La chapelle du petit séminaire de Saint-Riquier, fondé en 1822 par l'abbé Padé, est construite en 1861, au sud du palais abbatial, par l'architecte amiénois Jean Herbault (1807-1880). Plusieurs aquarelles d'Oswald Macqueron réalisées en septembre 1861 (ill.) présentent l'édifice, dont le gros-œuvre vient d'être achevé. La légende en souligne d'ailleurs le caractère récent.
La première pierre de cette nouvelle chapelle est officiellement posée le 21 juin 1859. L'édifice, qui adopte un style romano-byzantin et qui contraste avec le style gothique de l'abbatiale voisine, est consacré le 8 juin 1862. D'après d'autres vues aquarellées, la chapelle occupait la partie centrale de la grande galerie de circulation. Elle était construite en brique et couverte en ardoise. Elle adoptait un plan en croix latine composé d'une nef de cinq travées, d'un transept saillant doté de bras semi-circulaires, et d'un chœur relativement court, également terminé par une abside semi-circulaire. La croisée du transept était marquée par la présence d'une coupole.
Le décor intérieur semble lui, avoir été achevé vers 1864, comme en témoigne une autre aquarelle de Macqueron de cette époque (ill.). La connaissance de l'état intérieur est renforcée par l'existence de plusieurs photographies et cartes postales plus tardives, qui datent du début du XXe siècle. L'ensemble était peint, illustré de motifs en rinceaux et chevrons romano-byzantins avec les figures des Évangélistes dans les écoinçons de la coupole située à la croisée du transept. Ces figures étaient l'œuvre de l'abbé Dergny, ancien élève du petit séminaire. La tradition orale rapporte que la figure de saint Mathieu portait les traits de Charles Bellart, ami abbevillois de l'abbé Dergny. Le même abbé était également l'auteur de deux autres tableaux, présents dans la chapelle. Il semble que le maître-autel, ainsi que le ciborium (baldaquin), aient été l'œuvre d’Edmond Duthoit (1837-1889). Enfin, le pavement du chœur était orné de plusieurs plaques commémoratives et d'incrustations de porphyres rouge et vert provenant de l'ancien pavage carolingien de l’abbatiale.
En 1865, le petit séminaire reçoit les reliques de saint Crescent, enfant martyr des catacombes de Rome. La châsse qui renfermait les reliques de ce saint fut placée sous un autel secondaire de style byzantin conçu en 1904 par Pierre Ansart (1873-1941), architecte décorateur amiénois, et réalisé par Gaudefroy, ferronnier amiénois, et Avon, mosaïste, sur les cartons de Gustave Riquet (1866-1938). Le même Riquet était également l'auteur de la peinture monumentale figurant l’Apothéose de saint Crescent.
Les arc doubleaux de la croisée du transept portaient les inscriptions suivantes : BEATI MUNDO CORDE QUONIAM IPSI DEUM VIDEBUNT - [heureux les cœurs purs car ils verront Dieu] / BEATI QUI ESURUNT ET SITIUM JAM OM IPSI SATUABUNTUR - [Heureux ceux qui ont faim et soif car ils seront tous rassasiés].
La chapelle ainsi que l'ensemble du petit séminaire sont délaissés après que la loi de séparation de l’Église et de l’État a prononcé la fermeture du lieu en 1906.
En 1976, après que l'ensemble du site abbatial ait été racheté en 1972 par le Conseil général de la Somme (renommé Conseil départemental en 2015), la chapelle du Petit Séminaire est entièrement détruite. Toutefois, avant la démolition de la chapelle, les plaques du pavement du chœur ont été déposées au trésor de l’église abbatiale et la châsse de saint Crescent a été transportée dans la chapelle de l’école Saint-Acheul Saint-Riquier d'Amiens.
Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France