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Le village de Charmes

Dossier IA02010642 réalisé en 2016
Dénominations village
Aire d'étude et canton Chaunois - Coucy-le-Château-Auffrique
Adresse Commune : Charmes
Adresse :

le village de Charmes est étudié de manière partielle dans le cadre de l'étude sur la Reconstruction de l'industrie après la Première Guerre mondiale.

L'évolution urbaine et le bâti de la commune

Du milieu du 19e siècle à la veille de la Première Guerre mondiale

Au moment où s'installe la première fabrique de limes à Charmes en 1843, le village est encore fortement marqué par l'activité agricole. Néanmoins, la population ne cesse de croître depuis le début du 19e siècle ; un phénomène qui, indépendamment de la croissance observée d'une manière générale à l'époque, s'explique ici en grande partie par sa proximité avec la ville de La Fère. En 1851, la population atteint 788 habitants, répartis dans 184 maisons. L'habitat se concentre essentiellement le long de la rue Aristide-Briand (ancienne rue Centrale) et de la rue Paul-Doumer (ancienne rue de Saint-Gobain). Ces deux rues comptent respectivement 64 et 49 maisons, et accueillent près des deux tiers (61,5%) des maisons la commune au milieu du 19e siècle. A l'époque, la présence du petit atelier de limes Tordeux qui n'emploie qu'une trentaine de personnes, dont la moitié originaire de Charmes, n'a pas d'impact sur la morphologie du village. D'après l'étude monographique d'Henri Morelle, 40 % des maisons sont encore couvertes en chaume et seulement 5 % comportent un étage. Toutefois, avec l'accroissement progressif et constant de la population depuis le début du 19e siècle, le tiers des maisons est récent.

Le second élément à observer pour cette période est que, d'un point de vue urbanistique, le village est à la fois marqué par ses deux axes de communication principaux mais aussi par un pôle, assez isolé par rapport à ces routes, constitué autour du château du milieu du 17e siècle et de l'église. En 1839, la commune saisit l'opportunité d'acheter un terrain situé à l'angle des rues de l'Eglise et du Moulin-à-vent afin d'y construire une mairie, une école avec logement d'instituteur et un presbytère, dont la paroisse était dépourvue depuis la Révolution.

A partir de 1864, cette situation évolue. L'ancien centre qui devait exister depuis l'Ancien Régime va disparaître progressivement. Avec l'accroissement de la population, l'école qui avait été construite en 1840 est déjà insuffisante quinze ans plus tard. Le Conseil municipal doit rapidement envisager un nouvel édifice. Il fait alors l'acquisition d'un terrain de 25 ares appartenant à M.Gilbert, qui donne sur la rue Centrale. Le terrain, acquis pour la somme de 7000 francs, doit permettre d'implanter une nouvelle école de garçons ainsi qu'une mairie, dont la commune semble avoir bien besoin. Le juge de paix du canton de La Fère souligne même que dans tout son canton, "Charmes est la plus déshéritée soit en école, soit en mairie, soit en église et en presbytère". Le projet de construction est confié à Cavalin, architecte à Chauny, qui soumet ses plans au Conseil municipal en octobre 1864. Malgré l'accord unanime du Conseil municipal sur ce projet, les travaux sont retardés en raison des oppositions de riverains. Le chantier ne débute finalement qu'à l'été 1866. Mais à peine les travaux sont-ils commencés par Lhottier, entrepreneur à La Fère, que le Conseil municipal demande de reculer la construction de 52 m, afin de créer l'espace nécessaire à une nouvelle place qui manque à la commune (délibération du Conseil municipal, août 1866). En prenant cette décision, le Conseil municipal vient de modifier la polarité du bourg, qui désormais se forme sur la rue principale, le long de laquelle se trouve également la plupart des commerces. Les travaux de construction de cet ensemble s'étendent jusqu'en 1870 et ne sont approuvés qu'en 1872, après la fin de la guerre de 1870, où la commune toute proche de La Fère, est occupée à plusieurs reprises.

