Dossier d’œuvre architecture IA80001220 | Réalisé par
Fournier Bertrand
Fournier Bertrand

Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France

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  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Hôtel-Dieu de Saint-Riquier et sa chapelle Saint-Nicolas
Œuvre recensée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Baie de Somme - Trois Vallées

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Rue
  • Commune Saint-Riquier
  • Adresse 7 rue de l' Hôpital
  • Cadastre 2024 AB 156, 157
  • Dénominations
    hôtel-Dieu, chapelle
  • Vocables
    Saint-Nicolas
  • Autres parties constituantes
    chapelle, cloître, hospice, logement, cour, cimetière, jardin potager, clôture de jardin

Fondé à la fin du XIIe siècle, l’Hôtel-Dieu de Saint-Riquier constitue un témoignage particulièrement complet de l’évolution de l’architecture hospitalière française sous l’Ancien Régime. Reconstruit à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles autour d’un cloître, d’une grande salle des malades et d’une chapelle directement reliée aux espaces de soins, il conserve une organisation où demeurent lisibles les fonctions hospitalières, communautaires et religieuses. La chapelle Saint-Nicolas, achevée en 1719 et enrichie au milieu du XVIIIe siècle d’un remarquable ensemble mobilier, illustre avec une rare cohérence le lien alors établi entre soin du corps et assistance spirituelle.

Un hôpital médiéval sous le patronage de l’abbaye

La date de fondation de l’Hôtel-Dieu de Saint-Riquier n’est pas connue avec certitude. L’existence, dès le IXe siècle, d’un lieu d’accueil à l’intérieur de l’abbaye témoigne de l’ancienneté de la fonction hospitalière à Saint-Riquier, sans permettre toutefois d’établir une continuité institutionnelle ou topographique avec l’établissement actuel. L’Hôtel-Dieu proprement dit apparaît dans les sources à la fin du XIIe siècle. Il est attesté en 1199 sous les termes de domus hospitalis et de domus pauperum. Sa fondation est traditionnellement attribuée à Adam de La Broye, prêtre de Saint-Riquier. L’institution semble déjà organisée à cette date et dispose d’une communauté de frères à laquelle s’ajoute bientôt une communauté de sœurs. En 1199, Barthélemy Frétel de Visme, seigneur de Neuilly, et son épouse lui donnent notamment un domaine à Neuilly et le bois de Fay ; en décembre de la même année, Wace Lefebvre, dont la fonction n'est pas connue, lui concède une rente foncière. Ces donations inaugurent la constitution d’un important patrimoine composé de terres, de prés, de bois et de fermes, dont les revenus assurent le fonctionnement de l’établissement et l’entretien des pauvres et des malades (Hénocque, 1888, t. III, p. 413-414 ; Dinet-Lecomte, Montaubin, 2015, p. 495-503).

L’Hôtel-Dieu est installé à l’intérieur de l’enceinte urbaine, en bordure de la voie conduisant vers Crécy et à proximité immédiate de l’abbaye. En 1201, Adam de La Broye obtient de l’abbé de Saint-Riquier l’autorisation d’aménager une chapelle à l’intérieur de la maison hospitalière. L’acte précise les relations entre l’établissement et le monastère. Le chapelain peut y célébrer la messe et administrer les sacrements aux malades, mais il ne dispose d’aucun droit paroissial. Les malades décédés doivent être inhumés dans le cimetière de l’église Notre-Dame tandis que les prêtres, clercs, frères et sœurs de l’Hôtel-Dieu relèvent du cimetière du monastère. L’abbé conserve en outre son droit de patronage sur l’institution et une partie des oblations versées dans la chapelle. Ces dispositions montrent que, dès son origine, l’Hôtel-Dieu constitue une institution autonome pour son administration quotidienne tout en demeurant étroitement liée à l’abbaye et à l’organisation paroissiale de la ville (Hénocque, 1888, t. III, p. 414-417).

Une bulle du pape Innocent III confirme en 1204 l’existence et les privilèges de l’établissement et l’exempte notamment du paiement de certaines dîmes sur les animaux élevés dans ses fermes. La première chapelle est construite peu après. Vers 1209-1210, Adam de La Broye souhaite procéder à sa dédicace et s’adresse à l’évêque d’Amiens. Une charte de l’abbé Mathieu, en 1210, autorise cette dédicace tout en renouvelant l’interdiction d’y exercer les fonctions paroissiales et d’y ensevelir les fidèles. La chapelle est placée sous le vocable de saint Nicolas. En janvier de cette même année, Guillaume, comte de Ponthieu, place l’Hôtel-Dieu sous sa protection et sa garde (Hénocque, 1888, t. III, p. 415-418).

