Dossier d’œuvre architecture IA80011009 | Réalisé par
Montauban Suzelle (Rédacteur)
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline (Rédacteur)
Abelé Céline

Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme

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  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Le village de Sailly-Flibeaucourt
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Baie de Somme - Trois Vallées

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Abbeville
  • Commune Sailly-Flibeaucourt

Histoire du village 

Sites et découvertes archéologiques

Les découvertes archéologiques mises au jour à Sailly-Flibeaucourt démontrent une occupation humaine du territoire dès l’époque gallo-romaine, entre le IIe siècle avant notre ère et le IIIe siècle. Deux sites sont tout d'abord repérés par le préhistorien Roger Agache lors de ses prospections aériennes dans la région, au lieu-dit la Voie du Port et au lieu-dit du Bois-Planté. Ces derniers bénéficient de prospections plus approfondies dans un second temps (Ben Redjeb, 2012). Le premier, fouillé entre 1992 et 1995 par D. Boulenger, révèle des substructions gallo-romaines sur environ 2 ha, ainsi qu’un statère Scheers 24 et un sesterce d’Antonin le Pieux (IIe siècle). Le second site, prospecté par S. Deffressigne et évalué par N. Tikonof en 1994 lors des travaux de construction de l’autoroute A16, forme un établissement rural composé d’un enclos quadrangulaire, d’une tombe à incinération de la Tène D2a (Ier siècle avant notre ère), d’un enclos rectiligne datant de la Tène D (IIe et Ier siècle avant notre ère), d’un bâtiment arasé avec tour d’angle et galerie de façade, et d’une quinzaine de fossés qui appartenaient sûrement à une villa de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle.

Les origines du village

À l’origine, Sailly et Flibeaucourt étaient deux seigneuries indépendantes. Sailly, autrefois appelé Sailly-le-Sec, est mentionné pour la première fois en 867 sous le nom de Saltiacum. En 1301, le village, appelé "Sally" est cité dans le Pouillé. Le toponyme "Sec" apparaît en 1340 : "Sailliacul Siccum". Le nom complet Sailly-le-Sec est mentionné pour la première fois dans l’histoire ecclésiastique d’Abbeville en 1646 (Garnier, 1878). En 1790, la commune était le chef-lieu de l’un des 17 cantons du district d’Abbeville. Il dépend ensuite du canton de Nouvion avant d’être élargi à celui d’Abbeville.

Flibeaucourt est cité pour la première fois en 1121. Le village devient un hameau de Sailly-le-Sec, vraisemblablement après la Révolution française. Flibeaucourt perd son statut de hameau en 1908, date à laquelle les deux agglomérations sont regroupées pour former le village de Sailly-Flibeaucourt.

Les seigneuries du village

La seigneurie de Sailly-le-Sec était "tenue en 4 fiefs, l'un du roi, le second de Villers-sur-Authie et les deux autres de Nouvion, consistait en une belle maison seigneuriale, un moulin à vent, 30 journaux de bois, 150 de terres labourables, un champart et 300 livres de censives" (de Belleval, 1870). Le premier seigneur connu est Colart le Vasseur, en 1390. Les terres passent en 1530 à la famille de Saint-Blimont, par le mariage entre Marie le Vasseur et Nicolas de Saint-Blimont. En 1600, Sailly-le-Sec revient à la famille Caurrel suite au mariage entre Marie-Marguerite de Saint-Blimond et Jacques de Caurrel. En 1659, les terres deviennent la propriété de la famille de Monchy, par le mariage de Charles de Monchy, baron de Visme, à Marie de Caurrel. C’est cette famille qui fait vraisemblablement construire un nouveau château au XVIIe siècle (IA80011175). Ils restent seigneurs de Sailly-le-Sec jusqu’à la Révolution française (Seydoux, 2003).

