Dossier d’œuvre architecture IA80011003 | Réalisé par
Montauban Suzelle (Rédacteur)
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline (Rédacteur)
Abelé Céline

Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme

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  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Château d'Épagne
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Baie de Somme - Trois Vallées

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté d'agglomération de la Baie de Somme - Abbeville
  • Commune Épagne-Épagnette
  • Lieu-dit Épagne
  • Adresse 24 rue de Paris
  • Cadastre 1820 A 59 à 61 Plan du cadastre napoléonien  ; 2024 OB 146 à 148, 151, 306, 308, 489 à 493
  • Dénominations
    château
  • Appellations
    Château d'Épagne
  • Parties constituantes non étudiées
    ferme, écurie, pigeonnier

Il existe déjà un château à Épagne au XIVe siècle. En 1312, il appartient, d’après de Belleval, à Mathieu de Belloy (de Belleval, 1870). La seigneurie d’Épagne est alors divisée en trois parties : la première est la propriété de l’abbaye, la seconde est une châtellenie qui relève du roi, et la troisième, qui dépend de la châtellenie, est le fief d’Épagne : c’est à lui, et à ses seigneurs, qu’appartient le château.

Le château actuel est bâti à la fin du XVIIe siècle pour Jean de Lamiré, seigneur de Caumont. Ce dernier a acheté le fief en 1683. Il est issu de la lignée secondaire d’une importante famille de marchands tanneurs à Abbeville, dont certains membres ont été échevins et maïeurs de la ville. Philippe Seydoux, dans son ouvrage Les Gentilhommières de Picardie, estime que le château d'Épagne n'est qu’une demeure secondaire de Jean de Lamiré, en complément de son hôtel abbevillois (Seydoux, 2003). Le domaine est vendu en 1757 à Pierre Alexandre d’Orlet de Lavaulte. Il passe ensuite à la famille Lefebvre de Wadicourt par mariage entre sa fille et Jean-Pierre Lefebvre de Wadicourt en 1764.

Le château, complété par une ferme, est représenté sur le plan de cadastre napoléonien établi en 1820. À cette date, le domaine appartient toujours à la famille Lefebvre de Wadicourt (AD Somme ; 3 P 268/5). Le plan reflète quasiment à l'identique l’implantation actuelle du château, de ses dépendances et de la ferme : le château du XVIIe siècle, ses écuries, trois bâtiments agricoles, un pigeonnier dans la cour de la ferme, et un second pigeonnier à l’est du château. La plupart des constructions ont été conservées. Seul le pigeonnier de plan polygonal dans la cour de la ferme a disparu.

Vers le milieu du XIXe siècle, la propriété est acquise par Charles-Adrien Wignier de Beaupré. En 1858, sa fille, Mathilde, épouse le baron Alfred Le Sergeant de Monnecove, conseiller général d'Abbeville de 1889 à 1895. Le couple hérite du château à la mort de Charles-Adrien Wignier en 1878. En 1879, les nouveaux propriétaires engagent des travaux sur l'édifice. Une aquarelle d’Oswald Macqueron, peinte en 1864 d'après une esquisse de Gillard, permet de constater les modifications apportées à la façade sur cour. La porte de la travée centrale représentée sur la peinture est encadrée de pilastres et surmontée d’un attique, sur lequel se trouve une horloge.

En 1879, un petit avant-corps formant loggia est construit devant cette entrée, faisant disparaître les éléments décrits précédemment. L'avant-corps est surmonté d’une imposante lucarne-fronton sur laquelle sont sculptées les deux armoiries des familles Wignier de Beaupré et Sergeant de Monnecove. D’autres lucarnes sont également ajoutées à la toiture.