A partir de 1880, la petite fabrique de limes qui vient d'être reprise deux ans plus tôt par Alfred Maguin, va constituer un autre pôle d'attraction pour la commune. En moins d'une décennie, l'atelier va devenir une usine importante de construction mécanique et accueillir progressivement plusieurs centaines d'ouvriers. L'industriel s'investit également dans la vie de la commune : en 1884, il est conseiller municipal de Charmes et finit par être élu maire en 1888. Son mandat est renouvelé systématiquement jusqu'en 1925, date à laquelle il décide de se retirer des affaires. Il a alors 74 ans. Au cours de cette période, le village va progressivement perdre son caractère rural en même temps qu'il poursuit sa croissance démographique. Le cap des 1000 habitants est franchi à la fin du 19e siècle (d'après les recensements de population de 1896 : 962 habitants ; recensement de population de 1901 : 1114 habitants). En 1896, le village compte également 226 habitations.

Face a cet accroissement de la population du village, plusieurs décisions sont prises : le cimetière qui se trouvait autour de l'église est déplacé en 1883, au sud de la commune, à son emplacement actuel. Par ailleurs, après avoir enchaîné des solutions provisoires pour accueillir tous les enfants en âge d'être scolarisés (5 à 13 ans) dans les bâtiments existants, la municipalité envisage également de construire de nouvelles écoles des filles avec classe enfantine (école maternelle). En 1894, elle retient la solution de construire la nouvelle école, à l'arrière de l'école de garçons existante, sur un terrain appartenant à l'industriel, Alfred Maguin, qui en fait don à la commune. Les travaux, menés sous la responsabilité de Georges Hermant, architecte à Laon, sont achevés en 1897. A la même période, l'entreprise compte approximativement 400 ouvriers. Et en 1900, Alfred Maguin qui a considérablement agrandi ses ateliers, construit également une petite cité ouvrière près de la vieille église. Cette église est d'ailleurs résolument trop petite pour la population du bourg, et surtout, elle est devenue insalubre avec le temps et le manque d'entretien. En 1908, le projet de construction d'une nouvelle église est engagé, financé entièrement par souscription publique, sous la maîtrise de l'évêché de Soissons. Il est probable que, là encore, Alfred Maguin qui compte parmi les souscripteurs les plus importants, ait donné le terrain pour le nouvel emplacement de cette église, qui est élevée juste à côté du Stand que l'industriel fait construire pour son entreprise à la même période. Parallèlement, en décembre 1909, il propose de relier la place de la Mairie à la nouvelle église en ouvrant une nouvelle rue sur un terrain dont il est propriétaire, et de prolonger cette rue pour rejoindre à l'arrière des écoles la rue de Saint-Gobain. La nouvelle rue Alfred-Maguin,qui est aménagée en 1911 dans l'axe exact de la nouvelle église permet également à l'industriel d'utiliser les terrains attenants à pour construire une autre petite cité ouvrière. L'autre rue est dénommée rue Neuve. Quelques mois après, la nouvelle église, dessinée par Bénard, architecte à Saint-Quentin, est inaugurée par une messe solennelle, célébrée le 10 décembre 1911.

A la veille de la Première guerre mondiale, tandis que l'ancienne église est officiellement désaffectée par décret du 26 février 1914, Charmes maintient une population de plus de 1000 habitants (1097 habitants lors du recensement de 1907). Malgré l'incendie dévastateur qui affecte les bâtiments de l'usine de construction mécanique en 1907, l'entreprise Maguin reste plus que jamais dynamique et fait littéralement vivre la commune au dépend d'un secteur agricole qui se réduit. D'après les travaux d'Henri Morelle, qui a analysé les recensements de population de cette période, l'usine emploie plus du quart de la population active de la commune : 119 tourneurs, ajusteurs, tailleurs de limes, chaudronniers, manouvriers ou apprentis, 12 employés et 8 cadres (directeur d'usine, ingénieurs, sous-directeur et dessinateurs), soit 130 personnes sur 506 personnes considérées comme actives. A l'inverse, l'activité agricole qui pouvait représenter 67 % de la population active au milieu du 19e siècle, est ramenée en dessous des 20 % vers 1910.

