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Les ouvrages fortifiés de la première guerre mondiale : le Champ de bataille des Weppes - dossier de présentation

Dossier IA59005044 réalisé en 2012

Fiche

Á rapprocher de

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

Le champ de bataille des Weppes

La zone d’occupation de la 6e armée, restée quasi inchangée jusque la fin de la guerre et couvrant les communes d’Aubers et de Fromelles, théâtres d’âpres et meurtrières batailles en 1915 et 1916 et dont les vestiges, avec ceux d’Illies, sont notoirement connus des amateurs de fortifications, s'est vite imposée comme limite de l'étude. Par cet ancrage géographique commandé par la guerre de position, le pays des Weppes s'est révélé, au travers de ses nombreux et riches vestiges, comme un véritable laboratoire d’une ingénierie de guerre en constante évolution tout au long du conflit.

La méthodologie

A défaut d’archive ou de document cartographique spécifique, les photographies aériennes contemporaines, suffisamment précises, permettent de survoler le territoire de façon méthodique en se jouant du relief, de haies ou d'édifices qui occulteraient d’éventuels abris. Par ailleurs, Géoportail, site en ligne édité par l’Institut national de l’information géographique et forestière, met à la disposition de l’internaute un fonds de photographies aériennes anciennes (1930-2010) fort précieuses. Bien que de qualité et de couverture hétérogènes, elles révèlent des édifices aujourd'hui disparus ou simplement masqués. Une fois cette opération de repérage réalisé, chaque abris, ou supposé tel, est enregistré au sein d’un Système d’Informations géographique (espèce de porte-cartes informatique dans lequel les documents graphiques, se superposant exactement, permettent l’analyse croisée). Comme au jeu des points à relier, des lignes de force se dessinent petit à petit. Ce qui interpelle de prime abord, c’est l’extrême densité des abris allemands, le long d’une ligne passant par Fromelles, Aubers et Illies. Par ailleurs, en descendant de la crête vers l'est, d’autres éléments de défense allemands apparaissent, jusqu'au canal de la Deûle et légèrement au-delà. A l'ouest, il faut franchir la rivière des Laies, pour atteindre les lignes britanniques et rencontrer quelques rares édifices britanniques.

L’aire d’étude définie "en profondeur", c'est à dire des bases arrière jusqu'aux premières lignes, il convenait d’en poser les limites "nord-sud". Les positions de la 6e armée, commandée par prince héritier Rupprecht de Bavière nous fournirent ces limites. En effet, si lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, la 6e armée est stationnée en Lorraine, très vite elle va s’installer durablement dans le Nord de la France. Elle est alors constituée d'unités de l’armée bavaroise et de quelques unités prussiennes et participe aux batailles de Loos, d’Aubers et de Fromelles.

Le balisage sur l’ordinateur ainsi constitué, une confrontation avec les réalités du terrain s’impose avec son corolaire de difficultés liées au relief, à la végétation, aux clôtures, à l’état des sols, souvent détrempés ou en culture. Les abris sont parfois loin de tout chemin carrossable. Par ailleurs si sur la carte une certaine logique transparait, sur le terrain le sentiment est tout autre : la position des abris bétonnés déconcerte tandis que leur configuration ne renseigne souvent pas leur destination initiale. Outres les images aériennes tirées de Géoportail, les documents ramenés du Bayerisches Hauptstaatsarchiv (Kriegsarchiv) à Munich, les canevas de tirs numérisés et mis en ligne par l'Université McMaster et les photographies aériennes britanniques de 1917 et 1918 numérisées par Imperial War Museum ont été très précieux.

La logistique allemande

Le plan intitulé Implantation des garnisons, voies d'acheminement et dépôts de matériel allemand *1s’appuie sur deux plans allemands du 20/07/1916 et du 30/07/1917. Il permet d’appréhender la manière dont les matériaux de construction parviennent aux différentes lignes de défenses de la 6e division de réserve bavaroise.

Le fret est tout d’abord acheminé au DPP (Division Pionnier Park) d’Haubourdin par trains et péniches. Situé au sud de Lille, à quelques kilomètres du front, Haubourdin est occupé par l’armée allemande dès le mois d’octobre 1914 et sert de base arrière aux troupes et officiers de la 6e armée, commandée par le prince Von Rupprecht. Il est à souligner qu’elle possédait alors une importante cimenterie sous licence "Portland" qui a pu, au moins dans un premier temps, alimenter en ciment les soldats allemands du Génie. Outre l’eau et le ciment, la fabrication du béton armé requiert également du gravier (acheminé par péniches de Belgique ou des Pays-Bas) et des tiges d’acier (pour le ferraillage) dont l’origine nous est inconnue.

A leur arrivée, les Allemands se sont logiquement appuyé sur les infrastructures en places : les canaux, le réseau de la Compagnie des Chemins de fer du Nord, les routes, avant de déployer leurs propres infrastructures. Ils réquisitionnent également une voie de chemin de fer privée, la Ligne Michon, reliant Don à Fromelles. Créée en 1904 et longue de 18 km, elle permettait, durant la saison de production sucrière, d'acheminer des betteraves vers la sucrerie de Marquillies. Elle transportait également les pensionnaires des écoles alentours. Cette voie ferrée, qui innerve les Weppes et dont une partie du tronçon est située sur la ligne de crête est pain béni pour l’envahisseur.

Depuis Haubourdin, les matériaux sont amenés par rail vers 4 centres de triages situés chacun à 5 kilomètres du front. Ils sont situés à Fournes-en-Weppes (Pionnier Park. 14, Centre Desprez, Pionnier Park. 12 et Umschlagplatz 12) et enfin à Herlies, lieu-dit le Pilly (Zw.P. 17). Des chargements spécifiques sont alors constitués puis envoyés par voiesFLamm étroites vers les 4 centres de stockage (Übernahmestellen) des Régiments d’Infanterie de Réserve (R.I.R) situés à Le-Maisnil, Fromelles et Aubers (situés à 2 km du front), ainsi qu’en chariot hippomobiles directement aux chantiers de construction (Laufgraben-Park), derrière les premières lignes. Des wagonnets poussés par des hommes, y amènent également d’autres matériaux (gravier, planches de coffrage, ferraillage ?) depuis les centres de stockage. Cette logistique, du canal de la Deûle au front, s’appuie sur des lignes de forces et de défenses sur une profondeur de 10 km.

