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L'ancienne collégiale royale, puis église paroissiale, actuellement basilique Saint-Quentin

Dossier IA02001429 réalisé en 2008

Fiche

Œuvres contenues

Vocables Saint-Quentin
Destinations basilique
Dénominations collégiale, église paroissiale
Aire d'étude et canton Saint-Quentinois
Adresse Commune : Saint-Quentin
Adresse : place de la Basilique

Du temps de l´empereur Maximien (286-305), Quentin, fils du sénateur Zénon, quitte Rome avec onze compagnons dans l´intention d´évangéliser la Gaule Belgique. Quentin fait alors d´Amiens le théâtre de fructueuses prédications. Mais l´époque, qui précède de peu la Grande Persécution de 303, est défavorable aux Chrétiens. Le préfet Rictiovare ordonne donc l´arrestation de l´apôtre. Ne pouvant l´inciter à renoncer à sa foi, en dépit de sévices répétés, il le fait finalement décapiter un 31 octobre à Augusta Viromanduorum, à l´occasion d´un transfert du prisonnier à Rome. Le corps est ensuite jeté secrètement dans la Somme. Cinquante-cinq ans plus tard, une Romaine nommée Eusébie, à la suite de songes insistants, retrouve dans la rivière le corps et la tête intacts du martyr. Elle inhume les restes de Quentin sur une colline près d´Augusta, à un emplacement désigné par le Ciel, et fait bâtir une chapelle sur la tombe. Cette chapelle du milieu du 4e siècle est à l´origine d´un pèlerinage et de l´actuelle basilique de Saint-Quentin.

De la chapelle à la collégiale

La littérature hagiographique, confortée par les fouilles menées dans le choeur jusqu´à ces dernières années, mentionne plusieurs églises successives d´importance croissante. La chapelle primitive est remplacée par une église, voire un ensemble cathédral, en lien avec l´implantation temporaire d´un évêché qui est transféré à Noyon vers le début du 7e siècle. Au milieu du 7e siècle, saint Eloi exhume et enchâsse le corps de saint Quentin, provoquant un développement du pèlerinage. L´église est alors reconstruite ou agrandie puis, vers la fin du 7e siècle ou au début du siècle suivant, desservie par une communauté monastique. Dès 814, une nouvelle église est fondée par l´abbé Fulrad, cousin de Charlemagne, à la faveur de libéralités de cet empereur. Les historiens de l´art attribuent à cet abbatiat, ou à celui d´Hugues qui lui fait suite, l´aménagement d´une crypte dans laquelle est installé le corps de saint Quentin, en 835. Celui de saint Cassien, évêque d´Autun, le rejoint en 845. Une incursion des Normands provoque l´incendie du monastère en 883. L´étendue de la restauration n´est pas connue. Mais, de 886 à 893, l´abbé Thierry fait entourer d´une même fortification le monastère et le bourg qui adopte définitivement le nom de Saint-Quentin et accueille les reliques de saint Victorice en 893. Les historiens placent au 10e siècle une réforme, qui fait succéder des chanoines séculiers aux moines. L´église, devenue collégiale, est reconstruite à partir de 952, puis une nouvelle fois au 12e siècle, après un incendie. Ce lieu de culte est progressivement détruit dès la fin du 12e siècle, pour faire place à un monument encore plus vaste.

Une reconstruction inachevée

Les débuts de la construction sont mal connus, mais peuvent être datés de la seconde moitié du 12e siècle, si l´on estime que les travaux ont commencé par la tour-porche occidentale, ou de l´extrême fin du 12e siècle, si l´on préfère voir l´ouvrage débuter par le choeur. Quoi qu´il en soit, la réédification du choeur est entreprise à la fin du 12e siècle, en pleine période d´expansion démographique et économique. Le chapitre, composé de plus de 70 canonicats, profite de nombreux revenus et de la bienveillance des comtes de Vermandois, remplacés par les rois de France dès 1214. Les chapelles absidiales sont sans doute achevées dès le premier quart du 13e siècle, comme en témoignent l´architecture et le style des verrières de la chapelle axiale. Puis, en 1229, les trois corps saints sont retirés de la crypte, déposés dans de nouvelles châsses d´argent doré et transférés dans l´ancien bâtiment pour permettre la poursuite des travaux. Le voisinage de l´église Notre-Dame de Labon complique la réalisation du projet, mais l´abandon de cette église et de son cimetière, par le chapitre de Noyon en 1248, permet aux constructeurs d´empiéter sur son terrain. Le 2 septembre 1257, les châsses des trois saints sont placées dans le nouveau choeur, en présence du roi Louis IX et d´une assistance prestigieuse.