Un village dans la guerre

Dès le 2 septembre 1914, le village de Charmes et l'usine Maguin sont occupés par l'armée allemande. Malgré la situation, dans un premier temps, la majeure partie de la population reste sur place. Le recensement de population effectué en 1915 fait observer une inflexion de 219 personnes, qui correspond sans doute en grande partie aux jeunes hommes de la commune mobilisés. La véritable évacuation de la commune a lieu le 12 mars 1917. Ce jour là, les habitants de Charmes sont appelés à se réunir une dernière fois sur la place de la commune avant de trouver refuge à Anhée-sur-Meuse, Warnant et Yvoir, au sud de la province de Namur (Belgique). La plaque posée sur le mur de l'école et la dénomination de la rue des Bourgmestres dès 1926 rappellent à la fois le souvenir douloureux de cet épisode et rendent hommage aux populations belges et à leurs bourgmestres (maires) qui ont accueilli les habitants de Charmes. Jusqu'au retrait des troupes allemandes en septembre 1918, de nombreuses maisons sont pillées, mais les destructions totales sont à considérer de manière relative. Si, dans les mois qui suivent la fin du conflit, beaucoup de maisons ne sont pas habitables, la plupart sont réparables. Les destructions importantes sont davantage à relever sur des édifices symboliques, comme les écoles, la mairie ou les propriétés de l'industriel : son usine, la villa Grand-mère, et son château d'Andelain font l'objet d'un dynamitage en règle. L'église est quant à elle touchée uniquement par son clocher, qui pouvait constituer un point d'observation haut.

La reconstruction du village entre 1919 et 1930

Une fois la paix retrouvée, en 1919, le village peine à se relever. Le 2 mars 1919, faute de lieu suffisamment en état, le premier conseil municipal se déroule à Paris autour d'Alfred Maguin. Ce n'est qu'au mois de mai 1919 que le Conseil municipal peut à nouveau siéger dans sa mairie. Alfred Maguin y annonce l'adoption de la commune par la ville de Nice, où l'industriel possède également une résidence. Les dons importants de la ville de Nice sont complétés par un prêt de 10.000 francs consenti par l'État aux communes sinistrées pour engager les premiers travaux de reconstruction. Parallèlement aux travaux de déblaiement, le 26 mai 1919, la Commission départementale d'aménagement et d'extension des villes et villages de l'Aisne confie le projet de reconstruction de la commune de Charmes aux architectes Blanc et Hurlimann, architectes à La Fère (6, rue des Beaux-Arts). Les deux architectes sont chargés de réaliser le nouveau plan d'alignement de la commune. Dans le même temps, Alfred Maguin déploie toute son énergie pour reconstruire au plus vite son usine. En 1921, il charge les architectes Charles et Jean de Montarnal de reconstruire l'ensemble industriel. Mais il leur demande aussi de dessiner les plans d'une importante cité jardin sur le vaste terrain de la Grande Pièce qui lui appartient. En réalisant ce nouveau quartier, il parvient d'une part à replacer l'église au cœur des habitations et à faire le lien avec la partie ancienne du village qui s'étend en contrebas, au nord, et à l'ouest, vers la rue de Saint-Gobain. En 1922, il accepte de donner un terrain à la commune pour relier justement la rue de Saint-Gobain à la rue de l'Eglise et demande en contrepartie la cession d'un terrain communal dans le prolongement de la rue de la Manufacture (rue Pierre-Semard) afin de permettre la construction de plusieurs habitations (maisons de contremaîtres) plus proches de son usine. Ces différentes transactions sont validées et intégrées au nouveau plan d'alignement qui est approuvé le 4 novembre 1922. Dès les semaines suivantes, les travaux de terrassement sont engagés et se prolongent par la construction de la nouvelle cité jardin entre 1924 et 1927. Le retour de l'activité et la création de la cité jardin permettent à la commune de Charmes de connaître une croissance sans précédent. En l'espace de 5 ans (entre 1921 et 1926), la population augmente de 125 %, passant de 653 habitants en 1921 à 1473 en 1926. D'après les travaux de Pierre Sudant, en 1930, l'entreprise Maguin qui s'est montrée comme un des acteurs majeurs de la reconstruction du village, possède 41,7 % des propriétés bâties.