L’artillerie

Lors de leur entrée en guerre, les armées alliées ne disposait pas de pièces d’artillerie à tir courbe – obusiers et mortiers – de conception récente, et ce contrairement à l’armée allemande. L’armée française ayant misé sur une campagne militaire dont la conclusion serait rapide, avait logiquement privilégié une artillerie de campagne adaptée à la guerre de mouvement avec notamment le fameux canon de 75 millimètres, modèle de 1897, et le canon de 155 millimètres court ou obusier Rimailho, modèle de 1905. Ce ne fut qu’au début de l’année 1915 que fut livré le premier mortier de tranchée de 58 millimètres T mis au point par le commandant Duchêne. Celui-ci, baptisé crapouillot par la troupe, tirait des bombes à ailettes appelées encore torpilles en raison de leur forme et de leur empennage, et non des obus. Le modèle initial fut amélioré et décliné en deux nouvelles versions, les T2 et T1 bis. L’armée allemande disposait en revanche, dès l’ouverture des hostilités, de deux obusiers de calibre respectif de 105 et de 150 millimètres, ainsi que du mortier lourd de 210 millimètres, tous trois montés sur châssis à roues. En comparaison, le mortier lourd français de calibre 220 millimètres était non seulement d’un modèle déjà assez ancien (1880), mais était en sus fixé sur affût de type plate-forme et donc d’un emploi malcommode. En outre, l’armée allemande pouvait aligner des mortiers lanceur de bombes (Minenwerfer), lesquels offraient l’insigne avantage d’être beaucoup plus légers – plus de dix fois pour certains types – que les mortiers traditionnels de même calibre, et étaient donc plus maniables. L’armée allemande alignait ainsi un modèle lourd de calibre 250 mm et un modèle plus léger de calibre 170 mm. Tous deux pouvaient être montés sur châssis à roues. Les projectiles tirés par ces mortiers contenaient une charge d’explosif beaucoup plus forte que celle d’un obus de canon. Ce fut un peu plus tard que l’armée allemande put disposer d’une version encore plus légère, de calibre 78,5 millimètres, qui existait dès le début de la guerre, mais encore sous forme de prototype. Cette version légère ne tarda pas à supplanter les deux versions lourdes du fait de sa plus grande transportabilité et de la facilité de son chargement à la main. La bombe servant au chargement de ce mortier léger pesait en effet 4,6 kg seulement contre 51 kg pour le mortier de 170 mm et 97 kg pour celui de 250 mm. Fut développé également un modèle ultra lourd de 380 mm tirant des obus d’un poids variant entre 95 et 380 kg avec des portées décroissant de 1200 à 400 mètres.

Quoique canons et obusiers de très gros calibre n’aient été utilisé que ponctuellement sur le front des Weppes, l’armée allemande possédait sur ce chapitre encore une très nette supériorité sur les armées alliés par le fait qu’elle avait mis à l’étude une artillerie de ce type bien avant la guerre dans l’intention de les utiliser pour l’attaque des forts belges et français implantés le long des frontières et autour de certaines métropoles, afin de répondre à la stratégie du plan Schlieffen, tout en faisant croire qu’il s’agissait d’artillerie de marine. Elle reçut d’abord livraison d’un mortier lourd de 305 mm tirant des obus d’un poids de 390 kg, puis d’un modèle ultra lourd de 420 mm tirant des obus de 810 kg. Ainsi, lorsque les allemands commencèrent à mettre en action des mortiers de 420 millimètres contre les forts de ceinture de la ville de Liège après avoir d’abord utilisé celui de 210 mm avec des résultats modestes, ces forts ne tardèrent pas à capituler, et ce dès la mi-août 1914.

Les ouvrages fortifiés

Les vestiges identifiés et recensés sont de plusieurs types :

Les casemates à canon ou à mortier

Environ 15 % des vestiges rencontrés abritaient un canon ou un mortier. Les premiers, destinés aux tirs tendus, sont très reconnaissables : ils disposent d’une chambre de tir ouverte à l’avant et sur l’arrière. Ils sont situés sur la crête d’Aubers ou au-delà, en contre-pente, entre 2000 et 4000 m des lignes britanniques. Le mortier lanceur de mines (Minenwerfer) est quant à lui destiné au tir lobé. Ils pouvaient également être abrités dans des casemates spécifiques reconnaissables à leur orifice de tir en demi-cône inversé. Celles rencontrées dans les Weppes étaient situées entre 300 et 2500 m des lignes britanniques. Pour corriger les tirs d’artillerie ou simplement assurer la surveillance des positions ennemies, des postes d’observation aménagés dans des arbres ou des clochers ont laissé rapidement la place à des casemates spécifiques d’observation (9% du corpus étudié). Ces dernières disposaient le plus souvent de moyens de communication par signaux radiophoniques ou optiques.

Les casemates à mitrailleuse

La mitrailleuse se révéla, par sa cadence de tir élevée, comme la reine des armes de défense durant la guerre, de celle qui en infléchit très vite le cours en lui donnant sa physionomie si particulière de guerre de position. Les mitrailleuses se trouvaient réparties à intervalles réguliers et suffisamment rapprochés le long des lignes de tranchées de manière à balayer complètement le no man’s land et vouer à l’échec toute attaque même surprise. Toutefois, pour que son emploi fût efficace, cette arme réclamait d’être desservies par au moins trois soldats devant œuvrer de concert : l’un qui visait et actionnait la mitrailleuse, un deuxième qui alimentait le chargeur en munitions et enfin un dernier qui scrutait le terrain alentour et guidait le tireur. Par ailleurs la force musculaire de ces hommes était nécessaire pour escamoter promptement la mitrailleuse et la placer à l’abri en cas de déclenchement d’une préparation d’artillerie par l’ennemi en vue d’une attaque d’infanterie, puis la ressortir aussi vite que possible et la remettre en position pour contrer cette attaque.