Flibeaucourt était, à l’origine, une seigneurie indépendante. Elle était divisée en deux parties. La première, tenue du roi, appartenait au XVIIe siècle au marquis de Châtillon et à la duchesse de Nemours (de Belleval, 1870). L’autre avait pour seigneur en 1406 Philippe de Harcourt. En 1540, la seigneurie devient la propriété de la famille de Saint-Blimont, également seigneurie de de Sailly-le-Sec. Après cette date, les deux villages partagent les mêmes seigneurs. Il ne reste aucune trace d’un éventuel château seigneurial à Flibeaucourt. Ce qui est aujourd’hui appelé "château de Flibeaucourt" est en vérité un relais de chasse construit au début du XXe siècle par Amédée Sangnier (IA80011176).

Conflits et destructions

Dom Grenier rapporte que le village aurait été "brûlé par les Espagnols lorsqu’ils passèrent la Somme le 4 août 1636" (Prarond, 1868). L’église Saint-Martin (IA80011174), et sans doute le château, sont reconstruits après ces destructions.

La commune subit quelques dommages lors de la Seconde Guerre mondiale. Ces dégâts sont limités par rapport à d’autres communes du territoire, seules trois habitations sont partiellement détruites (AD Somme ; 26 W 838). L’école de Flibeaucourt ainsi que l’église et son cimetière sont légèrement dégradés, notamment en 1940, lorsque les Allemands heurtent le mur de clôture du cimetière avec un engin blindé. Entre 1943 et 1944, des mitraillages à basse altitude par des avions anglais touchent les vitraux de l’édifice religieux. L’architecte chargé des travaux d’après-guerre sur les édifices communaux est Maurice Merchez, établi à Abbeville. Les vitraux sont restaurés par le maître verrier Pierre Pasquier en 1946.

Activités de la commune

Activité de serrurerie

La commune de Sailly-Flibeaucourt est connue pour son importante activité serrurière, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle et au cours du XXe siècle. C’est la seule commune du Ponthieu où cette industrie, caractéristique du Vimeu, s’est développée.

En 1836, il n’y avait qu’un seul serrurier à Sailly-Flibeaucourt, l’activité n’est donc pas historiquement implantée dans la commune. La première usine s’installe en 1868 (IA80011196) et fait partie du groupe Vachette, originaire de la ville de Troyes. C’est une petite usine avec seulement une dizaine d’ouvriers serruriers.

Quelques années plus tard, en 1874, l’entrepreneur Albert Vallerant fait construire une nouvelle usine de serrurerie (IA00076639). Elle embauche très vite de nombreux artisans et, dès 1881, 65 serruriers habitent Sailly-Flibeaucourt. À la fin du XIXe siècle, ces deux usines emploient environ 250 ouvriers et ouvrières (AD Somme ; 4° 100 ; 2 NUM 76).

En 1905, les ouvriers de l’usine Stremler (ancienne usine Vallerant) se mettent en grève. Ces protestations vont aboutir au renvoi de nombreux travailleurs. Deux d’entre eux, Émile Poumarèdes et Eugène Dufrancatel, ouvrent la même année une nouvelle usine dans la commune (IA00076640). Ainsi, en 1906, 52 habitants travaillent pour l’entreprise Vachette, 125 pour Stremler et 8 pour Dufrancatel & Poumarède. Les métiers exercés dans ces industries se sont également diversifiés : il y a désormais des polisseurs, des mécaniciens, des décolleteurs… Les communes voisines bénéficient également de la proximité des usines. Au village de Le Titre, par exemple, 36 personnes effectuent le trajet jusqu'à Sailly-Flibeaucourt pour travailler à l’usine (AD Somme ; 6 M 692).

Les trois usines prospèrent au XXe siècle, se spécialisant chacune dans des types de serrures différentes, répondant à la demande spécifique du moment. Cette activité attire de nouveaux habitants dans la commune : il y avait 679 Saillyssois en 1876 tandis qu'en 1906 il y en a 936 (320 habitants en plus en 70 ans). Ce n’est qu’à la fin des années 1990 et au début des années 2000 que les différents établissements ferment leurs portes, privant la commune de Sailly-Flibeaucourt de sa principale industrie.