Soigner les corps et les âmes

L’établissement est alors administré par une communauté mixte. Les frères sont attestés dès 1199 et les sœurs en 1210. Une règle promulguée en 1233 par Geoffroy, évêque d’Amiens, précise l’organisation de cette communauté. Deux prêtres et un clerc assurent le service divin tandis que quatre frères et huit sœurs sont affectés au soin des malades. Les logements des frères et des sœurs sont séparés et les communications entre eux réglementées. Cette organisation demeure en vigueur, dans ses principes, jusqu’au début du XVIIIe siècle (Hénocque, 1888, t. III, p. 418 et suiv.).

L’importance accordée à la chapelle s’explique par la conception médiévale de l’assistance hospitalière. L’Hôtel-Dieu accueille des pauvres et des personnes atteintes de maladies considérées comme curables, mais également des vieillards, des pèlerins et voyageurs et, selon les circonstances, des femmes enceintes ou des personnes sans soutien familial. Les soins du corps s’accompagnent d’un traitement spirituel : confession, communion, prières et assistance à la messe participent au parcours du malade. La proximité entre la salle des malades et la chapelle constitue ainsi une donnée fondamentale de l’organisation hospitalière. Cette relation fonctionnelle, attestée dans les établissements picards médiévaux, demeure particulièrement lisible dans l’Hôtel-Dieu reconstruit de Saint-Riquier où la salle des malades communique avec la chapelle et où une tribune permet aux personnes alitées d’assister aux offices (Montaubin, 2018 ; Dinet-Lecomte, Montaubin, 2015).

Des reconstructions au rythme des guerres

L’Hôtel-Dieu médiéval connaît plusieurs destructions et reconstructions. Entre 1303 et 1312, l’abbé Eustache de Pollehoye autorise la reconstruction de la chapelle Saint-Nicolas et rappelle à cette occasion les prérogatives conservées par l’abbaye. En 1309, un différend opposant l’abbé au maître de l’Hôtel-Dieu au sujet de la bénédiction des cendres, des rameaux et des cierges est porté devant des commissaires désignés par le pape Clément V ; le droit de bénédiction demeure réservé à l’abbé. Ces conflits illustrent la volonté progressive de l’établissement hospitalier d’affirmer son autonomie religieuse face au monastère (Hénocque, 1888, t. III, p. 19, 418 et suiv.).

En 1346, lors des opérations militaires conduites par Édouard III en Ponthieu, Saint-Riquier est incendiée et l’Hôtel-Dieu gravement atteint. L’accueil des pauvres doit être interrompu pendant plusieurs années. La reconstruction qui suit conduit à une nouvelle dédicace de la chapelle, le 5 mai 1377, par un évêque auxiliaire du cardinal Jean de La Grange. Les troubles de la fin du Moyen Âge entraînent de nouvelles destructions. La chapelle Saint-Nicolas est brûlée et ruinée en 1474 et les comptes la signalent encore en mauvais état en 1532, les guerres successives empêchant une remise en état durable (Hénocque, 1888, t. III, p. 430 et suiv. ; Dinet-Lecomte, Montaubin, 2015, p. 497).

Au milieu du XVIe siècle, l’Hôtel-Dieu est une nouvelle fois endommagé. Sous la maîtrise de Raoul Ternisien, les bâtiments sont réparés grâce notamment aux libéralités de Marie Decamps, qui donne 180 livres et avance 144 livres à l’établissement. En contrepartie, une messe du Saint-Sacrement doit être célébrée chaque jeudi pour le repos de son âme, de celui de son époux défunt et de ses proches. Cette donation illustre le rôle essentiel joué par les fondations pieuses dans le financement des établissements hospitaliers de l’Ancien Régime (Hénocque, 1888, t. III, p. 430 et suiv.).

