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Le village de Bouchon

Dossier IA80009624 réalisé en 2009

Fiche

Œuvres contenues

Introduction

La commune de Bouchon s'étend sur une superficie de 460 hectares pour une population de 152 habitants en 2007 (361 en 1896), ce qui représente une densité de 33 habitants au km² (données INSEE).

Le territoire communal est situé à la convergence de deux vallées sèches, celle de Mouflers au nord-est et celle de Villers au nord, qui rejoignent le vallon de L'Etoile. Il est traversé en sa partie est par la R.D. 216 qui borde à l'est le vallon de L'Étoile. L'essentiel des terres cultivées se déploie sur les plateaux et dans le vallon de l'Étoile, qui prolonge au sud la vallée de Villers, vers la vallée de la Somme. Le versant du plateau épouse un relief accidenté en bordure de la vallée de Villers et forme même un cirque au lieu-dit les Larrys. Dominé par le plateau de Mouflers au nord, le village s'étend dans la vallée de Villers.

Un hameau s'est développé autour d'une ancienne auberge, le long de l'ancien chemin de L'Etoile à Domart (R.D. 216).

En 2000, 5 exploitations agricoles (7 en 1988) regroupaient une superficie agricole utilisée (SAU) de 599 ha (476 en 1988), soit une SAU moyenne de 120 ha (68 en 1988). Les surfaces agricoles de la commune représentaient 526 ha de terres labourables (405 en 1988) et 124 ha de cultures fourragères (123 en 1988), dont 559 ha de superficie en fermage (274 en 1988) (données AGRESTE). Ces chiffres traduisent une légère diminution du nombre des exploitations, dont la taille moyenne a presque doublé depuis une vingtaine d'années, pour devenir une des plus importantes de l'aire d'étude. Ils révèlent également une importante augmentation de la surface de terres labourables. La superficie en fermage, considérable, a plus que doublé.

L'autoroute traverse la partie nord-est du territoire communal et franchit la vallée de de Mouflers par un viaduc.

Historique

Comme dans de nombreuses communes des vallées de la Somme et de la Nièvre, des vestiges d'occupation gallo-romaine ont été mis au jour au 19e siècle sur les plateaux situés aujourd'hui sur le territoire de la commune de Bouchon.

Dès le 9e siècle, la terre de Bouchon relève de l'abbaye de Saint-Riquier, pairie de la châtellenie de la Ferté-Saint-Riquier, tandis que l'abbaye de Berteaucourt-les-Dames, gros décimateur, y possède des biens importants. On mentionne également une famille de Bouchon entre le 12e et le 14e siècle, puis le titre de seigneur de Bouchon est porté aux 14e et 15e siècles par les familles de Quiéret, également titulaire de la seigneurie de Fransu, puis de Beauvoir, qui possédait également les seigneuries de l'Étoile et de Fransu. En 1470, la seigneurie se transmet ensuite par alliance à la famille de Bournonville. Elle est par la suite séparée en deux parties, qui passent pour la première en 1622 à la famille de Monchy et pour la seconde en 1667 à la famille de Belleforière de Soyecourt. Marie-Claude de Monchy, dame de Fransu et de Bouchon, vend en 1667 sa part de la terre et de la seigneurie de Bouchon à Antoine Leblond, seigneur de l'Étoile, qui la transmet en 1675 à ses neveux Nicolas, François et Marie de Calonne. Après la saisie des seigneuries de Jean-Baptiste Claude de Calonne, le tiers de la seigneurie de Bouchon (avec manoir formant chef-lieu) ainsi que la baronnie de l'Étoile sont adjugés en 1766 à Ambroise Léopold Jourdain, écuyer de l'Éloge. Les deux autres tiers de la seigneurie de Bouchon passent par alliance au 18e siècle à la famille de Rambures et à la famille d'Amerval, qui semblent également y posséder une maison seigneuriale. Sous l'Ancien Régime, Bouchon relevait de la prévôté de Saint-Riquier et du bailliage d'Amiens, de l'élection et du grenier à sel de Doullens, puis après 1726 du grenier à sel d'Abbeville. La paroisse dépendait de l'évêché d'Amiens (archidiaconé du Ponthieu, doyenné d'Abbeville). La nouvelle commune a été intégrée au canton de Flixecourt en 1790.

