Dossier d’œuvre architecture IA59005573 | Réalisé par
Ramette Jean-Marc (Rédacteur)
Ramette Jean-Marc

Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (1979-2025).

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  • enquête thématique régionale, Les fortifications Séré de Rivières
  • enquête thématique régionale, patrimoine militaire
  • opération ponctuelle
Ceinture de forts de première génération de la place de Lille, dite fortification Séré de Rivières
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Dénominations
    ceinture de forts
  • Précision dénomination
    ceinture de forts Séré-de-Rivières , forts de première génération, forts de la place de Lille
  • Appellations
    Séré-de-Rivières
  • Destinations
    forteresse
  • Parties constituantes non étudiées
    fort

Contexte

La cuisante défaite de 1871 face à une coalition d'États allemands dirigés par la Prusse, conduit la France à imaginer un nouveau système de défense permanente de ses frontières.

L’architecture de cette stratégie défensive est confiée au général Séré de Rivières nommé rapporteur du Conseil supérieur de la Défense créé le 30 juillet 1872. Elle repose sur la défense des principales voies de communication incitant les assaillants à emprunter des itinéraires préétablis.

Le nord de la France est cependant problématique. La forte densité de la population, l'absence de relief ou de frontière naturelle et la proximité de la Belgique en font le point le plus vulnérable du territoire. En février 1872, le Comité des fortifications élabore la stratégie de défense de Lille. La solution envisagée repose sur 7 forts permanents, 4 ouvrages de campagne et 4 batteries, tous organisés en fonction des cours d'eau de la Lys, de la Deûle et de la Marque, et constituant une ceinture défensive dans un rayon de 5 à 10 km de Lille.

La ceinture des forts et ouvrages de la place de Lille est édifiée en exécution d'un décret en date du 5 janvier 1878.

La crise

En cette fin de siècle, des découvertes révolutionnent le domaine de l’armement : l’obus à mitraille en 1883, la nitrocellulose (poudre sans fumée) en 1884 et surtout de nouveaux obus chargés d'explosif brisant à effet retard ou mélinite (trinitrophénol) en 1885. Ces derniers, utilisés contre le fort de Malmaison (Aisne), démontrent l’inefficacité des ouvrages de type "Séré de Rivières" face à ce nouveau type d’obus et déclenchent une crise sans précédent : la "crise des obus-torpilles". L’ensemble du système de défense national est compromis et requiert impérativement d’être modernisé.

L’instruction du 22 juillet 1887 en dresse les nouvelles bases, notamment par l’introduction d’ouvrages intermédiaires dont le rôle premier est de flanquer la ligne principale de défense et de protéger l’artillerie déployée dans les intervalles. L’instruction du 11 juin 1888 préconise de renforcer l’espace entre deux forts si celui-ci excède 3 km. Or, au nord de Lille, le fort de Bondues est menacé par les hauteurs environnantes sans pour autant être couvert par les forts du Vert-Galant ou de Mons-en-Barœul. Au sud, les forts de Sainghin, de Seclin et d’Englos sont, quant à eux, trop éloignés les uns des autres pour faire barrage à l’ennemi. À l’est, la batterie du Camps-Français n’a pas la capacité suffisante pour appuyer les forts de Mons et de Sainghin. Enfin, la batterie de Prémesques, à l’ouest - ouvrage de peu d’importance,- n’a pas de visibilité sur les forts d’Englos et du Vert-Galant. En conséquence, il est proposé la création de treize ouvrages intermédiaires afin d'assurer une meilleure cohésion de l'ensemble et de porter en avant la ligne de défense là où les forts déjà construits sont trop rapprochés du corps de la place (Dépret, 2008).

En définitive, pour la place de Lille 6 forts et 2 batteries seront construits, et 13 ouvrages intermédiaires édifiés après la séance du 15 mai 1889 du Comité des fortifications, en soutien des forts construits entre 1878 et 1884. Malgré l'armement décrit dans le document Renseignements sur les forts concernant le service de l'artillerie, en 1905 (cf. lien), et en raison des coûts d'entretien et de fonctionnement, ils sont progressivement démilitarisés et ne participeront pas, lors de la Première Guerre mondiale, à la défense de Lille qui est déclarée ville ouverte dès le début du mois d'août 1914. Par décret en date du 24 septembre 1927, les forts et batteries sont placés dans la deuxième série des places de guerre. Ce même décret ramène le périmètre extérieur des zones de servitude à la limite du domaine militaire. En 1939, les Allemands reprennent la place de Lille et réinvestissent les forts de ceinture.

