Dossier d’œuvre architecture IA60005470 | Réalisé par
Chamignon Lucile (Rédacteur)
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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  • inventaire topographique, Communauté de communes Oise Picarde
Ancien orphelinat (ferme-école), puis Centre de Formation Professionnelle Agricole
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de l'Oise Picarde - Saint-Just-en-Chaussée
  • Commune Rouvroy-les-Merles
  • Lieu-dit Merle
  • Cadastre 2020 A 12, 13, 482-485
  • Dénominations
    orphelinat, école d'agriculture
  • Précision dénomination
    ferme-école, Centre de formation Professionnelle Agricole

D’après la tradition historique notamment relayée par Louis Graves (1843) et Auguste Baticle (1891), un ancien prieuré dépendant de l’abbaye Notre-Dame de Breteuil se trouvait à Merle. Il aurait été fondé par l’abbé Mathieu en 1230. L’abbé y aurait construit "une belle demeure appelée longtemps logis abbatial". Le domaine aurait été détruit par les Bourguignons au XIVe siècle et lorsque Louis Graves rédige son Précis Statistique sur le canton de Breteuil en 1843, il ne mentionne que les "restes" d’une "ferme".

Dans le second quart du XIXe siècle, le domaine et ses terres appartiennent à la famille Bazin, implantée au Mesnil-Saint-Firmin. En 1828, Gabriel Bazin y fait construire quelques habitations pour les domestiques et des bâtiments pour les animaux, aujourd’hui disparus. Le recensement de population de 1831 signale que son "homme de confiance", Casimir Lesage y réside. Il a alors certainement la gestion de la ferme.

En 1837, Gabriel Bazin décide de fonder une ferme-école destinée aux orphelins, rattachée à la colonie agricole qu’il a déjà créée au Mesnil-Saint-Firmin (Oise). Toutes les constructions de l’ancien prieuré qui restaient en place sont détruits et de nouveaux bâtiments sont édifiés en plusieurs campagnes à partir des années 1840, suivant les plans de l’architecte parisien Léon Labrousse (1801-1875). Le site s’organise autour de plusieurs cours : les dortoirs, les salles de classe, le réfectoire et la chapelle sont implantés dans la cour nord ; la ferme et ses bâtiments agricoles sont établis dans la cour sud. La chapelle est construite en 1865. La ferme-école est confiée dans un premier temps aux Frères Agronomes de Saint-Vincent-de-Paul puis en 1853 à une congrégation de marianistes. D’après le recensement de population de 1861, l’établissement compte 60 individus à cette date : 41 orphelins de 11 à 19 ans et 13 religieux de 29 à 55 ans.

Selon les recherches de Christian Tauziède et Roger Puff (2024), la Société des Agriculteurs attribue à la ferme-école de Merle un prix de 200 francs en 1894 et rappelle qu’un diplôme d’honneur lui a été attribué en 1889, confirmant sa place comme acteur du progrès agricole dans l’Oise. Le domaine a été amélioré, les terres humides drainées, l’assolement adapté, des prairies artificielles créées. L’orphelinat accueille alors les enfants abandonnés de 11 à 16 ans. Jusqu’à 13 ans, ils vont en classe et en dehors des cours, ils réalisent toutes sortes de travaux agricoles.

Dans le dernier quart du XIXe siècle, les frères aménagent un cimetière à l’ouest de la cour nord. Jusqu’en 1903, il a accueilli les corps des marianistes qui géraient l’établissement, ainsi que d’autres religieux de la congrégation, décédés non pas à Merle mais à Paris. Clos de murs, il est aujourd’hui à l’abandon mais la chapelle funéraire et sa crypte sont toujours en place.