L´édification du grand transept est amorcée dès la seconde moitié du 13e siècle. Pourtant, le rythme du chantier ralentit fortement et il faut au chapitre un siècle et demi pour achever cette partie de la collégiale. À partir du 14e siècle, les guerres et les épidémies affectent gravement l´économie locale. L´argent fait défaut, et les chanoines doivent recourir à divers expédients pour s´en procurer : utilisation du revenu de canonicats vacants, quêtes, ventes des matériaux de l´ancienne église. En outre, il faut intervenir à deux reprises dans le choeur dont la maçonnerie présente des signes de faiblesse. En 1316, le maître-maçon Jean Lebel doit renforcer la base des piles du choeur et, en 1394, les voûtes du choeur fissurées et sur le point de s´effondrer sont refaites à neuf. Néanmoins, le grand transept est achevé vers la fin du 14e siècle et peut accueillir en 1400 les autels de Saint-Julien et de Saint-Antoine, récemment fondés.

À cette date, la reconstruction de la nef est déjà entreprise, puisqu´on y ménage six fenêtres à remplages. En dépit des malheurs du temps et des difficultés pécuniaires, les chapelles de la nef sont couvertes et vitrées dans le premier quart du 15e siècle, et le vaisseau central reçoit sa charpente vers 1430, semblant annoncer la fin prochaine de ce long chantier. Pourtant, vers le milieu du siècle, la solidité du bras sud du petit transept apparaît si compromise par des malfaçons, qu´il risque d´entraîner dans sa ruine des parties adjacentes. En 1475-1476, la maçonnerie du choeur est renforcée par la pose de tirants métalliques évitant l´écartement des murs, et ses voûtes sont restaurées. Puis, le bras sud du petit transept est reconstruit de 1477 à 1487, grâce aux libéralités du roi Louis XI, sous la direction du maître-maçon et architecte saint-quentinois Colard Noël. La chapelle Saint-Fursy et son étage prennent place entre ses contreforts, en 1490. Enfin, le portail voisin ou « portail Lamoureux » est refait à partir de 1493. Pour que la collégiale devienne l´une des plus somptueuses du royaume, il ne reste plus alors qu´à détruire l´ancien clocher-porche et à lui substituer une façade à trois portails. La première pierre des fondations est posée le 30 avril 1509. Mais cette ultime campagne de travaux n´a jamais dépassé le niveau des substructions.

Une église soumise à l´épreuve du feu

Les documents immédiatement postérieurs à cette période ne font mention que de réparations. L´entretien de l´église est si onéreux que François Ier supprime deux prébendes en 1529 et attribue leur revenu à la fabrique pour soulager le chapitre endetté. Cette aide se révèle vite insuffisante car, le 11 avril 1545, la foudre frappe le petit clocher, incendiant une partie de la toiture et endommageant les voûtes sous-jacentes. La générosité du roi Henri II et de l´évêque de Noyon, Jean de Hangest, ainsi que l´allocation d´arbres par Marie de Luxembourg et par le duc de Guise, contribuent à une réparation rapide. Cette dernière s´achève entre 1549 et 1551, par l´érection d´un nouveau clocher, moins haut mais plus beau que le précédent.

Dans les années qui suivent, le nord de la France redevient le théâtre d´une guerre qui oppose le pays à l´Espagne et à l´Angleterre. La ville de Saint-Quentin est assiégée par l´armée ennemie en août 1557 et, en dépit d´une résistance acharnée, enlevée le 27 août puis occupée. Quand les chanoines reviennent, après la paix du Cateau-Cambrésis qui rend Saint-Quentin à la France (3 avril 1559), ils retrouvent une collégiale meurtrie par le feu de l´artillerie et les tirs d´arquebuse. La maçonnerie présente de nombreuses traces d´impacts, la flèche du petit clocher est rompue, la couverture dégarnie de son plomb, et la plupart des verrières ont été brisées par des projectiles ou par les vibrations des coups de canon. Un soutien royal réitéré, des dons imposés à tous les chapitres de France et l´extinction de prébendes permettent un rétablissement progressif de l´édifice, qu´ébranlent encore les tempêtes de 1572 et 1581. La fin du 16e siècle et la première moitié du siècle suivant correspondent enfin à une période d´accalmie, scandée par la réparation régulière d´éventuels désordres et marquée par le manque d´ouvriers et de subsides inhérent à la Guerre de Trente Ans.

