113-114
  • LOUANDRE, François César. Histoire d´Abbeville et du Comté de Ponthieu jusqu´en 1789. Abbeville, T. Jeunet, Imprimeur-Editeur, 1844-1845, Réimpression de la troisième édition publiée à Abbeville, Alexandre, 1883, par Marseille, Lafitte Reprints, 1976.

    p. 163
  • PRAROND, Ernest. Histoire de cinq villes et de 300 villages, hameaux ou fermes. Saint-Riquier et les cantons voisins. Paris, Abbeville, Dumoulin, Grave, Prévost, 1867, tome 1.

    p. 130-210
  • PRAROND, Ernest. Le Marquenterre. Rue, Le Crotoy, Quend, etc. Les seize communes du canton de Rue. Abbeville, Imp. Lafosse et Cie, 1905.

    p. 130-209
  • RAVIN, F-P. Mémoire sur les établissements romains de l´embouchure de la Somme, à Saint-Valery et au Crotoy. Mémoire de la Société d´Emulation d´Abbeville. Abbeville, Jeunet, 1844-1848.

    p. 161-258
  • RODIERE, Roger. Statistique féodale du baillage de Rue et de quelques villages voisins. Première partie. Communes du canton actuel de Rue. Bulletins de la Société d'Emulation d'Abbeville, 1938-1942, t. XVII.

    p. 362-368
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