Dossier d’œuvre architecture IA02010864 | Réalisé par ;
Fournier Bertrand (Rédacteur)
Fournier Bertrand

Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France

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  • opération ponctuelle, La première Reconstruction
  • patrimoine de la Reconstruction
Grand magasin, dit Le Grand Bazar, puis Les Nouvelles Galeries
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté d'agglomération du Saint-Quentinois - Saint-Quentin-Centre
  • Commune Saint-Quentin
  • Adresse 14 rue Sellerie (de la)
  • Cadastre 2021 AH 5
  • Dénominations
    grand magasin
  • Appellations
    Le Grand Bazar, Les Nouvelles Galeries

Jusqu'en 1914, Le Grand Bazar de Saint-Quentin, fondé en 1894 par Antoine Delherme (1855-1924), constitue l'un des commerces les plus importants de la ville de Saint-Quentin. Entièrement détruit durant la Première Guerre mondiale, l'immeuble fait l'objet d'une reconstruction exceptionnelle sous la direction de Sylvère Laville. En 1922, le grand magasin des Nouvelles Galeries se place d'emblée à l'avant-garde de l'Art déco en Hauts-de-France.

Dix-huit ans après l'introduction d'un bazar à Saint-Quentin (Le Grand Bazar Bracq Droy, rue des Toiles) en 1876, Antoine Delherme crée un établissement du même type en 1894. Articles de ménage et de voyage, vaisselle, brosserie, bijouterie, maroquinerie et ganterie, jouets ou articles de sport, Le Grand Bazar devient rapidement un magasin de référence et vient étoffer une offre qui se développe dans la ville depuis les années 1880.

Au moment de sa création, l'établissement commercial occupe deux immeubles, situés aux numéros 20 et 22 de la rue de la Sellerie, entre deux débits de boissons. Il ouvre ses portes officiellement le 15 décembre 1894. 

Le succès est tel que, quelques mois après son ouverture, des extensions sont à nouveau envisagées. Antoine Delherme fait l’acquisition en avril 1895 d'un petit magasin de nouveautés appartenant à Léonie Caudron (au numéro 24 de la rue de la Sellerie) ainsi qu’une partie de l’immeuble implanté au numéro 18, qu’il finit par absorber en totalité en 1901. En parallèle, à partir de 1899, la surface du grand magasin s’étend également vers le fond de la parcelle en direction de la rue Saint-Jacques. En 1902, Le Grand Bazar change d'enseigne et devient Les Nouvelles Galeries (magasin associé).

Vers 1908-1909, Les Nouvelles Galeries étendent encore leur surface et gagnent l’immeuble qui jouxte l’ancienne église Saint-Jacques. Sis au numéro 16 cet immeuble était occupé depuis la Révolution par la Bourse du Commerce.

Le 28 août 1914, la ville de Saint-Quentin est occupée par l'armée allemande. Les points élevés de la ville qui forment autant de cibles stratégiques vont ainsi faire l'objet de bombardements alliés après l'exode forcé de la population en mars 1917 pour déloger l'armée allemande. La proximité des Nouvelles Galeries avec l'église Saint-Jacques et son clocher rendent tout le secteur vulnérable. L'immeuble commercial est pilonné à de nombreuses reprises. Seule subsiste la façade principale qui donne sur la rue de la Sellerie. Celle-ci, fragilisée par l'absence de contrebutement et menaçant de tomber sur la rue, finit par être dynamitée pour protéger le passage des troupes allemandes dans la rue de la Sellerie, axe majeur de circulation dans la ville.

À la fin de la guerre, Les Nouvelles Galeries sont entièrement détruites. Pour autant, pour son dirigeant, c'est l'occasion de reconstruire l'immeuble avec davantage de cohérence et de modernité, en exploitant la situation permettant de développer trois façades commerciales.

Dans le courant de l'année 1920, en attendant la reconstruction du grand magasin dont il confie la conception architecturale à Sylvère Laville (1865-1955), Antoine Delherme installe provisoirement Les Nouvelles Galeries sur la place de l'Hôtel de ville, dans l'ancienne Brasserie de la Bourse. La demande d’autorisation d’Antoine Delherme est amorcée en 1922. L'argumentaire de sa demande souligne clairement son ambition : "J’ai cherché et imposé à mon architecte que mes façades offrent un caractère artistique […] L’édification de mon magasin sera une des plus importantes qui existent en France dans les villes de province et qu’il ne pourra que donner un essor spécial à la ville de Saint-Quentin.". L’architecte Sylvère Laville, déjà reconnu pour la réalisation de plusieurs immeubles commerciaux du même type, dresse les plans et les coupes du nouvel édifice à l’automne 1922. Antoine Delherme les remet officiellement aux services de la Ville de Saint-Quentin le 16 février 1923. Le projet est approuvé le 5 juin 1923.

