Dossier d’œuvre architecture IA59005728 | Réalisé par
Girard Karine (Rédacteur)
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France, depuis 2010.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
  • inventaire topographique, Le Quesnoy centre
Hôtel particulier
Œuvre repérée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes du Pays de Mormal
  • Commune Le Quesnoy
  • Adresse 11 rue Théau
  • Cadastre 2024 000 E 02 1531 766 : maison et cour 781 : jardin d'agrément ; 1897 E 766, 781  ; 1817 E 642 La parcelle comprend l'hôtel particulier sur cour et le jardin situé à l'arrière. Elle correspond exactement aux parcelles 766 (maison et cour) et 781 (jardin d'agrément) du cadastre de 1897.

Aucune archive ne permet, à l'heure actuelle, de documenter l'histoire de cet hôtel particulier. Les plans anciens établis par l'armée à partir du XVIe siècle montrent que la rue Théau est entièrement bâtie. Ils ne disent cependant rien de l'aspect des maisons, ni de leur emprise au sol. Des éléments architecturaux comme la forme des baies (arcs segmentaires sur la façade avant mais linteaux sur celle arrière), la présence de chaines harpées ou l'apparence et la pose des briques permettent cependant d'avancer une date de construction au milieu du XVIIIe siècle.

Les cadastres et états de sections de 1817 et 1897 apportent quelques informations sur la surface occupée par le bâti sur la parcelle ainsi que sur le propriétaire.

En 1817, la parcelle comprend une construction en U, précédée d'une cour et suivie d'un jardin. L'ensemble appartient à une rentière, veuve. En 1897, l'ensemble est divisé en deux parcelles. La première comprend la maison, d'autres bâtiments dont la fonction n'est pas précisée et la cour. La seconde correspond à la surface du jardin. Les deux parcelles appartiennent au même huissier.

La comparaison entre les deux cadastres montre qu'entre ces deux dates, la partie avant droite de l'hôtel particulier a été modifiée : à l'extrémité nord-ouest, la petite aile qui longeait la rue a été détruite tout comme l'excroissance accolée au bâtiment principal et qui empiétait sur la cour. Les conséquences de ces modifications, qui créent une cour carrée régulière, sont toujours lisibles sur les façades actuelles.

Ainsi que l'indique alors l'état de section, la maison compte 31 portes et/ou fenêtres et une porte cochère. Cette dernière longeait l'aile sur cour gauche : elle figure sur le cadastre comme un long bâtiment rectangulaire marqué d'une croix de saint André. Cette partie, qui a aujourd'hui disparu, ne figure déjà plus sur le plan établi en 1921 pour dresser l'état des destructions de la ville. Ce plan indique également que l'immeuble n'a pas été détruit pendant la Première Guerre mondiale mais qu'il fait partie de ceux fortement endommagés mais réparables.

  • Période(s)
    • Principale : milieu 18e siècle , (incertitude)

Description

L'immeuble, de plan en H, est bâti entre une cour pavée de grès et un jardin situé à l'arrière. Il est majoritairement construit en briques posées en appareil picard reposant sur un soubassement en moellons de grès. Il compte un étage carré et un niveau de combles. Le logis principal et les ailes, bien que présentant la même répartition de niveaux ne sont pas d'une hauteur identique. Toutes les ailes bénéficient d'une toiture différente, toujours en ardoise : toiture à longs pans percée de lucarnes jacobines pour le logis et travée de gauche accueillant une porte bâtarde, longs pans et croupe pour les deux ailes latérales. La toiture de l'aile droite est réunie à celle du logis par une noue, tandis que celle gauche vient prendre appui sur le mur. Seules les toitures de la travée de gauche du logis et de l'aile en retour d'équerre gauche s'achèvent par un chéneau reposant sur des culots en bois en forme de talon.

Le muret qui sépare la cour de la rue est construit en moellons de grès couronnés d'un rang de moellons de calcaire et d'un chaperon (récent) en pierre bleue. Il est percé au centre d'une ouverture encadrée par deux gros blocs de pierre supportant chacun un vase Médicis. L'encadrement de la petite ouverture sur la gauche est en brique.

La façade sur rue

Elle présente trois ensembles distincts.

Le premier est constitué par l'aile en retour d'équerre gauche, qui ne compte aucune porte. Les façades sont enduites. Les baies, organisées en travées (deux sur la cour et trois sur la rue), sont entourées d'un chambranle à cru en faux appareil et couvertes par un linteau interrompu par une agrafe trapézoïdale "plate". La demi-croupe qui achève la toiture côté rue se poursuit par un pignon à redents.

