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Les maisons et les immeubles des quartiers de villégiature de Quend

Dossier IA80001468 réalisé en 2002

Fiche

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1) INTRODUCTION

Le recensement des maisons et des immeubles de la commune de Quend a été effectué entre 2003 et 2005. Les limites géographiques de cet inventaire ont été définies au regard de l´histoire balnéaire de la commune. Ainsi, le lotissement de Quend-Plage, devenu la station balnéaire, a été le principal terrain d´étude, le lotissement de La Dune Fleurie ayant seulement été étudié dans son ensemble.

Les dates limites du recensement sont définies par la logique de la thématique : la date ante quem est celle des premières constructions liées à la villégiature, à savoir vers 1880, et la date post quem est motivée par la Seconde Guerre mondiale, critère chronologique pour l'aire d'étude de la Côte picarde. La Reconstruction ayant été une période importante pour la formation de la nouvelle physionomie de la station, elle motive la date post quem de 1960.

Ce recensement a été effectué le plus densément possible, dans les limites chronologiques imparties. Toutefois, les édifices tardifs ou fortement remaniés en façade n'ont pas été pris en compte afin de ne pas fausser les statistiques.

Afin de garder la logique historique des constructions, le recensement ne s'est pas appuyé sur les limites parcellaires actuelles du bâti, mais sur la morphologie apparente des maisons, celles-ci regroupant parfois plusieurs logements accolés sous un même toit.

Le choix d'agréger les maisons et les immeubles au sein d'une même famille a été motivé par le fait que certaines maisons présentent plusieurs logements au sein d'un même édifice (accolés ou superposés) : le partage de l'habitat dans un but locatif trouve alors deux réponses, la maison à plusieurs logements ou l'immeubles à logements. Le but est donc de différencier ces deux types, au delà de la volumétrie générale (distribution, morphologie).

Les maisons et les immeubles étant visibles depuis la rue, le recensement a été facilité. Les visites intérieures des maisons ont cependant été assez rares, en l´absence d´autorisations, et en présence de multi-propriétés.

Dans le cadre du recensement, 70 maisons et immeubles sont l'objet d'une notice, répartis en 4 immeubles et 66 maisons. Parmi ceux-ci, 15 ont été sélectionnés selon plusieurs critères :

- chaque maître d'oeuvre rencontré est illustré (dans la mesure où l'édifice est bien conservé)

- chaque période est illustrée

- chaque famille d'édifice est illustrée

- édifice de type unicum, avec décor, ou style, ou position sur le site exceptionnel.

2) CHRONOLOGIE ET ATTRIBUTION DU CORPUS

2-a) Chronologie

Un des premiers éléments utiles à la datation du corpus reste les dates portées sur l'édifice. Malheureusement, aucune maison ni aucun immeuble ne présente ce type d´information.

La recherche en archives a été assez peu fructueuse pour dater les maisons et les immeubles : aucun plan daté n'a été trouvé pour les périodes anciennes. Par contre, le fonds 1297 W des Archives départementales de la Somme contenant les dossiers de dommages de guerre relatifs à la Reconstruction, présente certains plans d´édifices.

1 maison a ainsi pu être datée :

- maisons jumelées : Marcel-Vasseur (terrasse) 65, 67, (1991 XA 12, 13), 1956

Un immeuble a été daté par tradition orale :

- immeuble à logements avec partie commerciale au rez-de-chaussée : Adeobat-Vasseur (avenue) 66, (1991 XB 46), 1937

Les 68 autres maisons et immeubles (soit plus de 97%) ont été datés par travaux historiques, en quart de siècle, grâce au repérage sur le terrain, aux sources bibliographiques et aux dépouillements des matrices cadastrales. Ces dernières ont permis de connaître la date de construction de l´édifice avec une incertitude de trois années, période de latence maximale entre la construction et la première date d'imposition (dans la notice cette information apparaît dans la rubrique des 'données complémentaires' et non dans le champ 'date' qui renvoie à une date certaine). La connaissance de l'histoire urbaine, notamment de la date de création des lotissements, assure une date post quem de base.