Les casemates à mitrailleuse recensées représentent 15% du corpus étudié. Ont été repris sous ce qualificatif les abris en béton armé, d’une grande variété de taille ou de forme, comportant une ou plusieurs positions de mitrailleuse, généralement une cuve trapézoïdale assez peu profonde sur le couvrement destinée à bloquer l’affût de l’arme. Si les casemates à mitrailleuse de la première ligne de la première position allemande ont toutes disparues, celles érigées sur la crête d’Aubers et constituant la seconde position en 1915 sont encore fort nombreuses. Enfin, conséquence probable des assauts alliés perçant les lignes allemandes lors de la bataille de Fromelles, en juillet 1916, une ligne de mitrailleuses intermédiaire est constituée entre les deux positions. Ces casemates à mitrailleuse, situées principalement à Fromelles, offrent de grandes similitudes entre-elles et accréditent la possibilité d'une référence à un modèle préétabli, élaboré dans les bureaux d'études allemands vers la fin de l'année 1916 ou au début de 1917. Sur le terrain, les quelques variations constatées n’obèrent pas cette théorie. Elles ne concernent en effet pas la structure des édifices (épaisseur des parois, position et dimension du ferraillage, dimensions générales) mais bien des éléments accessoires, selon les nécessités de la position : présence d’observatoire blindé (Gepanzerten Beobachtung), taille, nombre et positions des niches à munitions.

Les ouvrages hydrauliques : La gestion de l’eau

Les Allemands ont une parfaite connaissance du sous-sol et de la pluviométrie des Weppes. Utilisant ruisseaux, drains, pompes de relevage et même stations de pompage, ils régulent l’hydrographie entre la rivière des Laies et le canal de la Deûle. Au sein d'un vaste réseau de canalisations, vraisemblablement toujours enfouies, plusieurs stations de pompage subsistent, de formes et de dimensions diverses. Des ouvrages hydrauliques construits par l'armée allemande et parvenus jusqu'à nous, seule la station de pompage de Le Maisnil est en assez bon état de conservation. C'est également la plus imposante et la plus intéressante. Celle de Laventie, régulièrement inondée, présente des traces d'explosion. A Lorgies, la petite station de pompage du Bois du Biez est également endommagée et envahie par la végétation comme celles situées hameaux du Hus et du Transloy à Illies.

Postes de soin

Les édifices de premiers secours aux soldats sont peu représentés (ou peut-être difficilement identifiables) dans ce corpus. Un petit poste de secours subsiste à Radinghem-en-Weppes ainsi qu’un hôpital (Verbandplatz) assez imposant mais endommagé à Illies.

Les postes de commandement

Les postes de commandement de division, de bataillon, ont probablement été plus nombreux que les 4 exemples décrits dans cette étude (deux à Aubers, un à Fromelles et un Lorgies). Ils étaient tous dotés de moyens de communication téléphoniques ou optiques.

Les casemates à la destination incertaine ou inconnue

Elles représentent 57% des édifices étudiés. Elles peuvent être casemates à personnel ou de transmission, servir au stockage des vivres comme des munitions… Elles sont partout présentes sur le territoire.

Le béton armé : Un matériau industriel pour une guerre industrielle

L’utilisation conjointe de la pierre et du fer est très ancienne, pourtant, lorsque Louis Vicat met au point la chaux hydraulique, en 1818, personne n’a l’idée de l’associer au métal et surtout pas les ingénieurs. C’est au hasard du jardinage que l’on doit l’invention du ciment armé. Joseph Louis Lambot et Joseph Monier ont en effet l’idée, à peu de temps d’intervalle, de confectionner des bacs à fleurs à partir de grillage et de ciment. Partant, Lambot dépose une demande de brevet d’invention pour un bateau en ciment armé en 1855 et Monier pour des bacs, tuyaux et réservoirs en 1867. Ce dernier ne s’arrête pas en chemin et perfectionne empiriquement son procédé. Il dépose un brevet pour la construction de ponts et de passerelles en 1873, d’escaliers en 1875, etc… Dans le même temps et avec d’autres, François Hennebique perfectionne un système analogue (c’est cependant lui que l’histoire retiendra comme l’inventeur du béton armé). Nul n’est prophète en son pays et c’est en Autriche, Russie, Belgique, Hollande et Allemagne que Monier vend ses brevets. Les ingénieurs allemands surtout s’en emparent et, en 1884, Conrad Fraytag et Philippe Josseaux exploitent ce procédé sous l’intitulé Monierbau (construction Monier)- qui désigne encore, outre-Rhin, le béton armé. Au début du 20e siècle, le béton armé est donc connu et déjà couramment utilisé, notamment dans l’industrie et le génie civil. Il faut cependant attendre la guerre russo-japonaise, en 1904 et 1905, pour qu’il s’impose comme le matériau incontournable des champs de bataille. Au début de la Grande Guerre, après une période de tâtonnements et de collectes d’expériences quant à la résistance des abris aux bombardements, toujours plus destructeurs et aux effets du souffle des explosions sur leurs occupants, l’usage du béton armé va se généraliser chez les belligérants. En 1920, dans leur ouvrage Deutsche Frontbauartbreit Im Krieg*, MM Schinnerer et Stadler racontent comment, découlant de l’expérience de terrain, est apparue la nécessité de mesures fondamentales dans la construction des abris, de l'ingénierie au terrassement. Pour eux, cette organisation rationnelle s’appuyant sur des conditions de transports constamment améliorées fait de l’automne 1916, le véritablement commencement de la ligne Siegfried. L’état-major allemand préconise2, dans le combat de position, l’utilisation de couverture en béton coulé sur une couche de rails de chemin de fer ou de grumes. Cotés français, l’armée recommande son emploi dans la construction d’abris pour mitrailleuses, qui ne peuvent être enterrés3 puis, en 1917, partout où le travail du bétonnage peut être utilisé4.En février 1918, l’Inspection générale des travaux et organisations aux armées rédige un bulletin de renseignements du génie consacré au béton. Y sont présentés des travaux sur la résistance à l’artillerie des ouvrages fortifiés en temps de paix dans la région de Verdun ainsi que des constatations faites par les armées alliées sur les ouvrages bétonnés allemands en Alsace et en Belgique. Selon ce rapport, les fortifications de Verdun peuvent se ramener à trois types d’édifices, construits à différentes époques : les locaux aux murs en moellons de calcaire de 100 à 150 cm d’épaisseur, couverts d’une couche de terre de 2 à 5 m, les constructions maçonnées surmontés d’une couche d’un mètre de sable et renforcées d’une couche de béton de 250 cm. Enfin, des abris tout en béton. L’impact de divers projectiles par type de construction y est décrit. En substance il résulte que les dalles et massifs en béton armé doivent avoir 1,75 m d’épaisseur pour résister aux obus de 420mm (930 kg dont 106 d’explosif). Même ainsi, le béton est disloqué, prenant parfois l’apparence d’un feuilletage. Outre l’impact du projectile, la violence du souffle provoqué par son explosion peut causer la mort des occupants de l’abri.