Les activités économiques : l'agriculture, l'artisanat et l'industrie

Avant la création de l'atelier de limes en 1843 et surtout de l'usine de construction mécanique Maguin, le village de Charmes est surtout un village agricole. Sous l'Ancien Régime, l'industrie se réduit à une activité extractive de carrière de craies, à un moulin à vent, et à une petite fabrique de faïence, établie en 1790 dans les communs du château et qui fait surtout travailler quelques ouvriers qui avaient été mis au chômage par la faïencerie Chambon de Sinceny. Au début du 19e siècle, plusieurs carrières d'alun sont encore mentionnées, dont l'une à l'emplacement du château Brincard (cours Lacordaire). L'implantation de l'atelier de limes par Constant Tordeux en 1843 au Petit Charmes, ne modifie pas le caractère rural et relativement pauvre de la commune de Charmes. L'entreprise n'emploie qu'une trentaine de personnes, et les quelques changements de direction effectués en 1850 et 1852 n'apportent pas de changements significatifs. En 1864, la commune possède également une filature de laine, mentionnée dans le dictionnaire des communes de la France de Joanne. L'absence d'autre sources concernant cette filature ne permet pas d'en connaître davantage sur son importance ou sa longévité.

Le changement est véritablement apporté par Alfred Maguin qui reprend à son compte l'activité de limes en 1878 et y adjoint la fabrication des couteaux de coupe-racines pour l'industrie sucrière. Le succès rencontré dans cette industrie dès les années 1880-1890, et les récompenses obtenues lors des expositions internationales, permettent à l'entreprise de diversifier sa production. A la veille de 1914, l'entreprise emploie plus de 400 personnes.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle, 2e quart 20e siècle

Références documentaires

Documents d'archives
  • AC Charmes ; [non coté]. MORELLE (Henri). Charmes (Aisne), un village, une histoire. Manuscrit. [Histoire communale].

  • AD Aisne. Série R ; 15 R 1730. Dossier de dommages de guerre de l'entreprise Maguin à Charmes.

Documents figurés
  • Charmes. Plan cadastral, tableau d'assemblage, 1/10.000e, 10 août 1824 (AD Aisne ; 3 P 182_01).

  • Charmes. Plan cadastral, section B, dite Le Village, 1/25000e, 1824 (AD Aisne ; 3 P 0182/03).

  • Plan allemand de la commune de Charmes avec localisation des maisons d'habitation, 1917 (Archives privées de l'entreprise).

  • Plan cadastral de la commune de Charmes, section B, dite du Village, 1/2500e, 19 décembre 1919 (Archives communales).

  • Vue aérienne de la cité Maguin, carte postale, vers 1950 (coll. part.).

  • La Fère. Charmes. L'usine, carte postale, F. Barnaud, édit., [vers 1905] (coll. part.).

  • Charmes. Sortie des ateliers de la manufacture, carte postale, 1908 (coll. part.).

  • Plan de l'usine de M. Maguin à Charmes, [état avant reconstruction], par J.C. et J. de Montarnal, architectes, 1919 (archives privées de l'entreprise).

  • L'église de Charmes, dessin par Amédée Piette, 12 mars 1880 (AD Aisne ; 8 Fi Charmes 2).

  • Charmes (Aisne). L'église Saint-Rémi, façade ouest, carte postale, 1918 (coll. part.).

  • Charmes. Mairie et école, carte postale, 1919 (coll. Martine Hilt-Maguin).

  • La mairie et les écoles en cours de reconstruction, carte postale, Offroy, café de la Mairie, éditeur, [vers 1925] (coll. Martine Hilt-Maguin).

  • Le groupe scolaire et la mairie de Charmes, tirage photographique noir et blanc, [vers 1950] (coll. part.).

Bibliographie
  • JOANNE, Adolphe. Dictionnaire des communes de la France [...] précédé d'une introduction sur la France. Paris : Hachette et Cie., 1864.

    p.484.
  • MELLEVILLE, Maximilien. Dictionnaire historique du département de l'Aisne. Nouvelle édition. 2 volumes. Laon : l'auteur, 1865.

  • SUDANT, Pierre. Évolution économique et sociale d'une commune rurale de l'Aisne, Charmes. XIXe & XXe siècles. Mémoire de maîtrise : Paris Sorbonne : 1975.

  • SEYDOUX, Philippe. Gentilhommières de pays de l'Aisne. Tome 1 : Laonnois, Vermandois, Thiérache. Paris : La Morande, 2013.

    p. 126-127.

Liens web

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