Dossier d’œuvre architecture IA59005578 | Réalisé par
Ramette Jean-Marc (Rédacteur)
Ramette Jean-Marc

Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (1979-2025).

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Priego Hélène (Contributeur)
Priego Hélène

Directrice du Musée de la Résistance de Bondues (59). Stagiaire Inventaire dans le cadre de la formation INP (2025).

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  • enquête thématique régionale, Les fortifications Séré de Rivières
  • enquête thématique régionale, patrimoine militaire
  • opération ponctuelle
Fort de Bondues puis fort Lobau actuellement musée de la Résistance
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Métropole européenne de Lille
  • Commune Bondues
  • Adresse avenue du Général-de-Gaulle
  • Cadastre 2020 BR 11, 42, 43
  • Dénominations
    fort
  • Appellations
    Fort Lobau, Fort de Bondues, Musée de la Résistance
  • Destinations
    musée
  • Parties constituantes non étudiées
    latrine, magasin de munitions, cour, lampisterie, lavoir, prison

Le fort de Bondues fait partie de la première tranche d'ouvrages imaginés par le général Séré de Rivières (1815-1895) pour la défense de la ville de Lille. Sa construction s'échelonne de 1878 à 1884 et sa construction du fort impose le détournement de la route nationale.

Ce fort constitue le point d’attaque probable de la place ; il a donc lieu de lui affecter un puissant armement ; en outre par une décision nouvelle en date du 14 juillet 1879, postérieure aux propositions des services locaux, il a été doté d’une tourelle cuirassée, placée dans le bastion de droite d'après les rapports de la commission mixte chargée de la révision de l'armement de la place en 1878 (Extrait des délibérations de la Commission supérieure de l'Artillerie et du Génie, relatif à la révision de l'armement de la place de Lille, 1881).

En 1887, par décret du ministre de la Guerre Georges Boulanger, il est baptisé "Fort Lobau", du nom du général d'Empire Gustave Mouton, comte de Lobau, pour redevenir "Fort de Bondues" à la fin de la même année sous l'impulsion du nouveau ministre de la Guerre Théophile Ferron.

Il est décidé de le construire en brique, matériau traditionnel local. Ainsi des briqueteries sont installées à proximité du terrain à bâtir de façon à alimenter le chantier. Le terrain s'avère peu propice à la construction : présence d'un banc d'argile sableuse, sous lequel se trouve du sable argilo-aquifère dit "sable boulant" qui se transforme rapidement en boue. Sous la couche de sable se trouve enfin une couche d'argile compacte. Ce faciès géologique génère des phénomènes de retrait-gonflement des argiles qui ne facilitent pas la réalisation.

Ce fort semi-enterré en brique et à massif central avec batterie basse, est une évolution post-1885 privilégiant la dissimulation de l’artillerie. Cette configuration, mentionnée dans l’article de Philippe Diest (2022), le distingue des premiers forts à cavalier (comme à Douaumont) où les canons étaient exposés sur des crêtes élevées. De forme trapézoïdale, il est entouré d'un fossé de 8 m de largeur. Ce dernier permettait l'accès aux caponnières, simple à l'est et double à l'ouest. Il était conçu pour accueillir 728 hommes dans ses casernes et intégrait une coupole d'artillerie de type Mougin équipée de 2 canons de 155 mm mus à la vapeur. Hélas, les progrès de l'armement, notamment les obus à explosif brisant, le rendent obsolète avant même son achèvement. De plus, situé à 50 m de hauteur il était potentiellement vulnérable depuis les hauteurs de Mouvaux, ville voisine situés à 3500 m au nord-est. Une batterie annexe, aujourd'hui disparue, lui était adjointe sur son flanc est. Le fort est occupé par le 43e régiment d'infanterie de Lille jusqu'en 1899 puis se prête épisodiquement à des exercices d'artillerie.

Un document daté du 1er août 1905 détaille les capacités et l'armement du fort (voir en annexe).

Il est investi par les troupes allemandes durant les deux guerres mondiales.

S'il n'est pas mobilisé par les combats de 1914, le fort est occupé pendant tout le premier conflit. Lors de leur retraite en 1918, les Allemands pratiquent la politique de la terre brûlée : en 1921, l’état général du fort y interdit d’effectuer des tirs au canon de 37 mm par crainte d’éboulements (AD 59 - 66 J 1556 ; DIEST, 2022).

