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Le canton d'Aubenton : le territoire de la commune d'Any-Martin-Rieux

Dossier IA02000704 réalisé en 1998

Fiche

Œuvres contenues

Le territoire communal d´Any-Martin-Rieux s´étend, au nord-est du canton d´Aubenton, sur une superficie de 17,73 km2. En 1999, il présentait une densité de 28 hab/km2, supérieure à la moyenne du canton.

Le village d´Any, chef-lieu de la commune, se situe à 6,5 km d´Aubenton, ce qui représente un trajet à pied d´environ 1 h 25 mn. Il est également séparé de Leuze par une distance de 6,7 km (soit un trajet à pied d´environ 1 h 20 mn) et de Martigny par 8,8 km (soit une trajet à pied d´environ 1 h 45 mn).

La population, qui s´élevait à 826 habitants en 1800, a progressé de 30% durant la 1ère moitié du 19e siècle pour atteindre son maximum (1078 habitants) en 1851 et son seuil le plus bas (505 habitants) en 1999. Elle compte actuellement 506 habitants (recensement de 2006).

Le territoire, qui occupe une position marginale, à l´extrémité nord-est du canton, est limité au nord par la forêt. Il est traversé par la RN 43 (ancienne voie romaine) et était desservi par une voie ferrée et une gare, construite dans le hameau de Housseaux, au sud du village. Le territoire est structuré par les vallées .

Martin-Rieux a été rattaché à Any en 1793.

Implantation du bâti

Il comprend un habitat regroupé dans le village et dans plusieurs hameaux :

- La Malaise et Vert-Galant, qui apparaissent sur la carte de Cassini.

- Martin-Rieux, où quatre fermes sont décrites dans le terrier de 1727 (rue de la Haut, ruelle Martin et rue Guinguette). Le hameau comptait 49 maisons et 150 habitants en 1881.

- La Folie, dite la Folie-Beaujour, est visible sur la carte de Cassini. Le hameau comptait 20 maisons et 78 habitants en 1881.

- Housseaux est une ancienne seigneurie, attestée en 1276. Le village ne possédait pas d´église mais maire et échevins y sont attestés. La maison seigneuriale, ruinée en 1681, est délaissée au profit de celle voisine de Bobigny (Leuze), appartenant au même seigneur. Elle est citée comme simple ferme en 1816. Seul le hameau, dit Rue du Moulin de Housseaux, au sud du village d´Any, est représenté sur la carte de Cassini, ainsi que le moulin (étudié). Le hameau comptait 21 maisons et 85 habitants en 1881.

- Bellevue est représenté sur la carte de Cassini. La ferme de Bellevue, vendue comme bien national à la Révolution, est connue par deux descriptions réalisées en 1794 et en 1796 (cf documention). Le hameau comptait 26 maisons et 108 habitants en 1881.

Les sources attestent également, dans le village, la présence d´une grange dîmeresse et une tannerie, citée dans le terrier de 1727.

Equipements

Au 19e siècle, il existe plusieurs écoles dans la commune, l´une à Any (étudiée), une autre dans le hameau de Martin-Rieux et celle privée de Bellevue (fig. 2).

Rétablie en 1843, l´école de Martin-Rieux est reconstruite deux ans plus tard (réception des travaux) et fait l´objet de grosses réparations en 1852. Le logement de l´instituteur est agrandi en 1862.

L´école privée de Bellevue est ouverte vers 1823. En 1849, les habitants de Bellevue et de Housseau réclament la construction d´une école publique. Votée en 1851, sur des plans et devis de l´architecte Bourez, elle est réalisée par l´entrepreneur Brifoteaux-Vallerand, à partir de 1853 et s´achève en 1860 (réception provisoire des travaux, 1855).

La commune est desservie par une gare (fig.3), construite à plus d'un kilomètre du village.

Plusieurs fontaines et lavoirs sont également documentés. Celui du hameau de la Folie est couvert en 1845, celui de Martin-Rieux est construit en 1844. La fontaine du Gard, réparée en 1845, est aménagée en lavoir en 1848, au lieu-dit le Pont-du-Gard, « qui sert de lieu de réunion aux laveuses de Bellevue et de Housseau ». La fontaine de Bellevue est réparée en 1855. En 1860, un nouveau lavoir remplaçant le lavoir du Gouffre, est aménagé rue des Fontaines « où plusieurs lavoirs sont déjà établis en plein air », en réutilisant la couverture de l´ancien. Il est toujours attesté en 1920, comme celui de la Folie.

