Dossier d’œuvre architecture IA59005627 | Réalisé par
Dupuis Leslie (Rédacteur)
Dupuis Leslie

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France.

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  • opération d'urgence
Ancien hôtel communautaire de la Communauté Urbaine de Lille (CUDL), dit siège de la Métropole Européenne de Lille (MEL)
Œuvre étudiée
Auteur (reproduction)
Copyright
  • (c) Métropole européenne de Lille - Archives de la MEL
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Métropole européenne de Lille - Lille-3
  • Hydrographies
  • Commune Lille
  • Lieu-dit
  • Adresse 1 rue du Ballon
  • Cadastre 2023 TW 1
  • Précisions
  • Dénominations
    établissement administratif
  • Appellations
    Hôtel communautaire de la Communauté Urbaine de Lille (CUDL), siège de la Métropole Européenne de Lille (MEL)

La Communauté Urbaine de Lille (CUDL) est créée par l’État le 31 décembre 1966 (Loi n° 66-1069, instituant les quatre premières communautés urbaines : Lille, Bordeaux, Lyon et Strasbourg). Elle rassemble initialement 89 communes (décret du 11 septembre 1967). L'administration centrale de la CUDL occupe en 1969 environ 1 800 agents. Si la jeune institution débute ses activités dans les locaux de la ville de Lille, il devient rapidement nécessaire de la doter de son propre bâtiment.

Le bâtiment "temporaire" dit "R8", 1968-1970

Le choix se porte sur un terrain proposé par la ville de Lille en 1968, entre la gare (Lille Flandres) et le cimetière de l’Est. La construction d'un immeuble d'abord conçu comme provisoire est décidée par la délibération du 23 février 1968. Le recours à un procédé industrialisé doit permettre un délai de réalisation rapide, fixé à la fin du premier trimestre 1969.

Le projet est confié à l'architecte lillois Jacques Delrue (architecte DPGL), avec la collaboration de Noël Van Elde. Les études architecturales sont confiées à Pierre-François Delannoy (architecte DPLG) et au bureau d'étude Becinord (Lille). L'entreprise retenue est la Société Auxiliaire d'Entreprise (SAE) Prévost.

Vue aérienne de l’hôtel communautaire (CUDL), bâtiments provisoires, depuis le nord-ouest (Archives communautaires. Métropole européenne de Lille ; 11 Ph 261 n° 2).Vue aérienne de l’hôtel communautaire (CUDL), bâtiments provisoires, depuis le nord-ouest (Archives communautaires. Métropole européenne de Lille ; 11 Ph 261 n° 2).

Le projet sépare les fonctions purement administratives (services et bureaux) des instances délibératives (conseil et commissions). L'hôtel communautaire adopte ainsi un plan en L qui articule une longue et haute barre (bâtiment A du plan de masse), vouée aux différents services fonctionnels (archives, cuisine, imprimerie) et administratifs, et un volume cubique d'un étage (bâtiment C), comportant la salle du Conseil communautaire et les salles des commissions. Entre les deux, un bâtiment de plain-pied (bâtiment B) abrite l'entrée et l'accueil, orientant le public vers l'un ou l'autre des bâtiments ; le restaurant du personnel est logé sur l'arrière.

L'ensemble adopte un style moderne très sobre, l'essentiel des éléments décoratifs étant dévolus au bâtiment du Conseil. L'esthétique du bâtiment administratif, empreinte de rationalisme, met en avant sa fonctionnalité avec une grande économie de moyens. Les façades est et ouest sont rythmées par les bandes horizontales que forme l'alternance régulière des baies et des panneaux d'allèges, le tout couronné par un bandeau sombre. Cette disposition correspond à la duplication, à chaque étage, d'un plan classique de l'administration disposant les bureaux de part et d'autre d'un long couloir de distribution dont les extrémités sont éclairées par une baie - celle au nord permettant l'issue de secours. Ces baies forment une ligne verticale rythmant les façades nord et sud, par ailleurs en béton strié. La façade sud présente en outre, côté entrée, une enseigne en lettres découpées indiquant sobrement la vocation de l'édifice.