Le 14 octobre 1669, deux couvreurs mettent accidentellement le feu dans les combles du grand transept. L´incendie embrase la charpente du vaisseau central et des deux transepts, le petit clocher puis la tour-porche, consumant alors les orgues et fondant toutes les cloches. L´empressement du chapitre et des habitants limite l´extension du sinistre qui endommage, entre autres, la toiture de plusieurs chapelles et des bâtiments capitulaires. Mais il ne peut empêcher l´effondrement de la voûte de la croisée du grand transept, percée par la chute du petit clocher. Treize années sont nécessaires aux chanoines, appauvris par les guerres mais encouragés par les libéralités répétées de Louis XIV, pour réparer le gros oeuvre. Quand, le 14 octobre 1682, le chapitre organise une impressionnante cérémonie en action de grâce pour le rétablissement de la collégiale, la voûte est entièrement restaurée. L´église s´abrite sous une toiture neuve, dont le faîte arbore un décor de plomb emprunté à l´emblématique royale, et où pointe la flèche d´un campanile en charpente. La tour-porche, dont la tourelle d´escalier nord s´est effondrée dans les derniers jours de 1675, vient d´être partiellement reconstruite (1681-1682). Son étage supérieur, dépourvu des quatre tourelles d´angle qui le cantonnaient, est désormais embelli par un amortissement à fronton et pots-à-feu. Jusqu´à la fin du 18e siècle, la plupart des travaux de maçonnerie sont la conséquence de cet incendie, telle la démolition en 1734 de la tour d´escalier sud de la tour-porche, ou tour Saint-Michel, qui menaçait ruine. À l´intérieur de l´église, on peut y rattacher, à partir de 1694, l´édification d´une tribune d´orgue en pierre et, vers 1730, la destruction du jubé médiéval partiellement brisé par la chute de la voûte, occasion pour le chapitre de se doter d´une nouvelle clôture de choeur dans le goût de l´époque.

La reconstruction du petit clocher en 1732, sur les plans de l´architecte De La Tour, puis celle de la grande sacristie en 1754-1755, confiée à l´architecte Boulanger, semblent être les dernières entreprises importantes de l´Ancien Régime.

La collégiale dans la tourmente

Le 12 juillet 1790, la Constitution civile du clergé supprime les chapitres et, le 6 novembre 1790, défense est faite aux chanoines de la collégiale de poursuivre l´exercice de leurs fonctions. Un inventaire de l´église est dressé, puis les portes sont closes. L´ancienne collégiale, devenue l´unique église paroissiale de la ville, rouvre en mars 1791, desservie exclusivement par des prêtres assermentés. Des mesures d´entretien sont alors prises en sa faveur, comme en témoigne une décision du directoire du département de l´Aisne, autorisant la municipalité à utiliser le pavé des églises supprimées pour réparer le dallage de la seule conservée. Mais le culte catholique est interdit en 1793. En novembre, l´administration municipale ordonne la descente des cloches, sauf deux destinées à sonner l´alarme, la destruction des clochers, puis autorise l´anéantissement de « toutes les affreuses marques de la féodalité et de la superstition qui se trouvent dans la ci-devant église de Saint-Quentin ». Le temple de la Raison est inauguré le 30 novembre 1793, allégé de son décor religieux et de ses emblèmes royaux. Au gré des bourrasques de la tempête révolutionnaire, l´église, qui retrouve à l´occasion sa destination première, sert également de salle d´exercice pour des bataillons, de magasin à fourrage et d´écurie, jusqu´à sa réouverture au culte catholique par un décret du Premier Consul, daté du 28 décembre 1799. Son premier curé, l´abbé Fortier qui relève désormais de l´évêché de Soissons, en prend possession le 26 juin 1803. L´église est alors amputée de ses annexes, tels les bâtiments du chapitre et le cloître qui ont trouvé acquéreur en janvier 1797. La chapelle Saint-Fursy sert de logement à un concierge depuis 1798. La flèche du petit clocher est détruite, le sanctuaire dépavé et rempli de gravats, enfin de nombreuses interventions sont à prévoir à la maçonnerie, la toiture et la vitrerie.