Les forts de première génération

Sur un ensemble de 6 forts de première génération réalisés, 5 existent encore et sont propriété communale. Le fort de Sainghin-en-Mélantois, remblayé, a disparu.

Le fort de Seclin est en assez bon état. Il bénéficie de la présence d'une famille qui œuvre seule, depuis trente ans, à son entretien, sa restauration et à sa mise en valeur. La caserne de gorge abrite un musée militaire remarquable.

Le fort de Mons-en-Barœul s'illustre par une réhabilitation soignée de ses casernes réalisée par la commune, et accueille une médiathèque et un restaurant. Toutefois, le reste du fort présente de graves problèmes structurels qui en interdissent l'accès.

Les autres forts sont endommagés, soit par les bombardements alliés, soit par les Allemands à leur départ, soit pour permettre des aménagements urbains : le fort de Wambrechies fortement altéré est partiellement reconverti par la ville en lieu culturel ; les vestiges du fort de Bondues, restaurés, abritent le Musée de la Résistance et le fort d'Englos à Ennetières-en-Weppes, très détérioré, compose avec les faibles moyens financiers de l'Association des Amis du fort Pierquin.

Conclusion

L'état disparate des forts de ceinture de Lille, parfois amputés, disloqués par l'Histoire, offre ainsi une vision "en écorché" d'un fort Séré de Rivières-type révélant des infrastructures dissimulées dans la maçonnerie ou la structure des voûtes.

Ces forts, tout intéressants qu'ils soient tant d'un point de vue historique que patrimonial mais dont aucun n'est classé ni même inscrit au titre de Monuments historiques, sont gigantesques et constituent une charge financière considérable pour leurs propriétaires, ne serait-ce que pour l’élagage des arbres, le débroussaillage ou la mise en sécurité des lieux, souvent dangereux. Même le fort de Mons-en-Barœul, pourtant préservé des aléas de l'histoire et restauré par la commune, doit faire face à des problèmes structurels. Que dire alors de certains autres, bombardés ou dynamités durant les deux guerres mondiales et à l'abandon depuis... Ils constituent souvent des havres de paix et des niches écologiques à préserver.

 

Dans le cadre de cette étude, réalisée dans des délais contraints, ne sont étudiés que les forts de première génération encore existants.

Les forts et ouvrages intermédiaires de la place de Lille sont répartis quasi-également autour de la ville sur un cercle d'environ 17 km de diamètre.

Description générale des forts de première génération.

Entourés d'un fossé, les forts de ceinture de Lille sont des bastions maçonnés en brique, généralement symétriques selon un axe médian, de forme trapézoïdale convexe et rabattus à la gorge (la partie opposée à l'ennemi et qui accueille l'entrée). Le mur intérieur du fossé, celui qui enserre le fort proprement-dit, est nommé l'escarpe ; le mur extérieur, la contrescarpe. Les fossés sont battus par des caponnières construites aux saillants de tête du mur d'escarpe : une caponnière simple flanquant un côté du fossé, une caponnière double les deux autres flancs. Celles-ci sont défendues de part et d'autre par des galeries de fusillade dans le mur d'escarpe. Si le fort est débordé, le fossé de gorge est également battu par des batteries logées dans des coffres du mur d'escarpe.

L'entrée du fort est protégée par un pont mobile. Un passage couvert dans la caserne de gorge ouvre sur une cour centrale pavée, encadrée généralement par une seconde caserne parallèle à la première, et, sur les côtés, par des magasins. Ceux-ci ouvrent sur des cours latérales situées aux deux extrémités de la crête d'artillerie, menant aux magasins à poudres (ou à munitions). La crête d'artillerie court d'une aile du fort à l'autre, formant un arc défensif d'environ 120°. Le premier niveau est constitué d'une succession de salles voûtées en berceau longitudinal, en arc segmentaire, surmonté d'abris de traverse (ou traverse-abris) alternant avec des plateformes de tir. L'ensemble, maçonné, est couvert d'un massif de terre. Un long couloir relie les salles entre elles. Aux extrémités de ce dernier, un couloir descend aux caponnières.