Même s'il n'existe aucune représentation antérieure à 1879 de l’élévation du château côté Somme, cette façade a aussi subi des modifications. Une extension est construite, flanquée contre le rez-de-chaussée de la demeure. Cet ajout s'élève sur un étage au niveau des trois travées centrales de la façade. La différence de teinte de la pierre calcaire permet de différencier les parties du XVIIe siècle et les ajouts de la fin du XIXe siècle. Sur une autre aquarelle d'Oswald Macqueron datant de 1881, chacune des trois travées est couverte par un toit indépendant à pente raide, orné d’épis de faîtage (ill.). Ces hautes toitures n’existent plus aujourd’hui, remplacées par une couverture plate. Dans le cadre de ces travaux d'agrandissement, Alfred Le Sergeant de Monnecove a également fait construire la maison de concierge à l'entrée du domaine, le long de la rue principale du village (AD Somme ; 3 P 268/6). Enfin, un nouveau bâtiment est édifié au nord de la ferme, vers la fin du XIXe siècle, d'après son architecture en brique.

Le château est occupé par les Allemands au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le pigeonnier de la ferme a disparu pendant la guerre : sa toiture est encore visible sur une photographie aérienne de 1939, mais il n'est plus présent en 1946 (remonterletemps.ign.fr). Le château n'est plus habité après la guerre. D’après le témoignage du propriétaire actuel, la comtesse de Chantérac a hérité du château à la fin des années 1950 alors que ce dernier était quasiment à l’abandon. Des travaux de restauration ont donc été entrepris par la comtesse puis par son fils, le propriétaire actuel et descendant de la famille Wignier de Beaupré.  

Le château d’Épagne se situe au sud de la rue principale qui traverse le village, la route de Paris. Il est bâti à côté de l’église paroissiale Saint-Jean-Baptiste (IA80010997), dont il est séparé par sa ferme. Au sud, le parc du château est connecté directement à la Somme. Sur la route de Paris, les parcelles du château et de la ferme sont délimitées par un mur en pierre calcaire ou en brique. Au niveau de l’entrée du château, une grille en fer forgé ouvre la perspective sur la grande demeure. L’entrée cintrée est matérialisée par un portail encadré par quatre piliers en brique et pierre. Elle donne accès à une cour d’honneur qui précède le château.

Le château

L’implantation du château offre au châtelain un accès direct à la route de Paris au nord, et une vue dégagée sur la rivière Somme au sud. L'édifice est de plan rectangulaire, complété par deux ailes en retour d’équerre côté cour. L’aile gauche est prolongée par les anciennes écuries, puis par un ancien bâtiment agricole. Les deux façades principales du château sont différentes dans leur architecture. La façade côté cour, visible depuis la route de Paris, est en rez-de-chaussée. Elle est construite en pierre de taille calcaire et les encadrements des ouvertures sont en brique. Elle présente neuf travées ordonnancées, tandis que les deux ailes en ont deux. L’entrée sur la travée centrale est mise en valeur par un avant-corps formant loggia, surmonté par une lucarne-fronton. Grâce à la déclivité du terrain, la façade côté Somme s’élève sur un étage carré. Elle est construite en maçonnerie dite en "rouge barre" : alternance entre des assises de brique et des assises de pierre calcaire. Elle présente treize travées et les trois travées centrales sont construites en avant-corps. Également, une avancée du rez-de-chaussée permet de créer deux grands balcons à l’étage. Enfin, l’édifice est couvert par un toit en ardoise à longs pans et croupes, percé de nombreuses lucarnes.

Les écuries

Les écuries se composent de deux constructions. La première est en prolongation de l’aile gauche du château et ouvre sur la cour de la demeure. Construite en pierre calcaire, elle est percée de trois grandes portes charretières en plein cintre, surmontées de trois lucarnes pendantes sur la toiture en ardoise. La seconde construction est accolée, perpendiculaire à gauche de la première et donne sur la cour de la ferme. Elle est construite en maçonnerie en "rouge barre". La façade sur cour est percée de grandes arcades en plein cintre et d’une fenêtre à l’étage, tandis que sur la façade côté Somme deux fenêtres ouvrent sur l’étage. L’édifice est couvert par un toit en ardoise à longs pans et croupes, percées de deux petites lucarnes au nord.

Pigeonnier

Le pigeonnier à l’est du château, de plan carré, est construit en pierre calcaire et en brique au niveau des chaînages d’angle. Il est couvert par un haut toit en ardoise en pavillon, surmonté d'un clocheton.