Un siècle d´incessant entretien

Tout au long du 19e siècle, la municipalité et la fabrique unissent leurs efforts pour assurer l´entretien courant du monument. Les travaux sont réalisés sous l´autorité de l´architecte municipal Pierre-André Védie de 1812 à 1836, de son gendre Charles-Napoléon Pinguet-Védie de 1836 à 1880, enfin de Henri-Aimé Delmas-Azéma à partir de 1880. Les fonds toujours insuffisants ne permettent que des opérations d´urgence portant sur le gros oeuvre du monument et sa stabilité qui font l´objet d´une étroite surveillance. À l´intérieur, la fabrique s´emploie dans un premier temps à effacer les traces de l´épisode révolutionnaire et à reconquérir progressivement les différents espaces de l´église. La seconde moitié du siècle est marquée par l´arrivée en 1856 de l´architecte Pierre Bénard, nommé par la fabrique « maître des ouvrages ». Cette désignation lui attribue, jusqu´à sa mort en 1900, la responsabilité de la restauration et du réaménagement intérieurs. Ces travaux sont l´occasion de remettre au jour de nombreuses peintures murales, et de mener en 1865 des fouilles archéologiques sous le choeur, permettant la redécouverte de la tombe de saint Quentin.

En ce qui concerne les annexes du monument distraites à la Révolution, la chapelle Saint-Fursy perd son usage de logement et retrouve sa destination première en 1859. Les anciens bâtiments capitulaires, quant à eux, peuvent être acquis en 1884 et abritent désormais le presbytère, une salle des Oeuvres et la maîtrise. Le clergé profite de l´embellissement de l´édifice pour restaurer le pèlerinage en octobre 1875, pieuse entreprise qui procure à l´église le titre et les privilèges de basilique mineure, le 5 décembre 1876. Le 21 juin 1901, un honneur supplémentaire est accordé à la basilique et à la ville par le Saint-Siège, qui autorise désormais le diocèse à porter l´appellation de Soissons, Laon et Saint-Quentin, en mémoire de l´antique évêché de Vermandois.

Bien que l´église figure parmi les Monuments historiques depuis 1840, il faut attendre le tournant du siècle pour que l´Etat apporte sa contribution à son lourd entretien et établisse un programme complet de consolidation. Ce dernier est entrepris sous la conduite de l´architecte en chef des Monuments historiques Edouard Danjoy, auquel succède Henri Deneux en 1905. Au moment où l´Allemagne déclare la guerre à la France, le 3 août 1914, la nef est épaulée par des arcs-boutants restaurés, et abritée par une couverture neuve.

La Première Guerre mondiale et ses conséquences

Au début du conflit, le sort des armes est si favorable à l´adversaire que l´armée allemande entre dans Saint-Quentin le 28 août 1914 et occupe la ville, poursuivant ensuite sa route vers le sud. Il faut attendre les effroyables combats de la Bataille de la Somme, en 1916, pour que la basilique reçoive les premiers coups et perde des verrières. En mars 1917, pour raccourcir l´étendue du front et donc économiser leurs forces, les Allemands reculent et s´installent sur la « ligne Hindenburg », située à l´ouest de Saint-Quentin, plaçant la ville sous le feu de l´artillerie lourde des belligérants. Dès avril 1917, la silhouette dominante de la basilique devient la cible de tirs nourris. Les élévations du clocher, les murs, plusieurs arcs-boutants et les remplages des baies subissent d´importants dégâts, toutefois les supports intérieurs sont peu atteints et la stabilité de l´édifice n´est pas menacée. Soudain le 15 août 1917, conséquence possible d´un bombardement, un incendie éclate, consumant toute la toiture de l´église. Le haut des pignons du grand transept qui tombent sur les constructions attenantes, propagent le feu à la sacristie et aux anciens bâtiments capitulaires. La voûte de la basilique résiste d´abord. Mais, atteinte par de nouveaux obus et minée par les intempéries, elle s´effondre progressivement dans la seconde moitié de l´année, au-dessus du choeur et des deux transepts. Quand l´armée française reprend Saint-Quentin le 1er octobre 1918, la principale église de la ville menace ruine, fragilisée par les innombrables brèches et amputations qui affectent ses murs et ses arcs-boutants. Néanmoins, grâce à l´avance rapide des alliés, la basilique a échappé à une destruction volontaire de la part de l´adversaire. Des trous, pratiqués dans plus de 90 supports intérieurs et destinés à des charges d´explosifs, vont témoigner de cette intention jusqu´à leur obturation en 1941.