Le bâtiment du Conseil prend la forme d'un cube, la salle des commissions formant une saillie à l'ouest. Logée au centre du volume, la salle du Conseil est pourvue d'un éclairage zénithal. Les façades extérieures sont rythmées par des panneaux de béton obliques disposés en saillie ou par des panneaux sculptés, en béton également.

Ce projet de siège temporaire, dont la CUDL perçoit qu'il va finalement s'inscrire dans la longue durée, est revu à la hausse, pour un coût total estimé à 9 637 184 francs (délibération du 30 septembre 1968). Le bâtiment administratif principal gagne deux étages de bureaux, passant de 6 à 8 étages, et des revêtements plus nobles sont choisis pour assurer une "présentation convenable" à l'édifice qui accueille le conseil et les commissions : le hall d'entrée est finalement dallé de marbre et la galerie de liaison (bâtiment B du plan de masse) est habillée de claustras en aluminium. Les photographies anciennes montrent en effet - sur la saillie marquée par la salle des commissions et au-dessus de l'entrée - des parements en bacs LUNA, produits par la société Steel et Cie (collection Sculptura panels - claustral) ; un échantillon a été conservé par les archives de la MEL et y est aujourd'hui exposé.

Après 9 mois de travaux l’hôtel communautaire est inauguré le 3 juillet 1969 par le Préfet de région Pierre Dumont et le Président de la Communauté Urbaine de Lille, Augustin Laurent, également maire de Lille.

L'extension, dit bâtiment "B14", 1973

Dès 1971 cependant, ses services s'étoffant, la CUDL est à l'étroit ; en interne, le bureau d'études architecturales réfléchit à la construction d'une extension, projetée au sud puis finalement au nord de l'hôtel communautaire, sur des terrains appartenant à la ville de Lille.

Le 26 octobre 1973 la CUDL délibère en faveur de la construction d'un nouveau bâtiment, confié aux mêmes architectes que précédemment, Pierre-François Delannoy et Jacques Delrue, et - dans le cadre d'un marché de gré à gré - à la même entreprise : la SUPAE (Société Sud Parisienne Auxiliaire d'entreprise, ex-SAE). Le coût global de l'extension est prévu à hauteur de 18 611 000 francs TTC.

Maquette du projet d’extension de l’hôtel communautaire (CUDL), vers 1974. Vue depuis le côté ouest (Archives communautaires. Métropole européenne de Lille ; 11 Ph 261 n° 9). Maquette du projet d’extension de l’hôtel communautaire (CUDL), vers 1974. Vue depuis le côté ouest (Archives communautaires. Métropole européenne de Lille ; 11 Ph 261 n° 9).

Le projet d'extension se développe sur 16 500 m2 hors œuvre de planchers, répartis dans une tour administrative de quinze niveaux (R+14) et des bâtiments bas d'un et deux niveaux (restaurant, cuisine, réserves, locaux techniques, garage). La tour est distante d'une vingtaine de mètres de l'édifice en L précédemment construit et y est reliée par deux galeries couvertes parallèles qui délimitent ainsi deux patios. La galerie est, réservée au personnel, composée initialement de 8 étages lors du projet, n'en comporte finalement que deux. L'entrée du public est maintenue au sud et l'ancienne salle de restaurant attenante, trop petite, est transformée en salle de réception. Un service de cuisine-restauration-cafétéria plus complet (700 couverts) prend place dans un nouveau bâtiment de plain-pied, accolé à l'ouest de la tour.