Le 13 décembre 1924, Antoine Delherme décède à son domicile parisien. Sa veuve, Lucy Delherme-Menier, et leur fils Pierre Delherme, alors âgé de vingt ans, assurent la succession et le suivi du chantier du grand magasin. Pierre Delherme s'installe en 1931 dans l'appartement situé au dernier étage de l'immeuble, rue Anatole-France.

Après cinq ans de travaux qui semblent avoir été conduits par Julien Heulot, architecte de l'agence de Sylvère Laville, l’édifice est achevé en 1927. Il ouvre officiellement ses portes le 9 avril 1927. L'engouement ne dure que quelques années. Rapidement, Pierre Delherme est contraint d'ouvrir en novembre 1933 un magasin Prisunic au rez-de-chaussée de l'immeuble. C'est à cette époque que le grand escalier de l'atrium ovale est détruit et qu'un plancher obstrue les puits de lumière des deux grandes verrières entre le rez-de-chaussée et le premier étage. Dans un souci de diversification de l'offre, Pierre Delherme ouvre une salle de cinéma en novembre 1935, le Forum, au premier étage de l'aile donnant sur la rue Anatole-France. Cette évolution commerciale n'empêche cependant pas l'accroissement des difficultés et la liquidation des Nouvelles Galeries le 11 décembre 1936. La cessation d'activité est annoncée dans la foulée.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'immeuble réunit aussi bien des fonctions commerciales que de divertissement. En 1947, le rez-de-chaussée change à nouveau d'enseigne et devient Monoprix, marque connue pour avoir instauré le libre-service dans ses magasins à partir de 1933. En parallèle, en 1946, le cinéma est remplacé par un dancing qui reprend d'abord le nom de l'ancien cinéma, le Forum, avant de s'appeler ensuite le Lido Phare puis l'Élysée Dancing en 1954. Cet espace est enfin complété par l'Élysée Sport, dédié aux patins à roulettes sur piste. Après avoir accueilli également quelques galas de boxe dans les années 1960, l'immeuble tombe peu à peu dans l'oubli.

Il faut attendre l'ouverture de l'édifice au public lors des Journées Européennes du Patrimoine de l'année 2012 pour que la qualité exceptionnelle de cet édifice Art déco soit redécouverte et que la Ville de Saint-Quentin y projette comme c'est le cas désormais depuis plusieurs années, une nouvelle affectation mixte.

Évolution des effectifs de l'entreprise : en 1896, Le Grand Bazar emploie 15 salariés. Ils sont 39 en 1913.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1922, daté par source
    • 1927, daté par source
  • Auteur(s)
    • Personnalité :
      Delherme Antoine
      Delherme Antoine

      Fondateur du Grand Bazar de Saint-Quentin qui porte son nom, Antoine Delherme (1855-1924), le parcours professionnel est inconnu avant la création de son commerce à Saint-Quentin. Il a cependant des liens avec Arthur Duthoo, fondateur du Grand Bazar de Tour en 1888 et des Nouvelles Galeries de Bourges en 1905, et l'un des cinq adminisrtateurs de premier conseil d'administration de la Société Française des Grands Bazars et Nouvelles Galeries Réunies, fondée par Aristide Canlorbe.

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      commanditaire attribution par source
    • Auteur :
      Laville Sylvère
      Laville Sylvère

      Sylvère Laville travaille d'abord dans le cabinet de l'architecte parisien, Jules Cellier, situé 1 rue de Rivoli, avant de s'associe avec lui en 1902. Architecte référencé en 1900 auprès de l'Association polytechnique attaché au service de la ville de Paris, Sylvère Laville est réputé pour avoir réalisé les Nouvelles Galeries d'Amiens (1897) et d'Angers (1898), ainsi que celles de La Ménagère à Paris (Xe Arrt), datée de 1899. Adepte du béton armé, il en maitrise parfaitement les procédés en exploitant les brevets déposés par François Hennebique en 1892 et en réalisant la Halle aux cuirs (rue de Santeuil, Paris - Ve Arrt), pour son beau-père Gustave Delamaire.