Répartition des datations en quart de siècle (y compris les 2 édifices datés) :

- 1er quart 20e siècle : 14 (20%)

- 2e quart 20e siècle : 46 (65,7%), répartis en 3 immeubles et 43 maisons

- 1ere moitié 20e siècle : 1 (1,4%)

- 3e quart 20e siècle : 9 (12,9%), répartis en 2 immeubles et 7 maisons

Plus de 87 % (61 édifices) du recensement concerne des édifices construits entre 1925 et 1975, avec une majorité de constructions entre 1925 et 1950. L´absence des édifices du 4e quart du 19e siècle s´explique par la destruction des nombreuses villas du front de mer, construites depuis les années 1885.

2-b) Attributions

Comme pour la datation, une des premières façons d'attribuer un corpus est de vérifier les signatures portées sur les édifices. L'habitat de villégiature, surtout quand il est visible depuis la rue, est un support très recherché par les maîtres d'oeuvre, l'ensemble des maisons construites faisant office de catalogue in situ.

Au sein du corpus, 12 maisons et immeubles ont ainsi pu être attribués (17%). Ce sont au total 5 auteurs différents qui ont signé leur oeuvre, sur des carreaux de céramique [fig. 2].

Attribution par signature : classement par nom de maître d'oeuvre puis par ordre alphabétique des rues :

Crozet Frank, architecte à Montmorency

- maisons dites Les Brisants et Les Charmettes : Adéobat-Vasseur (avenue) 3, 5, (1991 XC 51, 52) en collaboration avec Henri Ligonie entrepreneur

- maison avec partie commerciale au rez-de-chaussée : Adéobat-Vasseur (avenue) 44, (1991 XB ?) en collaboration avec Henri Ligonie entrepreneur

- maisons dites L'Aquilon, Le Simoun : Paris (rue de) 23, 25, (1991 XA 137, 138) en collaboration avec Henri Ligonie entrepreneur

Faucon R. architecte

- maison dite Zéphir : Foch (avenue) 22, (1991 XC 86) en collaboration avec Henri Ligonie entrepreneur

Leclercq Adolphe, architecte

- immeuble à logements dit Christiane, avec partie commerciale au rez-de-chaussée : Adéobat-Vasseur (avenue) 66, (1991 XB 46) en collaboration avec Ringot Frères entrepreneurs

Ligonie Henri, entrepreneur

- maisons dites Les Brisants et Les Charmettes : Adéobat-Vasseur (avenue) 3, 5, (1991 XC 51, 52) en collaboration avec Frank Crozet, architecte

- maison avec partie commerciale au rez-de-chaussée : Adéobat-Vasseur (avenue) 44, (1991 XB ?) en collaboration avec Frank Crozet, architecte

- maison avec partie commerciale : Adéobat-Vasseur (avenue) 69, (1991 XA 111)

- maison dite Mélisande : Amiral-Courbet (avenue de l'), (1991 XA 186)

- maison à deux logements accolés dite Les Lutins : Amiral-Courbet (avenue de l') 18, 20, (1991 XA 266, 267)

- maison dite Zéphir : Foch (avenue) 22, (1991 XC 86) en collaboration avec R. Faucon architecte

- maisons dites L'Aquilon, Le Simoun : Paris (rue de) 23, 25, (1991 XA 137, 138) en collaboration avec Frank Crozet, architecte

Savoie Paul, entrepreneur à Quend-Plage

- maison dite Mar Vivo : Bazile-Capet (rue) 13, (1991 XA 195)

- maison dite Les Papillons : Clémenceau (rue) 8, 10, (1991 XC 136)

Par ailleurs, 1 édifice a pu être attribué grâce à des sources d´archives, généralement des plans :

Grimont Robert, architecte

- maisons jumelées : Marcel-Vasseur (terrasse) 65, 67, (1991 XA 12, 13) en collaboration avec Tourolle entrepreneur

Tourolle, entrepreneur à Berck-Plage

- maisons jumelées : Marcel-Vasseur (terrasse) 65, 67, (1991 XA 12, 13) en collaboration avec Robert Grimont architecte

1 dernier édifice a été attribué par travaux historiques :

Marchand Joseph, architecte

- maison dite Les Oyats : Marcel-Vasseur (terrasse) 41, (1991 XA 285)

3) LES CARACTERES ARCHITECTURAUX

3-a) Situation

Les maisons de villégiature et immeubles de la station de Quend-Plage sont implantés sur un terrain plat : pour bon nombre de constructions, la vue sur mer n´est donc pas assurée, et seuls les édifices implantés en front de mer disposent de cet agrément. Le lotissement de la Dune Fleurie, situé en retrait, ne possède aucune vue sur mer mais, noyé dans la verdure des résineux et des feuillus, il présente quelques reliefs qui donnent un aspect paysager au site.