Habitat

Maisons et fermes recensées à Any-Martin-Rieux

Datation

L'habitat d'Any-Martin-Rieux se caractérise par l'abondance de son bâti datant des 17e et 18e siècles, de nombreux logis ayant gardé des ouvertures à linteaux cintrés délardés. Any-Martin-Rieux comporte une ferme fortifiée qui pourrait dater de la fin du 16e siècle ou du 17e siècle et qui offre une typologie inédite dans le canton d'Aubenton. La commune est celle qui, dans le canton, conserve (si l'on excepte le noyau urbain ancien d'Aubenton) l'habitat d'Ancien Régime le plus nombreux quantitativement et dans un état de conservation souvent exceptionnel. L'utilisation exclusive de la pierre calcaire, moellon et pierre de taille, comme matériau de gros-oeuvre, en est la principale raison. Il ne comporte pas de datation, les seules dates portées, 1666, 1688 et 1747, semblant se trouver sur des éléments de réemploi. L'habitat du 19e siècle est pareillement peu daté, les logis comportant un chronogramme représentant moins de 5% du corpus. La permanence de l'habitat ancien et de celui de la 1ère moitié du 19e siècle en pierre calcaire explique le peu de maisons ou de fermes construites au cours des décennies suivantes, principalement en brique, ce qui contraste avec les autres communes d'Aubenton. Les datations par fers d'ancrage sont très rare (une seule repérée).

Description

L'ensemble du bâti des 17e, 18e et 19e siècles est en moellon calcaire et pierre de taille. Quelques logis présentent un appareil mixte en brique et pierre tout comme le presbytère. Les seules élévations exclusivement en brique sont celles des quelques fermes construites vers la fin du 19e siècle et la maison patronale de la filature Gobert. Les toits à demi-croupe en ardoise ont souvent été remplacés par de l'ardoise synthétique. Les dépendances agricoles comportent parfois un essentage de planches ou d'ardoise. De nombreuses fermes reprennent le plan traditionnel de la ferme thiérachienne, le logis avec l'étable attenante sous le toit avec la grange traversante elle-même attenante à ce corps de bâtiment au fond de la cour (plan en L inversé) ou encore la grange séparée du logis qui comporte toujours une étable attenante. De nombreuses fermes, et plus particulièrement dans les hameaux de Martin-Rieux et de la Folie, offrent une typologie qui peut être rapprochée de celle de l'habitat ardennais. La ferme est ainsi constituée d'un corps de bâtiment unique, en longueur, abritant sous un même toit, outre le logis, les étables, la grange et les remises agricoles. Le logis est souvent doté d'un étage carré à usage de logement ou de grenier, tout comme le reste du bâtiment. La présence de la pierre bleue pour l'encadrement des ouvertures ou les linteaux des baies est marginale, les encadrements étant majoritairement en pierre de taille calcaire. La corniche est généralement en brique.

Aires d'étudesThiérache
AdresseCommune : Any-Martin-Rieux

Annexes

  • Références documentaires

    Documents d'archives

    AD Aisne. Série C ; C 924. Projet de construction d´un bâtiment, sur la place publique, à usage d´écoles et de logement du maître et également destiné à tenir les assemblées (1787).

    AD Aisne. Série E ; E 49. Terrier d´Any-Martin-Rieux. Descriptif du presbytère et des propriétés de la rue de l´Eglise (maisons et tannerie), rue de la Petite Fontaine (maisons), rue de la Halle (maisons), rue du Moulin (carrière, ferme et maison) et Martin-Rieux (fermes). 1727-1728.

    AD Aisne. Série E ; E 344. Bail du moulin de Housseaux (14 novembre 1661).

    AD Aisne. Série G ; G 149. Bail de la grange à dîme appartenant au chapitre de l´église cathédrale de Laon au profit de François Lefort, conseiller du Roi demeurant à Any, située vis-à-vis de l´église d´Any (20 décembre 1788).

