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Le village de Canaples

Dossier IA80009640 réalisé en 2009

Fiche

Introduction

La commune de Canaples s'étend sur une superficie de 1030 hectares pour une population de 607 habitants en 2007 (76 feux en 1709, 945 habitants en 1851 et 710 en 1896), ce qui représente une densité de 59,1 habitants au km² (données INSEE).

Le territoire communal se situe à la confluence de la Fieffes et de Nièvre, dont les vallées entaillent largement le plateau. Deux ruisseaux, dits de la rue des Aires et de Belval, traversent le village où ils se jettent dans la Fieffes ; le ruisseau dit des Prés-Vivier, plus excentré, rejoint la Fieffes avant le moulin. Ce réseau hydrographique a formé un fond de vallée humide favorable à la culture du chanvre, puis du lin. Au sud du village, le lieu-dit les Prés-Vivier, délimité par le ruisseau du même nom et la Nièvre, est resté une zone humide aujourd'hui exploitée en pêcherie.

La vallée de Belval, dit la Fosse David, entaille à l'extrémité est de la commune le plateau couvert par les bois de Canaples, de Salouël et de Belval.

La R.D. 49, qui longe la Fieffes, forme la principale voie de circulation. Autour de l'ancien moulin à huile, établi à la confluence de la Fieffes et de la Nièvre, en face du château, s'est développé tardivement un hameau aujourd'hui réuni au village. Le lieu-dit le Moulin de Canaples, au-delà du pont de chemin de fer, accueille désormais des équipements de loisirs (salle des fêtes, salle et terrain de sport).

Historique

Au 7e siècle, le territoire de l'actuelle commune de Canaples relève de l'abbaye et comté de Corbie, comme dépendance pour une part de la châtellenie de Vignacourt (mouvante de celle de Picquigny), et pour l'autre part de la seigneurie d'Heilly. Au début du 12e siècle, la seigneurie de Canaples appartient aux châtelains d'Amiens. Au lieu dit Beaufort, à l'ouest de l'église actuelle, est établi le château seigneurial dont la chapelle est fondée vers 1250 sous le vocable de saint Hubert.

La seigneurie passe dans la seconde moitié du 14e siècle à la famille de Créquy, qui possède également les seigneuries de Créquy, Domart, Moreuil, Pont-Remy et Poix. Antoine de Créquy est cardinal et évêque d'Amiens de 1564 à 1574, et réside dans le manoir épiscopal voisin de Pernois qu'il fait remanier. La seigneurie de Canaples est vendue en 1780 par Hughes de Créquy à François Alexandre de Bucy, gendre et successeur de Vincent Pantaléon Pingré, seigneur de Fieffes. Le domaine seigneurial comprend alors également une vaste ferme au lieu dit le Fief, ainsi qu'un des deux moulins. L'église, probablement fondée au 16e siècle, est reconstruite dans la seconde moitié du 18e siècle.

Un prieuré, placé sous le vocable de la Trinité, est fondé en 1082 à Belval par Gérard de Picquigny, vidame d'Amiens, et devient en 1152 une dépendance du prieuré de Moreaucourt (L'Étoile). La ferme de Rhin et sa chapelle, situées dans la vallée de Belval, dépendent du prieuré d'Epécamps, qui est donné avec ses possessions à l'abbaye de Saint-Martin-aux-Jumeaux d'Amiens en 1178. En 1566, les biens de cette abbaye sont réunis à ceux de l'évêché d'Amiens. La maladrerie, probablement située près des moulins, a été rattachée à l'hôtel-Dieu de Doullens par ordonnance royale du 13 juillet 1695. Ces fondations ecclésiastiques disparaissent avant la fin de l'Ancien Régime.

La commune relève en 1807 du canton de Naours, avant d'être rattachée à celui de Domart-en-Ponthieu.

La commune connaît une certaine animation durant la Première Guerre mondiale avec le trafic ferroviaire assurant l'acheminement et le ravitaillement des troupes et le transport de matériel, et par l'activité des troupes britanniques cantonnées à Halloy-lès-Pernois. Des aménagements réalisés à cette époque par les troupes militaires, dont une ancienne citerne à incendie en ciment, subsistent sur le coteau dominant les installations ferroviaires. Les voies ferrées sont bombardées par l'aviation allemande les 19 et 20 juillet 1918, puis à nouveau les 26 et 31 juillet 1944 par l'aviation alliée. Durant le second conflit mondial, le centre du village a été pilonné par l'aviation allemande le 18 mai 1940, provoquant la detruction d'une trentaine d'habitations et d'importants dommages aux bâtiments publics.