Une communauté hospitalière devenue féminine

À partir du XVIIe siècle, la communauté devient essentiellement féminine. L’établissement demeure néanmoins placé sous l’autorité d’un maître, ou père-maître, qui administre ses biens et doit prêter serment de respecter les droits de patronage de l’abbaye. En 1636, dans le contexte de la guerre contre l’Espagne, les religieuses quittent temporairement Saint-Riquier et trouvent refuge à Abbeville. Le rôle croissant de la communauté féminine apparaît également dans la gestion de l’établissement puisque les comptes sont désormais rendus à l’évêque d’Amiens par une sœur (Dinet-Lecomte, Montaubin, 2015, p. 496).

Les pratiques funéraires témoignent parallèlement de l’émancipation progressive de l’Hôtel-Dieu à l’égard de l’abbaye. En 1646, Jeanne Hurtrel, sœur de l’établissement, est inhumée à l’Hôtel-Dieu au lieu du cimetière monastique. En 1669, les religieux de l’abbaye adressent encore une sommation au maître et aux religieuses à propos des inhumations pratiquées dans l’établissement, sans parvenir à faire cesser cet usage. Celui-ci annonce l’obtention, au début du XVIIIe siècle, d’espaces funéraires officiellement consacrés à l’intérieur ou à proximité de l’Hôtel-Dieu (Hénocque, 1888, t. III, p. 443-446 ; Montaubin, 2018).

De l’hôpital médiéval à l’Hôtel-Dieu actuel

La physionomie actuelle de l’Hôtel-Dieu résulte principalement d’une vaste campagne de reconstruction engagée à la fin du XVIIe siècle. Le logement du père-maître est construit ou reconstruit en 1688. La réunion à l’Hôtel-Dieu des biens et revenus de l’ancienne maladrerie du Val, établissement attesté dès le XIIe siècle, procure alors des ressources nouvelles. La date de cette réunion varie selon les auteurs : Hénocque la place en 1693 et les travaux plus récents en 1695. La maladrerie apporte notamment 226 journaux de terres labourables, ainsi que des revenus en grain. Cette augmentation des ressources permet d’accroître la capacité hospitalière, qui passe de douze à seize lits, et d’engager la modernisation des bâtiments (Hénocque, 1888, t. III, p. 445 ; Dinet-Lecomte, Montaubin, 2015, p. 496-497).

Les travaux se succèdent rapidement. Des parloirs et des logements destinés aux domestiques sont construits en 1699. En 1700 est édifié un dortoir au-dessus du noviciat, de l’ouvroir, du vestibule, du réfectoire et de l’infirmerie. Un second dortoir, ainsi que la cuisine et la boulangerie, complètent l’ensemble dans les premières années du XVIIIe siècle. Selon, l'historien Philippe Bucamp, les travaux des deux grandes ailes seraient attribués au maître maçon Marc Buteux (notes manuscrites non publiées). Le cloître est élevé vers 1704-1705. Cette reconstruction donne à l’Hôtel-Dieu l’essentiel d'une organisation architecturale singulière et rare avec des bâtiments conventuels et hospitaliers disposés autour d’une cour et reliés par des galeries. La datation de l'aile nord de l'hôtel-Dieu, qui donne sur la cour de l'ancienne ferme attenante à l'établissement, est également confortée par l'analyse de son décor. Les longues volutes affrontées en pierre disposées sur le parement de brique dans les pleins des travées, appartiennent à un vocabulaire caractéristique de l'architecture brique et pierre du nord de la France et des anciens Pays-Bas, à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècle. Un rapprochement peut d'ailleurs être effectué avec une maison du Quesnoy, (17 rue Thuau - IA59005727), en Avesnois. Les panneaux de brique reçoivent des perres calcaire ornées de volutes entrelacéeset affrontées, et dont la façade est datée du premier quart du XVIIIe siècle. Sans constituer un lien direct, cette comparaison corrobore une datation de l'aile nord de Saint-Riquier autour de 1700, tout en souslignant le caractère particulièrement déveloippé et peu commun de ce décor.

La réorganisation matérielle s’accompagne d’une réforme de la communauté. À l’occasion d’une visite pastorale, Henri Feydeau de Brou, évêque d’Amiens, donne en 1701 de nouvelles constitutions à l’Hôtel-Dieu. Elles sont approuvées le 12 mai et reçues par la communauté le 8 septembre suivant. Le 20 janvier 1702, l’établissement obtient officiellement le droit de posséder un lieu de sépulture. Un grand caveau situé sous l’un des bâtiments est bénit afin de recevoir les dépouilles des religieuses. En 1704, une portion du fossé des anciennes fortifications de la ville est à son tour bénite pour servir de cimetière aux pauvres décédés dans la salle des malades. Ces dispositions mettent fin à plusieurs siècles de dépendance à l’égard des cimetières de Notre-Dame et de l’abbaye (Hénocque, 1888, t. III, p. 445-446 ; Montaubin, 2018).

