Dossier d’œuvre architecture IA80011008 | Réalisé par
Fournier Bertrand (Rédacteur)
Fournier Bertrand

Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France

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  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Le village de Saint-Riquier
Œuvre étudiée
Auteur
  • Gasne Louis
    Gasne Louis

    Louis Gasne succède en 1874 au maître de forges Édouard Zégut à la tête des Fonderies de Tusey, à proximité de Vaucouleurs (Meuse), fondées en 1832 par Pierre-Adolphe Muel, issu d'une famille vosgienne de maître de forges.

    Il est actif à Tusey entre 1874 et 1896. Il fait également de la fonte au sable et de la fonte à la cire perdue. Médaille d'or à l'Exposition universelle de 1889. En 1901, il reprend la Société anonyme de fonderie artistique, branche de la fonderie Victor Thiébaut.

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Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Baie de Somme - Trois Vallées

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Rue
  • Commune Saint-Riquier
  • Lieu-dit Drugy, Le Faubourg, Saint-Mauguille

Position du site

Le bourg de Saint-Riquier est établi en bordure du Scardon, affluent de la Somme, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest d’Abbeville. L’agglomération occupe le rebord et le versant d’un plateau dont les pentes descendent vers les marais du Scardon, au sud. Les hauteurs sont aujourd’hui presque dépourvues de boisements.

Premières occupations humaines et origine du bourg

Le vicus ou la villa de Centula (la ville aux cent tours), selon Hariulf, se trouve au centre d’un important carrefour d’itinéraires anciens disposés en étoile et venant notamment d’Abbeville, de Gapennes, de Longpré et d’Ailly-le-Haut-Clocher. Les prospections aériennes et les sondages archéologiques ont permis de repérer de nombreux enclos irréguliers qui témoignent d’occupations celtiques importantes : une dizaine en amont du Scardon jusqu’à Oneux et plus d’une vingtaine en aval, vers Caours. À l’époque romaine, le territoire est déjà occupé.

Une voie traverse l’emprise du bourg actuel suivant un axe sud-ouest–nord-est ; son tracé à la sortie d’Oneux demeure toutefois hypothétique. Des vestiges de remparts et un camp léger ont également été repérés sur le modeste oppidum qui domine Drugy, tandis que plusieurs villas de dimensions importantes existaient au nord de Yaucourt, au fond de Bessac. De nombreux toponymes celtiques, gallo-romains ou du haut Moyen Âge entourent enfin Centula, notamment ceux qui se terminent en -y, -court ou -villers.

L’activité humaine autour de Centula paraît avoir été constante pendant plus de deux millénaires. L’histoire de la localité jusque vers 1020-1050 repose toutefois presque exclusivement sur la Chronique d’Hariulf (BnF ; lat. 11733), rédigée vers 1090-1100. Selon ce moine de l’abbaye de Saint-Riquier, deux religieux irlandais disciples de saint Colomban, Friocor et Caldor — dont les noms varient suivant les manuscrits — auraient converti, vers 610-620, un noble de Centula nommé Riquier. Après de longues campagnes d’évangélisation menées le long des voies anciennes, celui-ci se serait retiré en ermite dans une cella de la forêt de Crécy vers 630-635. Le lieu, Forestae cella, serait à l’origine de Forest-Montiers, où Riquier meurt vers 645. Son disciple Ocioldus aurait ensuite reçu des rois mérovingiens de Neustrie l’autorisation de fonder une paroisse à Centula. Angilbert, son sixième successeur et neveu de Charlemagne, aurait ramené le corps de Riquier à Centula en 797 ; la localité aurait alors pris le nom de Saint-Riquier. La communauté religieuse adopte la règle de saint Benoît tandis qu’est élevée une grande abbatiale (IA80000856).

Un autre récit, concordant pour l'essentiel avec celui d'Hariulf mais divergent sur certains noms et détails, précise que Riquier se retira dans la forêt de Crécy avec un seul compagnon, nommé Sigobardus, après avoir obtenu de la reine Nanthilde, régente du royaume à la mort de Dagobert Ier, la jouissance d'un coin de forêt. L'ermitage aurait ensuite été transformé en monastère par le palatin Maurontus, avant qu'un diplôme de Charlemagne du 28 avril 797 n'en fasse don à l'abbaye de Saint-Riquier : ce fut l'abbaye de Forest-Montiers (Bacquet, 1992, p. 478.).