    AD Aisne. Série Q ; Q 895/523. Vente d´un terrain sur lequel était autrefois construite une grange de dîme appartenant au chapitre de Laon et affermé au sieur Lefort par bail du 20 décembre 1788 (22 août 1791).

    AD Aisne. Série Q ; Q 925/65. Pétition de Catherine Rolin, veuve Millet, demandant le renouvellement du bail de la ferme d´Any appartenant au ci-devant Condé. Demande refusée (13 mars 1793).

    AD Aisne. Série Q ; Q 938/5. Affiche de vente de la ferme de Bourdon Condé, comportant un très long descriptif de la ferme et des terres (18 pluviose an 2 / 6 février 1794).

    AD Aisne. Série Q ; Q 936/100. Vente de la ferme de Bellevue (mentionnée ci-dessus) à Pierre Millet (5 germinal et 6 floréal an 2 / 2 mars et 25 avril 1794) :

    « Un emplacement fermé de murailles avec 2 portes cochères dans lequel sont posés tous les bâtiments servant de corps de ferme ainsi qu´un jardin potager contenant en dedans des murailles au levant, au couchant, 162 pieds ; du midi au Nord, 194 pieds ;

    - un corps de logis consistant en 3 places basses et 2 hautes, bâti de 3 côtés en bois, et le mur de clôture servant de derrière audit corps de logis, couvert d´ardoises. Le dit bâtiment long de 57 pieds et large de 20 ;

    - une écurie servant à mettre les chevaux, bâtie de pierres, couverte d´ardoises de 38 pieds de longueur sur 24 pieds de largeur ;

    - un hangar sous lequel est une cave et une petite écurie bâtie en bois couverte en paille le mur de clôture sert de derrière et a 30 pieds de long sur 17 de large ;

    - une écurie à porcs bâtie en pierre, couverte d´ardoises de 15 pieds de long sur 11 de large ;

    - un colombier bâti en pierre, couvert d´ardoises de 18 pieds d´une face et 14 de l´autre ;

    - une grande bâtisse en bois couverte d´ardoises de 69 pieds de longueur sur 39 de large ;

    - une bergerie bâtie en partie en pierre et bois, couverte en paille, de 45 pieds de longueur sur 18 pieds de largeur ;

    - un bâtiment servant d´écurie à vaches et de bergerie, bâtie en bois, couverte en paille, le mur de clôture sert de derrière de 55 pieds de longueur sur 21 pieds de largeur ;

    - un puits dans le coin du corps de logis, couvert en bois ;

    - 90 jallois de terre labourable en 7 pièces et 15 jallois de prez en 2 pièces, situés sur le terroir d´Any composant le 1er lot affermé avec le corps de ferme et les autres bâtiments à la Vve Millet suivant acte devant le Directoire du 9 avril 1793 estimé le 27 Nivose dernier pour 21202 livres. Ledit bien venant de Louis-Joseph de Bourbon Condé, émigré ».

    AD Aisne. Série Q. Q 937/27. Procès-verbal d´estimation des biens de l´émigré Louis Joseph de Bourbon Condé (ferme mentionnée ci-dessus), comportant un long descriptif (27 nivose an 2 / 16 janvier 1794).

    AD Aisne. Série Q ; Q 935/290. Adjudication d´une maison, bâtiment, grenier, cave, bergerie, grange, hangar, jardin potager et verger, située au Tambour (Any) et appartenant à l´émigré Sohier (7 floréal an 3 / 26 avril 1795).

    AD Aisne. Série Q ; Q 120/1472. Expertise de la ferme de Bellevue (6 messidor an 4 / 24 juin 1796). Soumission de Jean-Louis Bernier, cultivateur à Watigny pour la ferme de Bellevue, comprenant maison, bâtiments, cour et jardin et terres et prés sis sur la commune d´Any et appartenant à Sohier, émigré (27 nivoise an 5 / 16 janvier 1797) :