Les édifices agricoles

Même si la ferme et le château sont construits sur deux parcelles différentes, ils semblent liés dans leur construction, une partie des bâtiments de la ferme ouvrant également sur la cour du château. Ainsi, trois bâtiments à vocation agricole, dont la fonction d'origine n’a pas pu être définie, sont construits sur ces deux parcelles. Le premier est bâti sur la cour de la ferme ; le second, accolé au nord des écuries, ouvre à l’ouest sur la ferme et à l’est sur le château ; le troisième est bâti dans la cour du château. Ils sont tous trois parallèles l’un à l’autre, de plan rectangulaire, et élevés en pierre calcaire sur un soubassement en brique. Les rampants de leurs pignons présentent des "couteaux" (épis) en brique. Ils sont couverts par des toits à longs pans et pignons découverts. Les pans côté ferme sont en tuile tandis que les pans côté château sont en ardoise. Le bâtiment construit dans la cour de la ferme est percé sur sa façade côté est par quatre ouvertures en plein cintre, dont certaines en hauteur laissent penser à un usage de porcherie.

Le dernier bâtiment qui fait partie de la ferme se situe à proximité de la route de Paris, à droite de la maison du concierge. Il est de plan rectangulaire, construit en pans de bois avec remplissage en brique. Son pignon côté cour est essenté d’ardoise. Il est couvert par un toit en tuile à longs pans et pignons couverts.

Logement du concierge

Le logement du concierge est bâti le long de la rue principale, à gauche de la ferme. De plan rectangulaire, il est bâti en brique. Les angles et la corniche sont en pierre calcaire. Sa façade sur rue possède trois travées, la porte est percée sur le mur-pignon est. Il est couvert par un toit en tuile à longs pans et croupes.

  • Murs
    • calcaire pierre de taille
    • brique brique et pierre
  • Toits
    ardoise, tuile
  • Étages
    rez-de-chaussée, 1 étage carré, étage de comble
  • Couvertures
    • toit à longs pans pignon découvert
    • croupe
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

Documents d'archives

  • AD Somme. Série P ; Sous-série 3 P : 3 P 268/5. État de section, Épagne-Épagnette, [s.d.].

  • AD Somme. Série P ; Sous-série 3 P : 3 P 268/6. Matrice des propriétés foncières, Épagne-Épagnette, 1828-1914.

Bibliographie

  • BELLEVAL, René de. Les Fiefs et les seigneuries du Ponthieu et du Vimeu : essai sur leur transmission depuis l'an 1000 jusqu'en 1789. Saint-Pierre-de-Salerne (27800 Brionne) : Gérard Monfort, 1975. 352 p.

    [Reprod. en fac-sim. de l'éd. originale]. Paris : Dumoulin, 1870.

  • SEYDOUX, Philippe. Gentilhommières en Picardie. Ponthieu et Vimeu. Paris : Éditions de La Morande, 2003.

    Avec [la collaboration de] Alain de BOIVILLE, Jean-Charles CAPRONNIER, Marcel ÉVRARD, Ludovic FROISSART, Christian du PASSAGE, François VASSELLE, Henri de WAILLY.

Documents figurés

  • Plan masse du château, extrait du plan parcellaire de la commune d'Épagne-Épagnette, dit cadastre napoléonien Section A, 1820 (AD Somme ; 3 P 1339/2).

  • Château d'Épagne, habitation de M. Wignier de Beaupré, par Oswald Macqueron, d'après une esquisse de Gillard, 1864 (Archives et Bibliothèque patrimoniale d’Abbeville ; Ab.M37).

  • Château d'Épagne, habitation de M. de Monnecove, par Oswald Macqueron, d'après nature, 21 août 1885 (Archives et Bibliothèque patrimoniale d’Abbeville ; Ab.M36).

  • Château d'Épagne, nouvellement augmenté par M. de Monnecove, par Oswald Macqueron, d'après nature, 28 juillet 1881 (Archives et Bibliothèque patrimoniale d’Abbeville ; Ab.M35).

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
(c) Syndicat mixte Baie de Somme - Trois Vallées
Montauban Suzelle
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Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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