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Ancien rendez-vous de chasse de Blanquetaque à Port-le-Grand

Dossier IA80007323 réalisé en 2004

Fiche

Destinationsrendez-vous de chasse, établissement administratif d'entreprise
Dénominationsrendez-vous de chasse
Aire d'étude et cantonCommunauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Nouvion
AdresseCommune : Port-le-Grand
Lieu-dit : Blanquetaque
Cadastre : 1984 A 150

D'après Balandra, ce rendez-vous de chasse est construit en 1911 pour le comte d'Hardivilliers. Pierre Gérard propose la date de 1904 (année au cours de laquelle le vicomte de Brossin de Méré édifie la hutte des 400 coups sur le marais de Sailly-Bray) et Hubert Quilliot, celle de 1903. Une peinture sur carton décorant la salle haute sous charpente porte la signature et la date "E. Evny, 05".

Le lieu-dit apparaît dans les recensements de population en 1906, habité par un garde particulier, ce qui confirmerait les dates proposées par Pierre Gérard et Hubert Quilliot. Le commanditaire est vraisemblablement Auguste Henri Ernest d'Hardivilliers (1841-1927), dont la famille fait construire le château de Friville, au 17e siècle.

Au début du 20e siècle, le caractère maritime marque encore fortement le paysage de Blanquetaque (prairies naturelles, plus ou moins en eau selon la pluviométrie, anciens rus de la baie coupés de celle-ci par les digues). Le comte d'Hardivilliers fait recouvrir certaines étendues sableuses de tourbe transportée depuis Port-le-Grand, afin de rendre le terrain favorable à la bécassine. La matière avait été amenée par wagonnets basculants, empruntant une voie Decauville.

Au cours du 20e siècle, le chalet de Blanquetaque est vandalisé, perdant ainsi quelques éléments de sa décoration. Une partie de la propriété est vendue, la réduisant à une centaine d'hectares. L'édifice, restauré en 1997 par le Smacopi, sert aujourd'hui de bureau à la direction scientifique de la réserve naturelle.

Période(s)Principale : 1er quart 20e siècle

Non loin d'Abbeville, le rendez-vous de chasse est immergé dans les molières, en contrebas de la route menant à la baie de Somme.

Le bâtiment en brique, à étage de soubassement, est largement éclairé à l'est et percé d'une porte d'accès au sud. Les quatre tourelles d'observation se déploient aux angles de la base, couvertes d'un double toit en pavillon. Sur ce soubassement se développe le corps principal à section carrée de deux travées de côté. Chacune d'elles est soulignée par un cintre saillant engagé dans la maçonnerie. Le comble est coiffé d'un toit en forme de carène retournée, couvert d'ardoises en écaille. Il est ajouré de petites ouvertures à arc brisé dont l´encadrement est confié à la brique jaune. L'édifice est flanqué aux quatre côtés de petites tours circulaires, elles-mêmes pourvues au sommet d'élément en céramique permettant l'aération du bâtiment. Le faîte de l'édifice est occupé par un clocheton, dont la couverture rappelle celle des tourelles d'observation. Le mur nord porte ce qui semble être les armes du comte (deux haches dans un écusson). Celles appliquées sur le mur sud ont disparu.

L'intérieur a été modifié. Seul le grenier est orné d'une peinture murale sur carton appliquée aux murs à l'aide de clous, signée "E. Evny. 05". Elle représente des cigognes au nid près d'une tour médiévale en pierre pour le mur nord et un décor architectural ajouré avec végétation et mésanges pour son pendant. Le plafond représente des oiseaux de toutes sortes (canard, flamands roses, héron).

Mursbrique
Toitardoise, tôle nervurée
Étagesétage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, étage de comble
Couverturestoit en carène
toit en pavillon
Typologiespavillon
Techniquespeinture
Précision représentations

L'iconographie qui orne le plafond du grenier fait référence à la destination du lieu, implanté en pleine nature pour l'observation ornithologique.

Cette construction, parfaitement implantée pour l'observation ornithologique, a fait l'objet d'un soin architectural tout particulier, de style relativement original, profitant d'un confort exceptionnel pour l'époque à laquelle elle a été édifiée.

Statut de la propriétépropriété d'un établissement public régional
Intérêt de l'œuvreà signaler

Annexes

  • Histoire du lieu

    Histoire du lieu

    Cet endroit a de tout temps été un lieu de passage, décisif dans l´histoire du royaume.

    La partie orientale de la baie de Somme comblée par les alluvions maritimes est un bassin qui se prolongeait auparavant jusqu´à Abbeville. D´après Delattre, à marées hautes, les eaux en recouvraient les 3000 hectares où le jusant faisait apparaître le cours de la Somme, des bancs de sable et un plateau crayeux, la Blanquetaque, « blanche tache » en Picard, qui s´étendait depuis Port jusqu´à Noyelles. Sur une carte de 1656, le passage est dit « Blanque Tacque ». D'après une carte du pays de 1744, il est indiqué « Blanq taq ».

    Hubert Quilliot indique que la marée rongeait les pentes crayeuses de la rive droite du fleuve. Ce sont les morceaux de craie ajoutés aux alluvions drainés par les eaux qui, formant un fond compact et homogène, offrait un passage sur une largeur d´environ 40 mètres. Le gué était donc un lieu de transit stratégique entre le Ponthieu et le Vimeu. En effet, le reflux permettait la traversée à pied à deux endroits de la baie : l´un à hauteur de Saint-Valery, l´autre au gué de Blanquetaque.

    Le passage changeait d´emplacement chaque année selon les grandes marées.