Mises-en-œuvre

L’usage du béton armé dans la construction réclamait la fourniture d’une part de produits de l’industrie – ciment et fers à béton –, d’autre part de matériaux semi-industriels – planches en bois pour le coffrage des structures en béton –, enfin de matériaux naturels – sable et gravier, éventuellement cailloux – peu onéreux, mais pondéreux et pas toujours disponibles sur place. Par ailleurs les besoins en termes de volumes pour ces produits et matériaux étaient considérables. Il fallait donc disposer d’infrastructure pour les acheminer à leur point d’utilisation – voitures hippomobiles ou wagonnets circulant sur rail à voie étroite –, ainsi que d’un minimum d’outillage : cisaille pour découper les fers à béton selon la longueur désirée, cintreuse ou griffe à couder pour leur donner le tracé courbe voulu sur certaines de leurs portions, bétonnière pour effectuer le mélange de ciment, sable et gravier ou, à la rigueur, gâchoir si la trop grande proximité des lignes ennemies rendait l’usage d’une bétonnière problématique. Les risques encourus par un travail en vue des lignes ennemies expliquent, en partie, le large usage comme coffrage de la tôle ondulée, beaucoup plus rapide à poser que les planches.

Si la majorité des casemates rencontrées ont été réalisées par coulées successives de béton, d'autres utilisent largement des éléments préfabriqués que les soldats du génie empilent alors sur les fers à béton. Pour des raisons de résistances aux bombardements, les murs de refend et le "ciel", la dalle supérieure de l'édifice, restent en ce cas, en béton coulé. Peu d'édifices de ce type ont été retrouvés.

Conclusion

Entre 1915 et 1917, dans l’impossibilité de prendre le dessus sur leur adversaire et désireux de conserver leurs positions, Alliés et Allemands creusent des tranchées et fortifient leurs lignes : c’est la guerre de position durant laquelle de nombreux abris bétonnés sont construits. Pour le seul département du Nord, un document de 1931 (Cf. Ann.1) parle de 6000 blockhaus déblayés tandis que cette présente étude, sur le seul territoire des Weppes, en dénombre près de 700 en 1960, contre 300 aujourd’hui. Un constat donc : revendiqué, oublié ou honni, cet héritage disparait. Deux raisons expliquent ce phénomène : la puissance croissante des engins agricoles, qui offre aux agriculteurs la possibilité d'enfouir les édifices de petite taille, et l'extension urbaine favorisant l'émergence de nouveaux lotissements dans la proche banlieue de Lille. Certaines communes essaient de préserver ces vestiges voire de les valoriser : la commune d'Illies a, par mesure conservatoire, acheté des terrains contenant des abris bétonnés et tente de les mettre en valeur. La ville de Fromelles n'a pas procédé différemment pour la casemate à mitrailleuse de l'Abbiette.

Le territoire des Weppes est une infime partie du front occidental, allant de la Belgique à la Suisse, et on peut gager que de nombreux vestiges subsistent, notamment dans les grandes forêts de l'est de la France. Par ailleurs, des sondages dans les secteurs limitrophes des Weppes, comme Ypres, en Belgique, ou Arras (situés à une quarantaine de kilomètres au nord et au sud de Fromelles) révèlent d'autres manières de construire, d'autres plans (circulaire ou partiellement circulaire par exemple : Cf. Hill 60*, Zwarteleenstraat 40, 8902 Ieper, Belgique). Cette diversité est-elle, avant la rationalisation du mitan de la guerre, l'expression de régionalismes ? Existe-t-il des casemates de style bavarois ou saxon ? Une meilleure connaissance de ce patrimoine permettrait sans doute d'apporter des éléments de réponse.

1Cf. doc. 3 (IVR32_20175901806NUD)2Ministère de la Guerre. Enseignements tirés de la guerre relatifs à la fortification de campagne. Juin 1915. Rédigé par l'Inspection générale du corps des ingénieurs et pionniers et des fortifications après entente avec le chef de l'état-major général de l'armée, 19153Instruction sur les travaux de campagne à l'usage des troupes de toutes armes (Impr. nationale, 1915)4Instruction sur l’organisation de terrain (Impr. nationale, 1917)
Aires d'études Les Weppes durant la Première Guerre Mondiale

Annexes

  • La reconstitution du Nord

    La Reconstitution du Nord

    Avec ses 1.900.000 habitants, ses cultures à grand rendement, ses nombreuses et puissantes industries textiles, métallurgiques, ses houillères, son réseau particulièrement dense de voies ferrées et de canaux, avec ses campagnes fertiles et ses villes industrieuses, le département du Nord était, en 1914, l’un des foyers de vie de la France, et l’une de ses plus riches régions, si ce n’était la plus riche. Lorsque le dernier homme des troupes allemandes eut quitté le sol des Flandres, cette richesse était en grande partie anéantie.

    Pour mesurer l’étendue du désastre, il suffit de rappeler que les dommages de guerre du département du Nord ont été évalués à plus de 26 milliards. Il y avait plusieurs sortes de ruines : celles de la zone relativement étroite où le front s’était maintenu pendant les 50 mois de la guerre. Le sol y était bouleversé à un tel point que 3000 hectares furent classés « zone rouge ». La remise en état du sol y semblait impossible car elle aurait – pensait-on– dépassé la valeur du terrain.

    Plus importantes quoique moins profonde, étaient les ruines accumulées au cours des dernier mois de la campagne. La guerre de mouvement qui s’est étendu sur le territoire du département sauf à l’extrémité nord, y a été plus dévastatrice que la guerre de position : quelques jours de bataille suffisent pour que les villages soient rasés, les champs bouleversés et couverts de ferraille, les arbres déchiquetés.