1719, une année charnière à Saint-Riquier

La construction de la chapelle Saint-Nicolas actuelle constitue l’aboutissement de cette campagne de renouvellement. Les comptes de 1717-1718 enregistrent des paiements à plusieurs carriers et maçons, à un sculpteur de Heucourt, au serrurier amiénois Jacques de Bray ainsi qu’à un peintre d’Amiens, qui n'est pas désigné par son nom. Ils mentionnent également l’achat de fer destiné aux verrières et de douze chandeliers correspondant aux croix de consécration. Le chantier est achevé en 1719. Cette date est inscrite à deux endroits de l’édifice : sur le portail, où figure l’inscription « FVNDAVIT ALTISSIMVS ANNO DNI 1719 », et à la clef de voûte de la première travée. La chapelle est consacrée le 11 août 1720 par Pierre Sabatier, évêque d’Amiens (AD Somme, série E, administration de l’Hôtel-Dieu de Saint-Riquier, entretien des bâtiments, 1715-1789 ; Hénocque, 1888, t. III, p. 446 ; Dinet-Lecomte, Montaubin, 2015, p. 497).

L’année 1719 établit également un rapprochement significatif avec l’autre grand ensemble religieux de Saint-Riquier. Le 29 mars, alors que le chantier de la chapelle de l’Hôtel-Dieu touche à son terme, un incendie ravage les bâtiments conventuels de l’abbaye (IA80000856) et détruit notamment une grande partie du chartrier et de la bibliothèque. Aucun élément ne permet toutefois d’établir un lien causal entre l’incendie et le chantier de l’Hôtel-Dieu. La simultanéité des deux événements constitue toutefois une date majeure dans l’histoire monumentale du bourg.

Une chapelle au cœur du dispositif hospitalier

En 1727, la grande salle des malades doit elle-même être réparée après l’affaissement de ses fondations et l’écroulement de ses pignons et d’une partie de ses murs. Hénocque, qui visite l’établissement au XIXe siècle, considère que la grande salle qu’il observe correspond à celle reconstruite à cette occasion, malgré les modifications apportées depuis. L’Hôtel-Dieu compte alors vingt-trois religieuses, un prêtre chargé du temporel et du spirituel, trois valets et quatre servantes ; treize lits sont réservés aux malades (Hénocque, 1888, t. III, p. 446 ; Dinet-Lecomte, Montaubin, 2015, p. 497).

Le milieu du XVIIIe siècle est principalement marqué par l’enrichissement exceptionnel du décor de la chapelle. Le grand tableau du retable est l’œuvre de Joseph-Ignace-François Parrocel, daté de 1751. En 1753, Simon-Georges-Joseph von Pfaffenhoffen, dit Pfaff, réalise le monumental ensemble du maître-autel et du retable. Deux statues représentent saint Nicolas, patron de la chapelle, et saint Augustin, dont la règle structure la vie de la communauté hospitalière. Deux bas-reliefs consacrés à la guérison et à l’hospitalité complètent le programme iconographique. Les grilles de fer forgé séparant le chœur de la nef ainsi que plusieurs éléments de clôture sont attribués à Jean-Baptiste Veyren, dit Le Vivarais. Le décor associe ainsi étroitement les thèmes de la guérison, de l’accueil et de la vie religieuse, donnant une traduction monumentale à la vocation de l’Hôtel-Dieu (Foucart-Borville, 1996 ; Bacquet, 1992, p. 112).

Les ressources de l’établissement restent importantes au XVIIIe siècle. En 1752, les recettes s’élèvent à 8 989 livres pour 7 600 livres de dépenses. La capacité hospitalière augmente progressivement et atteint dix-huit lits à la veille de la Révolution. La communauté demeure également nombreuse. Malgré les transformations politiques et administratives de la fin du siècle, la présence des religieuses se maintient dans l’établissement (Dinet-Lecomte, Montaubin, 2015, p. 497-498).