Entre mars 1943 et mai 1944, il est le siège de l’exécution de 68 résistants par l'occupant. Ces fusillés sont principalement les victimes de trois grandes vagues d’arrestation : l’une à l’été-automne 1942, visant des réseaux de renseignement et d’aide à l’évasion sur le secteur côtier ; la deuxième de juillet à décembre 1943, affectant davantage la métropole lilloise pour le mouvement Organisation Civile et Militaire (OCM) et le réseau Alliance, mais aussi l’Avesnois et les côtes du Nord-Pas-de-Calais pour les Francs-Tireurs ; la dernière en mars 1944, touchant principalement les groupes OCM chargés de repérer les bases de lancement de missiles V1 (bombes volantes utilisées par les Allemands et tirées depuis le nord de la France).

Proche d'un terrain d'aviation ciblé, il est bombardé par les alliés en 1944. Ses deux casernes sont complètement détruites suite au dynamitage du stock de munitions le 1er septembre 1944 - les Allemands ne pouvant l'évacuer lors de retrait des troupes. À l'abandon, il est amputé de sa partie est vers 1950, par la rue du Général-de-Gaulle qui recouvre ainsi son tracé initial. La coupole d'artillerie, qui se retrouve isolée à l'est de cette rue, est ferraillée en 1955.

Le fort est désaffecté du domaine militaire par décision ministérielle du 14 août 1964 et remis à l'Administration des Domaines aux fins d'aliénation par procès-verbal en date du 28 octobre 1968. Il est racheté par la commune de Bondues qui entreprend des travaux de terrassement en 1979. Le projet d'érection d'un mémorial, dédié aux 68 résistants fusillés par les Allemands entre 1943 et 1944, déjà soutenu en 1949 par le conseil municipal et les maires des communes environnantes, ne voit le jour qu'en 1965. Il est réalisé d'après les plans de Robert Coin (1901-1988), alors directeur de l’École des Beaux-Arts de Tourcoing. Par ailleurs, la partie ouest du fort accueille, dans une cour dite Cour sacrée, une statue en pierre du sculpteur Eugène Dodeigne (1923-2015) datée de 1986 et baptisée Témoignage. L'artiste du Groupe de Roubaix ayant installé son habitation et son studio à Bondues, l'association portant le projet de Mémorial et la commune entreprennent de lui rendre visite, et il propose alors une statue en cours d'achèvement. Il s'agit d'une silhouette agenouillée, les mains devant le visage, en position d'oration ou de déploration.

Les vestiges du fort, restaurés dans les années 1980, abrite depuis 1997 le Musée de la Résistance.

Tout le fort est bâti en brique. Les salles sont en arc en plein-cintre ou en berceau segmentaire. Les soubassements et certaines clefs de voûte sont en pierre (d'autres sont en brique peinte).

Fortement endommagé, le fort a perdu ses deux casernes ainsi que ses parties est et sud. L'entrée s'effectue donc aujourd'hui par la cour côté est où un passage couvert menant à la rue du Rempart accueille également l'entrée du musée. Un couloir déclive mène aux salles d'exposition dans 2 anciennes salles disciplinaires et à la lampisterie. Le dépôt de poudre, l'atelier de chargement et le magasin au gargousses chargées sont occupés par un auditorium.

La crête d'artillerie est bien conservée, hormis la partie est comme indiqué plus haut. Dans sa partie ouest, le parapet d'une position d'artillerie a conservé un anneau en acier qui limitait le recul du canon au tir. Le magasin aux poudres côté ouest délimite, avec le bâtiment des latrines, une petite cour nommée "Cour sacrée" qui accueille une sculpture en pierre.

  • Murs
    • brique
    • pierre
  • Toits
    terre en couverture
  • Étages
    en rez-de-chaussée
  • État de conservation
    vestiges
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    vestiges de guerre
  • Éléments remarquables
    ceinture de forts

Documents d'archives

  • AD Nord. Série J ; 66 J 1190. Défense de la place face aux nouveaux moyens d'attaque. Révision de l'armement, 1872-1881.

    AD Nord : 66 J 1190
    Rapport de la commission mixte chargée de la révision de l'armement de la place en 1878. Extrait des délibérations de la Commission supérieure de l'Artillerie et du Génie, relatif à la révision de l'armement de la place de Lille (1881).
  • AD Nord. Série J ; 66 J 1557. Bondues. Fort de Bondues. Affaires domaniales, 1927-1969.