    Mais le Nord a également souffert et plus qu’aucun autre département, des enlèvements et détériorations de l’ennemi : Réquisition des stocks industriels ou agricoles, noyage des mines, destruction de l’outillage des usines dans la proportion de 80%, et, avant la retraite, mise hors de service de tous les ouvrages d’art et des voies de communication. Les dommages subis par le département se rapportaient à :

    • La destruction complète de 52.414 immeubles,

    • La détérioration de 307.300 immeubles,

    • La remise en état de 392.000 hectares de terre et 15.000 hectares de forêts,

    • La reconstitution d’un cheptel composé de 82.000 chevaux, 265.000 bovins, 70.000 ovins, 70.000 porcs, 1.800.000 volailles, 5000 ruches et la presque totalité du matériel agricole,

    • La réfection de 8.849 kilomètres de routes et chemins et de 1249 ouvrages d’art,

    • La réparation de 321 kilomètres de voies ferrées d’intérêt local, de 350 kilomètres de voies de tramways, de 377 kilomètres de voies navigables et 495 ouvrages divers,

    • La reconstitution en immeubles, matériel et stocks de 11.600 usines,

    • La remise en état de mines ou en dehors de la destruction de toutes les œuvres vives par l’explosif ou l’inondation, 9 millions de mètres-cubes étaient à extraire,

    • La destruction sur le réseau du Nord de 640 kilomètres de voies principales, la réfection de 280 kilomètres de voies de garage, de 336 passages et de 94 ponts,

    • Enfin, il convenait d’enlever 27.000 tonnes de fils de fer barbelés, 6000 blockhaus et de déblayer plus de 100.000 immeubles,

    A côté des ruines matérielles qu’il est toujours possible de réparer, il en est d’autres, plus graves encore : ce sont celles qui ont atteint non pas les choses, mais les hommes. La population du département, à l’Armistice, était tombée de 1.960.000 à moins de 1.200.000 habitants. 760.000 étaient réfugiés en France ou en Belgique, internés en Allemagne, en traitement dans les hôpitaux ou morts. Il était à craindre que cette population restreinte, amoindrie à tous points de vue par ses blessures, ses privations, ses souffrances, ses deuils ne soit pas en mesure de faire face à l’immense tâche qui l’attendait. Le Nord a infligé un éclatant démenti à ces craintes.

    Dans ce département où toute administration normale avait disparue, où tous les organes de la vie générale étaient détruits, où tout était à reconstruire, il a fallu rétablir au plus vite, en grande partie à l’aide de moyens de fortune, les voies de communication, organiser le rapatriement des réfugiés qu’on dut souvent retarder faute de logements, construire en toute hâte pour habiter la population des baraquements provisoire, et tout de suite, car il fallait occuper les milliers d’hommes qui revenaient du front et de l’intérieur, remettre le sol en état et reconstruire les usines. Le gros de cette œuvre fut réalisé avec une rapidité presque incroyable. Les agriculteurs revenus en 1918 sur leurs terres, se logeant comme ils pouvaient, commencèrent le travail dès l’hiver alors qu’ils n’avaient ni bétail, ni engrais, ni semences, ni outillage approprié. D’autre part, la solidarité de tous les Français manifestée par le concours financier de l’Etat qui, de 1919 à 1922 avança près de 10 milliards aux industriels, et l’effort des sinistrés qui n’hésitèrent pas à engager leur crédit au profit de leur reconstitution, permit aux usines de se relever rapidement. Dès 1920 – un an et demi après la signature de l’Armistice – l’industrie textile à Roubaix-Tourcoing atteignait les 4/5èmes de sa fabrication d’avant-guerre.

    La Reconstitution des immeubles, un peu plus lente, fut facilitée par la constitution de 277 Sociétés coopératives. Les crédits alloués par tranches successives, pour cette catégorie de dommages, auraient entrainé pour chacun des sinistrés isolés, l’échelonnement de leurs travaux sur une période de plusieurs années. En se groupant, les sinistrés ont fait une masse de leurs ressources et ont procédé, chaque année, suivant un ordre d’urgence établi par eux, à une œuvre profitable. Cette œuvre fut laborieuse en raison du problème que soulevaient la reconstruction des villes sur de nouveaux plans et surtout par suite de la diminution des crédits causée par les circonstances économiques.

    Les difficultés rencontrées furent résolues par le Conseil Général qui, suivant toujours de très près la Reconstitution, procura, aux moments difficiles, des fonds aux sinistrés en donnant la garantie du Département pour l’émission d’emprunts dont le total est supérieur à un milliard. D’importants emprunts furent également émis par la ville de La Bassée, les Groupements des Houillères, des Sucreries, de la Métallurgie, du Textile, etc…

    Quoi qu’il en soit, la reconstitution peut être considérée aujourd’hui comme terminée et la liquidation des dommages de guerre s’achève. Sur 26 milliards 200 millions de francs, 1 milliard 800 millions de francs restent à payer et il s’agit là, pour la plus grande partie, de comptes litigieux dont l’apurement ne peut être effectué.

    On peut donc à l’heure présente regarder en arrière pour mesurer le terrain parcouru. Malgré le manque de main d’œuvre, malgré les conditions difficiles de production, grâce à un regroupement judicieux des parcelles au lendemain de la guerre, grâce au perfectionnement incessant de ses méthodes, l’Agriculture atteint ou dépasse des rendements d’avant-guerre. Le cheptel est reconstitué en nombre et, ce qui était plus difficile, en qualité. Dans les régions qui furent les plus dévastées, dans les environs d’Armentières par exemple, sur l’emplacement de l’ancienne zone rouge, s’étalent des champs admirablement cultivé : de loin en loin un blockhaus bétonné, jadis abri ou nid à mitrailleuse, subsiste, dernier vestige de 4 années de guerre.

    Dans presque toutes les industries le Nord marque un appréciable progrès. Les Houillères ont augmenté leur production et les compagnies minières leur ont annexée d’importantes industries créées de toutes pièces : Industrie chimiques, usine à gaz, centrales électriques. Dans les diverses branches des industries textiles, le Nord plus encore qu’avant-guerre est à la tête de la production française. Dans les industries métallurgistes, chimiques, alimentaires, sa place est de tout premier ordre.

    Si l’on considère que 10 ans ont suffi pour que le Nord répare ses ruines et même marque sur la période d’avant-guerre un appréciable progrès dans presque tous les domaines, on comprendra combien a été efficace l’œuvre de la Reconstitution et on appréciera à sa juste valeur l’effort, la ténacité intelligent et l’énergie de la population du Nord.