Agriculture

Avant l’implantation des usines de serrurerie, l’activité communale est essentiellement agricole. Le territoire étant constitué d’un grand nombre d’hectares de terres agricoles, les habitants de la commune travaillent principalement la terre. En 1836, il y a plus de 40 cultivateurs sur 705 habitants, et de nombreux manouvriers ou ménagers à Sailly-Flibeaucourt. Cette activité perd de son importance au profit de l’industrie serrurière, même s’il existe encore de nombreuses fermes en activité au début du XXe siècle. Il y a encore 33 cultivateurs en 1906 sur 931 habitants. L’instituteur de la commune souligne cette problématique dans sa Notice historique et géographique "l’augmentation de la population est due à l’existence des deux fabriques de serrurerie qui procurent du travail aux ouvriers – en revanche, l’agriculture en ressent le contre-coup au moment des travaux des champs" (AD Somme ; 4° 100 ; 2 NUM 76).

À la fin du XIXe siècle, il y a à Sailly-Flibeaucourt 45 exploitations agricoles, et 13 seulement sont inférieures à 5 ha. Les agriculteurs cultivent des céréales sur plus de la moitié des 960 ha de terres agricoles ; 75 ha sont dédiés à l’élevage ovin et bovin sous forme de prairie, et le reste sert à la plantation de betteraves à sucre, fourragères, rutabagas et pommes de terre (AD Somme, 4° 100 ; 2 NUM 76). Les betteraves cultivées à Sailly-Flibeaucourt sont ensuite envoyées par train aux râperies de Lanchères et de Crécy-en-Ponthieu. Un pont à bascule ferroviaire est installé à la gare de Sailly-Flibeaucourt pour faciliter le transport des betteraves. En 1919, la société des raffineries et sucreries Say loue un terrain "dans chacune des gares de Nouvion, Forest-l’Abbaye et Sailly-Flibeaucourt, pour pont bascule et baraque, dont la location a été approuvée par Monsieur le Préfet de la Somme" (AD Somme ; 99 S 1410).

Le moulin

Un moulin à blé est présent à Sailly-Flibeaucourt dès le début du XIXe siècle. L’édifice, qui utilise la force du vent, est représenté sur le plan par masses de cultures datant de 1804. Il se situe au nord-ouest du village, sur le chemin qui relie Sailly à Bonnelle. En 1836, il appartient à "Alexis Gomel veuve meunière" (AD Somme, 3 P 692/4), également propriétaire de la maison du meunier, d’un jardin et d’un champ. Il semble y avoir eu d’autres moulins au cours du XIXe siècle dans le village. La présence de plusieurs meuniers dans la commune tout au long du XIXe siècle témoigne de l’utilisation de ces ouvrages. Leur activité cesse au début du XXe siècle. Une carte postale de cette période montre l'un des moulins de la commune entièrement en bois, déjà abîmé par le temps. Il ne reste plus de traces de ces constructions aujourd’hui, mais le lieu-dit "Au moulin de Sailly" rappelle l’existence du plus ancien.

Autres activités

Comme pour de nombreuses communes du secteur, l’activité textile a une place importante à Sailly-Flibeaucourt dans la première moitié du XIXe siècle. Une trentaine de tisserands et de couturières habitent le village en 1836 et exercent vraisemblablement leur travail à domicile.  

Les plans de la commune dressés au début du XIXe siècle montrent que le bois de Cantatre était autrefois une vaste forêt qui s’étendait sur presque la moitié du territoire communal. Ce bois a été fortement exploité depuis ces premiers plans, et la mention de plusieurs bûcherons à Sailly-Flibeaucourt dans les recensements de population atteste de cette activité forestière.

 

Histoire du bâti

Développement et structuration du village

L’implantation du village

Le village s’est construit sur le plateau du Ponthieu, à proximité du bois de Cantatre, qui faisait partie autrefois du même massif forestier que le bois de Bonnance à Port-le-Grand et le bois de Tofflet à Grand-Laviers.