      En 1922 et 1925, il réalise de nombreux grands magasins, dont ceux de Saint-Quentin (1922), de Chauny (plans de 1923), d'Arras (1923) ou de Cambrai (1924-1925), puis d'Angers (1929), qui reste sa réalisation la plus importante avec celle de Saint-Quentin.

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      architecte attribution par source
    • Auteur :
      Heulot Julien
      Heulot Julien

      Architecte diplômé de l'école des Beaux-arts de Rennes. Lauréat de la seconde prime du concours pour la reconstruction des habitations rurales dans les départements envahis de Seine-et-Marne, Oise, Aisne, Marne, Ardennes. Dans l'entre-deux-guerres, il devient architecte municipal de la vile de Champigny-sur-Marne. Julien Heulot intervient égalemet sur le chantier des Nouvelles Galeries de Saint-Quentin sans que l'on sache précisément son rôle aux côtés de Sylvère Laville.

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      architecte attribution par travaux historiques
    • Auteur :
      Berhuy Edouard
      Berhuy Edouard

      Artisan de nombreux décors Art déco de la ville de Saint-Quentin, travaillant avec la plupart des architectes de la reconstruction saint-quentinoise pour exécuter les décors qu’ils ont imaginés. Parmi eux, citons les bas-reliefs de la cité Billion, les décors intérieurs et bas-reliefs des cinémas Le Carillon, Le Casino et Le Modern, les décors en staff de la chambre de commerce, de la Caisse d’Epargne, du bureau du Maire. Il participe à la renaissance des arts à Saint-Quentin, au sein de société artistique L’Effort, aux côtés du directeur de l’école de dessin De La Tour, Gabriel Girodon, grand prix de Rome en 1912. Il réalise les staffs et bas-reliefs du pavillon de Picardie du centre régional de l’Exposition internationale de Paris en 1937, et du pavillon de l’Aisne à l’exposition du Progrès social à Lille en 1939.

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      stucateur attribution par travaux historiques

Le grand magasin des Nouvelles Galeries est situé en plein centre ville, dans la rue de la Sellerie qui mène à la place de l'Hôtel-de-Ville et à ses différents commerces. L'immeuble se déploie sur trois façades et adopte un plan en L. La façade principale se développe sur la rue de la Sellerie et les façades secondaires rue Saint-Jacques et rue Anatole-France.

La façade de la rue de la Sellerie présente quatre niveaux d'élévation comprenant un rez-de-chaussée, deux étages largement vitrés et un attique. Le rez-de-chaussée a été profondément transformé avant les années 1960, notamment la marquise en pavés de verre (aujourd'hui occultés) ou les vitrines, à l'origine surmontées de verres peints de motifs floraux et végétaux stylisés et qui, eux aussi, ont aujourd'hui disparu.

Les étages supérieurs sont largement ajourés d'ouvertures en triplet, cantonnées de pilastres cannelés en stucs qui masquent la structure porteuse en béton armé. L'attique qui couronne cette élévation est percé de deux grandes baies latérales en plein cintre évoquant la courbure des traditionnelles rotondes, de faux balcons (les garde-corps sont dans l’alignement de la façade) et de deux baies carrées qui encadrent l’enseigne du magasin (aujourd’hui enduite) dont l'inscription, en creux dans un enduit lisse, contrastait ainsi avec le décor végétal et floral de la frise de l’attique sculpté sur béton frais. Au sommet, la façade est couronnée de deux lanternons initialement en structure métallique, qui constituaient de véritables phares du commerce. Il ont été depuis maçonnés.

La façade rue Anatole-France est beaucoup plus épurée que la façade principale. Le rez-de-chaussée suit le rythme des travées amorcé en façade principale mais il est ici aveugle. Le décor se réduit à un simple jeu de briques au niveau des allèges et des moulurations des encadrements de baies. Le thème de la rotonde est toutefois encore présent, esquissé au sommet de l'angle formé avec la façade de la rue Saint-Jacques, au niveau de la corniche. Contrairement à la façade principale, le nom de l'enseigne figure ici en relief. Le deuxième étage est doté d’un balcon filant sur les trois travées centrales. Dans le projet initial, ce balcon, souligné par un garde-corps en fer forgé orné de vasques stylisées et de volutes, correspondait au logement patronal.