La reconstruction entreprise vers 790 par l’abbé Angilbert, conseiller de Charlemagne, aurait par ailleurs reçu le soutien direct de l’empereur qui y aurait envoyé charpentiers, tailleurs de pierre, verriers et marbriers, tandis que des colonnes et des corniches de marbre et de jaspe auraient été acheminées depuis Rome. En l’honneur de la Trinité, Angilbert aurait alors fait construire trois églises principales : Saint-Sauveur, sur le tombeau de Riquier, au nord, à l’emplacement de l’ancienne église Sainte-Marie ; une église dédiée à la Vierge et aux Apôtres, au sud ; enfin Saint-Benoît, la plus petite, à l’est. Le cloître des moines s’inscrit ainsi dans un plan triangulaire. À cette époque l’établissement religieux, connu par deux gravures, pouvait être occupé par trois cents moines (Bacquet, 1992, p. 479-480).

Une dualité des pouvoirs laïcs et religieux

Avant 820, en l'absence d'un comte établi à Abbeville, l'abbé Nithard, fils d'Angilbert et de Berthe, fille de Charlemagne, apparaît comme le premier abbé de Saint-Riquier à recevoir les pouvoirs comtaux. Après lui, tous les autres abbés, le plus souvent laïcs, portent également ce statut, au moins jusqu'au milieu du XIᵉ siècle avec l'abbé Helgaud. Il faut toutefois attendre 1166 ou 1184 pour que l'avoué Gautier prenne le titre de seigneur de la Ferté. Jusqu'à sa mort en 1214, il tient alors le pouvoir banal sur l'oppidum de Saint-Riquier, ainsi que sur les châteaux de Drugy, du Crotoy et sur une douzaine de villages situés autour de Saint-Riquier. L'ensemble forme une seigneurie assez ramassée.

Ce double statut associe le destin de l’abbaye à celui du comté, attaqué par les Normands au IXᵉ siècle, puis convoité par les comtes de Flandre entre 952 et 981 et par le comte de Saint-Pol. En 1131, ce dernier incendie une grande partie de l’abbaye et du village. Pour remédier à cette instabilité et à ces menaces permanentes, une première ceinture de fortifications (IA80001218) est élevée autour du bourg et de l'abbaye, jusqu'ici protégée par une simple palissade en bois. Par ailleurs à partir de 981, Hugues Capet, qui n'est pas encore roi de France mais qui a la main sur le comté de Ponthieu, confie la charge d'abbé de Saint-Riquier à Ingelard (981-1020). À partir de son abbatiat, les clercs de l'abbaye vont être remplacés par des moines bénédictins et l'abbaye va sortir du domaine politique.

Le cadre administratif et ecclésiastique de la paroisse d'Ancien Régime précise cette dualité des pouvoirs. Sur le plan civil, Saint-Riquier relève de l'élection de Doullens, du grenier à sel d'Abbeville et du bailliage d'Amiens ; elle est en outre chef-lieu de prévôté depuis le traité de Chinon en 1225. Sur le plan religieux, elle est le siège d'un doyenné du même nom et compte trois cures : Notre-Dame (IA80011120), Saint-Nicolas et Saint-Benoît, dont deux, Saint-Nicolas et Saint-Benoît, avaient cessé d'exister dès 1689. L'abbé de Saint-Riquier, présentateur des trois cures, percevait en outre les deux tiers de la dîme paroissiale, le dernier tiers revenant au chapelain de Saint-Benoît ; la dîme se percevait à raison de sept gerbes par cent.

La charte de commune

En 1126, la commune de Centule est reconnue par un pacte de paix conclu après un conflit entre les bourgeois et le pouvoir abbatial. L’abbé Anscher accorde la charte aux habitants constitués en commune, en présence et sous l’arbitrage du roi Louis VI. Le privilège est confirmé en 1189 par Philippe Auguste, puis ratifié en 1365 par Charles V. L’autorité de l’abbé sur la ville est notamment maintenue pour les poids et mesures, les droits d’étalage et le tonlieu. Centule adopte alors le nom de Saint-Riquier.