Élément principal du programme, la tour comporte quatorze étages pour environ 950 m2 par niveau. Elle est classée "grande hauteur". Ses fondations sont constituées de longrines en béton armé sur pieux de béton (profondeur : huit mètres). D'esthétique moderne, ce bâtiment nommé rapidement "B14" possède une ossature constituée de poteaux-poutres-planchers en béton armé. L'enveloppe de la tour est constituée de panneaux de façade préfabriqués "afin d'obtenir une architecture semblable" à celle du bâtiment déjà construit. Le choix se porte sur des panneaux en grès émaillé beige soulignés d'un filet brun. Ils sont disposés en bandeau sur le pourtour de l'édifice, les angles étant traités en arrondis. Les baies, à l'encadrement brun foncé, forment également un bandeau continu, en léger retrait. Le motif régulier des bandes horizontales continues beiges et brunes marque la division des étages et signe l'esthétique de la tour.

À l'intérieur, le "noyau central", conçu en voiles de béton, concentre les sanitaires, ascenseurs, escalier, locaux de service et gaines techniques. Vue la structure de l'édifice, à chaque étage le plan est libre et s'adapte aux différents éléments du programme. Le rez-de-chaussée accueille entrée de service, espaces de circulation et locaux techniques liés notamment au service restauration attenant. Au premier étage se trouvent huit salles de commission et les bureaux des vice-présidents. Le deuxième étage accueille les archives communautaires ainsi que les ordinateurs qui occupent également l'ensemble du troisième étage. Du quatrième au treizième étage inclus se trouvent des bureaux dont l'aménagement est proposé "en bureaux fermés ou paysagés" (cloisonnement libre). Le quatorzième étage est réservé à l'appartement du secrétaire général qui dispose d'une entrée et d'un ascenseur privatif ainsi que d'une terrasse. Le quinzième étage abrite des locaux de service.

Le bâtiment du restaurant, de plan carré et de plain-pied, est constitué de seize modules carrés au toit pyramidal, de 6,4 m de côté. Les fondations sont constituées de semelles en béton et la structure est de type poteaux-poutres. L'éclairage est assuré par des lanterneaux coiffant les pyramides et les baies latérales.

Le permis de construire est accordé par la Préfecture le 8 octobre 1974. L'extension est achevée en 1976.

Enfin, dès 1977 une nouvelle adjonction est nécessaire à l'accueil du secrétariat général et donne lieu à une petite extension située au flanc ouest du bâtiment accueillant la salle des commissions ; le projet est élaboré en interne et obtient le permis de construire le 26 avril 1982. Elle remplace ainsi une extension temporaire en préfabriqué visible sur les photographies.

Un siège administratif progressivement inséré dans l'environnement urbain

Dans un premier temps, l'hôtel communautaire, construit dans l'ancienne zone de fortifications de Lille (déclassée en 1919) est très isolé du tissu lillois dont il est séparé par le périphérique au sud, et de la ville de La Madeleine, au nord. Le terrain bordant à l'ouest l'hôtel communautaire accueille deux vastes parcs de stationnement, séparés par une nouvelle voie de desserte, la rue de la Communauté. Un petit parc agrémente le parvis sud et vient faire écran le long du boulevard Pasteur à l'ouest.

L’hôtel communautaire (CUDL) (au premier plan à droite) dans son environnement dans les années 1980 (Archives communautaires. Métropole européenne de Lille ; 8 Ph 43 n° 142).L’hôtel communautaire (CUDL) (au premier plan à droite) dans son environnement dans les années 1980 (Archives communautaires. Métropole européenne de Lille ; 8 Ph 43 n° 142).

Les plans de 1968 témoignent d'un curieux projet de "téléphérique aérien" (voué au transport des piétons) dont le tracé longe la façade ouest de l'hôtel communautaire. La représentation de la façade ouest fait figurer le dispositif imaginé : suspendue à son câble, une cabine est stationnée au niveau d'une petite gare, supportée par un des pylônes. Ce projet n'a pas été réalisé.