Le village

Le village épouse le relief de la vallée de Villers, aussi l'église, l'ancien cimetière et la mairie sont-ils situés à l'extrémité du plateau de Long que borde la rue de Haut. L'axe principal est formé par la rue du Calvaire, prolongée de part et d'autre par les rues de Mouflers et de Villiers. La Rue Principale, prolongée par la rue de Haut, forme une voie de circulation semi-circulaire marquant le centre du village.

Le village concentre la quasi-totalité du bâti, réparti le long des axes, autour des cinq grandes fermes qui forment le centre du village. Le nombre des maisons du hameau de La Grippe, passe de 8 à 5 entre 1851 et 1881, puis de 10 à 7, entre 1906 et 1907. L'essor relatif de la population, à la fin du 19e siècle, est lié aux usines textiles de l'Etoile, en 1906, 7 des 10 ménages comptent un membre de la famille travaillant chez Saint Frères ; en 1911, ils sont encore 5 sur 6 ménages.

À la veille ou au tout début de la Révolution française, la maison ou chambre commune occupait un bâtiment vétuste qui est reconstruit au même emplacement en 1793. Ce bâtiment accueillait également l'unique classe du village jusqu'à la construction en 1875 d'une nouvelle école, sur la parcelle contiguë à l'église et au cimetière.

La croix, érigée grâce à une souscription, a été bénite le 5 mai 1895 et le monument aux morts a été construit à proximité en 1931. Par arrêté municipal du 11 juin 1950, un nouveau cimetière a été créé en bordure de la route de Mouflers, à l'écart du village.

L'habitat

Le nombre total de logements (maisons) était de 69 en 2007, composé de 57 résidences principales (82, 5 %), 4 résidences secondaires ou logements occasionnels (5,8 %) et 8 logements vacants (11,7 %). Parmi les 55 résidences principales construites avant 2005, 29 (soit 51,8 %) l'ont été avant 1949 (données INSEE). 38 maisons et fermes ont été repérées, dont 6 ont été étudiées.

Le tissu bâti n'a pas subi de grande évolution depuis le début du 20e siècle et a même connu un certain recul. Une ancienne petite ferme était jadis isolée au lieu-dit le Larry-Caron. Malgré une baisse sensible du nombre d'habitants, le nombre de maisons signalé par les recensements de population n'a que peu varié entre 1836 et 1911.

L'habitat est essentiellement formé de maisons et de petites fermes. Deux maisons à un étage, dont un logis de ferme présentent encore un pignon à assises alternées de brique et pierre du 18e siècle, mais l'habitat le plus ancien conserve encore en partie des traces de l'utilisation du torchis dans la première moitié du 19e siècle. Quelques façades de maisons ou de logis de ferme anciens ont été reconstruites en brique polychrome au début du 20e siècle.

La disposition la plus répandue pour l'habitat traditionnel est un logis en fond de cour, le plus souvent en rez-de-chaussée, précédé sur la rue par une grange et parfois un passage charretier. Des bâtiments annexes (remise, resserre, étable) bordent souvent la cour.

La modification de l'habitat, notamment la destruction des granges en bordure de rue, a interrompu par endroits l'alignement des bâtiments sur rue. L'habitat a subi des destructions au 20e siècle, mais les nouvelles constructions ont remplacé les anciennes, ou sont venues combler des dents creuses. Les maisons les plus récentes, dans le centre du village comme à son extrémité ouest (route de Mouflers) adoptent la typologie pavillonnaire en milieu de parcelle.

Activités

Le recensement de population de 1836 donne la composition des activités principales des habitants de la commune, dominées par l'agriculture et le textile.

A l'exception de 20 cultivateurs, tous les ménages comprennent un couple ménager/fileuse ou journalier/fileuse.

Une brasserie est en activité, dans la Grande-Rue, dans le 2e quart du 19e siècle.