La formulation de l’acte de 1126 demande à être nuancée. La charte n’apparaît pas comme une concession unilatérale de Louis VI, mais comme un pacte de paix conclu après un conflit entre les bourgeois et le pouvoir abbatial : l’abbé Anscher l’accorde aux habitants constitués en commune, en présence et sous l’arbitrage du roi. Guillaume, comte de Ponthieu, doit demeurer hors de la commune ; aucun prince possédant un château ne peut y entrer ni exercer la mairie sans le consentement conjoint du roi et de l’abbé. La commune procède donc d’un compromis entre bourgeoisie, abbaye et monarchie, et non d’une émancipation complète à l’égard du seigneur ecclésiastique.

Les conflits qui suivent éclairent la portée concrète de ce compromis. Peu après 1126, les nouveaux échevins de Saint-Riquier tentent de soumettre les dépendants de l’abbaye aux taxes et corvées communales, d’attirer dans leur association les paysans des environs, de tenir leurs assemblées dans l’église et de disposer des cloches sans autorisation. L’intervention du roi rappelle alors les limites du pacte. Le beffroi (IA80001219) matérialise cette autonomie surveillée : la tradition locale place un premier édifice près de l’échevinage, rue Saint-Jean, avant son transfert en 1283 à plus de 200 m de l’abbaye. Cette translation donne une expression monumentale à la séparation progressive des deux pôles de pouvoir : religieux autour du monastère et civique autour du beffroi et de la place du Marché.

Les guerres et les invasions

En 845, puis en 859, la ville et le monastère sont assiégés une première fois par les Normands. De même, en 864, face aux nouvelles menaces normandes. Mais en 881, les Normands, conduits selon le récit par Garamond et guidés par Isembard, s’emparent de Centule : les religieux sauvent leurs objets les plus précieux avant l’incendie de la basilique. L’empereur Charles le Gros, roi de France de 884 à 887, contribue ensuite à la restauration des églises tandis que les corps de saint Riquier et de saint Valery sont transférés à Montreuil, puis à Saint-Bertin de Saint-Omer en 952. La relique n’aurait été restituée que le 3 juin 981, après l’intervention armée d’Hugues Capet. La réparation des murs de la ville est quant à elle beaucoup plus tardive et aurait été réalisée sous l’abbé Anscher (1097-1136), à qui est également attribuée la construction de nouvelles tours et l’élévation d’une église dédiée à saint Nicolas (Bacquet, 1992, p. 480-482).

En 1131, la ville est une nouvelle fois incendiée par Hugues Campdavesne, comte de Saint-Pol, allié à plusieurs seigneurs contre le seigneur de Beaurain (ou Beaurains) réfugié à Saint-Riquier. L’abbaye y aurait perdu ses archives, sa bibliothèque et une grande partie de son mobilier.

Au XVᵉ siècle, Saint-Riquier se trouve au cœur de la lutte entre Armagnacs et Bourguignons. En 1475, lors du siège mené par les troupes de Louis XI, le beffroi (IA80001219) et une grande partie de la ville ainsi que le château de Drugy (IA80001216) sont incendiés et détruits en représailles aux sympathies bourguignonnes manifestées par une partie de la population.

Enfin, au XXᵉ siècle, la commune, située à l’arrière du front, accueille dès 1915 un camp d’entraînement et un hôpital militaire britannique installés dans les bâtiments de l’abbaye ; donné pour 490 lits, celui-ci compte parmi les principaux établissements sanitaires militaires de la Somme durant le premier conflit mondial. Un cimetière du Commonwealth réunit aujourd’hui 104 sépultures des deux conflits mondiaux. Pendant la bataille d’Abbeville, du 27 mai au 4 juin 1940, l’abbaye sert d’hôpital de campagne à l’armée allemande ; les dossiers communaux de dommages de guerre attestent par ailleurs la destruction d’une partie des habitations (AD Somme ; 196 E_DEP).

Évolution de la population

Le dénombrement attribué à l’abbé Héric en 831 fait état de 2500 demeures de séculiers et de manoirs, chiffre à partir duquel a été proposée une estimation de 15 000 habitants.

Après cette évaluation médiévale exceptionnellement élevée, et sans doute excessive, Saint-Riquier connaît un recul démographique lié aux crises successives, puis une longue phase de stabilisation. Pour l’Ancien Régime, les sources soulignent une chute vertigineuse de cette population qui n’est plus que de 246 feux, soit environ 769 habitants en 1724, puis 719 habitants en 1772 (Baquet, 1992, p. 477). Enfin, plus récemment, les statistiques de l’Insee indiquent 1176 habitants en 1968 pour évoluer progressivement au chiffre de 1279 en 2023.

