Photographe au service de l'Inventaire général du patrimoine culturel - Région Hauts-de-France.
- inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
Dossier non géolocalisé
-
Aire d'étude et canton
Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Rue
-
Commune
Saint-Riquier
-
Adresse
1 rue de Gorenflos
-
Cadastre
2024
-
Dénominationsferme
-
AppellationsFerme du Fossé Caruel, Ferme des Tilleuls
-
Autres parties constituantesmaison, grange, étable à chevaux, étable à vaches, cour
Le Fossé Caruel et la ferme de la famille de Roussen
L’établissement est implanté à l’écart du noyau ancien de Saint-Riquier, dans un secteur encore qualifié de faubourg au début du XVIIIe siècle. Les actes emploient les graphies "Fossé Caruel" ou "Fossé Carruel". Selon les notes documentaires réunies par Philippe Bucamp, ce toponyme désigne un ancien lit du Scardon, également appelé localement le "fossé crevé" (Bucamp, 1991-2025). L’appellation actuelle de "ferme des Tilleuls", est beaucoup plus récente. Elle serait apparue dans les années 1930, après la plantation, en 1928, de l’alignement d’arbres conservé dans la cour.
Le 2 décembre 1719, Antoine de Roussen, sieur de Gredainville et bourgeois d’Abbeville, acquiert de Claude Lefebvre, bourgeois marchand à Abbeville, et de Catherine Françoise de Gricourt son épouse, la maison et ferme du Fossé Caruel. La vente est passée devant Pierre Lefebvre, notaire à Abbeville ; elle est rappelée dans la continuation de l’inventaire après décès de l’acquéreur (AD Somme ; 3 E 1643). Antoine de Roussen agrandit le fonds en achetant, le 27 janvier 1723, à Marguerite Briet, veuve de Martin Flameur, un petit jardin situé vis-à-vis de la porte de la ferme (AD Somme ; 3 E 1642 et 3 E 1643). Son testament, reçu le 10 décembre suivant, le dit demeurant "en la maison et ferme du Fossé Carruel, faubourg de Saint-Riquier" et organise la transmission de ses biens à son fils Louis Charles Théodore de Roussen, sous l’usufruit de Charlotte de Vallois, son épouse (AD Somme ; 3 E 1642).
L’inventaire dressé le 31 janvier 1724 après la mort d’Antoine de Roussen (AD Somme ; 3 E 1643) décrit une exploitation agricole déjà importante. La maison comprend notamment une chambre principale, une petite chambre et des espaces de service ; le fournil est cité séparément. Autour de la cour se trouvent une bergerie, où sont dénombrés quarante-sept moutons et trois brebis, une écurie, deux étables affectées aux bovins et aux porcs, un hangar abritant chariot, charrette, charrue et tombereau, ainsi que plusieurs granges. Les réserves de froment et de méteil, les bottes de lin, le matériel aratoire et un pressoir avec ses ustensiles rendent compte d’une exploitation associant culture céréalière, élevage, travail du lin et production de cidre. L’acte mentionne en outre les labours effectués sur trente-huit journaux de terre. Cette distribution ancienne renseigne le fonctionnement de la ferme au début du XVIIIe siècle. Il est toutefois difficile d'associer cette description aux corps de bâtiments qui composent la ferme actuelle.
Les exploitants Poulin et l’étendue du domaine au XVIIIe siècle
Le 18 juin 1725, bien que le domaine reste la propriété de la famille de Roussen, Nicolas Poulin en obtient le droit d'exploitation (AD Somme ; 3 E 1643). Nicolas et sa descendance vont ainsi rester attachés à l’exploitation pendant une grande partie du XVIIIe siècle. Philippe Poulin y est signalé comme laboureur le 29 mai 1756, puis dans un état du fermage établi avant 1763 (Bucamp, 1991-2025 ; AD Somme ; 1 E 1054). Ce dernier document énumère, autour de la cour et du jardin potager, un petit plant, des jardins à labour ou à herbe garnis d’arbres fruitiers, un fossé en eau et plusieurs pièces de terre réparties dans les plaines et vallées voisines. La ferme ne constitue donc pas un simple enclos bâti : elle commande un ensemble foncier associant jardins, prés, vergers et terres labourables. Philippe Poulin est encore mentionné dans le rôle des cens et contributions foncières de 1782 (Bucamp, 1991-2025).