Une restauration méthodique

La restauration commence dès 1919, sous la direction de l´architecte en chef Emile Brunet (1872-1852), engagé conjointement dans la résurrection de la cathédrale de Soissons. L´entreprise débute rapidement par le déblaiement et le tri des décombres, qui permettent la récupération d´éléments sculptés réutilisables, puis par la dépose des fragments subsistants de verrières anciennes. Après quelques consolidations indispensables, la pose d´une toiture provisoire facilite la protection des maçonneries conservées et le travail des ouvriers. Les bas-côtés étant moins atteints que le vaisseau central, le collatéral sud de la nef est rapidement remis en état pour permettre l´exercice du culte qui reprend à la basilique le 21 mars 1920. Cette église provisoire se révèle vite insuffisante et de nouveaux travaux permettent de la prolonger jusqu´à l´entrée du déambulatoire, le 27 mai 1921. De 1921 à 1925 environ, l´attention se concentre sur la tour-porche lézardée et désolidarisée de la nef. Des injections de ciment liquide ainsi que la pose d´étrésillons et de ceintures en béton armé renforcent la maçonnerie et permettent la réfection des parties manquantes, la pose d´une charpente en ciment armé et d´une couverture d´ardoise. La tour y perd son amortissement de la fin du 17e siècle, en faveur d´une simple croupe. Dès 1925, les travaux gagnent la nef, portant d´abord sur les épaulements, les fenestrages et les voûtes. L´année suivante, l´installation d´un plancher au niveau des fenêtres hautes permet de rendre au culte la nef et ses collatéraux le 20 mars 1927, tout en poursuivant le travail dans les parties supérieures du vaisseau central. La nef, réhabilitée et ornée de nouvelles verrières, est solennellement inaugurée le 24 octobre 1929. Ensuite, la restauration du grand transept et celle du choeur sont menées conjointement, car chacun de ces volumes épaule l´autre. La réfection des maçonneries, très abîmées, et la pose de la toiture occupent la première moitié des années 1930. Les mêmes opérations sont menées à partir de 1936 dans le petit transept et le sanctuaire, sous la direction de l´architecte en chef Jean Trouvelot, qui succède à Emile Brunet le 1er janvier 1937. Au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale, la restauration du gros oeuvre des parties hautes est presque achevée, et celle des parties basses, très avancée. Le nouveau conflit stoppe les travaux, qui reprennent lentement au retour de la paix, car les crédits sont alors réservés en priorité aux édifices endommagés par les récentes opérations militaires. L´achèvement de l´entreprise, sous la responsabilité de l´architecte en chef Maurice Berry, occupe les années 1948-1956. Les efforts portent alors sur la crypte et le tombeau de saint Quentin, le déambulatoire, le dallage, et surtout, sur la vitrerie du monument. La basilique peut être rendue au culte pour les fêtes de Noël 1955 et fait l´objet d´une inauguration solennelle en octobre 1956. Une « chapelle de semaine » et une sacristie sont bâties de 1956 à 1960, à l´emplacement de l´ancienne grande sacristie. La reconstitution ardue de la flèche du 18e siècle, réalisée de 1971 à 1975, marque le terme de cette longue restauration.

Depuis cette date, les travaux dont profite le monument, se rapportent à son embellissement ou à son entretien, telle la réfection récente du clocher-porche qui vient de rendre à sa façade son amortissement du 17e siècle.

Période(s) Principale : 12e siècle
Principale : 13e siècle
Principale : 14e siècle
Principale : 15e siècle
Secondaire : 17e siècle
Secondaire : 18e siècle
Secondaire : 20e siècle
Auteur(s) Auteur : Lebel Jean, maître maçon, attribution par source
Auteur : Noël Colard, maître maçon, attribution par source
Auteur : Boulanger, architecte, attribution par source
Auteur : Berry Maurice, architecte, attribution par source
Personnalité : Louis XI, donateur
Personnalité : Louis XIV, donateur

L'ancienne collégiale est construite en pierre de taille calcaire. L'emploi occasionnel de matériaux différents correspond à des extensions de la construction primitive (solin en grès de la chapelle Saint-Fursy, par exemple) ou à des restaurations anciennes (maçonnerie en brique, sur l'élévation occidentale). Le monument est aujourd'hui entièrement recouvert en ardoise, à l'exception des chapelles absidiales.