La ligne de chemin de fer et l'établissement d'une gare à Saint-Riquier (1879)

Évoqué dès 1860, le projet d’établir une gare sur la ligne de Frévent à Abbeville prend une tournure favorable à partir de 1867. Le conseil municipal de Saint-Riquier y voit "le signal d’une recrudescence de civilisation comme intelligence et comme rapports sociaux des hommes entre eux et d’une recrudescence du bien-être comme échange de produits de toute nature dans un rayon où la locomotive n’a qu’à paraître pour y mettre en valeur les richesses avoisinantes". Cet enthousiasme n’est pas partagé par toute la population, certains agriculteurs craignant que les locomotives ne mettent le feu aux récoltes. Retardé par les négociations et les expropriations, le projet n'est validé par l’autorité préfectorale que le 25 juin 1870. La ligne est mise en service le 1ᵉʳ juillet 1879. La gare a été démontée en 2014 et la plateforme ferroviaire transformée en voie verte (ill.) ; la maison de garde-barrière (IA80011065) demeure le principal témoin bâti de cet ensemble.

Cette ligne, officiellement désignée "ligne de Fives à Abbeville" (ligne n° 289 000 du réseau ferré national), voit sa section reliant Béthune à Abbeville, desservant Saint-Riquier, concédée à la Compagnie des Chemins de fer du Nord par une convention signée le 22 mai 1869, approuvée le jour même par décret impérial ; la section Abbeville-Frévent est mise en service en juin 1879, ce qui nuance légèrement la date du 1er juillet 1879 retenue plus haut dans le dossier. La gare de Saint-Riquier proprement dite est établie au point kilométrique 122,410 à 30 m d'altitude, entre les gares aujourd'hui fermées d'Oneux-Neuville et de Neufmoulin. Elle ferme aux voyageurs le 18 décembre 1956, puis au fret en 1989 ; la ligne est déclassée sur ce tronçon en 1994. La plateforme ferroviaire entre Abbeville et Auxi-le-Château est reconvertie par étapes, entre 2002 et 2015, en voie verte sous le nom de "La Traverse du Ponthieu". Un embranchement d'Abbeville vers Eu, ouvert en 1882, prolongera par la suite le réseau jusqu'en Seine-Maritime, facilitant l'accès aux bains de mer pour la population du Ponthieu.

Les activités commerciales et industrielles

L'économie de Saint-Riquier s'organise d'abord dans l'orbite du monastère. Parmi les revenus et dépendances de l'abbaye figurent la présence de chevaux, de moulins à eau et d'ateliers travaillant le cuir ou la laine, activités auxquelles s'ajoutent les métiers nécessaires au fonctionnement d'une communauté religieuse de premier rang, et qui explique la présence ancienne d'artisans et de services dans le bourg. Le Scardon, qui traverse la commune d'est en ouest, fournit l'énergie hydraulique de plusieurs moulins ; au Moyen Âge comme sous l'Ancien Régime, ces établissements dépendent de l'abbaye, tandis que les routes convergeant vers le bourg assurent l'approvisionnement et l'écoulement des productions.

Le rayonnement de l'abbaye bénédictine fait par ailleurs de Saint-Riquier un lieu attractif, où marchands de passage et pèlerins trouvent refuge dans les auberges et hôtels de voyageurs qui se multiplient autour des places encadrant le centre religieux et le carrefour des principaux axes, marqués par le beffroi (IA80001219) et l'ancienne place du Marché (IA80011089). Les droits d'étalage, de tonlieu, de poids et mesures, conservés par l'abbé malgré l'existence de la commune, rappellent que la tenue du marché est à la fois une activité économique et un enjeu de pouvoir.