Le plan par masses de cultures (1804) et le plan de cadastre napoléonien (1832) permettent de connaître la configuration du village de Sailly-le-Sec et de son hameau, Flibeaucourt, dans la première moitié du XIXe siècle. Ainsi, à cette période, le point central de Sailly-le-Sec est le château, son parc "dit de la Garenne", et l’allée plantée de deux rangées d'arbres, aménagée face à la demeure. Le bâti du village s’étend à l’est et au sud de l’ancienne maison seigneuriale, le long de quatre rues. Le presbytère, l’église et l’école sont construits à l’écart du reste du village, à l’extrémité sud de la rue qui mène vers Noyelles-sur-Mer.

Le hameau de Flibeaucourt est, quant à lui, bâti en lisière de la forêt. Les constructions se concentrent le long d’une rue principale, reprenant la forme d’un village-rue. En ce début de siècle, aucun édifice ne structure l’ancien hameau, mais quelques grandes fermes se démarquent tout de même par rapport aux petites exploitations, plus nombreuses.

Développement économique

C’est à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que s’observent les premières mutations urbaines du village, liées au développement industriel. Deux usines de serrurerie sont construites à Sailly-le-Sec, de part et d'autre de l’allée qui mène au château. Ces établissements s’insèrent entre les rues déjà existantes. Au début du XXe siècle, une troisième usine est bâtie à Flibeaucourt, le long de la rue qui mène à Sailly. Le village se développe suite à la construction de nouvelles habitations pour loger les ouvriers. En 1906, il y a 214 maisons à Sailly-Flibeaucourt - en 20 ans, 60 nouvelles habitations sont construites. Malgré la fermeture des usines à la fin des années 1990, le village continue de s’agrandir : 395 maisons en 1999, puis 484 lors du dernier recensement en 2021. La position du village entre Abbeville et Le Crotoy favorise cette extension. De plus, de nombreux logements à vocation sociale ont été bâtis à l’emplacement de l’ancienne usine de Vallerant-Stremler.

Les mares

Il existait autrefois de nombreuses mares dans le village, pour combler l’absence de rivière ou de point d’accès à l’eau naturel sur le territoire communal. En plus d’être une ressource en eau pour le bétail, ces mares servent aussi de réserve d’eau en cas d’incendie. En 1832, il y a 6 mares à Sailly-le-Sec et 7 à Flibeaucourt. Ces points d’eau sont aménagés dans les fermes, sur les places, ou directement dans les rues.

Le chemin de fer

Une nouvelle ligne de chemin de fer "d’intérêt local" est mise en service entre Noyelles-sur-Mer et Forest-l’Abbaye le 24 août 1892. Cette voie de 11 km complète le réseau du "groupe des Bains de Mer" de la Compagnie des Chemins de fer du Nord, qui desservait les communes de la baie de Somme et ses alentours. Elle effectue des arrêts dans les communes de Sailly-Bray, Sailly-le-Sec et Nouvion. À cet effet, une gare est construite à 500 m au nord du village de Sailly-Flibeaucourt. La ligne est utilisée pour le transport de voyageurs et de marchandises. Les betteraves récoltées sur les terres agricoles du village sont envoyées en train aux râperies de Lanchères et de Crécy-en-Ponthieu. Un pont à bascule est installé à la gare pour évaluer la quantité de betteraves et 12 personnes y travaillent au moment de la saison. La ligne est fermée aux voyageurs en 1938 pour ne conserver qu’une vocation de transport industriel. Mais, à la suite des pénuries liées à la Seconde Guerre mondiale, et notamment de carburant, la gare est de nouveau ouverte aux passagers de 1940 à 1951. La circulation des trains à Sailly-Flibeaucourt cesse définitivement en 1965, lors de la fermeture de la râperie de Lanchères. La ligne est déferrée deux ans plus tard, en 1967.