L´édifice adopte un plan inhabituel à deux transepts non saillants, peut-être influencé par l'architecture clunisienne. On ignore les raisons pour lesquelles ce plan a été choisi, mais il semble pertinent de lui attribuer un usage liturgique, lié ici à l´implantation primitive du maître-autel et à la présence des trois châsses exposées anciennement dans le sanctuaire. À l´ouest, le rez-de-chaussée à deux travées du clocher-porche sert de vestibule à une nef de six travées, dont la première est occupée par l´orgue. Le vaisseau central est bordé de collatéraux qui desservent quatre chapelles au nord, et trois au sud. Le premier ou grand transept, non saillant par rapport au choeur, sépare la nef du choeur. Vers l´est, le choeur liturgique, vaisseau central surélevé, est longé par des collatéraux à deux vaisseaux. Ces derniers communiquent au nord, avec l´actuelle chapelle de semaine et une chapelle isolée, et au sud, avec une suite de trois chapelles. Le second ou petit transept, prolongé au sud par la chapelle Saint-Fursy, introduit une scission supplémentaire de l´espace. À l´est, l´abside centrale autrefois réservée au sanctuaire, est entourée par le déambulatoire bordé par deux chapelles obliques et cinq chapelles absidiales identiques. L´édifice se complète enfin d´une crypte, ménagée sous les deuxième et troisième travées du choeur, et de chapelles ou passages en tribune, à l´ouest de la nef. Un chartrier se dissimule dans l'épaisseur du mur sud du grand transept, au niveau de l'étage. Le vaisseau central et les deux transepts adoptent une élévation à trois niveaux : grandes arcades, triforium et clair-étage. Le monument est entièrement voûté d´ogives.

Le vaisseau central de la basilique est recouvert d'un toit à longs pans, s'achevant sur l'abside en croupe polygonale. Les bras des deux transepts possèdent des toits à longs pans à pignon découvert. Des toits à deux pans et pignon découvert protègent le clocher-porche et les chapelles de la nef et du choeur, tandis qu'une terrasse couvre les chapelles rayonnantes du déambulatoire. Ce dernier est recouvert d'une toiture en appentis. Enfin, une flèche de charpente domine la croisée du grand transept.

Cinq portails et une porte relient le monument à l'extérieur. Le portail occidental, ménagé au rez-de-chaussée du clocher-porche et scandé de colonnes, est l'accès monumental de la collégiale. Il est bordé par une petite porte, ouverte ou refaite à la fin du 17e siècle dans le mur occidental du bas-côté nord. Au sud de la nef, le portail Saint-Quentin est, comme autrefois, l'un des principaux accès du monument pour les fidèles. Le portail du cloître, percé dans le mur-pignon sud du grand transept, était jadis à l'usage des chanoines. Il reliait l'édifice au cloître de la collégiale, et, par ce biais, aux bâtiments capitulaires qui le délimitaient. Plus loin, dissimulé entre les chapelles sud du choeur et la chapelle Saint-Fursy, le portail Lamoureux unissait l'église au quartier canonial et à ses habitations. Entourée à l'est et au nord du choeur par les propriétés attenantes de dignitaires du chapitre, l'église n'était desservie de ce côté que par la discrète porte de Labon, ouvrant dans le collatéral nord de la nef. La circulation verticale s'effectue par le biais de cinq escaliers en vis sans jour, équitablement répartis, qui relient le rez-de-chaussée au triforium, à la tribune de l'orgue, au chartrier, au clocher, à la charpente, enfin à la toiture. A l'est de la chapelle Saint-Fursy, un petit escalier droit extérieur, en calcaire, relie un escalier en vis et l'ancienne bibliothèque des chanoines, située au-dessus de la chapelle Saint-Fursy.