    Transcription d'un discours tapuscrit, sans nom et sans date, vraisemblablement rédigé pour le président du Conseil Général du Département du Nord en 1931.

    A.D.Nord, M149 / 159 (Affaires traitées par le cabinet (1898-1940) ; Reconstitution. Personnel et correspondance (1918-1934))

  • Sauvegarde des monuments et objets comme vestiges de guerre. Extrait de la circulaire du 28 octobre 1919

    Extrait de la circulaire du 28 octobre 1919 de Monsieur le Ministre des Régions Libérées

    La commission des vestiges de guerre, appelée à examiner les mesures pour assumer la sauvegarde des monuments et objets dont le classement est proposée comme souvenir de guerre, estime qu'il y a lieu de confier momentanément au Préfet de chaque département, assistée des architectes des régions libérés et des monuments historiques, la mission de protéger ses monuments.

    Des conférences devront être tenues à cet effet le plus tôt possible dans chaque département, sous la présidence du Préfet ou de son délégué, entre les architectes des deux services intéressés. Dans ces conférences seront arrêtées des mesures de conservation immédiate à prendre et organiser un service local de surveillance des vestiges de guerre. Les décisions prises seront immédiatement mises à exécution sauf au préfet à en référé s'il y a lieu l'administration des Beaux-Arts.

    Les conférences auront à se préoccuper, en premier lieu, des questions suivantes :

    - 1 - Délimitation des vestiges.

    Il devra être procédé dans le moindre détail sur le terrain à la reconnaissance et à une délimitation aussi précise que possible des vestiges à conserver. En même temps un ou plusieurs écriteaux seront placés sur chaque vestige, faisant connaître que le monument dans ses limites ainsi fixées, est en instance de classement comme souvenir de guerre et qu'il doit être conservé dans son état actuel sous peine de pénalités prévues par la loi du 31 décembre 1913 sur les Monuments Historiques. En outre, tous les vestiges susceptibles de dégradation devront être, dans la mesure du possible entouré de fils de fer. […] des Monuments Historiques ou autres agents désignés par le Ministres des Beaux-Arts, qui recevront toutes instructions utiles du Préfet et auront à se mettre en rapport avec les autorités locales. Les travaux de clôture seront exécutés par les services d’architectures des Régions libérées.

    - 2 - Notification des instances de classement.

    Au fur et à mesure que la délimitation des vestiges aura été opéré, les préfets en informeront si possible les propriétaires et les aviserons en même temps que ces vestiges sont en instance de classement, que les prescriptions de la loi du 31 décembre 1913 leur sont applicables et qu'en conséquence toute modification non autorisée de l'état actuel des lieux pourra donner lieu à l'application des pénalités édictées par l'article 30 de cette loi. En cas d'urgence, le classement comme moment Monuments Historiques des vestiges pourra être immédiatement prononcé à la demande du Préfet, par le Ministre des Beaux-Arts conformément aux dispositions des articles 3, 4, et 5 de la loi précitée.

    - 3 - Surveillance des vestiges.

    Cette surveillance devra être assurée, en principe, de la manière suivante :

    1° par les architectes en chef ou ordinaires des Monuments Historiques et par les architectes des Régions libérés au cours de leur tournée d'inspection.

    2° par les brigades de gendarmerie, les gardes champêtres, les agents des Ponts-et-Chaussées, les gardes des Eaux et Forêts et tous autres agents administratifs exerçant leurs fonctions dans la Région. Ces agents devront être assermentés.

    3° à défaut par un habitant de commune où se trouvent les vestiges agréés par le Préfet.

    AD Nord 10 RA 43

  • Vestiges et souvenirs de guerre. Annexe au procès-verbal de la séance du 28 novembre 1922

    N°704

    ––––––––

    SENAT

    ANNEE 1922

    Session extraordinaire

    _________________________________

    Annexe au procès-verbal de la séance du 28 novembre 1922

    RAPPORT

    FAIT

    Au nom de la Commission de l'enseignement(1)1 chargée d'examiner le projet de loi,

    ADOPTÉ PAR LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS, sur les vestiges et souvenirs de guerre,

    PAR M. EMILE HUMBLOT

    Sénateur.

    ––––––––

    Messieurs

    Votre Commission a été saisie par les soins du Gouvernement d'un projet de loi voté par la Chambre des Députés dans sa séance du 9 février 1922, sur un rapport de l'honorable M. Fribourg, au nom de la Commission de l’enseignement des Beaux-Arts, rapport appuyé d’un avis favorable de l'honorable M. Rillart de Verneuil au nom de la Commission des régions libérées.

    La préoccupation du législateur était double. D'abord conserver des vestiges et souvenirs présentant un intérêt national au point de vue de l'histoire de la guerre, puis mettre fin, parfois même à des incidents pénibles, véritables sacrilèges qui se sont commis dans les régions glorieuses où se déroulèrent les tragiques événements de la guerre. De véritables bandes de pillards se sont abattues sur ces vestiges respectables, livrés souvent sans défense au vol et à la profanation.

    L'honorable M. Fribourg, rappela, dans son rapport, parmi d'autres exemples odieux, la joyeuse sauterie organisée, au sommet même de l'Hartmannswillerkopf*, où tant de nos enfants firent courageusement le sacrifice de leur vie.

    C'est aussi la profanation commise à la fameuse tranchée des baïonnettes, entre l'ossuaire de Douaumont et la ferme de Thiaumont. Un Américain, M. Georges Rand, ému par le stoïcisme de ces morts ensevelis debout, avait offert une somme de cinq cents mille francs, pour que cette terre sacrée conservât intact, le souvenir de leur héroïsme.

    Or, avant même que le monument commémoratif eût été construit, des visiteurs, des touristes, osèrent profaner cette sépulture épique, pour dérober les baïonnettes qui émergeaient de la terre bouleversée.

    Sacrilège inconscient, peut-être, mais qui explique suffisamment les mesures de sauvegarde votées par la Chambre. En 1917, l'Administration des Beaux-Arts, avait institué une commission interministérielle des vestiges et souvenirs de guerre. Cette Commission procéda à plusieurs reconnaissances des souvenirs susceptibles d'être conservés. Elle constata d’abord qu’il était impossible d'envisager la conservation des organisations d'ensemble. C'eût été, en effet, empêcher la reconstitution des villages, des grandes fermes et des vastes cultures, sur leurs emplacements primitifs.