    AD Nord : 66 J 1557

Bibliographie

  • DEPRET, Julien. Le Nord, Frontière militaire. Tome 1 : L'organisation défensive de Dunkerque à Longwy, 1874-1914. Salomé : Julien Dépret éd., 2003.

  • JOURNÉE D’ÉTUDES. QUELLES TRAJECTOIRES POUR LES RUINES DE GUERRE ? LIRE LA RUINE DANS LE PAYSAGE : LES ENJEUX AUTOUR DE L’ENFRICHEMENT ET DE L’ENRUINEMENT. Mémoriaux et musées de guerre en espace ruineux : l’exemple des forts Séré de Rivières, par Philippe Diest. Dir. Denis Matthis, Oct. 2022, Nancy, France.

  • ROCOLLE, Pierre. 2000 ans de fortification française. Panazole : Lavauzelle, 1989.

Périodiques

  • La première pierre du monument aux fusillés du fort de Bondues sera posée le 20 septembre 1964. La Voix-du-Nord, 30 août 1964.

  • DIEST, Philippe. Un patrimoine militaire en série aux devenirs multiples. L’exemple des forts « Séré de Rivières ». Cahiers thématiques, N°20, 2025.

Documents figurés

  • Fort de Bondues. Plans du couvert. Plan du Génie, 1878 (AD Nord, 66 J 1549).

    AD Nord : 66 J 1549
  • Fort de Bondues. Plans et coupes du magasin à poudre de 57 000 kg (en caisses). Plan du Génie, 1879 (AD Nord, 66 J 1552).

    AD Nord : 66 J 1552
  • Fort de Bondues. Plans général des maçonneries. Plan du Génie, 1882 (AD Nord, 66 j 1549).

    AD Nord : 66 j 1549
  • Fort de Bondues. Plans général des maçonneries. Plan du Génie, [s.d.] (AD Nord, 66 J 1549).

    AD Nord : 66 J 1549
  • Fort de Bondues. Coffre flanquant de contrescarpe (coffre simple). Plan du Génie, [s.d.] (AD Nord, 66 J 1549).

    AD Nord : 66 J 1549
  • Fort de Bondues. Caserne de gorge. Entrée du fort. Plan du Génie, [s.d.] (AD Nord, 66 J 1550).

    AD Nord : 66 J 1550
  • Fort de Bondues. Caserne de gorge. Façade vue du fossé. Plan du Génie, [s.d.] (AD Nord, 66 J 1550).

    AD Nord : 66 J 1550
  • Fort de Bondues. Elévation de la caserne de face. Plan du Génie, [s.d.] (AD Nord, 66 J 1551).

    AD Nord : 66 J 1551
  • Fort de Bondues. Caserne de face : plan du premier étage. Plan du Génie, [s.d.] (AD Nord, 66 J 1551).

    AD Nord : 66 J 1551
  • Fort de Bondues. Caserne de face : plan du rez-de-chaussée. Plan du Génie, [s.d.] (AD Nord, 66 J 1551).

    AD Nord : 66 J 1551
  • Fort de Bondues. Caserne de face : plan des aqueducs à la cote 36.50. Plan du Génie, [s.d.] (AD Nord, 66 J 1551).

    AD Nord : 66 J 1551
  • Renseignements sur les forts concernant le service de l'artillerie, 1er août 1905 (Archives du Musée des Canonniers Sédentaires de Lille. Série Rep3 / 6-A2).

    Musée des Canonniers Sédentaires Lille : Rep3 / 6-A2
    Fort de Bondues
  • [Fort de Bondues], vues aériennes, 1932 à 2015 (Source IGN. Photothèque nationale).

Annexes

  • Fort de Bondues. Inventaire des fonds d'archives militaires aux Archives Départementales du Nord
  • Renseignements sur le fort de Bondues concernant le service de l’artillerie. 1er aout 1905
Date(s) d'enquête : 2022; Date(s) de rédaction : 2022
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Ramette Jean-Marc
Ramette Jean-Marc

Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (1979-2025).

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Priego Hélène
Priego Hélène

Directrice du Musée de la Résistance de Bondues (59). Stagiaire Inventaire dans le cadre de la formation INP (2025).

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