Murs calcaire
pierre de taille
Toit ardoise
Plans plan allongé
Étages 5 vaisseaux
Couvrements voûte d'ogives
Couvertures terrasse
toit à longs pans
toit à deux pans
appentis
flèche polygonale
croupe polygonale
pignon découvert
noue
Escaliers escalier dans-oeuvre, escalier en vis sans jour, en maçonnerie
escalier hors-oeuvre, escalier en vis sans jour, en maçonnerie
escalier hors-oeuvre, escalier droit, en maçonnerie
États conservations restauré
Techniques vitrail
mosaïque
peinture
peinture
sculpture
sculpture
ferronnerie
Précision représentations

Les chapiteaux des supports de la basilique sont ornés de feuillages d'essences variées. Les arcs-boutants qui environnent le chevet sont surmontés de statues d'anges musiciens, aujourd'hui très mutilées, évocation possible de la Jérusalem céleste. Les culées de ces arcs conservent quelques statues d'hommes couronnés. A l'extérieur de l'élévation nord du choeur, une corniche semble avoir conservé son décor d'origine, composé de personnages accroupis, d'hommes en buste, d'humains monstrueux et d'animaux fantastiques. A l'intérieur, deux culots figurés de l'étage de la chapelle Saint-Fursy sont ornés chacun d'un chanoine, dont l'un porte des lunettes et lit. Les deux clefs de voûte de la chapelle Saint-Michel-sous-la-Tour sont consacrées, l'une, à l'Agneau mystique, et l'autre, à saint Michel. Les nombreux culots, corbeaux et coussinets sculptés visibles sur les parois du monument portent souvent des représentations d'anges ou d'hommes. Les parois de l'édifice gardent des traces d'un décor peint, de diverses époques. Une chapelle au nord de la nef et la chapelle Saint-Michel-sous-la-Tour conservent des peintures décoratives, relatives à la symbolique franciscaine (bras du Christ et de saint François).

Le plan de l'ancienne collégiale est particulièrement remarquable pour ses deux transepts, comprenant l'habituel transept, qui sépare la nef du choeur, et un second transept ou transept de choeur.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables transept
Protections classé MH, 1840

Références documentaires

Documents d'archives
  • AMH (Médiathèque du Patrimoine) : 81/02, carton 159.

  • AMH (Médiathèque du Patrimoine) : 81/02, carton 169.

Documents figurés
  • Vue et coupe de l'église de Saint Quentin, prise intérieurement et dans le plus grand détail, dessin à l'encre aquarellé, par Edouard Pingret, 1804. In : PINGRET, Edouard. Vuës extérieures et intérieures de l'église de Saint Quentin, ainsi que de plusieurs autres monuments de la dite église ; contenant légendes historiques, remarques et explications sur le martyr de saint Quentin, 1804 (coll. part.).

    folios 10 verso-11 recto
  • Vue intérieure de l'Eglise de St Quentin, en entrant et regardant à main droite, dessin à l'encre aquarellé, par Edouard Pingret, 1804. In : PINGRET, Edouard. Vuës extérieures et intérieures de l'église de Saint Quentin, ainsi que de plusieurs autres monuments de la dite église ; contenant légendes historiques, remarques et explications sur le martyr de saint Quentin, 1804 (coll. part.).

    folios 16 verso-17 recto
  • Plan de la basilique de Saint-Quentin / Paris : Editions du CNRS, 1978. Dans : "Les vitraux de Paris, de la Région parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais. Recensement des vitraux anciens de la France, volume 1" / FRANCE. Corpus Vitrearum Medii Aevi, p. 167.

  • Plan de la collégiale de Saint-Quentin / A. Pontenier, dessinateur. Paris : imprimerie J. Claye - A. Quantin et Cie, 1879. 1 est. Dans : "Antiquités et Monuments du département de l'Aisne. 3e partie" / Edouard Fleury, fig. 469, p. 112.

  • Décor de l'élévation intérieure sud du petit transept, lithographie d'après un dessin de Philippe Benoist, 2e quart du 19e siècle (Société historique et archéologique de Château-Thierry : collection Delbarre).

  • Saint-Quentin. Rue St André et Basilique. L. D. photographe, [vers 1930]. Impr. photoméc. (carte postale).

