Photographe au service de l'Inventaire général du patrimoine culturel - Région Hauts-de-France.
- inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Rue
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Commune
Saint-Riquier
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Adresse
7 rue Verte
,
28 rue Notre-Dame
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Cadastre
2024
AE
152, 154
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Dénominationsdemeure, ferme
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AppellationsCanu
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Autres parties constituantespigeonnier, maison, étable, grange, bûcher, jardin, remise agricole, véranda
Les Canu, une famille de laboureurs de Saint-Riquier
La famille Canu est attestée à Saint-Riquier dès le XVIᵉ siècle. En 1576, Jean Canu est mentionné comme laboureur au Val-lès-Saint-Riquier. Son fils Antoine Canu, marié à Marguerite Dobremetz en 1594, exploite en 1620 la cense de la maladrerie du Val-lès-Saint-Riquier (Froissart, s. d., p. 21-26). Ces mentions anciennes établissent l’implantation locale de la famille. Aucune source ne permet toutefois de les rattacher à la ferme de la rue Notre-Dame et rue Verte. Pour autant, le site agricole constitue l'un des plus anciens du bourg de Saint-Riquier. Le pignon d’un bâtiment agricole, édifié en pierre de taille, sur la rue Verte, possède en effet une date qui, bien qu'incomplète, paraît pouvoir être lue 1610 ou 1619. Cette inscription, qui date cette construction du début du XVIIᵉ siècle au moins, fournit une première preuve d'ancienneté. Une seconde date, 1752, est gravée dans une pierre du même pignon et témoigne d’une intervention ou d'une réparation partielle au milieu du XVIIIᵉ siècle.
D'après les recherches menées par Philippe Bucamp, en 1760, cette ferme appartient à Dominique Canu, laboureur, dont la propriété est établie sur quarante verges et vingt-quatre journaux de terres ainsi que 26 autres qu'il loue à d'autres propriétaires. Son exploitation comprend alors une vache et cinq moutons. Ses revenus, estimés à 426 livres, le placent parmi les cultivateurs les plus importants de Saint-Riquier (Bucamp, 1991-2025).
La constitution du domaine agricole et la construction de la demeure
La présence de la famille Canu sur la propriété actuelle est plus solidement établie à partir de la fin du XVIIIᵉ siècle. Le 14 février 1793, Jacques Dominique Canu, cultivateur et arpenteur à Saint-Riquier, acquiert un manoir amazé contenant 21 ares et 45 centiares, par contrat passé devant maître Buteux, notaire à Saint-Riquier. L’acte est enregistré le 20 février suivant. La mention de cette acquisition parmi les titres de la famille et sa concordance avec la situation de la ferme au faubourg Notre-Dame rendent probable son identification avec la propriété actuelle (AD Somme ; 3 E 1675).
La demeure porte la date de 1806. Elle semble avoir remplacé ou complété un logis plus ancien, comme l’indique l’inventaire dressé du 2 au 6 février 1812 après la mort de Jean-Baptiste François Dominique Canu, survenue le 2 décembre 1811. Le document décrit une "maison à usage de ferme située au faubourg Notre-Dame" et distingue à plusieurs reprises "la maison" de "l’ancienne maison". Cette distinction paraît confirmer la construction récente du logis daté de 1806 et le maintien, au moins temporaire, d’un bâtiment d’habitation antérieur (AD Somme ; 3 E 1675). D'après ce même document, le logis comprend alors, "au rez-de-chaussée, un vestibule, une salle, plusieurs chambres et cabinets donnant sur la cour ou le jardin, un fournil et une chambre destinée à la servante. L’étage est occupé par plusieurs chambres à feu, chambres et cabinets, tandis que les combles servent également au stockage". Une cave et un caveau contenant une centaine de bouteilles sont mentionnés. Le mobilier de la salle et des chambres — secrétaire et commode en merisier à dessus de marbre, glaces, lits à baldaquin ou en alcôve, linge de maison en quantité — témoigne de l’aisance de cette famille de propriétaires cultivateurs (AD Somme ; 3 E 1675).