En 1836, les trois moulins à blé (moulins à vent) en activité sur le plateau au nord-est du village sont les deux moulins de Bouchon, assez proches, et le moulin de Mouflers, isolé, qui est aujourd'hui le seul subsistant. L'un des moulins de Bouchon (parcelle A 291), appartenant à Nicolas Rosel fils, meunier, est détruit en 1855. Le moulin de Mouflers (parcelle A 20), appartenant à Pascal Brunel, meunier, puis à un certain Beaussart, est déclaré en ruines en 1881. Le second des moulins de Bouchon (parcelle A 300), appartenant à Jean-Baptiste Brunel, meunier, est reconstruit en 1839. Il est mentionné en ruines en 1882 alors qu'il appartient à Joséphine Chasse, rentière à Bouchon, et en 1889 alors qu'il appartient à Joseph Tillier, mais il aurait cependant fonctionné jusque après la Première Guerre mondiale.

En 1899 (monographie communale), plus de la moitié des terres agricoles est cultivée en céréales (avoine, blé, orge), un tiers en plantes et racines fourragères (luzerne, trèfle, betterave), et le reste en pomme de terre, betterave sucrière et graines alimentaires. La production fruitière connaît un certain développement avec la production de cidre, dont plusieurs pressoirs existent dans la commune. Les terres agricoles sont alors réparties entre cinq exploitations d'une étendue de 50 à 90 hectares. À cette époque, la commune profite de l'essor industriel des communes voisines (L'Étoile, Flixecourt, Pont-Remy), qui offrent un débouché aux productions locales.

Durant la seconde moitié du 19e siècle, la population de la commune bénéficie de l'essor industriel des communes proches (Flixecourt, L'Étoile, Pont-Remy), qui offrent un débouché aux productions agricoles et un emploi dans les usines textiles à une part importante de la population. Ainsi, tout au long de cette époque, 12 tisserands sont mentionnés comme propriétaires fonciers dans la commune, essentiellement dans les rues de L'Étoile, de Long ou de Mouflers.

L'activité agricole reste dominante mais on observe une évolution significative, à partir de 1872. Le recensement de 1872 signale la présence de 40 tisseurs, 4 employés au tissage et 3 peigneurs de lin, activité jusque là inconnue à Bouchon où on recense de nombreuses fileuses, dans la 1ère moitié du 19e siècle (109 en 1836 et 94 en 1851), comme dans l'ensemble des communes de la vallée de la Nièvre. Comme partout ailleurs également leur nombre décroit de manière significative entre 1836 et 1872, où il ne subsiste que 6 fileuses.

Les recensements de 1836 et de 1851 signalent la présence d'un marchand de lin, Edouard Lecul, domicilié rue de Long.

Le recensement de population de 1906 signale 73 personnes du village et du hameau de la Grippe, employées par Saint Frères, ce qui représente plus de 68% des ménages de la commune. Ainsi, Bouchon est l'un des rares villages ruraux du Val de Nièvre à bénéficier de l'implantation des usines Saint Frères. Après une forte baisse entre 1836 et 1872, où il passe de 98,21% à 45,29%, le pourcentage de personnes employées par Saint Frères, par rapport au nombre de ménages passe à 67,85% en 1906 et 68,68% en 1911.

Conclusion

Bien que situé à proximité de la R.N. et de la commune de L'Étoile (usine des Moulins-Bleus), le village de Bouchon a conservé son assise foncière et sa physionomie traditionnelle. Il est l'un des rares villages à vocation agricole du Val de Nièvre, situés à proximité des usines Saint Frères, à avoir bénéficié du dynamisme lié à l'activité industrielle sans toutefois en avoir été marqué dans sa forme.

Parties constituantes non étudiées croix de chemin, monument aux morts
Dénominations village
Aire d'étude et canton Grand Amiénois - Picquigny
Adresse Commune : Bouchon
Période(s) Principale : Moyen Age, Temps modernes, 19e siècle, 20e siècle
Sites de protection zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique
Précisions sur la protection

La commune de Bouchon fait partie de la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 1 : Larris des vallées de Bouchon et de Villers.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Somme. Série O ; 99 O 789. Bouchon. Administration communale, avant 1869.

  • AD Somme. Série O ; 99 O 790. Bouchon. Administration communale, 1870-1939.

