Dossier d’œuvre architecture IA80011176 | Réalisé par
Montauban Suzelle (Rédacteur)
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline (Rédacteur)
Abelé Céline

Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme

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  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Ancien pavillon de chasse, puis Institution Sangnier, actuellement demeure et gîte rural, dit château des Lys
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Baie de Somme - Trois Vallées

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Abbeville
  • Commune Sailly-Flibeaucourt
  • Lieu-dit Flibeaucourt
  • Adresse 13 rue de Port-le-Grand
  • Cadastre 2025 OC 379, 387, 40-406, 408-409, 412, 510-518, 520-532
  • Dénominations
    ferme, rendez-vous de chasse, école
  • Appellations
    des Lys, Institution Sangnier
  • Destinations
    demeure, hôtel

À l'origine, la ferme Sangnier

À l’emplacement de l’actuel château des Lys, il y avait dès le début du XIXe siècle une grande ferme. Cette dernière est représentée sur le plan par masses de cultures dressé en 1804. En 1832, la ferme appartient à Jean Sangnier et Rose Desmarest (AD Somme ; 3 P 692/3). Ces derniers embauchent une domestique, ce qui indique l’importance de l’exploitation agricole (AD Somme ; 6 M 692). Un album photographique de la ferme, datant de 1878, est conservé aux Archives départementales de la Somme (ill.). Il a été pris par le photographe Michel Berthaud dans le cadre de l'Exposition Universelle de Paris. Les bâtiments, en pans de bois et torchis sur un soubassement de silex, sont couverts de chaume ou de tuiles. Ils sont construits autour d’une cour dans laquelle est aménagée une mare et un pigeonnier de plan polygonal. La maison en rez-de-chaussée ferme la cour le long de la rue. Ces photographies sont un témoignage remarquable de cette ferme, et plus largement des fermes traditionnelles picardes ; elles démontrent ici la richesse de la famille qui fait réaliser ces clichés.

Le rendez-vous de chasse

Amédée Sangnier, petit-fils de Jean et Rose, hérite de la ferme. En 1879, il fait construire un pavillon de chasse sur l'emplacement - un an seulement après la réalisation de l’album photographique (AD Somme ; 3 P 692/4). En 1886, il fait en plus édifier une remise, un logement, un fournil, une buanderie et une maison de jardinier sur la parcelle adjacente au rendez-vous de chasse. De source orale, ce dernier aurait été édifié en 1893, mais n'est-il pas étonnant de faire construire les dépendances avant la demeure ?

Amédée Sangnier possède également, à Flibeaucourt, une entreprise d’horticulture : de l’autre côté de la rue, il possède un espace horticole dans lequel se trouvent les serres. Son nom revient à plusieurs reprises dans le Bulletin de la société d’horticulture de Picardie, car certains de ses jardiniers ont reçu des prix pour leur travail.

Le propriétaire avait aussi l’intention de construire une grande demeure secondaire à côté de son pavillon de chasse, mais ce projet n’aboutit pas. Les plans de cet édifice, conservés (archives privées dans le relais), représentent une imposante demeure en brique et pierre composée d’un corps central à sept travées, flanqué de deux ailes en retour. Il aurait dû être construit dans le parc, face à l’entrée principale du domaine.

L'institut Sangnier

Amédée meurt en 1925 à l’âge de 92 ans et lègue le domaine à son fils, Robert. Ce dernier meurt trois ans plus tard sans descendance et laisse sa fortune à la comtesse de Béhague, collectionneuse française (1870-1939). Elle fait don de cet héritage à l’Institut des Frères des Écoles chrétiennes "pour élever des orphelins en leur apprenant le métier d’horticulteur / en mémoire d’Amédée Sangnier, passionné par l’horticulture" (Archives lasalliennes, Lyon). L’institut fait appel à l’architecte Paul Vilain (1860-1933) pour la "création d’un immeuble et l’utilisation du château de façon à pouvoir recevoir une centaine d’orphelins" (ibid.). Pour dresser les plans, il visite l’école d’horticulture d’Igny. Suite à son décès en 1933, les plans et devis sont réalisés par son fils, Michel Vilain, et son associé, Charles-Paul Serex (1899-1978). Le projet prévoit la construction d’un grand édifice en brique et pierre, accolé contre le mur-pignon nord du pavillon de chasse. Il se compose d’un corps central à trois travées flanqué de deux ailes à six travées. Des tourelles d’escaliers à chaque extrémité de l’édifice permettent de relier le rez-de-chaussée aux deux étages carrés. Sur certains plans, une chapelle est construite contre la façade arrière.