L’inventaire fait également apparaître une exploitation agricole de grande ampleur. Il cite une écurie, une étable à vaches, une porcherie, une bergerie, un pressoir, un hangar, un bûcher et plusieurs granges. Le cheptel comprend notamment huit chevaux ou juments, cinq vaches, une génisse, cinq veaux, cinq truies et trente-sept ovins, auxquels s’ajoutent une importante basse-cour et environ vingt couples de pigeons. Deux chariots, une charrette, deux charrues et les ustensiles du pressoir complètent l’équipement de la ferme (AD Somme ; 3 E 1675).
La modernisation de l’exploitation agricole au XIXᵉ siècle
François Dominique Camille Canu, né le 1er décembre 1811, poursuit l’exploitation familiale. Son intérêt pour les techniques agricoles les plus en pointe vont lui valoir de nombreux prix et une reconnaissance parmi ses pairs. En 1852, il est nommé membre de la Chambre consultative d'Agriculture de l'arrondissement d'Abbeville (Le Pilote de la Somme, 29 juin 1852). Par ailleurs, lors de sa candidature à la prime d'honneur départementale de l'Agriculture en 1865, il livre une description précise de son exploitation. La ferme, qui atteint alors environ soixante-dix hectares, pratique une polyculture associant céréales, avoine, trèfle, sainfoin et pâtures. Les terres reçoivent le fumier produit sur place, mais aussi des cendres, du plâtre et des tourteaux. L’équipement comprend notamment des batteuses, un coupe-racines et une machine à battre à manège du système Duvoir (AD Somme ; 99 M 106737/1).
L'examen de la ferme par la Commission indique que les bâtiments "ont tous été reconstruits par M. Canu, sans luxe mais avec un soin particulier porté à leur organisation et à leur entretien". Cette appréciation doit probablement être comprise comme une reconstruction ou une réorganisation générale de l’exploitation, et non comme une disparition complète des maçonneries antérieures qui, à l'image du pignon daté du XVIIᵉ siècle et de 1752, a été conservé. En revanche, le pigeonnier isolé au milieu de la cour de ferme, qui porte, sous sa corniche, la date MDCCCL, soit 1850, témoigne vraisemblablement de cette campagne de modernisation et de reconstruction. La grande écurie en brique et pierre, dont les élévations régulièrement ordonnancées répondent aux préoccupations d’aération et d’hygiène signalées dans le rapport, peut être rattachée à cette campagne de modernisation. Les longs bâtiments en pan de bois et torchis ont également été reconstruits ou remaniés au cours de cette période, parfois en conservant des maçonneries ou des structures charpentées plus anciennes.
Le maintien de l’exploitation aux XXᵉ et XXIᵉ siècles
La ferme demeure entre les mains de la famille Canu tout au long du XXᵉ siècle. En 1970, elle atteint 105 hectares et 32 centiares et compte soixante bovins. Elle constitue alors, par sa superficie, la plus importante exploitation agricole déclarée de la commune de Saint-Riquier.
Plusieurs transformations non documentées ont depuis affecté les dépendances : reprises ponctuelles en parpaing dans les soubassements, remplacement d’une partie des couvertures par des plaques ondulées, réparations ou disparition localisée du torchis. La véranda métallique adossée à la façade sur jardin de la demeure est également postérieure à la construction du logis, sans qu’une date puisse actuellement lui être attribuée.