La mise en service de la ligne ferroviaire en 1879 évoquée ci-dessus introduit, aux abords de la gare, un second pôle d'activité, de logique fonctionnelle étrangère au parcellaire serré du bourg ancien. Des cafés et des hôtels s'y établissent, à l'instar du Café de la Gare (IA80011135) ; une râperie de betteraves, construite la même année et rattachée à la sucrerie d'Abbeville, y fonctionne jusqu'en 1953, avant le démantèlement de ses installations. En 1900, une usine de traitement des phosphates s'implante à son tour à proximité de la gare, reliée par voie ferrée aux gisements de Marcheville (IA80011240) et exploitée par la Compagnie des glaces et produits chimiques de Saint-Gobain ; son activité reste toutefois de courte durée : le génie militaire français supprime l'embranchement en juin 1916 et, malgré une reprise après la guerre, le séchoir brûle en 1923, avant que les bâtiments désaffectés ne soient vendus avant 1930. Cet épisode industriel demeure ainsi bref à l'échelle de l'histoire de la commune ; les bâtiments ayant pour l'essentiel disparu, seuls subsistent comme repères l'ancienne gare, le tracé ferroviaire, transformé en voie verte, et quelques édifices liés à l'accueil des voyageurs, dont le Café de la Gare.

L'activité de la râperie a également laissé une trace dans le milieu naturel : en 1899, l'instituteur de Neufmoulin, commune située en aval, attribue la disparition des poissons du Scardon aux "eaux malsaines et chargées de certains acides" rejetées par l'établissement de Saint-Riquier : témoignage précoce des effets environnementaux de l'industrialisation de la vallée.

  • Période(s)
    • Principale : Protohistoire
    • Principale : Gallo-romain
    • Principale : Moyen Age
    • Principale : Temps modernes
    • Principale : Epoque contemporaine

Territoire de la commune

La commune de Saint-Riquier s'étend sur une superficie de 14,48 km² pour une population de 1279 habitants en 2023, soit une densité d'environ 88 habitants au km². Elle est située à 9 km au nord-est d'Abbeville, à 37 km au nord-ouest d'Amiens et à 7 km au nord-ouest d'Ailly-le-Haut-Clocher, au croisement des routes départementales D 925 (Le Havre - Doullens) et D 941 (Saint-Riquier - Frévent). Le territoire communal, limitrophe de huit communes, présente un habitat groupé et englobe deux hameaux aujourd'hui contigus au chef-lieu, Drugy et Saint-Mauguille, déjà signalés parmi les foyers d'occupation les plus anciens du territoire. L'altitude varie de 19 à 97 m, pour une moyenne de 22 m. Selon les données Insee, le territoire demeure marqué par la prédominance des espaces agricoles, qui occupent 86,7 % de sa superficie en 2018 : une proportion identique à celle relevée en 1990, dont 80,7 % de terres arables ; les espaces urbanisés ne représentent que 7,4 % du territoire, les prairies 6 % et les boisements 5,9 %.

Environnement naturel et paysager

Le relief de la commune associe un plateau crayeux à la vallée naissante du Scardon. Le sous-sol présente plusieurs faciès : craie blanche et terrains crétacés sur les hauteurs, limons de plateau favorables aux grandes cultures, poches d’argile et de sable ferrugineux, puis alluvions dans le fond de vallée. Le Scardon prend sa source à Drugy et s’écoule vers l’ouest en direction d’Abbeville. Dans le bourg, la déclivité se lit directement dans l’architecture : certains soubassements et accès de caves se découvrent du côté aval des rues, comme à l’ancien hôtel de la Fleur de Lys (IA80011086). Le contraste paysager oppose ainsi les horizons ouverts des terres labourées, presque dépourvus de grands boisements, au couloir plus végétalisé du Scardon, composé de prairies, jardins, ripisylves et ponctuellement de zones humides.

Le SCoT Baie de Somme 3 Vallées rattache la commune à l’ensemble paysager "Saint-Riquier et les plateaux alentours". Il identifie comme enjeux la préservation des formes urbaines historiques, la continuité des jardins, prés et haies qui composent l’auréole des villages-courtils du plateau, ainsi que le maintien des prairies, marais, ripisylves et alignements d’arbres dans les secteurs humides. Ces orientations confirment que la qualité du site ne réside pas uniquement dans ses monuments, mais dans l’articulation entre silhouette bâtie, couronne végétale et espace agricole ouvert.

Morphologie urbaine et implantation du bâti

Saint-Riquier occupe le rebord et le versant d'un plateau crayeux qui descend vers la vallée naissante du Scardon. Cette position explique une agglomération resserrée dans sa partie centrale, mais largement ouverte sur les terres agricoles, les prés, les jardins et les secteurs humides à mesure que l'on gagne les franges du bourg. La silhouette urbaine demeure dominée par l'abbatiale et le beffroi, dont la hauteur contraste avec l'échelle généralement basse du bâti domestique.