  • AD Somme. Série O ; 99 O 791. Bouchon. Administration communale, 1870-1939.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 117/3. Bouchon. Etat de sections des propriétés bâties et non-bâties.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 117/4. Bouchon. Matrice des propriétés foncières, 1836-1894.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 117/6. Bouchon. Matrice des propriétés bâties, 1883-1891.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 117/7. Bouchon. Matrice des propriétés bâties, 1911-1932.

  • AD Somme. Série M ; 6M 117. Bouchon. Recensements de population.

  • AD Somme. 2 NUM 82. Bouchon. Monographie communale, par Hulot, instituteur, 1899.

Documents figurés
  • Carte de Cassini. N°23 : Dieppe, gravure à l'eau-forte, Le Roy le Jeune géographe, 1757.

  • Registre terrier de la seigneurie de Bouchon, 1777 (AD Somme ; E 346).

  • Bouchon. Plan par masses de culture, 1807 (AD Somme ; 3 P 878).

  • Bouchon. Plan cadastral : tableau d'assemblage, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, Sannier géomètre, 1834 (AD Somme ; 3 P 1564/1).

  • Bouchon. Plan cadastral : section A, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, Sannier jeune et Honoré géomètres, 1834 (AD Somme ; 3 P 1564/2).

  • Bouchon. Plan cadastral : section B2, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, Sannier jeune et Honoré géomètres, 1834 (AD Somme. Série P ; 3 P 1564/4).

  • Commune de Bouchon (Somme). Plan du village avec emplacement de l'école projetée, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier par Emile Riquier, architecte, 19 mars 1874 (AD Somme ; 99 O 790).

  • Bouchon (Somme). Panorama, carte postale, Douchet photographe, Flandre-Durand éditeur, vers 1920-1930 (AD Somme ; non coté).

  • Bouchon. Panorama, carte postale, Douchet photographe, Flandre-Durand éditeur, vers 1920-1930 (AD Somme ; non coté).

  • Bouchon. L'église et l'école, carte postale, Veuve Brunel-Wallet éditeur, avant 1911 (AD Somme ; non coté).

  • Bouchon. Le calvaire, carte postale, Veuve Brunel-Wallet éditeur, avant 1911 (AD Somme ; non coté).

  • Bouchon (Somme). La Place, carte postale, Paul Lheureux, photographe éditeur, début du 20e siècle (AD Somme ; non coté).

  • Bouchon (Somme). Rue de Long, carte postale, L. C. photographe, Pocholle-Brunel éditeur, début du 20e siècle (AD Somme ; non coté).

  • Bouchon (Somme). Rue de Villers, carte postale, L. C. photographe, Pocholle-Brunel éditeur, début du 20e siècle (AD Somme ; non coté).

  • Bouchon (Somme). Rue de Mouflers, carte postale, L. C. photographe, Pocholle-Brunel éditeur, début du 20e siècle (AD Somme ; non coté).

  • Bouchon. Projet pour le monument aux morts, dessin à l'encre sur papier par Fierrais, entrepreneur, vers 1931 (AD Somme ; 99 R CP 334023/17).

Bibliographie
  • BACQUET, Gérard. Le Ponthieu. Auxi-le-Château : Gérard Bacquet, 1992.

    p. 214-215
  • SOCIETE DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE. Dictionnaire historique et archéologique de la Picardie, tome III : Arrondissement d'Amiens, cantons d'Oisemont, Picquigny, Poix et Villers-Bocage. Amiens : Société des antiquaires de Picardie, 1919. Réed. Bruxelles : Editions culture et civilisation, 1979.

    p. 220-223
  • INVENTAIRE GENERAL DU PATRIMOINE CULTUREL. Région PICARDIE. Le Val de Nièvre, un territoire à l'épreuve de l'industrie. Réd. Frédéric Fournis, Bertrand Fournier, et al. ; photogr. Marie-Laure Monnehay-Vulliet, Thierry Lefébure. Lyon : Lieux Dits, 2013. (Images du patrimoine ; 278).

    p. 60

Liens web

(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général - Fournis Frédéric - Barbedor Isabelle
Isabelle Barbedor

Chercheur du service de l'Inventaire général du patrimoine culturel de Picardie, puis des Hauts-de-France, depuis 2002.


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