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Période(s)
- Principale : 1er quart 17e siècle , porte la date
- Principale : 1er quart 19e siècle , porte la date
- Principale : 2e quart 19e siècle , porte la date
- Principale : 3e quart 19e siècle , daté par travaux historiques
- Secondaire : 3e quart 18e siècle , porte la date
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Dates
- 1610, porte la date
- 1752, porte la date
- 1806, porte la date
- 1850, porte la date
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Auteur(s)
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Auteur :
maître d'œuvre inconnumaître d'œuvre inconnuCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
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Auteur :
Implantation et organisation générale
La ferme occupe une vaste propriété traversante établie entre la rue Notre-Dame et la rue Verte, dans l’ancien faubourg Notre-Dame. L’accès principal s’effectue depuis la rue Notre-Dame par un long chemin privé bordé de murs et d’arbres. Celui-ci aboutit à une entrée charretière ménagée entre deux corps de bâtiment. Ses piliers associent la brique et des assises de pierre calcaire et portent un petit toit en ardoise.
L’ensemble relève d’une ferme à plusieurs cours dont l’organisation s’est constituée par étapes consécutives. La demeure, séparée des espaces agricoles les plus importants, ouvre sur une cour aménagée et sur un jardin clos. Les bâtiments d’exploitation dessinent ensuite plusieurs espaces successifs, dont une cour organisée autour de l’écurie et du pigeonnier, puis une seconde cour à disposition en U au centre de laquelle s’élève le bûcher.
La limite de propriété sur la rue Verte est matérialisée par un haut mur de brique renforcé de contreforts. Un portail piéton, encadré de piliers de brique, donne accès aux pâturages. Un second portail charretier est établi contre le pignon ancien en pierre.
La demeure
La demeure est un bâtiment de plan rectangulaire, élevé sur un sous-sol, comprenant un rez-de-chaussée, un étage carré et un étage de comble. Ses deux élévations principales sont ordonnancées à sept travées, la porte d’entrée occupant la travée axiale.
Les façades associent la brique et la pierre calcaire. Les trois travées centrales sont principalement bâties en brique, scandée par des bandeaux et des encadrements en pierre, tandis que les parties latérales sont traitées en pierre de taille. Un bandeau continu marque la séparation des niveaux et une corniche moulurée porte la toiture. Le soubassement est en brique, avec plusieurs jours protégés par des grilles métalliques assurant l’éclairage ou la ventilation du sous-sol.
La demeure est couverte d’un toit en ardoise, à longs pans et croupes. Les deux versants sont éclairés par des lucarnes en charpente couvertes d’une petite croupe. La façade sur jardin reprend l’ordonnance générale de la façade sur cour. Une véranda en métal et verre, ajoutée devant les travées centrales du rez-de-chaussée, en masque partiellement la composition.
Des corps de bâtiment plus bas, couverts en tuile, sont accolés aux extrémités du logis. Ils correspondent à des espaces de service, parmi lesquels la buanderie.
Le bâtiment ancien de la rue Verte
Le corps de bâtiment établi contre la rue Verte conserve un pignon découvert en pierre calcaire. Celui-ci repose sur un soubassement hétérogène associant des blocs de grès, du silex, des moellons calcaires et quelques assises de brique. Cette diversité traduit plusieurs reprises de construction.
La date partiellement lisible du début du XVIIᵉ siècle est gravée dans les assises supérieures du pignon. La date 1752 apparaît sur une autre pierre. Le sommet du pignon a été repris en brique. Le mur gouttereau attenant est principalement bâti en brique et percé de jours étroits destinés à l’aération du bâtiment agricole.
Les bâtiments agricoles de la première cour
Une longue dépendance réunit une remise, une grange et une porcherie. Son gros-œuvre associe des pignons en brique, un soubassement de brique et de silex et des élévations en pan de bois hourdées de torchis. De longues sections charpentées sont aujourd’hui apparentes à la suite de la disparition partielle du torchis. Les reprises récentes des parties basses ont été réalisées en parpaing. Le bâtiment est couvert d’un toit à longs pans en tuile ou, sur certaines sections, de plaques ondulées.
La porcherie attenante, de dimensions plus réduites, est construite en brique. Sa façade est percée de plusieurs portes basses et de jours d’aération, posés sous l’égout du toit.