Le second ensemble est la partie gauche du logis. Il compte deux travées de baies larges et une travée de baies étroites. Seule celle du second niveau est conservée en intégralité, celle de premier niveau n'étant plus visible que par la présence de l'arc. Les baies sont bouchées au second niveau. Toutes les baies sont identiques : des pieds-droits en chaine harpée en calcaire, un arc faisant alterner moellons de calcaire et brique et venant recouvrir un tympan en calcaire reposant sur un linteau mouluré. Une imposte courant entre les baies en calcaire mouluré couvre toutes les baies du premier niveau. Elle constitue, avec le cordon larmier du second niveau dont elle partage la modénature, un grand plein de travée scandé par les arcs des baies. Des fers d'ancrage, constitués d'une tige fleurdelysée sur laquelle deux volutes inversées viennent se greffer, occupent le centre des écoinçons entre les baies. L'élévation s'achève par une corniche en calcaire mouluré.

Entre ces deux ensembles, une travée accueille une porte bâtarde couverte par un arc en plein cintre en calcaire et des pieds-droits en chaîne harpée en moellons de grès. Au-dessus de la porte, l'appareil de briques ainsi qu'un arc faisant alterner briques et pierre, témoignent d'une modification de la façade. C'est la seule partie du bâtiment à présenter une corniche sommitale entièrement en calcaire, constituée d'un bandeau arrondi soutenu par des modillons. Cette travée reprend la modénature des baies du logis ainsi que l'organisation de la façade, alignée avec celle du logis (deux niveaux, un plein de travée délimité par deux bandeaux en calcaire et occupé par l'arc d'une baie). La toiture en revanche est identique à celle avec chéneau de l'aile en retour d'équerre. Elle fait ainsi le lien entre l'aile en retour d'équerre et la partie gauche du logis.

Le dernier ensemble est constitué par la partie droite du logis, constituée d'un mur aveugle, et l'aile en retour d'équerre droite. Côté cour, cette dernière est percée d'ouvertures entièrement en briques couvertes par un linteau (deux portes et trois petites fenêtres). Deux baies sommées par un arc segmentaire en brique ont été bouchées au second niveau. Pour ces deux parties, l'élévation s'achève par une corniche en brique associant un rang de dents d'engrenage, un rang de panneresses couchées et un rang de boutisses debout. Côté rue, le fer d'ancrage encore visible au premier niveau, identique à ceux de la façade du logis, ainsi que la chaine d'angle harpée encore visible au second niveau et le soubassement en moellons de grès, suggèrent que cette façade est contemporaine de la partie ancienne du bâtiment.

La façade arrière

Contrairement à celle de l'avant, la façade arrière est identique sur toute sa surface, pour le corps central comme pour les deux petites ailes en retour d'équerre. Construite sur un soubassement en grès, elle présente deux niveaux de façades organisés en travées (cinq pour le corps central et trois pour chaque pavillon : deux sur la façade avant, et un seul sur la façade latérale). Toutes les baies sont identiques. Aux deux niveaux, elles sont couvertes par un linteau en calcaire mouluré et les pieds droits sont en chaine harpée. Les cordons larmiers ainsi que le cordon au-dessus des baies sont en calcaire mouluré. Ils délimitent, entre les deux niveaux, un plein de travée en brique. Les trumeaux, également en brique, sont occupés en partie haute par un fer d'ancrage richement décoré : autour d'une tige fleurdelysée, deux groupes de volutes inversées sont disposés tête-bêche. La corniche sommitale, en calcaire, est imposante et complexe, associant plusieurs formes et taille de moulures : cordon, doucine, etc.

Le mur nu en brique situé dans l'alignement de la façade du pavillon de droite correspond à la façade arrière de l'aile occupant en retour d'équerre occupant le côté gauche de la cour.

Analyse

L'aspect des différentes parties du bâtiment confirme les hypothèses de datation issues de l'étude des cadastres : la partie gauche du logis est la plus ancienne, sans doute peu modifiée depuis la construction ; la partie droite du logis, avec son mur aveugle et les baies simples de l'aile en retour d'équerre vient de la modification du bâti au cours du XIXe siècle ; et la partie gauche de l'ensemble (aile en retour d'équerre s'achevant par un pignon pas de moineau et travée correspondant au passage couvert détruit entre 1897 et 1921), avec un toit s'achevant par un chéneau, datent de la Première Reconstruction. La présence sur la façade arrière de baies couvertes par un linteau - forme architecturale employée à partir du milieu du XVIIIe siècle -, laisse penser que cette dernière a été construite postérieurement à la façade avant, dont les baies couvertes par un arc segmentaire sont plutôt typiques d'une période fin du XVIIe siècle - première moitié du XVIIIe.