32 édifices sont établis à l'aplomb de la rue (46%), 27 en retrait de la rue (et en limite de parcelle, mitoyen ou non, soit 38,6%), 8 sont construits au milieu de la parcelle (soit 11,4%), et 2 sont en fond de parcelle (3%).

Sur des parcelles assez petites, les constructions isolées en coeur de parcelle sont rares, réparties sur l´ensemble des périodes recensées. Le retrait de la rue isole la construction de la rue, mais bien souvent, celle-ci reste proche des maisons voisines (13 cas de mitoyenneté, simple ou double, soit 48% du type). L´isolement de la rue reste cependant très relatif : bien souvent, le retrait est de un à deux mètres [fig. 3], parfois 'encombré' d´un escalier d´accès [fig. 4].

La majorité des constructions est donc implantée à l´aplomb de la rue, et souvent en mitoyenneté, simple ou double (25 cas, soit 78% du type).

Les immeubles à logements sont majoritairement établis à l´aplomb de la rue et en double mitoyenneté, seul un cas d´implantation en coeur de parcelle a été recensé (La Renaissance).

Dans un certain nombre de cas d´édifices établis à l´aplomb de la rue, ces derniers présentent un pan coupé, imposé dans le cahier des charges du lotissement. Malgré tout, cette formule n´est pas systématique et semble avoir été abandonnée après 1945.

3-b) Composition d'ensemble

La parcelle est le plus souvent composée d'une cour (50 cas, soit 71,4% du corpus), ce qui est compréhensible quand on sait que les constructions sont majoritairement implantées à l´aplomb de la rue. Dans 14 cas, la parcelle est un jardin (20%) de petite dimension, accessible par un passage latéral ou devançant la construction, composé de maigres pelouses et de rares arbustes.

Sur un terrain sablonneux, très ingrat, les propriétaires des maisons, souvent bailleurs, n´ont pas trouvé l´intérêt de planter ces petits terrains où peu de plantes trouvent l´agrément. Il n´est d'ailleurs pas rare de trouver des cours où le sable est omniprésent.

Les communs des constructions se composent le plus souvent de garages (26 cas, soit 37,1%). Le dépouillement des matrices cadastrales où sont retranscrites toutes les additions de constructions, ne nous a pas permis de dater l´apparition des garages dans la station, les premières dates mentionnées remontant aux années 1930, ce qui semble trop tardif au regard de la chronologie traditionnellement rencontrée dans les stations, où les garages apparaissent dans les années 1910. Leur disparition au cours des destructions de la Seconde Guerre mondiale ne facilite pas la recherche.

Les garages isolés (13 cas, soit 18,6%) sont implantés en fond de parcelle, accessibles par un passage latéral, ou par une rue opposée dans le cas d´une parcelle traversante. Les garages accolés sont minoritaires (5 cas, 7%). L´ensemble de ces annexes sont de facture tardive, et ne sont jamais contemporaines des maisons qu´elles desservent.

Les garages dans-oeuvre (8 cas, soit 11,4%) apparaissent au cours de l´entre-deux-guerres, et sont établis au rez-de-chaussée [fig. 5], ou forment soubassement à la construction [fig. 6]. Dans certains cas, l´importance de la fonction de garage est si importante, que l´on peut se demander si l´on n´est pas face à la typologie des garages surmontés de logements [fig.7].

Les parcelles où les maisons sont implantées en retrait de rue disposent généralement de clôtures marquant les limites de la propriété. Celles-ci sont composées de murets à claire-voie de faible hauteur. Beaucoup ont été modifiées après guerre, vraisemblablement suite aux sinistres causés par le conflit, mais l´on rencontre encore de rares exemples de clôtures en ciment datant de l´entre-deux-guerres. Un modèle récurrent a été recensé : celui des barres de section carrée posées de biais [fig. 8] que l´on retrouve aussi dans la station voisine de Fort-Mahon-Plage. Quelques motifs plus élaborés ont pu être inventoriés, où l´influence du style Art déco peut être relevée [fig. 9 et 10].