De l’Hôtel-Dieu à l’hospice civil

À la Révolution, l’Hôtel-Dieu est transformé en hospice civil. Après 1791, sa capacité est portée à environ soixante lits. Contrairement à de nombreuses communautés religieuses supprimées à cette époque, les sœurs continuent d’exercer dans l’établissement. Le plan cadastral de 1811 montre alors l’importance de l’emprise hospitalière : les bâtiments de l’Hôtel-Dieu sont associés à une ferme, à un cimetière et à de vastes terrains de culture et de jardin situés au sud de l’établissement (AD Somme, 3 P 1237 ; Dinet-Lecomte, Montaubin, 2015, p. 498). Les religieuses quittent définitivement l’Hôtel-Dieu en 1963, mettant fin à une présence hospitalière féminine attestée depuis le début du XIIIe siècle. Une importante campagne de restauration est menée entre 1986 et 1992.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 17e siècle, 1er quart 18e siècle , daté par source, porte la date
    • Secondaire : milieu 18e siècle , daté par source, daté par travaux historiques
  • Dates
    • 1719, porte la date
  • Auteur(s)

Organisation générale et bâtiments hospitaliers

L’Hôtel-Dieu est établi en bordure de la rue de l’Hôpital, à laquelle il présente une longue élévation. L’ensemble se compose de plusieurs corps de bâtiments articulés autour d’une cour intérieure bordée de trois ailes formant cloître. La chapelle Saint-Nicolas et l’ancienne salle des malades occupent une position majeure sur le front de rue, tandis que le logement du père-maître et le passage conduisant aux anciennes dépendances agricoles prolongent l’ensemble vers l’est.

Les bâtiments sont principalement construits en brique avec emploi abondant de pierre calcaire pour les soubassements, chaînes, encadrements de baies, bandeaux, corniches, arcades et éléments de décor. Cette polychromie de brique rouge et de pierre claire unifie les différentes ailes. Les corps principaux sont couverts de toitures en ardoise, à longs pans et croupes, percées de lucarnes. Celles des ailes du cloître sont encadrées de pierre et couronnées de petits frontons triangulaires. La façade nord de l'aile nord du cloitre qui donne sur la cour de la ferme attenante est rythmée d'un décor unique composé de longues volutes affrontées en pierre, disposées dans les pleins de travées sur les parements de brique. Organisées symétriquement autour de motifs pendant centraux, elles se développent horizontalement sur une grande partie de la largeur des travées et forment presque une frise continue. Leur ampleur, leur répétition et leur intégration systématique à l'ordonnance de cette façade confèrent à cet ensemble un caractère décoratif exceptionnel dont les équivalents directs apparaissent rares dans l'architecture régionale.

Le cloître s’organise autour d’une cour de plan sensiblement quadrangulaire. Les ailes nord, ouest et sud présentent au rez-de-chaussée une succession régulière de grandes arcades en plein cintre reposant sur de puissants supports de pierre. Plusieurs de ces arcades sont aujourd’hui vitrées. L’étage carré est construit en brique et rythmé verticalement par les chaînes et encadrements de pierre. Des bandeaux horizontaux soulignent les niveaux et assurent la continuité des élévations.

L’aile ouest présente une composition particulièrement régulière. Sa travée médiane est marquée par une porte ouvrant sur la cour et par une lucarne à fronton disposée dans son axe. Les ouvertures rectangulaires de l’étage sont encadrées de pierre et reliées par les bandeaux horizontaux qui structurent l’ensemble de la façade. L’aile nord reprend une composition analogue, avec une galerie d’arcades au rez-de-chaussée, un étage de fenêtres régulièrement espacées et un comble éclairé par plusieurs lucarnes.

L’aile sud est construite sur un niveau de soubassement plus important. Sa façade méridionale comprend un corps central ordonnancé couronné d’un fronton triangulaire sculpté. Les niveaux inférieurs donnent accès à plusieurs caves. Une galerie vitrée en saillie occupe une partie de l’élévation. Les maçonneries du soubassement associent pierre calcaire et matériaux de petit appareil.

Les sous-sols de l’aile ouest sont couverts de voûtes d’arêtes retombant sur des supports maçonnés. D’autres espaces enterrés subsistent sous l’aile sud. Une croix de pierre accompagnée de la plaque mortuaire de mère Sainte-Julie, morte le 22 janvier 1833, est conservée dans cette partie de l’ensemble et matérialise encore la fonction funéraire de ces espaces.