    « La maison est composée de 6 places basses, 4 hautes compris l´appentis derrière ; cave en dessous, grenier dessus laquelle maison contenant 36 pieds de longueur, sur 24 pieds de largeur et 18 à 20 pieds de hauteur ; une cour autour de laquelle sont différents bâtiments ; savoir, un fournil et poulailler contenant 38 pieds de longueur sur 20 de largeur, une écurie contenant 100 pieds de longueur sur 30 de largeur ; une grange composée de 6 espaces de 68 pieds de longueur sur 330 de largeur ; une autre écurie tenante à la maison et face en rue contenant 45 pieds de longueur sur 27 de largeur, un petit appentis le long de la grange, servant d´écurie à porcs et autres au bout duquel est un puits ; un autre petit bâtiment servant de bûcher faisant face en rue et un autre mauvais bâtiment, séparé des autres, situé sur la place, sans aucune couverture ni feuillet contenant 30 pieds de longueur sur 24 de largeur et tombant tout à fait en ruine ; laquelle maison et bâtiments étant beaucoup dégradés et dont une partie des murs mérite des réparations urgentes, ainsi que la couverture en ardoises ; 3, 5 jallois de terre tenant aux dits bâtiments et sur le derrière tenant d´une lisière du levant à Joseph Boudot, d´autre au couchant aux dits bâtiments et au chemin de Bobigny ; d´un bout du Nord au dit Millet d´autre à Jean Baptiste Dubois et les dites maison et bâtiments d´une lisière du midy à la Place donnant sur la chaussée, d´autre du Nord à ladite pièce de terre ; d´un bout du levant à ladite pièce de terre qui est la forme d´équerre et d´autre au couchant audit chemin de Bobigny et Wattigny à côté duquel est un petit jardin [...] ».

    AD Aisne. Archives communales d´Any-Martin-Rieux : D1. Délibérations du Conseil municipal (1839-1863).

    AD Aisne. Archives communales d´Any-Martin-Rieux : D2. Délibérations du Conseil municipal (1863-1883).

    AD Aisne. Série R ; 10 R2. Dommages de guerre 1914-1918. Devis de O. Michel, géomètre-expert à Hirson, daté du 15 février 1920 : église paroissiale, mairie-école, presbytère, fontaine communale, remise de la pompe, école de Bellevue.

    AD Aisne. Fonds Piette. Any-Martin-Rieux.

    AP. Fonds documentaires de Besmont. Histoire de la commune, liste des maires et de leurs adjoints, tableau de la population, monographie sur les seigneurs d´Any-Martin-Rieux.

    Journal de l´Aisne, n° 193, 21 août 1879. 1er septembre 1879 : Adjudication d´une sucrerie érigée en 1872 sur un terrain de un hectare et demi et comprenant : râperie de deux tables, trois générateurs de 120m2, trois chaudières de première et deuxième carbonatation, triple effet de 1200 à 1400 hl, appareil à cuire de 70 hl. S´adresser au gérant de la société en commandite ROBINET et Cie à Charleville [Mes Thillois et Forest, notaires à Charleville].

    Bibliographie

    BERCET, Edouard. Notices sur les communes du canton d´Aubenton, s. l., 1888 (AD Aisne ; 8 1590).

    BRAYER, J. B. L. Statistique du département de l'Aisne. [Impr. de Melleville], 1824

    CHATEL, Elisabeth. « Any-Martin-Rieux », La Sauvegarde de l´Art Français, Cahier 6, 1993, p. 51-52.

    CHARPENTIER, Henry-Fernand. Notice sur les Seigneuries d´Housseau et Bobigny, Iviers, 1900.

    FAUCHART, G. Notes historiques sur le canton d´Aubenton, s. d. (AD Aisne ; 8 br 1582).

    MELLEVILLE, Maximilien. Dictionnaire historique du département de l´Aisne, Laon-Paris, 1865, 2 vol. (rééd. Bruxelles : Culture et Civilisation, 1979).

    MEURET, Jean-Paul. Guide des églises fortifiées de la Thiérache. Histoire et archéologie, Vervins, 1988.

    ROGINE, « Inscription latine recueillie à Any-Martin-Rieux », La Thiérache, Bulletin de la Société archéologique de Vervins, t VII, 1880, p. 78.

(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général - Guiochon Xavier-Philippe - Demetz Bernadette - Barbedor Isabelle
Barbedor Isabelle

Chercheur du service de l'Inventaire général du patrimoine culturel de Picardie, puis des Hauts-de-France, depuis 2002.


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