3-c) Matériaux et mise en oeuvre

Le matériau de prédilection pour la construction des maisons et des immeubles est la brique (54 cas, soit 77%). Dans 31 cas (57,4% du type), la brique a été supposée, sous un enduit, un crépi ou un badigeon, au vu de la période de construction. Cependant, dans 15 cas (21,4%), le matériau n'a pas pu être déterminé.

La brique est entièrement apparente dans 23 cas (32,85%), surtout pour des édifices datant du 1er quart du 20e siècle. Les édifices reconstruits peuvent présenter un parement de brique, ponctuel : un seul cas a été recensé [fig. 11]

Dans la grande majorité des constructions (47, soit 67%), le gros-oeuvre est recouvert d'un enduit, d'un crépi ou d'un badigeon, toutes périodes confondues, surtout au cours de l´entre-deux-guerres et au cours de la Reconstruction où les édifices sont en outre peints de couleur blanche. Cette évolution est due à plusieurs facteurs : le style régionaliste tout d´abord, inspiré de la tradition flamande qui veut que les murs soient blancs et le toit brisé couvert en tuile. La période de l´entre-deux-guerres voit se style se développer dans la station, augmentant naturellement le nombre de murs enduits. Par ailleurs, ce blanc immaculé s´accordait parfaitement avec la vision hygiéniste de la station, préventorium à ciel ouvert où l´on amenait les enfants prendre le bon air et chasser les démons de la tuberculose. Les murs blancs et propres des maisons s´accordaient avec la plage, où le sable blond réfléchissait les rayons bénéfiques du soleil. Après la Seconde Guerre mondiale, la tradition se perpétue, doublée du sens pratique, les enduits et crépis peints cachant les parpaings de béton.

Un seul édifice présente des moellons de pierre apparents [fig. 12].

Le motif du faux pan de bois en partie supérieure de l'élévation est présent dans 23 cas (32,8%), surtout au cours du 2e quarts du 20e siècle où le style néo-flamand se mélange au style néo-normand. Ces faux pans de bois sont en ciment lissé, en relief sur le nu du mur, d´où ils se dégagent d´un crépi. Généralement, ils sont peints d´une couleur différente du reste de l´élévation, même si les ravalements de façades n´ont pas toujours respecté cet usage [fig. 13].

Afin de lutter contre l'humidité, certaines maisons sont partiellement recouvertes d'un essentage de matériau synthétique sur la façade tournée vers les vents dominants. Nous comptons un total de 14 cas (20%), ce qui est assez peu au regard de certaines stations du sud de la Baie de Somme, fortement exposées et en briques apparentes.

Les essentages de planches sont très rares : un seul cas a été recensé (L´Aiglon [fig. 6]).

3-d) Structure

27% des édifices (soit 19 constructions) sont surélevés, par un sous-sol, alors que 73% (51 édifices) ne sont pas surélevés. Le sol, sablonneux, pourrait expliquer la rareté des sous-sols, surtout visibles sur les constructions des 1er et 2e quart du 20e siècle, beaucoup plus rares après 1945, alors que les traditions constructives évoluent.

20 maisons sont en rez-de-chaussée (28,6%), mais la plupart ont des étages-carrés : 39 édifices présentent 1 étage-carré (55,7%), 6 possèdent 2 étages-carrés (8,6%), 2 en possèdent 3 (2,8%). Une seule maison présente 4 étages-carrés. L´habitation est donc majoritairement peu élevée, contrairement aux immeubles qui ne sont jamais en rez-de-chaussée : 2 présentent 1 étage carré, 2 en présentent 2 (52,4% du type) et 1 en comprend 3. Au total, 68,6% des maisons et immeubles possèdent des étages.

Certains édifices (35 cas, soit 50%) sont rehaussés d´un étage de comble (35,7%) ou d´un étage en surcroît (14,3%). Majoritairement, ce sont les constructions d´un étage carré qui possèdent un étage supplémentaire (17 édifices reçoivent un étage de comble et 1 un étage en surcroît), mais aussi les édifices en rez-de-chaussée (8 reçoivent un étage de comble et 7 un étage en surcroît).