Formes parcellaires et implantation du bâti

Les deux plans dressés au début du XIXe siècle permettent de connaître l’implantation du bâti à Sailly-Flibeaucourt à cette époque. De nombreuses fermes étaient construites dans le village et son hameau. Le modèle d’exploitation agricole le plus répandu possède une grande cour ouverte sur la rue, autour de laquelle s’organise la maison d’habitation, généralement au fond de la parcelle, et un ou deux bâtiments agricoles, perpendiculaires à la rue. Ce modèle correspond à de petites et moyennes fermes, parfois associées à des activités d’élevage. Une vingtaine de fermes présentent une cour fermée sur rue par un bâtiment construit parallèlement à la maison. Cette typologie correspond généralement à des exploitations qui possèdent une activité mixte, d’élevage et de polyculture. Sur le plan parcellaire de 1832, dit cadastre napoléonien, les parcelles qui s’étendent à l’arrière des maisons d’habitation et des fermes sont des jardins ou des vergers.

Plusieurs fermes à Sailly-le-Sec et Flibeaucourt, représentées sur ces plans, se démarquent par leur taille importante. Dans le village, l’ancienne ferme seigneuriale se compose de deux grands édifices agricoles bâtis de chaque côté d’une vaste cour dans laquelle se trouve un pigeonnier et une grande mare. Dans le hameau, deux fermes se distinguent par leur importance. Elles se situent le long de la rue principale qui traverse Flibeaucourt, du côté du bois de Cantatre. La première (parcelle 418 du plan de cadastre napoléonien) s’organise autour d’une cour fermée sur rue, dans laquelle se trouve une mare et un puits. La seconde ferme appartient à Charles Sangnier, cultivateur à Flibeaucourt. C’est la plus grande ferme du hameau et elle se compose d’une maison d’habitation construite le long de la place publique, de quatre bâtiments agricoles et d’un pigeonnier. C’est à la place de cette ferme qu’un relais de chasse est construit par Amédée Sangnier en 1894.

L’implantation des trois usines à Sailly-Flibeaucourt à partir de 1868 fait évoluer les formes du bâti. La commune, autrefois principalement rurale par la présence de nombreuses fermes, voit se construire des maisons pour loger les ouvriers des usines. La forme de l’habitation varie selon le rang de l’employé dans l’industrie. Les ouvriers sont logés dans de petites maisons en brique bâties en rez-de-chaussée. Les contremaîtres sont installés dans des habitations étroites et mitoyennes à étage (IA80011202). Les patrons ou le directeur d’usine font construire quant à eux de grandes demeures bourgeoises, qui se distinguent par la richesse de leurs matériaux ou leurs formes. Deux exemples d’époque différente sont encore visibles à Sailly-Flibeaucourt. Le premier est la première maison de maître construite à l’usine Vachette en 1868, et le second est la demeure de M. Poumarède édifiée en 1947 (IA80011204). Enfin, le château seigneurial (IA80011175), même si ce n’est pas sa vocation première, devient aussi une maison patronale à la suite de son rachat par M. Stremler au début du XXe siècle.

L’industrie serrurière ne s’arrête pas aux usines, le travail de serrurier étant aussi pratiqué à domicile. Pour permettre cela, un espace dédié appelé "boutiques" est construit en retour d'équerre, contre la maison. Dans ces boutiques, une forge et un établi permettent au serrurier d’exercer son activité. Même si l’activité à domicile n’est restée que partielle à Sailly-Flibeaucourt, il existe encore dans la commune quelques exemples de ces petites constructions.

Il y avait 21 cafés au début du XXe siècle dans la commune. Les bâtiments de certains de ces établissements commerciaux sont encore reconnaissables aujourd’hui, notamment une grande maison à étage sur la place publique.

Malgré ces nombreux vestiges du passé de Sailly-Flibeaucourt, seuls 30 % du bâti est antérieur à la fin de la Seconde Guerre mondiale (126 maisons). Le village s’est transformé, et ces changements offrent une architecture hétéroclite, où se mélangent fermes en torchis, habitats anciens en rez-de-chaussée, maisons d’ouvriers mitoyennes en brique et pavillons d’après 1970.