Le bourg présente une organisation multipolaire héritée de la coexistence des pouvoirs religieux et communaux : elle résulte de deux pôles historiques distants d'un peu plus de 200 m — le complexe abbatial, pôle religieux et monumental, et l'ensemble formé par le beffroi, l'ancienne place du Marché et les rues Saint-Jean et du Général-de-Gaulle, qui compose le noyau civique et commercial. Ces deux centres sont reliés par un réseau de rues anciennes auxquelles se raccordent en étoile, suivant une disposition rayonnante, les routes d'Abbeville, Oneux, Gapennes, Ailly-le-Haut-Clocher et Longpré ; cette trame explique la persistance d'axes d'approche plus fortement bâtis que les voies secondaires qui relient les arrière-parcelles ou longent les anciennes limites du bourg renforcées par sa ceinture fortifiée (IA80001218). La trame centrale elle-même est dense : les maisons s'y alignent sur rue, souvent mitoyennes ou séparées par un passage charretier, sur des parcelles étroites et profondes qui se prolongent par des cours, jardins et dépendances. Aux sorties du bourg, le front bâti devient plus discontinu et alterne avec d'anciennes fermes, des jardins, des prés et des constructions récentes.

Ce centre ancien ne forme toutefois pas un front uniforme. Rue Saint-Jean, le mur de clôture du domaine abbatial borde un côté de la voie, tandis que l'autre est occupé par des maisons alignées, souvent à un étage carré ; cette dissymétrie donne à la rue une physionomie particulière. La rue de l'Hôpital présente un caractère plus franchement urbain dans sa partie centrale, même si le mur de clôture du potager de l'hôtel-Dieu procure une impression similaire à la rue Saint-Jean. Le tissu se relâche vers l'ancienne porte du Haimont : murs de clôture, jardins et maisons dissociées y annoncent progressivement la route de sortie.

Le bâti domestique du centre est majoritairement composé de maisons en rez-de-chaussée ou à un étage carré, coiffées d’un comble, dont les façades comptent le plus souvent de deux à cinq travées. L’ordonnance est régulière sans produire d’uniformité stricte : les reconstructions successives, les changements d’usage et le regroupement de parcelles ont juxtaposé maisons étroites, immeubles de rapport, commerces et anciennes auberges. Les portes cochères ou charretières signalent les propriétés les plus profondes et donnent accès aux cours arrière ; l’ancien hôtel de la Fleur de Lys (IA80011086) en constitue l’exemple le plus monumental.

Les demeures de notables adoptent deux modes d’implantation. Certaines restent alignées sur l’espace public et se distinguent par la largeur de leur façade, l’emploi plus abondant de la pierre et un décor ordonnancé. D’autres, surtout au XIXᵉ siècle, se retirent au centre d’une parcelle paysagée. Le manoir de la rue Notre-Dame (IA80011169), construit après 1866, associe ainsi un corps de logis symétrique, deux ailes basses, un parc régulier et une petite ferme attenante. La demeure, dite château Marcassin (IA80011122), construite en 1869, relève de ce même phénomène. À la périphérie, les exploitations agricoles regroupent maison, grange, étable et remises autour d’une cour ouverte ou fermée ; leur volume allongé et leurs matériaux plus modestes les distinguent du bâti urbain.

La topographie introduit enfin des variations dans les élévations. Les rues descendant vers le Scardon mettent au jour des soubassements élevés, des caves accessibles depuis l’extérieur et des murs de soutènement, tandis que les édifices implantés sur les parties plus planes développent des façades horizontales et symétriques. Malgré la diversité des types et à l'exception des maisons et commerces situées à l'est de l'ancienne place du Marché, qui semblent vouloir rivaliser avec la perspective de la façade monumentale de l'abbatiale, l’échelle générale demeure basse. Les vues lointaines du village ainsi que les différentes perspectives permettent d'apprécier la nette domination de hauteur de l’abbatiale et du beffroi et quelques grands équipements.

Matériaux de construction

Le paysage bâti repose sur l’association de la brique et de la pierre calcaire. La pierre domine les grands édifices médiévaux : le beffroi est ainsi élevé en calcaire sur un puissant soubassement de grès (IA80001219) tandis que la façade monumentale de l'abbatiale (IA80011131) entraîne avec elle l'orientation de matériaux calcaires similaires à l'ensemble des maisons qui entourent la place.