3-e) Élévations

Le comptage des travées s'est effectué de deux façons, qui correspondent à deux types de constructions : soit l´édifice reçoit un seul logement, en apparence (mono-familiale), soit il est composé de plusieurs logements accolés, parfaitement dissociables et visibles depuis la rue (2 ou 3, voire plus).

Les édifices dont les façades sont percées de façon régulière comportent majoritairement 2 travées (33%) ou 3 travées (17%). 13% des édifices n´ont qu´une seule travée 3 édifices ont 4 travées ou plus (4,2%).

Les juxtapositions de logements accolés sont minoritaires mais bien présentes, toutes périodes confondues. Généralement, deux logements de deux travées chacun sont juxtaposés.

Les façades sur rue sont parfois animées par des décrochements du plan, formant une travée en avancée latérale à pignon découvert, ferme débordante ou demi-croupe (18 cas, soit 25,7% du corpus total), surtout au cours du 2e quart du 20e siècle. Mais en règle générale, la rectitude est de règle.

De même, les excroissances caractéristiques des sites de villégiature ne sont pas privilégiés : 34,2% des constructions n´en présentent aucune.

Les balcons sont les appendices privilégiés de la station, surtout au cours des 1er et 2e quart du 20e siècle : ils agrémentent 29 édifices (41,4%), même ceux qui n´ont pas de vue sur mer, sur toute l´étendue de la station. Dans la grande majorité des cas, ce balcon est placé devant une porte-fenêtre de l´étage-carré, de même que sur les pans coupés [fig. 14]. Seulement 1 balconnet a été recensé.

Le bow-window, souvent associé aux constructions de plaisance du bord de mer, est très rare, avec 13 cas (18,6%), dont 7 sont surmontés d´un balcon. Avec de rares exemples subsistant du 1er quart du 20e siècle (mais remodelés), ils datent surtout du 2e quart du 20e siècle, construits en maçonnerie, et placés en surplomb ou au rez-de-chaussée des édifices.

Les oriels (def. : ouvrage à claire-voie formant avant corps sur la hauteur de plusieurs étages) sont très rares, avec 1 cas.

Le jeu des pleins et des vides est assez peu exploité : nous recensons seulement 1 loggia (def. : pièce à l'étage, ouverte sur l'extérieur : ses baies n'ont pas de menuiserie) Les porches, qu´ils soient hors-oeuvre ou dans-oeuvre, ainsi que les auvents (22 exemples recensés), jouent le même rôle d´animation de la façade tout en protégeant l´entrée des intempéries [fig. 15]

3-f) Matériaux et formes de la couverture

Les maisons et immeubles sont majoritairement couverts en tuiles (46 cas soit 65,7%), généralement en tuiles mécaniques, à toutes périodes et dans toute la station. Mais c´est surtout à partir du 2e quart du 20e siècle que l´on comptabilise le plus de toits en tuiles, le régionalisme alors en vogue privilégiant les matériaux traditionnels aux matériaux exogènes.

Les toits en ardoise sont moins représentés (13 cas, soit 18,6%), répartis sur l´ensemble de la station et surtout présents sur des constructions antérieures datant des 1er et 2e quart du 20e siècle.

De façon plus marginale, 2 toits en tôle ondulée ont pu être recensés, datés d´après 1945, et couvrant de constructions de type 'bungalow' à un pan ; 2 toits sont couverts d´un matériau synthétique et le matériau de 6 édifices n´a pas pu être identifié en l´absence de visibilité.

De même que pour le matériau, la forme de la couverture est assez peu diversifiée : 60 édifices (86%) sont couverts à longs-pans. 14 ont des pignons couverts du fait d´une ou deux mitoyennetés. Les toits à longs pans et croupes sont plus rares, avec 2 cas, de même qu´avec une demi-croupe (6 cas). Cette relative simplicité est parfois animée par une noue, formant décrochement du toit et pignon en façade (28 cas, soit 40%) [fig. 16].

Au cours de l´entre-deux-guerres se développe la mode des longs-pans et croupes brisés, en accord avec le style régionaliste alors en vogue, inspiré de la tradition flamande (12 cas, soit 17%).

Nous avons pu comptabiliser 8 édifices à un pan, que l´on retrouve surtout associé au style bungalow, fréquent après 1945, dont on trouve des exemples au cours du 2e quart du 20e siècle [fig. 17].