Le village

Le village s'est formé au Moyen Âge au pied de la colline sur laquelle étaient établis l'église et le château seigneurial. Comme le montre le plan cadastral de 1833, l'agglomération s'est peu à peu développée le long des axes de circulation que forment encore la route de Belval vers l'est, dans le vallon du même nom, la rue de l'Étroit vers le sud, bordant la rive gauche de la Fieffes, et la rue de Fieffes vers le nord, sur la rive droite de la même rivière.

La croix de chemin (appelée calvaire) de la place du Marclet a été érigée en 1826 par un certain Mareille.

En 1848, l'aménagement du chemin de grande communication n° 217 d'Amiens à Auxi-le-Château, qui traverse le village, a permis le prolongement de la rue de la Vicogne vers le sud (jusqu'aux routes de Halloy-lès-Pernois et de Havernas), et a occasionné la dérivation du lit de le Fieffes au nord du village, au lieu-dit le Marclet. Cet axe de circulation majeur favorise l'essor du village dans la seconde moitié du 19e siècle.

Le passage des deux lignes ferroviaires Amiens-Doullens et Frévent-Gamaches (avec remblai et ponts), ainsi que la création de la gare apportent une activité non négligeable à partir de 1874, pour le transport des marchandises comme des personnes employées dans les usines Saint Frères de la vallée de la Nièvre. La desserte ferroviaire a également été déterminante pour l'implantation de la laiterie puis du silo, et n'est probablement pas étrangère au nouveau développement de l'artisanat textile dans la seconde moitié du 19e siècle.

Cette activité a contribué à déplacer progressivement le centre du village vers l'ouest, dans la seconde moitié du 19e siècle, le long de la grande route et dans la partie haute de la rue Neuve, où sont situées les écoles de filles et de garçons, la mairie et la poste. La circulation a été facilitée en 1882 par le remplacement du gué sur la Fieffes par un pont reliant la rue de la Vicogne à la Rue Neuve.

La Rue Neuve, au bâti aujourd'hui moins dense, relie les deux parties du village formé par le cœur initial, au pied de l'église dans la rue du même nom, et l'axe principal des rues de la Vicogne et de Fieffes. Ce dernier, qui forme un tronçon de la route d'Amiens à Auxi-le-Château, a peu à peu intégré au village l'ancien moulin à huile et le hameau qui l'entoure. La mairie, l'école et la poste, sont situées Rue Neuve, et l'ancienne gare rue de Fieffes.

La rue de Belval, bordant la vallée du ruisseau éponyme, prolonge le village vers l'est. L'agglomération est bordée à l'ouest par la voie ferrée, partiellement établie sur un remblai qui corrige le relief de la vallée. Le chemin de fer emprunte deux ponts de brique et pierre ; le premier franchit par une arche la route de Halloy-lès-Pernois et par une seconde arche, la Nièvre et le chemin des Prés-sous-la-Vigne ; le second pont, plus modeste et moins élevé, comprend une unique arche au-dessus de la Fieffes, au lieu-dit les Chanvrières de Rhin.

Une demeure dite château a été construite à l'extrême fin du 19e siècle sur la bute naturelle délimitée par les routes d'Amiens et d'Halloy-lès-Pernois.

L'ensemble du bâti forme aujourd'hui une même agglomération, les anciens hameaux ou écarts (à l'exception du moulin de Canaples, aujourd'hui détruit) ayant peu à peu été intégrés au village.

Un lotissement concerté est est aménagé à partir de 2009 à l'arrière du cimetière, à l'est du village, au lieu-dit Cour de Beaufort-Le Bosquet, selon le plan établi par le cabinet de Daniel Poignon, géomètre-expert à Abbeville.

L'habitat

Le nombre total de logements (maisons) était de 239 en 2007, composé de 221 résidences principales (92,2 %), 9 résidences secondaires ou logements occasionnels (3,9 %) et 9 logements vacants (3,9 %). Parmi les 211 résidences principales construites avant 2005, 96 (soit 45,4 %) l'ont été avant 1949 (données INSEE). 77 maisons et fermes ont été repérées, dont 8 ont été étudiées.

En 1836 (matrice des propriétés foncières), la commune comprend 204 maisons, 3 moulins, 2 forges (rue de l'Église et rue de Fieffes) et un presbytère.

Les recensements de population montrent une faible évolution du nombre de maisons, qui passe de 217 à 249 entre 1836 et 1872, date à partir de laquelle il décroit pour atteindre 210 en 1911.

Le village a conservé dans les parties les plus anciennes, notamment la rue de l'Église et la rue de la Vicogne, quelques exemples d'habitat rural en pan de bois et torchis, mais une part importante du bâti a été remaniée, voire reconstruite, dans la seconde moitié du 19e siècle et surtout au 20e siècle. L'habitat est formé de maisons et d'anciennes petites fermes, le plus souvent avec logis en rez-de-chausse en fond de cour, et grange sur rue. Malgré les modifications, la plupart des bâtiments ont conservé leur alignement sur rue, à l'exception notoire de la Rue Neuve. Les maisons construites à partir des années 1950 sont de type pavillonnaire en milieu de parcelle.