Dans l’architecture domestique, elle sert également de parement ou de matériau de décor pour les encadrements de baies, les bandeaux, les corniches et les chaînes d’angle harpées. Mais la brique devient le matériau courant des maisons et des dépendances à partir de l’époque moderne, surtout au XIXᵉ siècle. Elle est employée seule, en appareil dit "rouge barre", ou associée à la pierre dans des compositions polychromes, notamment autour de l'ancienne place du Marché et de son prolongement dans la rue du Général-de-Gaulle. L’ancien hôtel de la Fleur de Lys en offre un exemple documenté : façade en brique, encadrements et cordons en pierre, soubassement en damier de grès et de silex, passage charretier en plein cintre (IA80011086).

Les matériaux plus fragiles se concentrent dans le bâti agricole : pan de bois et torchis subsistent ponctuellement dans les granges et dépendances, parfois masqués ou repris par des matériaux modernes. Les façades enduites, peintes ou badigeonnées appartiennent également au paysage des rues, soit comme traitement ancien d’une maçonnerie mixte, soit comme transformation récente. Les couvertures documentées montrent une nette présence de l’ardoise sur les monuments, les hôtels et les demeures bourgeoises ; la tuile mécanique apparaît sur des maisons et bâtiments agricoles plus modestes. Les formes dominantes sont le toit à longs pans, parfois à pignons découverts, et le toit à croupes sur les demeures régulières. Lucarnes à fronton ou lucarnes capucines, souches de cheminée et égouts de toit continus animent une silhouette globalement sobre.

  • Typologies
    rouge barre ; auberge ; logis entre cour et jardin ;

Documents d'archives

  • AD Somme. Série E Dépôt : 196 E_DEP 102 : Archives municipales déposées, ligne de chemin de fer d’Abbeville à Béthune, 1870.

    AD Somme

Bibliographie

  • BACQUET, Gérard. Le Ponthieu. Auxi-le-Château : Gérard Bacquet, 1992.

    p. 477-488
  • ESTIENNE, Jean. Quelques incendies à Saint-Riquier. In : XIIIe centenaire de l'abbaye de l'abbaye de Saint-Riquier. Amiens : Société des Antiquaires de Picardie, Vol. XLVII, 1957-1958, p. 148-154.

  • GODARD, J. Saint-Riquier au Moyen Âge : économie urbaine et activités commerciales. In : XIIIe centenaire de l'abbaye de l'abbaye de Saint-Riquier. Amiens : Société des Antiquaires de Picardie, Vol. XLVII, 1957-1958.

  • HENOCQUE, Abbé. Histoire de l'abbaye et de la ville de Saint-Riquier. Amiens : Douillet, 1883, 3 vol.

  • LUCHAIRE, Achille. Les Communes françaises à l’époque des Capétiens directs. Paris : Hachette, 1911.

    p. 52-53, 181 et 186-187.
  • LE BOUEDEC, Bertrand, IZEMBART, Hélène. Atlas des paysages de la Somme. Amiens : DIREN de Picardie, 2007. 2 volumes.

  • LE SUEUR, Achille (chanoine). La ville de Saint-Riquier, son origine, son extension, son déclin. In : Bulletin de la Société d'Emulation historique et littéraire d'Abbeville, 1943-1947.

    p. 148-179
  • PAYS DE LA BAIE DE SOMME. Schéma de cohérence territoriale : document d’orientation et d’objectifs, orientations de l’entité : Saint-Riquier et les plateaux alentour. Version du 19 janvier 2026.

    p. 41-42.
  • PRAROND, Ernest. Histoire de cinq villes et de 300 villages, hameaux ou fermes. Saint-Riquier et les cantons voisins. Tome 2. Paris, Abbeville : Dumoulin/Grave/Prévost, 1861-1868.

    L'édition complète comprend : 1re partie. Abbeville (communes rurales des deux cantons) et Hallencourt ; 2e partie. Canton de Rue ; 3e partie. Saint-Valéry et les cantons voisins. - 2 vol. ; 4e partie. Saint-Riquier et les cantons voisins. - 2 vol.

  • PRAROND, Ernest. Histoire de Saint-Riquier. Mortagne-au-Perche : La Vague verte, 2004, 432 p. (Coll. Histoire et Terroirs : villes et villages).

    [édition originale de 1868].