  • Période(s)
    • Principale : Gallo-romain
    • Principale : Moyen Age
    • Principale : Temps modernes
    • Principale : Epoque contemporaine

Territoire de la commune

La commune de Sailly-Flibeaucourt fait partie du canton Abbeville 1. Elle était autrefois rattachée au canton de Nouvion. Son territoire est limitrophe des communes de Nouvion au nord, Lamotte-Buleux, Hautvillers-Ouville, Buigny-Saint-Maclou, à l’est, Port-le-Grand au sud et Noyelles-sur-Mer à l’ouest. Il s’étend sur une superficie de 10,64 km2. La commune comptabilise 1019 habitants en 2021 dans 484 logements dont 237 sont des résidences principales (source INSEE). Le territoire est traversé au sud et à l’ouest par l’autoroute A16. L’aire d’autoroute de la baie de Somme a été construite au sud de Sailly-Flibeaucourt en 1998. Elle a été aménagée par l’architecte Bruno Mader et la paysagiste Pascale Hannetel.

 

Environnement naturel et paysager

Sailly-Flibeaucourt se situe sur le plateau du Ponthieu, à proximité de la baie de Somme. Le territoire se compose en grande majorité de terres agricoles (environ 82 %), ainsi que de forêts (11 %). Il y a trois bois dans la commune, le bois du parc du château des Lys, le bois de Cantatre et le bois de la Garenne, qui correspond au parc du château de Sailly.

 

Implantation du bâti

Le village de Sailly et son ancien hameau, Flibeaucourt, étaient autrefois séparés. Les deux parties sont aujourd’hui réunies en un même village, reliées l’une à l’autre par la rue principale nord-sud, appelée rue des Écoles.

Flibeaucourt, au sud de Sailly, est un village-rue. Le bâti est principalement construit le long de la rue de Port-le-Grand, voie principale qui part au sud vers la commune du même nom. L’ancien hameau s’étend également à l’ouest sur la rue Saint-Honoré et sur la rue du Bas.

Sailly est traversé par une rue principale (rue des Écoles, rue de la Mairie et rue du Titre) qui rejoint le village du Titre à l’est. Des habitations, une ancienne usine, et plusieurs édifices structurants (château, écoles, poste) sont construits le long de cette voie principale. Le village s’est aussi développé à l’est, autour des anciennes usines du village. Une rue secondaire part à l’ouest en direction de Noyelles-sur-Mer. Elle mène à l’église et à son cimetière. Deux anciennes écoles se situent dans cette rue.   

Enfin, quelques maisons sont construites dans un lieu-dit appelé La Gare, sur une route secondaire qui relie Sailly-Flibeaucourt à Nouvion.

 

Formes du bâti

Les fermes conservées sur le territoire sont principalement de grands ensembles agricoles, composés d’une habitation et de plusieurs édifices agricoles qui ferment la cour le long de la rue, sur le modèle de la ferme traditionnelle picarde (IA80011203). Ces fermes devaient autrefois avoir une activité mixte, d’élevage et de culture. La plus ancienne est la ferme seigneuriale, construite à l’est du château de Sailly (IA80011175). Il y a encore six fermes en activité à ce jour.

Les trois usines de serrurerie de la commune ont définitivement fermé dans la seconde moitié du XXe siècle. Seuls les bâtiments de l’usine Vachette ont été conservés (IA80011196) ; les deux autres ont été entièrement détruits (IA00076639 et IA00076640). Cette dernière usine désaffectée marque le paysage urbain du centre du village avec ses grands bâtiments aux toitures en sheds. Elle conserve également la maison de maître et les bureaux construits dans les années 1960.

L’implantation de ces usines a engendré la construction de nombreuses habitations pour loger les ouvriers. Plusieurs de ces maisons subsistent encore aujourd’hui. Ce sont généralement de petits logements en rez-de-chaussée, édifiés en brique. Un alignement de maisons à étage sur la rue secondaire Clair-Lecuyer, à l’ouest de l’emplacement de l’ancienne usine Stremler, était réservé au contremaître (IA80011202).