Les aisseliers supportant symboliquement les avant-toits sont peu répandus, avec 11 cas (soit 8,4%) surtout pour les périodes des 1er et 2e quart du 20e siècle.

3-g) Styles et décors

Les styles des maisons et immeubles en place ne sont pas toujours très affirmés, mais l´on peut cependant dégager quelques grandes tendances. Ainsi, le style 'chalet' avec un pignon en façade et ferme débordante, est aussi un modèle très répandu dans les recueils d'architecture. La maison dite L´Aiglon est influencée par le chalet de montagne [fig. 6], mais généralement, c´est le type morphologique du chalet avec avancée qui est répandu, auquel on ajoute un faux pan de bois d´influence normande [fig.18].

Le style régionaliste néo-flamand de l´entre-deux-guerres est assez bien représenté, plus ou moins bien traduit selon que l´auteur est un architecte ou un entrepreneur. Pour les réalisations les plus abouties, on retrouve les références d´une architecture que l´on retrouve fréquemment sur la Côte d´Opale, notamment au Touquet (Pas-de-Calais). Les caractéristiques principales sont un toit en tuile mécanique très couvrant, brisé, et un mur enduit, peint de couleur blanche [fig. 19].

Toujours au cours du 2e quart du 20e siècle, certaines réalisations sont influencées par le style Art Déco, mais le plus souvent seuls des détails sont empruntés, comme par exemple une jardinière polygonale [fig. 20].

Le style 'bungalow', avec un toit à un pan simulant un toit terrasse est une formule fréquemment rencontrée, dès le 2e quart du 20e siècle [fig. 17] et surtout après 1945, pour les petits et grands programmes [fig. 21].

Le décor est majoritairement absent : 63 édifices n´ont aucun décor porté (90%). Les céramiques sont les plus fréquentes, avec 4 cas, très sobres, puisqu´il s´agit de cabochons et carreaux ponctuels placés sur les façades [fig. 22].

4) NOTE DE SYNTHESE

4-a) Typologie de l'habitat de villégiature

Dans la station de Quend-Plage, les parcelles sont généralement de petite dimension, et les maisons y trouvent difficilement de la place pour s'y étendre. Les catégories morphologiques ne fonctionnent pas ici, et trouvent toujours des déformations. Ainsi, une villa peut-elle se trouver à l´aplomb de la rue [fig. 23].

Le choix a été ici de sectoriser les types d´habitations selon leur fonction, puis leur morphologie.

La maison unifamiliale

Cette maison se trouve indifféremment en coeur de parcelle, en retrait de la rue ou à l´aplomb de celle-ci. Elle trouve ses origines dans la villa, et subit les déformations imposées par le parcellaire. De la villa, elle garde l´idée des volumes libres, avec des décrochements, mais aussi de la rupture d´alignement avec les constructions voisines.

L´habitat partagé

Le type de la villa à plusieurs logements accolés est un édifice élevé en milieu de parcelle, mais présentant au moins deux logements accolés sous un même toit [fig. 24 et 25].

Ce type trouve une équivalence avec la maison de ville à plusieurs logements accolés, implantée à l'aplomb de la rue ou en retrait, la maison est soit mitoyenne, soit en limite de parcelle, et présente plusieurs accès en façade, un pour chaque logement [fig. 26]

Le type de la villa à plusieurs logements superposés est un édifice élevé en milieu de parcelle, mais présentant 2 logements superposés sous un même toit, avec deux accès dissociés, à chaque niveau, clairement visibles depuis la rue (3 cas) [fig. 27].

Le type de l´immeuble à logements est un partage de l´habitat à plus grande échelle. Il est caractérisé par une seule entrée en façade, partagée par tous les habitants.

L´immeuble La Renaissance est atypique : très long en façade (16 travées), c´est un édifice dont le toit est à un seul pan, simulant un toit terrasse en façade. Les accès aux logements se font en façade postérieure, par des coursières [fig. 28].

L´habitat et l´usage commercial

Le type des maisons avec boutique au rez-de-chaussée est une habitation destinée ou non à la location, avec un magasin de commerce au rez-de-chaussée. Ces constructions sont à l'aplomb de la rue et en double mitoyenneté.