    D'autre part, ces vestiges, constitués pour la plupart par des matériaux périssables, étaient destinés à disparaître par la seule action du temps.

    La Commission proposa donc le classement d'un petit nombre d'organisations d'ensemble particulièrement caractéristiques et fit établir, pour les autres, des dessins et des photographies, qui suffiront à en perpétuer le souvenir.

    En 1918, le service de protection des monuments et œuvres d'art de la zone des armées, s'associa au service des Monuments historiques, pour collaborer à l'œuvre entreprise et solliciter les conseils des architectes des départements libérés.

    Enfin le 4 octobre 1919, la Commission interministérielle des vestiges de guerre décida de confier, jusqu'à nouvel ordre, au préfet de chaque département, en le faisant assister par des architectes de la région, la mission de protéger ces monuments.

    La Commission décida, en outre, de publier une notice indiquant l'historique et les caractéristiques de chaque vestige classé.

    Enfin, un texte de loi fut rédigé par l'Administration des Beaux-Arts et arrêté définitivement par la Commission. Les préfets reçurent, en novembre 1920, de nouvelles et précieuses instructions pour le relevé des vestiges et leur repérage, sur la carte. Ils durent prendre les précautions et mesures nécessaires pour sauvegarder ceux qui avaient été classés.

    Le projet de loi qui nous est soumis, Messieurs, comporte l'application aux vestiges de guerre des prescriptions de la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, auxquelles le législateur a ajouté certaines dispositions particulières réclamées par la nature spéciale des souvenirs à conserver.

    La loi prévoit un classement temporaire destiné à conserver, aussi longtemps que possible, certains ouvrages illustrés par des combats célèbres.L'article 5 de la loi permet ce classement de durée limitée, en échange d'une indemnité à allouer au propriétaire.

    La loi prévoit également la possibilité d'acquérir certaines parties de notre sol, qui témoignent d'une façon particulièrement émouvante des terribles ravages causés par la guerre.Les articles 3 et 6 ont été conçus dans ce sens. L'article 7 détermine, autour des immeubles classés, l'établissement d'un périmètre sur lequel aucune construction, aucune plantation, ne pourront être entreprises sans autorisation motivée.

    Une annexe au rapport de l'honorable M. Fribourg nous donne, par régions, une nomenclature des souvenirs de guerre à classer parmi ceux qui ont paru les plus remarquables.

    Ajoutons que les voies d'accès à ces vestiges classés seront frappées de servitude et que, pour les immeubles et objets mobiliers, leur classement pourra entraîner l'obligation pour le propriétaire de les laisser visiter. Les départements et communes auront, comme l’État, la faculté d'acquérir les immeubles classés ou en instance de classement (art. 5).

    Les conditions générales des visites seront déterminées par le Ministre des Beaux-arts et pourront comporter Un droit d'entrée.

    En résumé, vous comprendrez certainement avec moi, Messieurs, qu'il est nécessaire et utile d'adopter les dispositions législatives établies par la Chambre. Elles sont inspirées par des raisons supérieures de reconnaissance et d'éducation nationale.Je conclus donc, en demandant au Sénat, au nom de la Commission de l'enseignement, de bien vouloir faire sien le projet de loi, qui nous est soumis par le Gouvernement et dont le texte suit :

    PROJET DE LOI

    ART. PREMIER.

    Peuvent être classés comme monuments historiques les immeubles, objets mobiliers et généralement tous les vestiges et souvenirs dont la conservation présente un intérêt national au point de vue de l'histoire de la guerre.

    ART. 2.

    Les dispositions de la loi du 31 décembre 1913 sont applicables aux vestiges ou souvenirs de guerre classés comme monuments historiques en tout ce qui n'est pas contraire aux prescriptions de la présente loi.

    ART. 3.

    Le déclassement total ou partiel d'un immeuble ou d'un objet mobilier classé en vertu de la présente loi aura dans les mêmes formes ou sous les mêmes conditions que le classement soit d'office, soit à la demande du propriétaire. Il est notifié aux intéressés. En cas de déclassement d'office d'un immeuble, le propriétaire peut réclamer dans un délai de trois mois à dater de la notification de la décision. Il est statué sur sa réclamation par un décret en Conseil d'Etat.

    ART. 4.

    Les immeubles et les chemins permettant d'y accéder peuvent être également classés pour une durée limitée. Les classements temporaires sont prononcés par arrêté ou décret en Conseil d'Etat suivant qu'il y a ou non consentement du propriétaire. L'arrêté ou le décret prononçant le classement temporaire en détermine les conditions ou la durée. L'application de la servitude temporaire à un immeuble ou à un chemin d'accès appartenant à un particulier ou à une collectivité peut donner lieu au paiement d'une indemnité représentative du préjudice causé.A l'expiration de la durée fixée, les vestiges ou souvenirs sont déclassés de plein droit, sauf au Ministre des Beaux-Arts à provoquer leur maintien sur la liste des monuments historiques, soit à titre définitif, soit à titre temporaire, dans les conditions prévues à l'article 3 ou aux paragraphes précédents du présent article. 

    ART. 5.

    Les départements et les communes ont, comme l'Etat, la faculté d'acquérir, conformément aux dispositions de l'article 46, paragraphe 6 de la loi du 17 avril 1919 sur la réparation des dommages de guerre, les immeubles classés ou en instance de classement.Des subventions inscrites au budget des Beaux-Arts pourront être allouées par le Ministre aux départements et communes qui se rendront propriétaires d'immeubles classés ou en instance de classement.

    ART. 6.

    Il peut être déterminé autour des immeubles classés un périmètre dans lequel aucune construction neuve, aucune plantation nouvelle ne pourront être établies sans autorisation du Ministre des Beaux-Arts. Cette interdiction, qui sera établie suivant qu'il y aura consentement ou non du propriétaire, par arrêté du Ministre des Beaux-Arts, ou par décret, pourra donner lieu au paiement dans la forme prévue à l'article 5, paragraphe 2, de la loi du 31 décembre 1913, d'indemnités spéciales représentatives du préjudice pouvant résulter pour les propriétaires de l'application de cette servitude.

    ART. 7.