Les galeries intérieures du cloître se développent le long de la cour. Elles sont couvertes de voûtains rythmés par des arcs transversaux ; la brique laissée apparente forme sur les voûtes des motifs géométriques contrastant avec les parties enduites. Les sols sont revêtus de carreaux à motifs géométriques. De grandes baies en plein cintre éclairent les circulations depuis la cour.

Deux escaliers intérieurs conservent leurs dispositions anciennes. Dans l’aile nord, un escalier en bois à rampe de balustres tournés dessert l’étage correspondant aux anciennes chambres des sœurs. Un second escalier de même caractère se trouve dans l’aile sud et dessert les niveaux associés aux salles des malades.

Le logement du père-maître est situé sur la rue de l’Hôpital, immédiatement à côté de la chapelle. Sa façade de brique et pierre comprend un étage carré et un étage de comble éclairé par des lucarnes. Les baies sont encadrées de chaînes harpées en pierre. L’une des travées du rez-de-chaussée est particulièrement mise en valeur par un encadrement de pierre surmonté d’un entablement sculpté où apparaissent des motifs de cœurs accompagnés d’inscriptions et de symboles religieux. Un passage couvert de grande largeur sépare ce logement des anciennes dépendances de la ferme et donne accès aux parties arrière de la propriété.

La grande salle des malades borde la rue. Son élévation extérieure est caractérisée par une série régulière de hautes fenêtres cintrées inscrites dans de grandes arcatures de pierre. Des pilastres ou dosserets séparent les travées et reposent sur un soubassement scandé de bandeaux de brique et de pierre. La hauteur des fenêtres et leur répétition donnent à cette partie de l’Hôtel-Dieu un caractère monumental tout en assurant un éclairage abondant de l’espace intérieur.

La chapelle Saint-Nicolas

La chapelle Saint-Nicolas est directement liée à la salle des malades. Son volume, couvert d’ardoise, est signalé extérieurement par un petit clocher de charpente. Les élévations latérales sont rythmées par des contreforts de pierre et de grandes baies cintrées. Le portail est accessible depuis la rue par un escalier à deux volées. Il est encadré de pierre et surmonté d’un fronton brisé et cintré dans lequel s’inscrit un fronton triangulaire décoré de motifs végétaux. Le tympan de la porte porte l’inscription "FVNDAVIT ALTISSIMVS ANNO DNI 1719" [Le Très-Haut l'a fondé en l'an du seigneur 1719].

L’espace intérieur de la chapelle forme un vaisseau unique terminé par un chevet plat. Il est couvert de voûtes d’ogives dont les nervures retombent sur des supports engagés. La clef de la première travée porte également la date 1719. De hautes baies cintrées assurent l’éclairage latéral de la nef du côté est uniquement.

Le lien entre la chapelle et la salle des malades

À l’extrémité opposée au chœur, une large ouverture établit une communication avec la salle des malades. Au-dessus de cette ouverture se trouve une tribune vitrée munie d’un garde-corps en fer forgé. Cette disposition permettait aux malades, notamment lorsqu’ils étaient alités, de voir l’intérieur de la chapelle et d’assister aux offices depuis l’espace hospitalier. Elle constitue l’un des éléments les plus caractéristiques de l’organisation architecturale de l’ensemble.

Une sacristie est aménagée derrière la chapelle. Elle conserve un important ensemble de placards et de lambris de bois couvrant une grande partie des parois.

La cour du cloître est aujourd’hui engazonnée et conserve un puits en son centre. Les différentes ailes présentent encore une forte homogénéité architecturale malgré les adaptations apportées à leurs ouvertures et à leurs distributions intérieures. L’ensemble demeure particulièrement lisible dans son organisation générale : salle des malades et chapelle sur la rue, bâtiments de communauté autour du cloître, logement du père-maître et anciennes dépendances agricoles disposés à proximité immédiate.

  • Murs
    • brique
    • calcaire pierre de taille
    • moellon
  • Toits
    ardoise
  • Étages
    sous-sol, 1 étage carré, étage de comble
  • Couvrements
    • voûte d'ogives
    • voûte d'arêtes
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier en charpente
    • escalier de distribution extérieur : escalier symétrique, escalier en fer-à-cheval escalier en maçonnerie
  • Techniques
    • ferronnerie
    • sculpture
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    inscrit MH partiellement, 1952/06/21
  • Précisions sur la protection

    Façades et toitures de tous les bâtiments des 17e et 18e siècles et la chapelle (intérieur et extérieur) : inscription par arrêté du 21 juin 1952.