Dans la première moitié du XXe siècle, de nouveaux bâtiments sont construits dans le prolongement de la chapelle (salles de classe, habitations) puis de l’autre côté de la route (bâtiment administratif et salle de classes, ateliers, porcherie). En exécution de la loi du 1er juillet 1903 sur les congrégations, les frères marianistes n’ont plus l’autorisation de gérer l’établissement et doivent le quitter. Il est alors transféré au Conseil Général de l’Oise qui entreprend de nombreux travaux de remise en état. L’établissement ouvre en 1905 et accueille des pupilles de l’Assistance publique de l’Oise dont plusieurs étaient dans un établissement à Lens (Pas-de-Calais) et travaillaient dans les mines de charbon en raison du manque de place dans les orphelinats du département. La catastrophe minière de Courrières (1906) a ainsi tué plusieurs enfants originaires de l’Oise.  

En 1914, les Allemands occupent le site qui poursuit toutefois son activité normalement jusqu’au 27 mars 1918, date à laquelle la ferme-école est évacuée. Au sortir de la guerre, une plaque commémorative liste les noms des pupilles "morts pour la France".

En 1925, le cimetière marianiste est vendu pour un franc symbolique à l’association des anciens élèves du collège Stanislas à Paris. Elle engage des travaux de remise en état et de restauration de la chapelle funéraire.

En mai 1940, la ferme-école est de nouveau évacuée, les pupilles quittent les lieux en laissant le bétail sur place. Elle reprend son fonctionnement normal sous l’Occupation. À la Libération, le site compte 120 élèves mais ils ne sont plus que 58 en 1953.

Devenu en 1963 un Centre de Formation Professionnelle Agricole (CFPA), le site s’ouvre à d’autres enfants et le nombre de pupilles diminue jusqu’à ce que l’établissement n’en accueille plus à partir de 1979.

En raison de sa mauvaise situation financière, le site ferme en 2009. Un projet de Centre Européen de recherches sur les Technologies de l’Environnement et de la Sécurité (CERTES) est d’abord envisagé avant d’être abandonné. La SAFER préempte le domaine et l’achète. Il est ensuite divisé en plusieurs lots. L’association Terre de Liens achète le corps de ferme et un paysan-boulanger s’y installe tandis qu’une SCI constituée d’agriculteurs achète les terres et le cimetière marianiste à l’association des anciens élèves de Stanislas. Plusieurs projets ont été envisagés pour réhabiliter les anciens dortoirs, situés dans la cour nord, mais sans succès. La SCI a vendu une partie du site à un promoteur immobilier en 2022 mais aucun projet n’a vu le jour pour l’instant.

  • Période(s)
    • Principale : 13e siècle , daté par travaux historiques , (incertitude)
    • Principale : milieu 19e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : 3e quart 19e siècle , daté par travaux historiques, daté par source
    • Secondaire : 1ère moitié 20e siècle
  • Dates
    • 1230, daté par travaux historiques
    • 1865, daté par source
  • Auteur(s)

En raison du nombre de propriétaires et de la difficulté à acquérir leur autorisation de visite, seule la cour côté nord et les bâtiments visibles depuis la route ont été accessibles. Les vues aériennes ont complété l'analyse descriptive.

Le site s’étend de part et d’autre de la route départementale 117. Les bâtiments les plus anciens se situent du côté ouest. Ils s’organisent autour de deux cours. La première, au sud, comprend les bâtiments agricoles : grange le long de la route, comprenant deux niveaux d’élévation dont un étage pour le stockage des récoltes ; bâtiment d’élevage (bergerie, étable) côté sud en retour, également à deux niveaux d’élévation, incluant un pigeonnier dans-œuvre et sous forme de tourelle en saillie ; enfin, une construction à un seul niveau d’élévation intégrant des étables, écuries, ateliers côté ouest. Toutes ces constructions sont en brique, couvertes de toitures à longs pans en ardoise aux pignons couverts.

Un logis dessinant un plan en équerre fait la jonction entre les deux cours. En brique, il comprend un rez-de-chaussée et un comble aménagé. Il est couvert d’une toiture en tuile à longs pans avec une demi-croupe côté sud, tandis que sa partie en retour côté nord percute le bâtiment des dortoirs. Ces derniers s’organisent en U. Ils s’élèvent sur quatre niveaux : un rez-de-chaussée, deux étages carrés et un comble aménagé. Les toitures, en tuiles pannes, sont à longs pans et leurs pignons sont couverts.

