Dossier d’œuvre architecture IA62005179 | Réalisé par
Girard Karine (Rédacteur)
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France.

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  • patrimoine de la Reconstruction
  • enquête thématique régionale, La première Reconstruction
Maison, ancienne propriété de M. Paul Dequen
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes du Sud-Artois - Bapaume
  • Commune Bapaume
  • Adresse 12 rue Jean-Baptiste-Lequette
  • Cadastre 2021 000 AB 01 130
  • Dénominations
    maison
  • Parties constituantes non étudiées
    jardin d'agrément

Éléments de contexte

Comme l'indique le dossier de remploi conservé aux archives départementales du Pas-de-Calais (AD Pas-de-Calais, 10R9/68), la maison est construite pour un notaire, M. Paul Dequen.

Les travaux se font en deux phases : la partie habitation entre février 1923 et novembre 1924 (date de la réception des travaux) puis les dépendances (buanderie, bûcher, WC) entre juin 1927 et septembre 1928.

Elle est due à l'architecte Eugène Rousseau, qui travaille pour la coopérative n°3, dite "L'Amicale".

Les matériaux préconisés dans le devis descriptif

Le sous-sol, pavé de briques, est dallé en béton avec des murs en "briques brutes enduites au ciment" et un plafond qui intègre les poutres en béton armé qui vont supporter les murs des étages supérieurs. Le sol du bow-window est en "béton armé avec chape en asphalte" et le sol longeant la façade latérale est en "dallage de ciment bouchardé". Les sols du vestibule, de la cage d'escalier, des sanitaires et de la cuisine sont carreaux de ciment "à dessins". Ceux du salon, de la salle à manger, du bow-window, du bureau et de l'étude sont en chêne, tandis que ceux des étages sont en sapin. L'escalier est en orme "apparent à vernir".

"Tous les murs, souches de cheminées et cloisons sont en briques brutes" mais la façade reçoit en partie haute un parement de briques blanches de Silésie vernissées et les parties apparentes des coffres de baies des autres faces sont en "briques rouges premier choix". Les linteaux et meneaux des baies sont en béton armé enduit ciment, de même que la balustrade du bow-window. C'est aussi le cas des seuils et marches, hormis celui donnant sur la rue pour lequel l'architecte choisit de la pierre de Soignies (calcaire de couleur bleue). Côté rue, le bas des murs de façade reçoit un "enduit ciment avec moulures (...) avec plusieurs couches de silexore" (peinture qui en séchant prend l'aspect de la pierre).

Le fer est utilisé pour assurer la structure de la maison : linteaux des grandes baies de la salle à manger, du bow-window ou des portes du premier étage. La fonte est utilisée en décor, pour les panneaux de porte du vestibule et les balcons.

La charpente et les planchers sont en sapin, de même que les lucarnes, et les menuiseries intérieures mais "toutes les menuiseries extérieures sont en chêne apparent poncé et vernis". La couverture est en ardoises d'Angers.

Aménagement et décoration intérieurs

Tous les murs, cloisons et plafonds sont enduits en plâtre puis peints à l'huile pour le rez-de-chaussée et recouverts de "papier de tenture" pour celles des étages. La cage d'escalier, le vestibule et le bureau reçoivent en partie basse du lincrusta. Enfin, le salon, la salle à manger et le vestibule d'entrée ont des corniches en staff. Les pièces bénéficient toutes d'une cheminée, dont la richesse du matériau et des décors varient selon la fonction de la pièce : "marbre rouge royal, chambranle à modillons, revêtement intérieur en faïence blanche, moulure cuivre et âtre en carreaux" pour la salle à manger, dispositions identiques pour le salon, mais en marbre blanc, marbre rouge pour le bureau et noir pour l'étude, simples "capucines" en marbre de Lunel pour les chambres des étages. Toutes les pièces bénéficient de l'éclairage électrique grâce à "l'installation de 24 lampes, comprenant fil sous moulures, ampoules, interrupteurs porcelaine blanche et abat-jour cristal".

Le projet de l’architecte : les plans

Les plans de la maison montrent une distribution centrale. Au rez-de-chaussée, elle est organisée autour d'un vestibule prolongé par un couloir et les pièces sont en enfilade. La partie droite est consacrée à l'activité professionnelle avec deux bureaux, et celle droite à la vie privée avec un salon sur rue communicant avec une salle à manger qui s'achève par un bow-window ouvrant sur le jardin. On accède aux pièces sur rue directement par le vestibule. La cuisine est située à l'arrière, de l'autre côté du couloir où se trouve l'escalier tournant à volées droites qui donne accès à l'étage. On y accède directement par le couloir central. Au premier étage, les pièces sont disposées autour d'un palier central. Côté rue, deux chambres encadrent une salle de bain et côté jardin, la chambre au-dessus de la salle à manger se prolonge par une terrasse. La pièce au-dessus du bureau est occupée par une lingerie. L'étage de combles présente une organisation identique à celle du premier étage. Cependant, la salle de bain est remplacée par un simple cabinet de toilette et les deux pièces à l'arrière sont des greniers.