    Il commençait à être guéable de mai jusqu´à la fin du mois d´août. Le reste de l´année, les crues en empêchait la traversée. A l´époque romaine, une chaussée prenant à Estrées-les-Crécy aboutissait au gué entre Port et Noyelles pour reprendre entre Boismont et Saigneville la direction de Eu. Le chemin dit « chemin au sel » existe encore en partie, à environ 150 mètres du haut de la côte dite de Saint-Valery, ce qui prouve que le gué était utilisé par les Romains. De plus, Dom Grenier indique que la 27e branche de la voie militaire, la chaussée qui longeait les côtes, traversait l´Authie et le Marquenterre et passait la Somme à Blanque-taque afin de rejoindre Abbeville à Nouvion en 1100.

    D´après la monographie communale de Noyelles-sur-Mer rédigée par l´instituteur en 1899, ce gué était connu dès 981 au moment où Hugues Capet le passa pour enlever les reliques de saint Valery dont il s´était emparé.

    En 1192, Mahieu, comte de Boulogne, s'alliant au roi d'Angleterre, passa la rivière au gué et dévasta une partie du Vimeu. En 1346, Edouard III le força, guidé par Gobin-Agache de Mons-Boubert. Cet évènement engendra la bataille de Crécy.

    En 1369, le passage fut de nouveau emprunté par Lancastre, qui alla ravager le Vimeu et la Normandie fut repris en 1385 par les Français qui palissadèrent les abords. Henri V s´y présenta en 1407, mais ne put y passer et remonta alors la Somme pour trouver un pont. En 1435, des aventuriers français commandés par Bressay de Braquemont, revenant de Vimeu qu´ils avaient ravagé, passèrent le gué et se jetèrent sur le Marquenterre qu´ils pillèrent alors.

    Après le passage de 300 Flamands en 1523, on jugea nécessaire de le fortifier. La garde fut alors renforcée en 1554 d´un certain nombre de bateaux plats armés de canons. Le duc de Savoie vint pour y passer, sans succès et fut obligé de se rendre jusqu´à Picquigny.

    En 1592, pendant la Ligue, le duc de Parme, se portant sur Rouen, força le passage malgré un grand nombre de tués et de noyés. En 1636, Balthazar de Fargues traversa le gué à la tête de son régiment.

    La dernière mention militaire du gué dans l´histoire du Ponthieu se situe en 1636.

    Les moyens de défense disparurent alors peu à peu. Les ingénieurs du roi entreprirent quelques travaux de terrassement pour le détruire mais les grandes marées s´en chargèrent, les abords se nivelèrent et les grêves de sables se rétablirent comme auparavant.

    Il a également joué un rôle économiquement important entre le Vimeu et le Ponthieu puisqu´une réglementation relative à l´utilisation d´un bac local se trouve reproduite au verso d´un feuillet du registre de catholicité de 1744 de Port-le-Grand (probablement daté entre le 14e et le 15e siècle).

    Les habitants de Port, de Gouy et de Cahon avaient la gratuité du passage et payait un droit pour la marchandise.

    En 1791, le percement du canal du duc d´Angoulême, modifiant le cours de la Somme, a pratiquement effacé les traces de l´emplacement. Se posa alors la question de la traversée du fleuve à hauteur de Petit-Port. Un second bac fut estimé indispensable pour assurer les échanges commerciaux entre le Vimeu, le Marquenterre et le Boulonnais. De nombreux voyageurs, que la marée empêchait de traverser la baie à Saint-Valery, venaient trouver un passage à Port le Grand.

    Aujourd´hui le passage du gué est entièrement recouvert de bas champs.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Somme. Série M ; 2M_LN 302. Recensement de population de la commune de Port-le-Grand, [1836-1936].

Documents figurés
  • Environs de Noyelles-sur-Mer - Le Châlet du Gué de Blanquetaque, carte postale en noir et blanc, début 20e siècle (coll. part.).

  • Port-le-Grand, chalet du Gué Blanquetaque, carte postale en noir et blanc, édition Gérard et Fournier, début 20e siècle (coll. part.).

Bibliographie
  • DARSY. Quend et le Marquenterre. La Picardie. Amiens, 2e série, t. 3, 1880.

    p. 21
  • DELATTRE, Jean. Le passage et le bac de Port-le-Grand. Société d'Emulation historique et littéraire d´Abbeville, 1959.

    p. 312-320
  • DEMANGEON, Albert. La Picardie et les régions voisines. Artois, Cambrésis, Beauvaisis. Paris, Guénégaud, 1905.

    p. 177
  • GRENIER, Dom. Introduction à l´Histoire Générale de la Province de Picardie. Amiens, Imprimerie Duval et Herment, 1856.

    p. 495
  • GERARD, Pierre. Les 400 coups et Blanquetaque. Hauts lieux du patrimoine culturel et cynégétique picard. Fressenneville, Imprimerie Carré, s. d.

    p. 12
  • MERLIER, Olivier. Navigation et circulation maritime en Baie de Somme aux derniers siècles du Moyen-Age. Mémoire de Maîtrise d´histoire médiévale, sous la direction de G. Jehel et P. Racinet, Amiens, Université de Picardie Jules Verne, oct. 1996.

    p. 22
  • QUILLIOT, Hubert. Histoire du Gué de Blanquetaque. Société d´Archéologie et d´histoire de Saint-Valery-sur-Somme. 1977, n°8.

    p. 47-52
  • WARIN. Monographie communale de Noyelles-sur-Mer. 1899 (document manuscrit).

(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général ; (c) SMACOPI (c) SMACOPI - Fourmond Catherine - Guérin Inès - Barbedor Isabelle
Barbedor Isabelle

Chercheur du service de l'Inventaire général du patrimoine culturel de Picardie, puis des Hauts-de-France, depuis 2002.


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