La façade de la rue Saint-Jacques présente une élévation similaire à celle de la rue Anatole-France. Les deux façades sont d'ailleurs réunies par une marquise de dalle de verre continue. La rotonde qui forme l’angle avec la façade de l’ancienne église Saint-Jacques, encadrée de deux travées reprenant celles de l’angle de la rue Anatole-France, est conçue pour être vue depuis la place de l’Hôtel de ville. Elle est coiffée d’une coupole en béton armé et d’un lanternon, symbolisant une sorte de phare du commerce.

Pour ces deux façades, l’architecte a su habilement varier le traitement des ouvertures, dont la hauteur sous plafond décroît à chaque étage, passant de cinq mètres de hauteur pour les vitrines du rez-de-chaussée à trois mètres pour le dernier étage.

L'élévation intérieure présente également cinq niveaux d'élévation qui totalisent 7100 m² de surface couverte : un sous-sol de 1 650 m², un rez-de-chaussée de 1 700 m², deux étages de 1 280 m² et un étage de 1 200 m². Le béton véhicule d'emblée un message de modernité tout en libérant les espaces qui favorisent la circulation autour de deux grands atriums : l'un de forme ovale, l'autre de forme rectangulaire, largement éclairés de grandes verrières zénithales. Le troisième étage prévoyait un appartement de direction ainsi que plusieurs appartements destinés aux employés de maison ou domestiques qui n'ont jamais été achevés, sans doute en raison du décès prématuré d'Antoine Delherme.

Le sous-sol est partagé à l’origine en deux parties : l'une destinée au stockage et l'autre à la vente.

L’atrium ovale est constitué de douze piliers traités en cannelures et coiffés de demi-chapiteaux d’inspiration égyptienne, palmiformes. Les décors en staff remplissent et habillent les nervures des piliers qui portent le toit terrasse et la poutre ovale qui délimite l'ouverture zénithale. À l'exception des murs et des piliers du premier étage qui ont été repeints dans les années 1950, toutes les autres surfaces ont conservé leurs couleurs d'origine : jaune-or avec cabochons blancs et filets rouges. À chaque niveau, les coursives sont ornées de festons et cabochons, surmontées de garde-corps en fer forgé dont les motifs varient en fonction des étages.

L’atrium rectangulaire : Les six piliers des deux premiers étages ne sont pas ornés de staffs mais simplement peints de motifs réalisés au pochoir, les bords des galeries reprenant le décor de festons et cabochons de l’atrium ovale. En revanche le dernier étage est constitué de fines arcades surmontées d’un décor végétal dense constitué d’un motif unique reproduit. Il est surmonté d’un gros cordon floral répétitif, formant la transition avec la verrière. Les couleurs sont les mêmes que dans l’atrium ovale : jaune-or, rouge et blanc.

  • Murs
    • béton béton armé enduit
  • Toits
    verre en couverture, ciment en couverture
  • Plans
    plan régulier en L
  • Étages
    sous-sol, rez-de-chaussée, 2 étages carrés, étage de comble
  • Couvrements
    • dalle de béton
  • Couvertures
    • terrasse
  • Typologies
    Art déco
  • Techniques
    • sculpture
    • peinture
  • Représentations
  • Précision représentations

    La façade de la rue de la Sellerie porte dans sa partie supérieure une composition d’environ 150 fleurs Art déco, déclinant une dizaine de variétés florales. Si certaines peuvent paraître semblables, elles n’en sont pas moins uniques. Le fond est constitué de feuillage, de spirales, de rayons de lumière stylisés, et de motifs de cocottes (oiseaux en origami).

    Au sommet des quatre pilastres de cette même façade figurent également des cocottes, qui sont mêlées de la même manière au décor végétal. Ce motif est fréquemment utilisé durant l’entre-deux-guerres, notamment dans le mobilier (presse-livres, lampe de chevet ou de bureau…).

    Atrium ovale : tressage végétal peint rouge et jaune-or, ponctué et couronné de cabochons blancs.

  • Statut de la propriété
    propriété d'une société privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

Edifice à la fois emblématique et avant-gardiste du style Art déco en Hauts-de-France.