La dépendance

Elle est construite en 1929 au fond du jardin. Elle abrite un bûcher, une buanderie et un WC répartis dans un plan carré. Elle possède un rez-de-chaussée sous comble. Couverte par une toiture complexe qui mélange longs pans, pavillons et coyaux, elle reprend une partie du vocabulaire de la maison, en particulier la lucarne en pavillon. Mais l'élévation est très différente et se rattache à l'architecture régionaliste avec son soubassement enduit en béton, son mur enduit de crépi tyrolien et son faux pans de bois.

La maison est reconstruite sur la partie de la rue Lequette qui, avant-guerre, était bâtie de maisons particulières.

Elle est alignée par rapport à la rue. Elle donne à l'arrière sur un jardin clos, auquel on peut également accéder par une allée latérale qui longe le côté droit de la maison.

La maison est bâtie sur un sous-sol. Elle compte deux niveaux plus un étage de combles.

La façade est organisée symétriquement par rapport à un axe central vertical. Les baies, regroupées en trois travées, présentent des formes différentes à chaque niveau : larges baies en plein cintre au rez-de-chaussée, baies rectangulaires géminées au premier niveau (hormis celle centrale) et lucarnes. Ces dernières sont à toiture débordante aux extrémités et en pavillon au centre. La répartition des lucarnes est identique sur la face arrière de la maison. La toiture est à longs pans débordante.

La maison ne porte pas de décor. Seuls les jeux sur les formes architecturales viennent animer la façade : arc des baies souligné par une archivolte, de laquelle part une crossette venant soutenir les appuis de fenêtres du premier étage légèrement saillants, bossages continus en table pour la partie inférieure du mur, formes variées des baies et des lucarnes...

La distribution des espaces intérieurs peut se déduire de la lecture de la façade : les espaces de circulation se situent dans la travée centrale, qui présente des baies un peu moins larges que celles des extrémités, derrière lesquelles sont situées les pièces à vivre. Cependant, s’agissant d’une propriété privée, l’intérieur actuel de la maison n’a pas été étudié. Il n’est donc pas possible de savoir si la construction s’est faite conformément aux plans de l’architecte, ni si cette dernière a été modifiée par la suite.

  • Murs
    • brique
  • Toits
    ardoise
  • Étages
    sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, étage de comble
  • Couvrements
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans
  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée

La maison présente de nombreuses originalités par rapport à la majorité des maisons bapalmoises : toiture à longs pans débordante (et non pas toiture avec brisis), porte d'entrée au centre de la façade (et non pas distribution latérale), lucarne en pavillon, murs totalement enduits sans brique apparente, et enfin bossage en tables continues en partie basse de la façade.

L'ensemble de ces caractéristiques fait donc de cette maison un élément singulier du patrimoine bâti de Bapaume.

Comme sa voisine, la maison est due à l'architecte Rousseau. On y retrouve donc un certain penchant pour les lucarnes. Mais là s'arrêtent les points communs, prouvant ainsi que l'architecte a su s'adapter aux demandes de ses commanditaires. Il fallait en effet pour un notaire que la maison dégage une aura de respectabilité, ce que lui confère sans aucun doute l'aspect très classique de sa façade, l'utilisation de matériaux luxueux comme le chêne apparent des huisseries ou du silexore qui donne un aspect pierre aux enduits ciment. Cette mise en scène de la position sociale se poursuit à l'intérieur, où les espaces de réception privés (salle à manger) ou publics (vestibule, bureau et étude) sont plus richement décorés que les autres.

Documents d'archives

  • AD Pas-de-Calais. Série 10R ; 10R9/68. Dommage de guerre. Secteur de Bapaume. Dossier 967. Paul Dequen-Carlier, habitation et dépendances à Bapaume : devis, conventions d'acompte, liquidation du compte de coopérateur, plans.

    Liste des documents figurés utilisés dans la notice :

    - Propriété de Mr Dequen - n°12 rue Jean Baptiste Lequette - Bapaume : façade principale ; coupe AB ; plans du sous-sol, du rez-de-chaussée, du 1er étage et des combles. Signé et daté par Rousseau, architecte, Dequen, propriétaire et l'entrepreneur, le 28 février 1923.

    - Société coopérative l'Amicale de Bapaume - Propriété de Mr Dequen - construction de dépendances : buanderie, bûcher, WC : façade, plan du rez de chaussée, plan de la toiture, coupe longitudinale, coupe sur le bûcher, coupe transversale, façade, p. Signé et daté par Rousseau, architecte, le 18 juin 1927.

    Dossier 967. Paul Dequen-Carlier, habitation et dépendances à Bapaume : devis, conventions d'acompte, liquidation du compte de coopérateur, plans.

Annexes

  • Les matériaux de la reconstruction à Bapaume
Date d'enquête 2018 ; Date(s) de rédaction 2019
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Girard Karine
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France.

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Articulation des dossiers
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