L’activité serrurière de Sailly-Flibeaucourt ne se résume pas aux usines implantées sur son territoire. Les habitants exerçaient également le métier de serrurier à domicile, dans des boutiques construites en équerre de leur maison. Plusieurs exemples de ces boutiques sont conservés dans le village, elles sont reconnaissables grâce à leur forme étroite et leur faible hauteur (IA80011201). Ces petits bâtiments ont généralement été transformés en garage ou en atelier.

Plusieurs maisons se démarquent dans le paysage communal par leur ornementation et/ou leur taille, de la petite villa "Mon désir" à Sailly (IA80011200) à l’imposant relais de chasse de Flibeaucourt (IA80011176). Ces deux demeures de villégiature ont été construites au début du XXe siècle. La recherche de l’ornementation pour la première, et la fonction et la taille pour la seconde témoignent d’un nouvel attrait pour le village en ce début de siècle. La présence des nombreux bois à Sailly-Flibeaucourt justifie la construction de relais de chasse. En ce qui concerne la petite maison, dite villa "Mon désir", sa présence à Sailly-Flibeaucourt est plus étonnante, car son architecture est généralement typique des habitations de villégiature du littoral ou de la vallée de la Somme, à l'image de la maison du même nom à Grand-Laviers (IA80011148). Cette petite "villa" semble avoir été édifiée pour se distinguer des autres maisons du village, peut-être par le contremaître d'une des usines qui souhaitait se démarquer des maisons ouvrières plus classiques. Aussi, plusieurs grandes demeures se distinguent des autres constructions du village, rappelant notamment la présence des propriétaires d’usines qui habitaient dans la commune. Le logis patronal de M. Vallerant a disparu, mais il existe encore celui de l’usine Vachette construite en 1868, ou celui construit par M. Pomarède vers 1947 (IA80011204). Enfin, le château seigneurial, qui a également appartenu à M. Stemler, propriétaire d’usine, occupe une position centrale dans le village.

Plusieurs bâtiments structurent la commune par leur fonction, actuelle ou ancienne. Il existe quatre écoles ou anciennes écoles. Trois ont été transformées en habitations. Ces dernières sont encore identifiables grâce à leurs grandes fenêtres qui percent les façades des anciennes salles de classe. La mairie, installée dans l’ancien château seigneurial, se démarque ainsi des autres mairies des communes environnantes.

Enfin, il existe à Sailly-Flibeaucourt un nombre important de maisons pavillonnaires construites après les années 1970. Un habitat locatif récent a été bâti à l’emplacement de l’ancienne usine Stemler.

 

Matériaux de construction

Le patrimoine bâti du village est principalement construit en brique. Ce matériau est très utilisé dans les constructions industrielles. Les anciennes usines Vachette sont édifiées en brique. Les bâtiments les plus récents sont en parpaing. La brique se retrouve aussi pour les logements ouvriers ou dans la construction des édifices plus "nobles", comme le château de Sailly ou le pavillon de chasse de Flibeaucourt. On la retrouve dans la construction de certaines anciennes fermes, et dans les boutiques des artisans serruriers. Enfin, le patrimoine scolaire est bâti en brique.

Le pan de bois et torchis est une mise en œuvre des matériaux très courante dans le patrimoine vernaculaire du territoire. Cependant, cette technique de construction exige un entretien régulier, et elle a été peu à peu remplacée par la brique à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. La commune de Sailly-Flibeaucourt en conserve quelques rares exemples sur certaines de ses anciennes fermes. Quelques granges du village en pans de bois et torchis subsistent encore.

La pierre locale est calcaire. Elle est peu présente à Sailly-Flibeaucourt, réservée principalement pour les édifices majeurs du village. Le chœur et une partie du clocher de l’église sont notamment construits en pierre blanche. Ce matériau se retrouve aussi dans les dépendances du château de Sailly. Le château adopte quant à lui le modèle "brique et pierre", typique de l'habitation civile noble picarde du XVIe au XVIIIe siècles. La pierre n’y est utilisée que pour les encadrements d’ouvertures, les chaînages d’angles, ou encore la corniche.