En 1790, le revenu de la ferme, toujours propriété de la famille de Roussen, est estimé à trente-six livres ; Nicolas Poulin, fils de Philippe, en est alors le fermier. Une pièce de la justice de paix du canton de Saint-Riquier indique la même année que le propriétaire délaisse le Fossé Caruel pour la ferme de Drugy (AD Somme ; L 4544). La portée juridique exacte de cette mention reste à préciser, mais elle marque la fin de la longue association du domaine aux familles de Roussen et Poulin.
La famille Levoir et les mutations des XIXe et XXe siècles
Dominique Levoir, fils de François Levoir, ancien propriétaire de la ferme de Drugy, s’installe au Fossé Caruel en 1798 ; la naissance de son fils y est enregistrée l’année suivante (Bucamp, 1991-2025). Le plan de Saint-Riquier par masses de cultures, levé le 6 août 1807, figure déjà un ensemble de bâtiments disposés autour d’une cour irrégulière et accessibles depuis la route (AD Somme ; 3 P 1105). Cette représentation confirme l’ancienneté de l’organisation générale encore perceptible aujourd’hui. Les matrices cadastrales attribuent la propriété à la famille Levoir durant la majeure partie du XIXe siècle et enregistrent sa sortie en 1882. Alfred Prévost, notaire à Bernaville, devient propriétaire entre 1894 et 1901, avant Théophile Sueur en 1901, puis Ernest Rathuille-Delattre entre 1922 et 1930 (Bucamp, 1991-2025). Les élévations en brique et pierre du logis et des étables témoignent de reprises successives, vraisemblablement aux XIXe et XXe siècles, mais aucune campagne ne peut être rattachée avec certitude à l’un de ces propriétaires.
La plantation de l’alignement de tilleuls en 1928 modifie durablement l’aspect de la cour et donne naissance à la nouvelle appellation de l’exploitation. À la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, l’activité agricole est complétée par l’élevage de chevaux, puis à partir de 2014 par un centre équestre consacré notamment à l’équitation western.
Datation de l’ensemble conservé
Les recherches menées par Philippe Bucamp attestent l’existence de la ferme dès 1719 et décrivent des travaux sur la maison en 1725. Elle ne démontre toutefois pas que le logis actuel soit intégralement celui d’Antoine de Roussen. Par son élévation ordonnancée, le traitement régulier de ses baies et l’emploi conjoint de la brique et du calcaire, le corps principal appartient à une campagne principale de reconstruction ou de profond remaniement de la fin du XVIIIe siècle. Le plan de 1807 constituerait donc, en l’état des recherches actuelles, le premier repère figuré pour la disposition générale. Les dépendances, qui présentent des mises en œuvre plus hétérogènes, sont difficiles à dater.
-
Période(s)
- Principale : 4e quart 18e siècle , daté par travaux historiques, daté par source
-
Auteur(s)
-
Auteur :
maître d'œuvre inconnumaître d'œuvre inconnuCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
-
Auteur :
Implantation et organisation générale
La ferme occupe une vaste parcelle en bordure de la rue de Gorenflos, à proximité de l’ancien lit du Scardon auquel elle doit son premier nom. Les bâtiments s’organisent autour d’une grande cour de plan irrégulier. Le logis en obture un côté ; les anciennes étables et écuries se développent en retour à l’est et à l’ouest, tandis que l’accès depuis la rue est marqué par un portail et une grange. Cette disposition, déjà lisible sur le plan de 1807, relève de la ferme à cour fermée, malgré les discontinuités et les transformations introduites par les aménagements récents. Un jardin borde la façade postérieure du logis et se prolonge par un manège à chevaux.
Le portail et la grange sur rue
L’entrée principale est formée de deux piliers quadrangulaires en brique, renforcés à leur base par des assises alternées de brique et de pierre calcaire. Ils portent un linteau de bois protégé par un petit toit d’ardoise à croupes. Le portail est accolé à une grange de volume élevé, en pan de bois et torchis et couvert d’un toit en ardoise, à longs pans et pignons couverts. Son mur-pignon a été repris en brique. L'état de la façade sur cour rend la structure particulièrement lisible, mais signale aussi la fragilité de cette dépendance.