Ce projet très ambitieux bénéficiait à l’origine d’un budget d’1,5 millions de francs, mais la somme de l’héritage finalement perçue ne représente que 500 000 francs. Le programme est donc revu à la baisse et le bâtiment qui accueille les classes est construit entre l'aile droite du relais de chasse et l'ancienne remise : "On étudia donc la construction qui relia l’aile droite avec la remise qui se trouvait en face. On eut ainsi au 1er étage un dortoir et un lavabo, au rez-de-chaussée deux classes et un lavabo. Dans l’aile droite, on transforma l’écurie en réfectoire et on aménagea les deux petites salles adjointes. Au 1er étage, le salon du château fut transformé en chapelle. Une installation de douches fut établie près de la buanderie. L’eau fut distribuée dans toute la maison après l’électrification de tous les services. Le chauffage central fut également établi dans toute la maison" (Archives lasalliennes). Les plans de cet aménagement sont dressés par l'architecte abbevillois André Ladroue en 1936, sous le nom de "Orphelinat de Flibeaucourt". Il dessine également les plans de décoration de la chapelle. Les logements des frères sont installés dans les bâtiments d’une ancienne ferme au nord de l’école. La serre et les plantations de M. Sangnier, situées de l’autre côté de la route, en face du domaine, sont désormais dédiées à l'institut (potager), qui ouvre officiellement ses portes en 1938.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, l’aile droite du pavillon de chasse est occupée par les Allemands. La scolarité ne s’arrête pas pour autant. En 1942, pour faire face à l'augmentation du nombre de pensionnaires, l’institut évolue et devient un pensionnat rural composé presque exclusivement d’internes. Un baraquement est construit pour les loger. En 1947, un nouveau bâtiment est construit entre le logement du jardinier et l’aile gauche du relais. Un réfectoire prend place au rez-de-chaussée et une chapelle est aménagée au 1er étage : son chœur se situe dans l’aile gauche. Il y a, cette année-là, 125 élèves à l’institut Sangnier.

La fermeture de l'institut

En 1957 l’école doit fermer suite à une circulaire ministérielle interdisant l’usage de baraquements à des fins scolaires. Elle est déplacée à Amiens et remplacée par des Juvénistes lillois. En 1960, le juvénat est transféré à Annappes (Nord). Le domaine se transforme petit à petit en centre de colonies de vacances. Dès 1962, la maison est louée au Centre familial et rural de la Somme. Les frères, restés sur place, y accueillent les différents groupes. À partir de 1978, l’offre s’élargit et le lieu accueille et héberge des classes nature (classes vertes, colonies de vacances …). L’association AGIS SAMARA est créée pour gérer l’organisation du site.

Cette activité prend fin en 2000, et le domaine est vendu au mieux-disant cette même année. Les différents espaces qui le composent sont alors transformés en gîtes pour hébergement de groupes. Aujourd'hui (2025), les propriétaires sont M. et Mme Jouffrault.

La demeure se situe dans le hameau de Flibeaucourt, à l’est de la rue principale. Un grand bois s’étend à l’arrière de l’édifice. Un calvaire et une statue de la Vierge sont visibles dans ce parc boisé. Le domaine est fermé sur la rue par un mur en brique, surmonté d’une haute grille au niveau de l’entrée. Un grand portail en ferronnerie peint en blanc permet d'accéder au au parc. La demeure est construite à gauche de cette entrée.