Les couvertures de la commune sont généralement en tuile. Seuls les bâtiments structurants et quelques maisons construites après les années 1970 sont couverts par de l'ardoise.

Documents d'archives

  • AD Somme. Série 4°100 ; 2 NUM 76. Notice géographique et historique sur la commune de Sailly-le-Sec. LEMAIRE, 1899.

  • AD Somme. Série M ; Sous-série 6 M : 6 M 692. Recensement de population, Sailly-Flibeaucourt, 1836-1936.

  • AD Somme. Série P ; Sous-série 3 P : 3 P 692/4. Matrice des propriétés foncières, Sailly-Flibeaucourt, 1837-1914.

  • AD Somme. Série S ; Sous-série 99 S : 99 S 1410. Les chemins de fer à Sailly-Flibeaucourt, [s.d.].

  • AD Somme. Série W ; Sous-série 26 : 26 W 838. Statistiques des destructions par communes [1942-1953].

Bibliographie

  • BELLEVAL, René de. Les Fiefs et les seigneuries du Ponthieu et du Vimeu : essai sur leur transmission depuis l'an 1000 jusqu'en 1789. Saint-Pierre-de-Salerne (27800 Brionne) : Gérard Monfort, 1975. 352 p.

    [Reprod. en fac-sim. de l'éd. originale]. Paris : Dumoulin, 1870.

  • BEN REDJEB, Tahar. Carte archéologique de la Gaule : La Somme, 80-2. Paris : Académie des Inscriptions et Belles-lettres, 2012.

  • GARNIER, Jacques. Dictionnaire topographique du département de la Somme. Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, 3e série.  Paris : J.-B. Dumoulin ; Amiens : impr. Lemer aîné : puis A. Douillet, 1867-1878. 2 tomes.

  • PRAROND, Ernest. Histoire de cinq villes et de 300 villages, hameaux ou fermes. Saint-Riquier et les cantons voisins. Tome 2. Paris, Abbeville : Dumoulin/Grave/Prévost, 1861-1868.

    L'édition complète comprend : 1re partie. Abbeville (communes rurales des deux cantons) et Hallencourt ; 2e partie. Canton de Rue ; 3e partie. Saint-Valéry et les cantons voisins. - 2 vol. ; 4e partie. Saint-Riquier et les cantons voisins. - 2 vol.

  • SEYDOUX, Philippe. Gentilhommières en Picardie. Ponthieu et Vimeu. Paris : Éditions de La Morande, 2003.

    Avec [la collaboration de] Alain de BOIVILLE, Jean-Charles CAPRONNIER, Marcel ÉVRARD, Ludovic FROISSART, Christian du PASSAGE, François VASSELLE, Henri de WAILLY.

Documents figurés

  • Plan par masses de cultures de Sailly-Flibeaucourt, 1804 (AD Somme ; 3 P 1097).

  • Plan parcellaire de Sailly-Flibeaucourt, dit cadastre napoléonien, tableau d'assemblage, 1812 (AD Somme ; 3 P 1464/1).

  • Plan parcellaire de Sailly-le-Sec, dit cadastre napoléonien, Section B1, 1832 (AD Somme ; 3 P 1464/4).

  • Plan parcellaire de Sailly-le-Sec, dit cadastre napoléonien, Section B2, 1832 (AD Somme ; 3 P 1464/5).

  • Plan parcellaire de Flibeaucourt, dit cadastre napoléonien, Section C2, 1832 (AD Somme ; 3 P 1464/7).

  • [Vues du village de Sailly-Flibeaucourt], collection de cartes postales Jean Gaillard, [ca XIXe-XXe siècles] (collection particulière).

    Collection particulière
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
(c) Syndicat mixte Baie de Somme - Trois Vallées
Montauban Suzelle
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline
Abelé Céline

Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme

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