Le logis
Le logis est composé d’un corps central à un étage carré, flanqué de corps plus bas en rez-de-chaussée surmontés d’un étage de comble. Le corps central présente, du côté de la cour, une élévation ordonnancée en brique. Les baies rectangulaires sont encadrées de pierre calcaire ; leurs jambages sont harpés et plusieurs linteaux sont légèrement cintrés. La porte principale, placée dans l’élévation du corps central, est également couverte d’un arc surbaissé en pierre. Un bandeau marque le niveau des planchers et une corniche moulurée souligne l’égout du toit. Le corps central est couvert d’un toit d’ardoise à croupes, percé de lucarnes à fronton triangulaire. Les ailes sont protégées par des toits à longs pans, également en ardoise, dont les versants reçoivent des lucarnes à jouées essentées d’ardoise.
La façade sur jardin reprend l’emploi de la brique et de la pierre. Un bandeau continu en calcaire sépare les niveaux du corps central et se prolonge sur les ailes. Les encadrements sont constitués de pierres de taille harpées. Les linteaux de certaines ouvertures prennent la forme d’arcs segmentaires à claveaux. Une ancienne porte de l’aile est murée en brique, mais son encadrement demeure lisible. Plusieurs baies et jours étroits ont été modifiés ou obturés, ce qui témoigne de l’adaptation progressive des espaces domestiques et agricoles.
Les dépendances et la cour
Les anciennes étables situées à l’est forment un bâtiment bas et allongé en brique, disposé en retour du logis. La façade sur cour est rythmée par une succession de portes étroites, pour la plupart murées ou fermées de vantaux en bois. Un bandeau de calcaire court sous l’égout. Les encadrements de certaines ouvertures associent brique et pierre. Le bâtiment est couvert de tuiles.
Du côté ouest, un long alignement d’écuries ferme la cour. Les maçonneries de brique, largement remaniées, alternent avec des baies ouvertes et des portes en bois correspondant aux boxes actuels. La couverture en plaque ondulée appartient à une réfection récente. Des structures agricoles et équestres contemporaines prolongent cet ensemble au-delà des dispositions historiques.
L’alignement de tilleuls planté en 1928 traverse la cour parallèlement aux écuries occidentales. Il constitue désormais un élément majeur de la composition paysagère et explique l’appellation actuelle de la ferme. La cour conserve ainsi la juxtaposition d’un logis, de dépendances rurales en brique ou en pan de bois et d’aménagements liés à l’activité équestre.
-
Murs
- brique
- calcaire pierre de taille
- bois pan de bois
- torchis enduit
- essentage d'ardoise
-
Toitsardoise, tuile
-
Étages1 étage carré, étage de comble
-
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
-
Couvertures
- toit à longs pans pignon couvert
- croupe
- toit en pavillon
-
État de conservationremanié
-
Statut de la propriétépropriété privée
Le service de l'Inventaire du patrimoine culturel de la Région Hauts-de-France et le Syndicat mixte Baie de Somme - Trois Vallées remercient M. Bucamp pour le partage de ses connaissances et sa précieuse collaboration à l'élaboration de ce dossier, ainsi que M. Vermes et Mme Pruvost pour leur accueil.
- (c) Département de la Somme - Archives départementales
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
Documents d'archives
-
AD Somme. Série E ; Sous-série 3 E : 3 E 1642. Testament du sieur de Gredainville demeurant à la maison et ferme du Fossé Carruel, 10 décembre 1723.
-
AD Somme. Série E ; sous-série 3 E : 3 E 1643. Inventaire après décès d'Antoine de Roussen, sieur de Gredainville, faubourg de faubourg de Saint-Riquier, devant Pierre Froissart, notaire royal à Saint-Riquier, 31 janvier 1724.
-
AD Somme. Série E ; sous-série 1 E : 1 E 1054. État du fermage du Fossé Carruel, avant 1763.
-
AD Somme. Série L : L 4544. Justice de paix du canton de Saint-Riquier ; mentions relatives à la ferme du Fossé Caruel, 1790.
Bibliographie
-
AD Somme
[Saint-Riquier : dossiers documentaires]. Dossiers de notes établis par Philippe Bucamp, 1991-2025 [non publié ; non coté].
Dossiers constitués de notes manuscrites établies à partir des archives notariales, foncières et municipales, conservés aux Archives départementales de la Somme.
Documents figurés
-
AD Somme
Plan de la commune de Saint-Riquier par masses de cultures, 6 août 1807 (AD Somme ; 3 P 1105).
Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France
Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France