Éclairage, ventilation.

Les forts sont ventilés par des conduits aménagés sous le pavage et dans les murs. Ils sont éclairés naturellement quand cela est nécessaire (magasins à poudre par exemple). La lumière provenant de puits verticaux est réfléchie sur des plans maçonnés orientés à 45° et revêtus de carreaux de céramique blancs. Les murs sont blanchis à la chaux pour un maximum d'efficacité.

Les magasins à poudre ou à gargousses, éclairés par des puits de lumière jouant également le rôle de cheminées d'aération, sont dotés d'une double enceinte maçonnée. Les murs latéraux de la salle intérieure (mesurant jusqu'à 6 m sur 16) ont une épaisseur de 1,60 m. Ils sont percés d'ouvertures en chicane permettant de dissiper le souffle en cas d'explosion. Cette première enceinte est entourée d'un couloir d'une largeur d'un mètre assurant l'aération, puis d'un mur extérieur de 80 cm. Le sous-sol de la salle à poudre dispose d'un système de ventilation équivalent. Les magasins sont de surcroît recouverts d'une épaisse couche de terre.

Capacité

Les forts peuvent abriter de 600 à 800 hommes. Les magasins des services administratifs, de l’artillerie et du génie contiennent les approvisionnements nécessaires à une résistance de trois mois. Les forts possèdent des fours fixes et de campagne, 1 ou 2 réservoirs d’eau d’une contenance de 6 m3 dont l’approvisionnement est assuré par des puits munis de pompes.

Conclusion

Les forts, assez semblables dans leurs grandes lignes, ont toutefois été adaptés à la configuration des lieux où ils ont été érigés, ce qui induit parfois de légères différences (hauteur des casernes, position des banquettes de tir, etc.). Certains étaient dotés de batteries annexes situées à environ 200 m en avant et sur les côtés. Aucune de ces batteries n'a été conservée.

 

  • Murs
    • brique pierre de taille
  • Toits
    terre en couverture
  • Couvertures
    • terrasse
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    vestiges de guerre
  • Éléments remarquables
    ceinture de forts

Documents d'archives

  • AD Nord. Série 66 J 1190. Rapport de la commission mixte chargée de la révision de l’armement de la place de Lille, 1878.

    AD Nord : 66 J 1190

Bibliographie

  • DEPRET, Julien. Lille et ses forts : une forteresse méconnue de la IIIe République (1872-1914). Bonchamps-lès-Laval : Imprimerie Barnéoud ; Salomé : éd. Julien Dépret, 2008. 32 p. : ill. ; 24 cm.

  • DEPRET, Julien, DIEST, Philippe. La chute de Lille en 1914. Abandons militaires et politique d'une place forte. Roclincourt : éd. Julien Dépret ; Ploufragan : Imprimerie Typolibris, 2021. 240 p. : ill. ; 30 cm.

Documents figurés

  • Renseignements sur les forts concernant le service de l'artillerie, 1er août 1905 (Archives du Musée des Canonniers Sédentaires de Lille. Série Rep3 / 6-A2).

    Musée des Canonniers Sédentaires Lille : Rep3 / 6-A2
  • Lille Secteur Ouest, plan, 1889 (Musée des Canonniers Sédentaires de Lille. Rep3 / 6-A1 04).

Annexes

  • Places fortes Séré de Rivières de Lille. Inventaire des fonds d'archives militaires aux Archives Départementales du Nord
  • Rapport de la commission mixte chargée de la révision de l’armement de la place de Lille en 1878.
  • Extrait des délibérations de la commission supérieure de l’artillerie et du génie. Séance du 2 février 1881. Rapport de la commission locale
  • Renseignements sur le fort d'Englos concernant le service de l’artillerie. 1er aout 1905
Date(s) d'enquête : 2022; Date(s) de rédaction : 2022
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Ramette Jean-Marc
Ramette Jean-Marc

Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (1979-2025).

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