  • BALANDRA, Eric. Recherches sur la topographie carolingienne de Saint-Riquier. In : Bulletin de la Société d’Émulation historique et littéraire d'Abbeville, t. XXV, fasc. 1.

    p. 29-40

Périodiques

  • BALANDRA, Eric. Recherches sur la topographie du XIIIe siècle de Saint-Riquier. Bulletin de la Société d'Émulation d'Abbeville, 1984.

  • BALENDRA, Eric. Documents sur le carrefour de Saint-Riquier au Moyen Âge. Bulletin de la Société d'Émulation d'Abbeville, 1987.

  • TOURTIER, Chantal. Les comtes de Ponthieu, avoués de Saint-Riquier aux croisades : l'histoire et la légende. Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, 1959.

    p. 102-134.

Documents figurés

  • Plan de la commune de Saint-Riquier par masses de cultures, 6 août 1807 (AD Somme ; 3 P 1105).

    AD Somme
  • Église Saint-Mauguille à Saint-Riquier, actuellement à usage de grange appartenant à M. Sueur-Merlin, aquarelle d'après nature, par Oswald Macqueron, 27 septembre 1851 (Abbeville, Archives et Bibliothèque patrimoniale - fonds Macqueron ; B800016201 AIL 175).

    Archives et bibliothèque patrimoniale d'Abbeville
  • Vue du clocher de l'église Notre-Dame de Saint-Riquier, démolie depuis la Révolution de 1789, aquarelle et lavis, d'après un dessin de M. de Saint-Amand, par Oswald Macqueron [s.d.] (Abbeville, Archives et Bibliothèque patrimoniale - fonds Macqueron ; B800016201_AIL_124).

    Archives et bibliothèque patrimoniale d'Abbeville
  • Entrée de Saint-Riquier. Vue prise en venant d'Abbeville d'après nature, aquarelle, par Oswald Macqueron, 13 septembre 1864 (Abbeville ; Archives et bibliothèque patrimoniale - fonds Macqueron ; B800016201 AIL 123).

    Archives et bibliothèque patrimoniale d'Abbeville
  • Cheminée en bois sculpté dans la propriété de Mademoiselle Sueur-Merlin à Saint-Mauguille, aquarelle par Oswald Macqueron, 28 août 1882 (Abbeville, Archives et Bibliothèque patrimoniale - fonds Macqueron ; AIL 176).

    [note au bas de l'aquarelle : cette cheminée se trouvait autrefois à Abbeville dans une maison place du Marché au blé, occupée par Mme veuve Riquier-Brémard. Elle a été vendue. On ne sait maintenant ( septembre 1912) où elle se trouve]

    Archives et bibliothèque patrimoniale d'Abbeville
  • Saint-Riquier. Rue Saint-Jean, carte postale, vers 1910 (AC Saint-Riquier. Fonds iconographique ; n.c.).

    Archives communales
  • Saint-Riquier. La gare, carte postale, vers 1910 (AC Saint-Riquier ; fonds iconographique ; n.c.).

    Archives communales
  • Saint-Riquier industriel. La râperie. et les phosphates, carte postale, vers 1910 (AC Saint-Riquier. Fonds iconographique ; n.c.).

    Archives communales
  • Saint-Riquier. la râperie, carte postale, vers 1910 (A.C. Saint-Riquier. Fonds iconographique ; n.c.).

    Archives communales
  • Saint-Riquier. Le Petit chemin de la Gare, carte postale, vers 1910 (AC Saint-Riquier. Fonds iconographique ; n.c.).

    Archives communales
  • Saint-Riquier. La place, carte postale, Paul Lheureux, photographe à Airaines (A.C. Saint-Riquier. Fonds iconographique ; n.c. ).

    Archives communales
  • Puits public de la rue de l'Hôpital, par Jules Gence, photographe, vers 1920 (AC Saint-Riquier, fonds iconographique ; n.c.).

    Archives communales
  • Saint-Riquier. La place, carte postale, Éditions Veuve Boivin, vers 1920 (AC Saint-Riquier. Fonds iconographique ; n.c.).

    Archives communales
  • La poste de Saint-Riquier avant les bombardements de 1944 (AC Saint-Riquier, fonds iconographique ; n.c.).

    Archives communales
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2023
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
(c) Syndicat mixte Baie de Somme - Trois Vallées
Fournier Bertrand
Fournier Bertrand

Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France

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