Cet immeuble est, à plus d'un titre, exceptionnel dans le bâti du Quesnoy. C'est le seul exemple repéré d'hôtel particulier construit entre cour et jardin, organisation typique des XVIIe et XVIIIe siècles. Il en reprend les caractéristiques : pour s'éloigner de la rue, le corps de logis est établi au fond d'une cour, elle-même séparée de la rue par un mur respectant le continuum des fronts bâtis même si, ici, sa faible hauteur qui ne masque ni la cour ni le logis, le différencie des murs-écrans habituels ; la façade arrière s'ouvre sur un jardin loin des nuisances de la ville. Le corps de logis présente un plan en H, les deux ailes latérales avant formant une cour d'honneur fermée par un petit muret (et non un grand mur masquant ce qui est situé derrière lui), tandis que celles de l'arrière encadrent l'entrée du jardin. Ces dernières ne sont pas très profondes, ce qui est souvent le cas des hôtels modestes. Il est impossible de dire si l'utilisation des ailes (communs sur celles avant et petits cabinets ou escaliers à l'arrière) a été celle considérée comme usuelle des hôtels particuliers construits à partir du XVIIe siècle.

La disposition de l'hôtel, mitoyen avec les maisons voisines, n'est sans doute pas, comme cela peut l'être dans une grande ville, un indice de la pression foncière qui existait dans cette rue au moment de sa construction. Ce dernier dispose en effet d'un très grand jardin sur l'arrière. Il s'agit sans doute de la part du propriétaire de la volonté de suivre le modèle classique des hôtels particuliers.

Les baies sont également particulières. Les pieds-droits des fenêtres de la partie la plus ancienne sont entièrement constitués d'une chaine harpée en moellons de calcaire, tandis que l'arc est fait d'une succession de moellons et de briques : aucune autre maison associant ces deux caractéristiques n'a été repérée dans le bâti intra-muros. Pour les autres maisons repérées avec des pieds-droits en chaîne harpée, les arcs sont en effet entièrement en appareillés en calcaire (7, rue George V - IA59005871 ou 13-15, rue George V - IA59005796). Il est aussi le seul immeuble repéré avec un système de baie associant linteau et arc de décharge appareillé. Il ne s'agit sans doute pas de l'adaptation d'un modèle fréquent en Belgique voisine du milieu du XVIe à la fin du XVIIe siècle, mais plutôt de la possible reprise des baies au cours du XIXe siècle (au même moment où l'aile droite est modifiée), ce que pourrait confirmer la différence de couleur des pierres entre l'arc d'une part, et le linteau et le tympan des baies d'autre part. Le début du XIXe siècle est également le moment où la mode passe, brièvement, de baies couvertes par un arc segmentaire à celles couvertes par un linteau. Il est enfin possible que cette modification des baies ait été faite au moment de la restauration du bâti après la Première Guerre mondiale.

  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan régulier en H
  • Étages
    1 étage carré, étage de comble
  • Couvrements
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit à longs pans demi-croupe
    • pignon découvert
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Exemple particulier d'un hôtel particulier entre cour et jardin, repéré au Quesnoy.

Documents d'archives

  • AD Nord. Série P ; sous-série 35 : 35 P 1116. Département du Nord, Arrondissement d'Avesnes, Justice de paix du Quesnoy, Commune du Quesnoy : Section E dite de la ville, tableau indicatif des propriétaires, des propriétés foncières et de leur contenance, 1817 [état de section].

  • AD Nord. Série P ; sous-série 35 : 35 P 1121. Département du Nord, Arrondissement d'Avesnes, canton de Le Quesnoy est et ouest, Commune du Quesnoy : Section E dite de la ville, tableau indicatif des propriétaires, des propriétés foncières et de leur contenance, 1897 [état de section].

Documents figurés

  • Ville du Quesnoy - Plan cadastral napoléonien, feuille unique, levé en 1817. Section E, 1ère partie (AD Nord ; P31-761).

  • Le Quesnoy, plan cadastral napoléonien de 1897. Section dite de la ville, en trois feuilles, 2ème feuille (AD Nord ; P31-761).

    AD Nord : P31-761
  • Le Quesnoy - Commune du Quesnoy - Aménagement et extensions de la ville - Etat actuel - Plan, par A. Guyomard, ingénieur-géomètre agréé à Lille, le 6 août 1921 (AD Nord ; Fi - Provenances diverses : plans concernant le département du Nord, 1581-1922 ; 50Fi2285).

Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Girard Karine
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France, depuis 2010.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.