Bibliographie
  • BECQUET, Dom Jean. Abbayes et prieurés de l'ancienne France, tome XVII. Province ecclésiastique de Reims. Diocèse actuel de Soissons. Ligugé : abbaye Saint-Martin, 1985.

    p. 91-97
  • BENARD, Pierre. Découvertes archéologiques dans la collégiale de Saint-Quentin. Travaux de la Société académique des Sciences, Arts, Belles-Lettres et Agriculture de Saint-Quentin (Aisne) , 3e série, t. 6, travaux de 1864 à 1865.

    p. 286-299
  • BENARD, Pierre. Recherches sur la patrie et les travaux de Vilard d'Honnecourt. Travaux de la Société académique des Sciences, Arts, Belles-Lettres et Agriculture de Saint-Quentin (Aisne), 3e série, t. 6, travaux de 1864 à 1865.

    p. 260-280
  • COLLART, Jean-Luc. Saint-Quentin. Revue archéologique de Picardie, numéro spécial 16-1999 (Archéologie des villes. Démarches et exemples en Picardie).

    p. 67-128, pl. IX-X
  • COLLIETTE, Louis-Paul. Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, civile et militaire de la province de Vermandois. 3 volumes. Cambrai : Samuel Berthoud imprimeur, 1771-1772.

  • DESAINS, Auguste. Notes sur l'église de St-Quentin (Extraites d'un Manuscrit portant la date de 1744). Travaux de la Société académique des Sciences, Arts, Belles-Lettres et Agriculture de Saint-Quentin (Aisne) , 3e série, t. 1, travaux de 1855 à 1857.

    p. 49-60
  • FLEURY, Edouard. Antiquités et Monuments du département de l'Aisne. Paris : imprimerie J. Claye - A. Quantin et Cie, 1878, t. 2.

    p. 275-277
  • FLEURY, Edouard. Antiquités et Monuments du département de l'Aisne. Paris : imprimerie J. Claye - A. Quantin et Cie, 1879, t. 3.

    p. 237-241
  • FLEURY, Edouard. Antiquités et Monuments du département de l'Aisne. Paris : imprimerie A. Quantin, 1882, t. 4.

    p. 40-44, 214-222
  • GOMART, Charles. Extraits originaux d'un manuscrit de Quentin de La Fons intitulé Histoire particulière de l'église de Saint-Quentin, publiés, pour la première fois, par Ch. Gomart. Saint-Quentin : librairie Doloy, 1854, t. 1er.

  • GOMART, Charles. Notice sur l'église de Saint-Quentin. Bulletin monumental, 1870, vol. 36 (4e série, t. 6).

    p.201-240
  • GOMART, Charles. Siège et bataille de Saint-Quentin, en 1557. Valenciennes : A. Prignet imprimeur, 1850.

  • HELIOT, Pierre. La basilique de Saint-Quentin et l'Architecture du Moyen-Age. Paris : éditions A. et J. Picard et Cie, 1967.

  • HÉMERÉ, Claude. Augusta viromanduorum vindicata et illustrata. Duobus libris. Quibus antiquitates urbis, et ecclesiae Sancti Quintini, viromandensiumque comitum series explicantur. Paris : Jean Bessin, 1643.

  • LECOCQ, Georges. Journal de l'incendie & de la restauration de l'église de St-Quentin (1669-1681) par le chanoine De Croix, publié et annoté par Georges Lecocq. Saint-Quentin : Imprimerie Ch. Poette, 1877.

  • PEITAVY, chanoine Jean-Antoine. Mémoire sur la Ville et les Environs de St-Quentin. Saint-Quentin : imprimerie Ch. Poette, 1883.

  • Revue des Amis de la Basilique de Saint-Quentin, numéro spécial : 1918 ... et la reconstruction, n° 3, juillet 1984.

  • Revue des Amis de la Basilique de Saint-Quentin, numéro spécial : Les cinq campaniles, n° 4, mai 1985.

  • WILL, Ernest. Recherches dans la collégiale de Saint-Quentin. Cahiers archéologiques, 1957, t. 9.

    p. 165-185
  • WILL, Ernest. Saint-Quentin. Collégiale Saint-Quentin. In Atlas archéologique de la France. Les premiers monuments chrétiens de la France. 3. Ouest, Nord et Est. Ouvrage collectif sous la direction scientifique de Guy Barruol, directeur de recherche au CNRS. Paris : Ministère de la Culture et de la Communication / Picard éditeur, 1998.

    p. 343-345
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général - Riboulleau Christiane