La grande écurie est un bâtiment rectangulaire en brique dont la façade sur cour présente une ordonnance régulière. Les portes et les jours en plein cintre sont encadrés de pierre calcaire. Des bandeaux horizontaux en pierre séparent les différents registres de l’élévation, tandis que les angles sont renforcés par des chaînes harpées. Les baies superposées assurent l’accès, l’éclairage et la ventilation des stalles et du comble. Le bâtiment est couvert d’un toit à longs pans en tuile.
Le pigeonnier
Le pigeonnier est isolé dans la cour. De plan hexagonal, il est construit en brique avec chaînes d’angle, bandeaux, corniche et encadrements de baies en pierre calcaire. Chaque niveau est éclairé ou accessible par une baie en plein cintre. Plusieurs ouvertures ont été obturées.
La date MDCCCL, soit 1850, est gravée dans le bandeau de pierre placé sous la corniche. Le pigeonnier est couvert d’un toit polygonal en ardoise, à égout retroussé, sommé d’un épi et d’une girouette.
La seconde cour et le bûcher
La seconde cour est bordée sur trois côtés par de longs bâtiments agricoles disposés en U. Les élévations sont principalement réalisées en pan de bois et torchis sur des soubassements de brique, de silex ou de moellon. Elles sont percées de nombreuses portes et de petites ouvertures de ventilation. Plusieurs parties laissent voir le clayonnage destiné à recevoir le torchis. Les couvertures à longs pans sont en tuile ou en plaques ondulées.
Le bûcher occupe le centre de la cour. Sa charpente en bois, largement ouverte sur les côtés, repose sur des dés ou de courts massifs de maçonnerie. La couverture en ardoise, très débordante, protège les élévations et les réserves de bois. Le volume important de cette toiture donne à ce bâtiment utilitaire une présence particulièrement marquée au centre de l’espace agricole.
L’ensemble constitue une ferme à structuration organique, issue de plusieurs campagnes de construction, mais régularisée au XIXᵉ siècle par la création de bâtiments spécialisés et d’une seconde cour disposée en U.
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Murs
- calcaire pierre de taille
- moellon
- grès appareil mixte
- silex appareil mixte
- brique
- bois pan de bois
- torchis
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Toitsardoise, tuile mécanique, matériau synthétique en couverture
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Étagessous-sol, 1 étage carré, étage de comble, comble à surcroît
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Élévations extérieuresélévation ordonnancée, élévation à travées
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Couvertures
- toit à longs pans pignon couvert
- croupe
- pignon découvert
- toit polygonal
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Statut de la propriétépropriété privée
Le service de l'Inventaire du patrimoine culturel de la Région Hauts-de-France et le Syndicat mixte Baie de Somme - Trois Vallées remercient M. Bucamp pour le partage de ses connaissances et sa précieuse collaboration à l'élaboration de ce dossier.
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
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Documents d'archives
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AD Somme. Série E ; Sous-série 3 E : 3 E 1675. Inventaire après décès de la ferme de François Dominique Canu, cultivateur, 2-6 février 1812.
-
AD Somme. Série M ; Sous-série 99 M ; 99 M 106737/1 : Concours pour la meilleure exploitation agricole de l'arrondissement d'Abbeville, 1865-1866.
Bibliographie
-
FROISSART, Ludovic. Notes généalogiques sur les familles notables de Saint-Riquier : Canu (1530-1983). In : Notices généalogiques. 3e série. Amiens : Cercle généalogique de Picardie.
p. 21-26 -
AD Somme
[Saint-Riquier : dossiers documentaires]. Dossiers de notes établis par Philippe Bucamp, 1991-2025 [non publié ; non coté].
Dossiers constitués de notes manuscrites établies à partir des archives notariales, foncières et municipales, conservés aux Archives départementales de la Somme.
Périodiques
-
Résultats du Concours agricole de l'arrondissement d'Abbeville. Le Pilote de la Somme, 29 juin 1852.
Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France
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