    Les prescriptions de la loi du 20 avril 1910 interdisant l'affichage sur les monuments historiques et dans les sites ou sur les monuments de caractère artistique sont applicables aux vestiges et souvenirs de guerre classés comme monuments historiques.

    ART. 8.

    Le classement des immeubles et objets mobiliers peut entraîner pour leur propriétaire l'obligation de les laisser visiter.

    Le Ministre des Beaux-Arts statue sur les conditions générales de la visite qui peut être soumise à un droit d'entrée. Lorsque les immeubles et objets mobiliers classés appartiennent à un particulier, il peut être accordé au propriétaire outre, l'indemnité prévue aux articles 3 et5 pour l'application de la servitude de classement aux immeubles, une indemnité proportionnée au préjudice causé par la visite. Les contestations relatives à cette indemnité sont jugées dans les conditions prévues à l'article 5, paragraphe 2, de la loi du 31 décembre 1913.

    Le Ministre des Beaux-Arts peut concéder l'organisation de la visite et la perception du droit d'entrée soit au propriétaire ou locataire, soit au département ou à la commune sur le territoire duquel se trouve le souvenir de guerre.

    ART. 9.

    Les recettes provenant du droit d'entrée sont employées en premier lieu aux frais de gardiennage ou de conservation. S'il y a excédent de recettes sur les dépenses, celui-ci est attribué pour moitié à la commune où se trouve situé le souvenir de guerre, l'autre moitié sera versée à la Caisse des Monuments Historiques pour être affectée à la conservation des vestiges de guerre. 

    ART. 10.

    Il est interdit à tout propriétaire, locataire, usufruitier occupant ou détenteur des vestiges ou souvenirs classés en vertu de la présente loi :

    1) de tirer profit de leur visite autrement que dans les conditions fixées par le Ministre des Beaux-Arts.

    2) de les signaler par des affiches ou écriteaux dont l'apposition n'aura pas été autorisée.

    ART. 11.

    Toute infraction aux dispositions de l'article 7 (interdiction de construire sans autorisation) et du paragraphe premier de l'article II (exploitation de la visite des souvenirs et vestiges classés comme monuments historiques) sera punie d'une amende de 1OO à 10.000 francs.

    ART. 12.

    Toute infraction aux dispositions du paragraphe 2 de l'article II (pose sans autorisation d'affiches ou d'écriteaux) sera punie d'une amende de 25 à 1.000 francs. 

    ART. 13.

    Les infractions prévues aux deux articles précédents sont constatées à la diligence du Ministre des Beaux-Arts. Elles pourront l'être par des procès-verbaux dressés par les conservateur sou les gardiens des immeubles ou objets mobiliers classés, dûment assermentés à cet effet.

    ART. 14.

    La Commission des monuments historiques, complétée par une section spéciale constituée à cet effet, sera consultée par le Ministre des Beaux-Arts pour toutes les décisions prises en vue de l'application de la présente loi.ART. 15.Un règlement d'administration publique déterminera les conditions d'application de la présente loi.

    Voir les nos 138, Sénat, année 1922 et 1579-3506 et annexe, 3754 et in-8 n°729-12e législ. – de la Chambre des Députés)

    1Cette Commission est composée de MM. Victor BÉRARD, Président ; CRUPPI, CUMINAL, Vice-Présidents ; JOSSOT, HUMBLOT, Secrétaires ; François ALBERT, CAZALS, DARAIGNEZ, DAUDÉ, DELSOR, Gustave DRON, DUCHEIN, DUPLANTIER, EYMERY, FARJON, Georges BERTHOULAT, GERBE, GOY, GRAS, HÉRY, André HONNORAT, JOUIS, LABOULBÈNE, LABROUSSE, LAFFERRE, Emmanuel DE LAS CASES, Léon PERRIER, Alfred MASSÉ, MONSSERVIN, MONTENOT, PENANCIER, PORTEU, POITEVIN, QUILLIARD, SERVAIN,SIMYAN

Références documentaires

Documents d'archives
  • La Reconstitution du Nord [s.d.] (AD Nord ; M 149 / 159)

    Archives Départementales du Nord, Lille : M 149 / 159
  • Vestiges de guerre. Généralités. Liste des vestiges proposés définitivement à la commission historique , 1919-1925 (AD Nord 10RA43)

    AD Nord : 10RA43
  • Histories of two hundred and fifty-one divisions of german army which participated in the war (1914-1918), URL : <http://www.gwpda.org/1918p/USintel_germanarmy14-18.pdf>

Documents figurés
  • Photographies (Imperial War Museum, Londres ; Q 442144 ; Q 442145 ; Q 442146 ; Q 442147).

  • Sortie de banquet à Haubourdin avec Louis III de Bavière, Von Rupprecht et Hindenburg, [vers 1915] (AD Nord Série Fi ; 15 Fi 688).

  • Remise de décorations dans le jardin public d'Haubourdin [vers 1915] (AD Nord ; 15 Fi 686)

    Archives départementales du Nord, Lille
  • Kirche von Aubers [1915] (AD Nord ; 15 Fi 1098)

    Archives départementales du Nord, Lille : 15 Fi 1098
  • Fromelles, Kirche [s.d.] (AD Nord ; 15 Fi 679)

    Archives départementales du Nord, Lille : 15 Fi 679
  • Eglise d'Illies, vue intérieure (AD Nord ; 15 Fi 781)

    Archives départementales du Nord, Lille : 15 Fi 781
  • Eglise d'Illies (AD Nord ; 15 Fi 721)

  • Aubers en 1915 (AD Nord ; 15 Fi 491)

  • Aubers, hameau de Piètre en ruines (AD Nord ; 15 Fi 1100)

  • Ruines de l'église de Le Maisnil vers 1916. (AD Nord ; 15 Fi 1098)

    Archives départementales du Nord, Lille : 15 Fi 1098
  • Le Maisnil, voie ferrée à faible écartement [vers 1916] (AD Nord ; 15 Fi 1099)

  • Salomé, Pionier Depot [s.d.] (AD Nord ; 15 Fi 1101)

    Archives départementales du Nord, Lille
  • Canons allemands de 150 longs (AD Nord ; 15 F1 59)

  • Canon allemand de 155 court (AD nord ; 15 Fi 58)

  • Neuve-Chapelle. Le christ des tranchées (AD Nord ; 15 Fi 1102).

Liens web

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