Le pavillon de chasse est composé d’un corps central et de deux ailes en retour d’équerre au nord, à l'arrière du corps central. Les deux bâtiments de l’école sont construits accolés aux deux ailes au nord, complétés ensuite par l’ancien logement du jardinier et une ancienne remise, qui dépendent du pavillon de chasse d'origine. Cet ensemble de constructions forme un seul et même édifice. À gauche de la demeure se situent les anciennes écuries, construite le long de la rue.

Le rendez-vous de chasse est construit en brique, sur un soubassement de silex taillé. Les murs sont peints d'un enduit rouge et blanc/jaune. La peinture rouge crée un faux harpage au niveau des ouvertures et des chaînages d’angles, référence au modèle brique et pierre picard. L’édifice s’élève sur un étage carré, un étage de comble et possède un sous-sol. Le corps central est composé de trois travées ordonnancées. La travée centrale, encadrée de pilastres, est coiffée d’un fronton circulaire entrecoupé. Les ailes au nord s'étendent sur deux travées. Le toit en ardoise du corps-central, à longs pans et croupes, est percé d’une lucarne-pignon, tandis que des lucarnes en œil-de-bœuf sont aménagées sur les toitures des ailes. À l’intérieur, l’escalier central permet d’accéder à l’étage. À droite de l’escalier, un salon possède un parquet à chevron, et à gauche, un carrelage couvre le sol de la salle dite "de retour de chasse". La cuisine se situe dans l’aile gauche ; l'aile droite abrite un salon avec de grandes ouvertures. Plusieurs chambres sont aménagées au premier étage. Dans l’aile droite, se trouve un grand salon de réception, orné de nombreuses moulures sur son haut plafond. Ce dernier a été transformé en chapelle lorsque le bâtiment servait d’école, jusqu'à la construction d'un espace dédié en 1947. Une véranda a été construite contre l'aile est et le bâtiment d'école qui le complète au nord.

Les deux bâtiments de l’école, en continuité des ailes, sont édifiés en brique, enduits de peintures rouge et blanche/jaune, à l'instar du pavillon de chasse. Ils sont percés de fenêtres horizontales au rez-de-chaussée et verticales à l’étage. Ils sont couverts par un toit en ardoise à longs pans et pignons couverts. Le bâtiment de droite accueillait les salles de classe, et celui de gauche le réfectoire et la chapelle à l’étage.

Enfin, l’ancienne remise, le logement du jardinier et les écuries reprennent les mêmes caractéristiques architecturales que le pavillon de chasse.

  • Murs
    • brique enduit d'imitation
    • silex
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan régulier en U
  • Étages
    1 étage carré, étage de comble
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Documents d'archives

  • AD Somme. Série M ; Sous-série 6 M : 6 M 692. Recensement de population, Sailly-Flibeaucourt, 1836-1936.

  • AD Somme. Série P ; Sous-série 3 P : 3 P 692/3. État de section de Sailly-Flibeaucourt, [s.d.].

  • AD Somme. Série P ; Sous-série 3 P : 3 P 692/4. Matrice des propriétés foncières, Sailly-Flibeaucourt, 1837-1914.

  • Archives lasalliennes. École et Centre d'accueil Institution Sangnier : historique rédigé par le Frère Énée-Joseph et plans, [1930-2000].

Documents figurés

  • Plan de l'ancienne ferme, extrait du plan parcellaire, dit cadastre napoléonien, section C, 1832 (AD Somme ; 3 P 1464/7).

  • Ancienne ferme, photographie, par Michel Berthaud, avril 1878 (AD Somme ; 28 FI 6).

  • Plan du projet de construction de M. Sangnier, élévation sur jardin, projet non réalisé (Archives privées ; [non coté]).

  • Plan du projet de construction de M. Sangnier, façade principale, projet non réalisé (Archives privées ; [non coté]).

  • [Vues du village de Sailly-Flibeaucourt], collection de cartes postales Jean Gaillard, [ca XIXe-XXe siècles] (collection particulière).

    Collection particulière
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
(c) Syndicat mixte Baie de Somme - Trois Vallées
Montauban Suzelle
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline
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Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme

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