  • Référence MH

Documents d'archives

  • AD Somme. Série E. Administration de l'Hôtel-Dieu de Saint-Riquier. Entretien des bâtiments, 1715-1789.

  • AD Somme. Série H ; Sous-série 112 : 112 H 1-2. Fonds de l'Hôtel-Dieu de Saint-Riquier. Baux de terres et réglementation de l'usage des bois dépendant de l'Hôtel-Dieu, 1741-1761.

  • AD Somme. Série H ; Sous-série 5 H dépôt. Fonds de l'hôtel-Dieu Saint-Riquier, registre de délibérations de l'hôpital, 1793-1872.

Bibliographie

  • DINET-LECOMTE, Marie-Claude ; MONTAUBIN, Pascal. Les hôpitaux de Picardie du Moyen Age à la Révolution. Amiens : Ancrage, 2015, 668 p.

    Saint-Riquier, p. 495-503.
  • FOUCART-BORVILLE, Jacques. La vie et l'oeuvre du sculpteur Simon Pfaff de Pfaffenhoffen (1715-1784) : essai de catalogue. Abbeville : Paillard, 1996.

  • MONTAUBIN, Pascal (Dir.). Hôpitaux et maladreries au Moyen Age : espace et environnement. Publications du CAHMER, n°17 , 2004, p.362.

    p.362.
  • MONTAUBIN, Pascal. Vivants et morts dans les hôpitaux picards (XIIe-XVe siècles) [en ligne]. Les vivants et les morts dans les sociétés médiévales, édité par Société des historiens médiévistes de l’Enseignement supérieur public. Paris : Éditions de la Sorbonne, 2018.

  • SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE. FONDATION EDMOND SOYEZ. La Picardie historique et monumentale. Tome IV, Arrondissement d'Abbeville. Seconde partie. Amiens : Impr. de Yvert et Tellier, 1907-1911. 358 p. et pl.

    Seconde partie. Notices de É. Delignières, H. Macqueron, R. de Guyencourt, R. Rodière et P. Des Forts.

    Réunit : N° 1 - Canton de Gamaches / notices par MM. Ph. des Forts et R. de Guyencourt N° 2 - Canton de Crecy / notices par MM. R. Rodière, Ph des Forts et l'Abbé Armand Canton de Moyenneville / notices par M. H. Macqueron Canton d'Ailly-le-Haut-Clocher (1re partie) / notices par MM. R. de Guyencourt et Am. de Francqueville N° 3 - Canton d'Ailly-le-Haut-Clocher (2e partie) / notice par M. Georges Durand Saint-Riquier / notice par M. Georges Durand

Documents figurés

  • Plan parcellaire cadastral de la commune de Saint-Riquier, dit plan napoléonien, section H1, 1811 (AD Somme ; 3 P 1237).

    AD Somme
  • Hospice de St Riquier, aquarelle et lavis d'après nature, par Oswald Macqueron, 1849 (Abbeville, Archives et Bibliothèque patrimoniale - fonds Macqueron ; AIL_163).

    Archives et bibliothèque patrimoniale d'Abbeville
  • Hospice de Saint-Riquier, façade de bâtiment sur la première cour du côté de l'ancienne porte du Héron, aquarelle d'après nature, par Oswald Macqueron, 31 juillet 1871 (Abbeville, Archives et Bibliothèque patrimoniale - fonds Macqueron ; B800016201 AIL 164).

    Archives et bibliothèque patrimoniale d'Abbeville
  • Hôpital de Saint-Riquier, cour du côté du beffroi, aquarelle d'après nature, par Oswald Macqueron, 31 juillet 1871 (Abbeville, Archives et Bibliothèque patrimoniale ; B800016201 AIL165).

    Archives et bibliothèque patrimoniale d'Abbeville
  • Hôpital de Saint-Riquier, vue du cloître, aquarelle d'après nature, par Oswald Macqueron, 31 juillet 1871 (Abbeville, Archives et Bibliothèque patrimoniale - fonds Macqueron ; B800016201 AIL 166).

    Archives et bibliothèque patrimoniale d'Abbeville
  • Saint-Riquier. Vue de l'ensemble de l'hôpital, carte postale, vers 1920 (AC Saint-Riquier. Fonds iconographique ; n. c.).

    Archives communales
Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Fournier Bertrand
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Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France

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