Le type des immeubles avec boutique au rez-de-chaussée peuvent ne présenter qu'un seul commerce, mais aussi deux espaces distincts que sépare la porte d'accès aux logements.

4-b) Conclusion

L´habitat de villégiature de la station de Quend-Plage est caractérisé par son aspect hétéroclite. Non seulement les périodes de construction sont étendues, de la fin du 19e siècle à la Reconstruction, mais les styles et mises en oeuvres sont variés. Pourtant, force est de constater que pour une même période de construction, les styles des constructions sont peu différenciés. Ainsi, à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, les maisons sont en briques apparentes, inspirées du style chalet ou baroque flamand, puis le style régionaliste de l´entre-deux-guerres prédomine, et enfin, après 1945, se généralise un style 'bungalow'.

Ces constructions, peu décorées, sont de petite dimension, élevées sur de petites parcelles. Elles répondent à la demande d´une clientèle familiale voire populaire dont l´emploi du temps est rythmé par les activités de la plage : le logement ne sert ici qu´à se restaurer et se reposer. La simplicité reste de mise : bien souvent, l´accès se fait directement dans une pièce commune, par une porte fenêtre, et non pas par une porte [fig. 29]. Les dossiers de dommages de guerre nous ont montré que certaines maisons disparues étaient de petites unités : la maison dite Mon Isba de type 'Rolland' était construite en bois sur soubassement de brique, longue de 7,50 mètres et profonde de 5,50 mètres [fig. 30]. Mais l'on sait aussi par quelques documents d'archives que des villas situées en front de mer étaient plus vastes [fig. 1] : détruites au cours de la Seconde Guerre mondiale, elles n'ont pas été reconstruites, en l'absence de clientèle adaptée. La station de Quend-Plage, par ses édifices, montre bien l'évolution sociale des touristes au cours du 20e siècle, qui devient plus populaire à partir de l'entre-deux-guerres.

La période de la Reconstruction, qui peut paraître si triste pour beaucoup, était à l´origine voulue comme très colorée, afin d'accompagner le bonheur de l'après-guerre : dans les dossiers de dommages de guerre, on peut lire dans les programmes que les menuiseries doivent être de « vives couleurs » et trancher avec le blanc des murs enduits. Cette disposition n'apparaît plus que très rarement actuellement. Par ailleurs, la majorité des maisons détruites étant modestes, les dommages de guerre étaient peu élevés : les édifices reconstruits le sont avec des matériaux moins coûteux, murs en parpaing de béton et toits en tôle ondulée, donnant à l'ensemble une image peu valorisante. Pourtant, le besoin de construire à l'économie, qui a favorisé les toits à un pan, a fait émergé une morphologie singulière (le type 'bungalow').

La Seconde Guerre mondiale n´a pas seulement eu pour conséquence la destruction de maisons, elle a aussi causé des dégradations qui n´ont pas toujours été bien restaurées : en front de mer, l´ensemble des maisons anciennes en place ont été appauvries par la pose d´enduits et la réduction des volumes et autres décrochements.

Aires d'études Trois Vallées
Dénominations maison, immeuble
Adresse Commune : Quend
Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle
Décompte des œuvres bâti INSEE 2114
repérés 70
étudiés 15

Annexes

  • TABLEAU DE RECENSEMENT

    - Population au recensement de 1999 : 1205

    - Nombre de résidences et logement au recensement de 1999 : 494 résidences principales + 1338 résidences secondaires + 282 logements vacants, soit un total de 2114

    - Nombre de maisons et d'immeubles repérés : 70

    - Nombre de maisons repérées : 66

    - Nombre de maisons sélectionnées : 13

    - Nombre d'immeubles repérés : 4

    - Nombre d'immeubles sélectionnés : 2.

Références documentaires

Documents figurés
  • Commune de Quend-Plage, propriété de Mme Laporte, villa La Vague, Boulevard maritime sud, relevé des lieux, façade principale, [s.n.], [s.d.] (AD Somme ; 1297 W 95).

(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général ; (c) Département de la Somme (c) Département de la Somme ; (c) SMACOPI (c) SMACOPI - Justome Elisabeth
Elisabeth Justome

Chercheur à l'Inventaire général du patrimoine culturel de Picardie de 2002 à 2006, en charge du recensement du patrimoine balnéaire de la côte picarde.


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