Façade ouest de l’hôtel communautaire (CUDL), juin 1968, Jacques Delrue (arch.). À noter la présence du projet de « téléphérique aérien » porté par ses pylônes (Archives communautaires. Métropole européenne de Lille ; 10 076 W 3356).Façade ouest de l’hôtel communautaire (CUDL), juin 1968, Jacques Delrue (arch.). À noter la présence du projet de « téléphérique aérien » porté par ses pylônes (Archives communautaires. Métropole européenne de Lille ; 10 076 W 3356).

À partir de 1990, la construction de la gare et du quartier Euralille entraînent une urbanisation rapide des abords de l'hôtel communautaire et mettent fin à son relatif isolement. En 2009 le parking extérieur est partiellement enterré et l'espace libéré est aménagé en parc public, le jardin des Géants, ce qui dote le siège de la MEL d'un environnement agréable et animé.

Le siège de la MEL (au premier plan à gauche) dans son environnement en 2003, vue aérienne depuis le sud-ouest. Au premier plan à droite la gare Euralille (Archives communautaires. Métropole européenne de Lille ; 15 Ph 12 n° 49).Le siège de la MEL (au premier plan à gauche) dans son environnement en 2003, vue aérienne depuis le sud-ouest. Au premier plan à droite la gare Euralille (Archives communautaires. Métropole européenne de Lille ; 15 Ph 12 n° 49).

Les décorations murales de l'hôtel communautaire

Lors de l'élaboration du présent dossier d'urgence le service régional de l'Inventaire a tenté de documenter les deux œuvres murales présentes au sein de l'hôtel communautaire et probablement financées dans le cadre du dispositif du 1% artistique :

1/ "Le Homard", de l'artiste régional Arthur Van Hecke (1924-2003), œuvre murale en mosaïque et peinture, mesurant 7 m sur 2,5 m, localisée dans la cafétéria. Les initiales "A.N." figurent du part et d'autre du homard, attribuées à Arthur Notebart, Président de la CUDL et commanditaire de l'œuvre.

2/ une œuvre murale de l'artiste Roger Frézin (1927-2012)

Seul Le Homard a pu être photographié ; le service n'a en revanche pas réussi à localiser ni documenter l'œuvre de Roger Frézin.

L'œuvre murale Le Homard d'Arthur Van Hecke (1924-2003), après le début des travaux.L'œuvre murale Le Homard d'Arthur Van Hecke (1924-2003), après le début des travaux.

Lors de l'élaboration de ce dossier nous n'avons trouvé aucune source évoquant le contexte de leur commande, ni n'évoquant même la présence de l'œuvre de Roger Frézin. Des recherches complémentaires qui dépassent le cadre de cette mission d’urgence seraient ainsi nécessaires.

Destruction de l'édifice

Suite au déménagement de la MEL (Métropole Européenne de Lille) dans de nouveaux locaux au n°2 Boulevard des Cités Unies à Lille, l'édifice est vendu et voué à la destruction. Les travaux débutent à l'automne 2023. Une empreinte de l'œuvre murale Le Homard est prise par un restaurateur afin que la MEL puisse en conserver la mémoire.

  • Murs
    • béton
  • Toits
    béton en couverture
  • Étages
    8 étages carrés
  • Couvertures
    • terrasse
  • Typologies
    œuvre 1% artistique
  • Techniques
    • mosaïque
  • Représentations
    • représentation dont le sujet principal n'est pas l'homme
  • Précision représentations

    Œuvre murale en peinture et mosaïque représentant un Homard, appelé Le Homard, de Arthur Van Hecke, localisé dans la cafeteria.

  • Précision dimensions

    7 m x 2,5 m

  • Statut de la propriété
    propriété publique, MEL (Métropole Européenne de Lille)
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

Le service de l'Inventaire du patrimoine culturel de la Région Hauts-de-France a engagé l'étude de l'ancien hôtel communautaire de la MEL dans le cadre d'une mission d'urgence, afin de conserver la mémoire de cet édifice voué là la destruction et des œuvres murales qu'il contenait.