Face à eux se succèdent des bâtiments de service comprenant un préau. Ils sont en brique couverts de toitures en tuile à longs pans et aux pignons couverts. La chapelle est établie dans leur prolongement. En brique et de style néo-gothique, sa façade est animée par un jeu d’arcs brisés imbriqués : le plus grand englobe la rose tandis que le second trace les contours du portail d’entrée et de son tympan. Le plan comprend une nef à vaisseau unique, un chœur polygonal plus étroit flanqué de deux petits bâtiments de plan carré, légèrement saillant par rapport à la nef, ce qui lui donne la forme d’une croix latine. Les toitures en ardoise sont à longs pans avec pignon couvert pour la nef, croupe polygonale pour le chœur, deux pans et croupe pour les deux petits bâtiments qui flanquent le chœur.

Dans le prolongement de la chapelle un long bâtiment en rez-de-chaussée s’étire vers l’est jusqu’à rencontrer un logis. Le premier est en brique et couvert de toitures en tuile avec une croupe à l’ouest. Le second, en brique également, s’élève sur trois niveaux : rez-de-chaussée surélevé sur cave, deux étages carrés et un étage de comble aménagé. La toiture en tuile à deux pans couvre les pignons et se termine par des demi-croupes. Enfin, un château d’eau de plan circulaire se situe juste à l’ouest de la chapelle.

Le cimetière des frères est établi à l’ouest de cette cour. De plan carré, il est clôturé par un mur en brique et est accessible depuis un portail aménagé au milieu du mur oriental. Il s’ouvre dans l’axe de la chapelle funéraire et de sa crypte, construite dans un style néo-mauresque (plan carré, fronton à redents, corniche denticulée, frise dentelée).

De l’autre côté de la route, parallèle à elle, se tient un bâtiment comprenant des salles de classes. Il s’élève sur trois niveaux : un rez-de-chaussée surélevé, un étage carré et un comble aménagé. En brique, il est couvert de toitures en tuile à longs pans et croupes. Un bâtiment comprenant des ateliers est établi juste au nord. Il est en brique, couvert d’une toiture en tuile et a ses pignons couverts. D’autres ateliers, construits dans les mêmes matériaux se situent à l’arrière des salles de classe.  

Au sud et perpendiculairement à la route, se trouvent un hangar couvert en fibrociment et les anciennes porcheries en brique. Leurs toitures sont en tuile et leurs pignons couverts.

  • Murs
    • brique
  • Toits
    ardoise, tuile
  • Étages
    rez-de-chaussée surélevé, 2 étages carrés, étage de comble
  • Couvertures
    • toit à longs pans pignon couvert
    • croupe
    • demi-croupe
    • toit à deux pans de plan massé
    • croupe polygonale
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Documents d'archives

  • AD Oise. Série J ; sous-série 49 J : 49 Jp 12. Rouvroy-les-Merles. Inventaire des croix et calvaires. Archives de l'association pour la connaissance et la conservation des calvaires et croix du Beauvaisis, 2007.

    AD Oise
  • AD Oise. Série M ; sous-série 6 M : 6 Mp 616. Rouvroy-les-Merles. Recensements de population (1820 à 1936).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 13109. Rouvroy-les-Merles. Orphelinat (1864-1865).

    AD Oise

Bibliographie

  • BATICLE, C.-A. (abbé). Nouvelle histoire de Breteuil en Beauvaisis et de ses antiques relations avec les villages environnants. Paris : Res Universalis, 1989. Réédition du livre de 1891.

Périodiques

  • TAUZIÈDE, Christian, PUFF, Roger. Les enfants assistés de l’Oise vers 1900 et la ferme-école de Rouvroy-les-Merles. Bulletin de la société archéologique, historique et géographique des amis du vieux Verneuil, décembre 2024, n°166.

  • GRAVES, Louis. Précis statistique sur le canton de Breteuil, arrondissement de Clermont (Oise). Annuaire de l'Oise. Beauvais : Achille Desjardins, 1843.

Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Chamignon Lucile
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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