L'artisanat et l'industrie

La commune de Canaples, dont l'étymologie latine (cannabis, signifiant chanvre) est aujourd'hui aujourd'hui contestée, a longtemps prospéré autour de la culture de cette plante. La matrice des propriétés foncières recense encore en 1836 plus de 21 hectares de chènevières (comprenant sans doute également des linières), essentiellement réparties dans la vallée marécageuse de la Fieffes et de ses ruisseaux, dont environ la moitié situées au lieu-dit les Prés-Vivier, irriguées par le ruisseau du même nom. Leur souvenir persiste aujourd'hui à travers le lieu-dit les Chanvrières de Rhin, au nord du village en bordure de la Fieffes, probablement liées à l'ancienne ferme éponyme située dans la vallée de Belval. Par ailleurs, la petite ferme située 131 rue du Cayet conserve un séchoir à chanvre du milieu du 19e siècle.

L'artisanat du lin s'épanouit au 19e siècle. En 1836, on compte 202 fileuses, 70 tisserands ainsi que 2 sayteurs et un marchand de fil, pour 217 ménages (873 habitants). En 1851, les « écangueurs » ou teilleurs à domicile (197) remplacent progressivements les fileuses (52) et les tisserands (21) et le village abrite deux marchands de toile et un marchand de laine. L'état de section des propriétés bâties et non bâties mentionne encore à cette époque une quarantaine de tisserands, quelques fileurs, et un marchand de toiles. Le nombre des écangeurs passe de 86 en 1872 à 90 en 1881 et 41 travaillent pour l'entreprise Saint Frères en 1906.

Le lin reste une activité importante en 1881, il occupe plus de 42% des ménages et le village compte 5 marchands et 3 fabricants.

Selon la monographie communale, le teillage du lin, dont la matière première est importée des communes voisines, assure encore en 1899 l'activité de trois usines qui emploient trois quarts des ouvriers de la commune, avant de décliner avec la concurrence du lin de Russie et du phormium, ou lin de Nouvelle-Zélande. Par ailleurs, la matrice des propriétés bâties mentionne un marchand de lin, Alphonse Dumagnez-Gavois, installé rue de Fieffes dans les années 1880-1890, où il aménage maison, locaux et magasin.

Les deux moulins qui apparaissent en 1757 sur la carte de Cassini sont établis sur la Nièvre et produisent de la farine de blé et de l'huile d’œillette jusqu'au début du 20e siècle. Le moulin de Canaples est à présent détruit, et le moulin établi à la confluence de la Nièvre et de la Fieffes a été transformé en ferme. Un premier moulin à vent, situé sur le plateau est vers le bois de Canaples, apparaît également sur la carte de Cassini. Il appartient à Nicolas François Lenglet et consorts lorsqu'il est reconstruit en 1842 (section B 536), et détruit en 1855. Un second, situé sur le versant nord ouest de la vallée de la Fieffes, au lieu-dit le Coerimont (section A 587), a été construit pour Louis François Bélanger en 1863. Lorsqu'il est détruit en 1882, il appartient à un certain Bellenger-Leroy, fabricant d'huile puis épicier.

Plusieurs carrières de craie sont exploitées à cette époque, mais seulement l'une d'elles, située sur le plateau à l'ouest du village, est équipée d'un four à chaux.

L'agriculture

En 1851, la commune comptait 145 actifs dans l'agriculture soit environ un sixième de la population. En 1897, selon la monographie communale, plus de la moitié des terres agricoles étaient cultivées en céréales (blé, avoine, orge, seigle), le tiers en en plantes ou racines fourragères (luzerne, trèfle, sainfoin, betterave), et un sixième en pomme de terre. La production fruitière se développait, notamment pour produire du cidre. Les coupes de bois étaient également importantes. Les terres agricoles étaient réparties entre plus de 100 exploitations, dont 75 s'étendaient sur moins de 5 hectares.

Loin de détourner l'intérêt pour l'agriculture et l'élevage, l'amélioration des voies de communication dans la seconde moitié du 19e siècle a permis de leur offrir de nouveaux débouchés, comme en témoigne l'installation de la laiterie en 1907, puis du silo en 1948, qui disposent d'un accès direct à la ligne ferroviaire. L'achèvement du remembrement en 1961 est contemporain de la création de la Coopérative d'utilisation de matériel en commun (CUMA) de Canaples-Hôtel-Dieu, devenue l'année suivante un des premiers groupements agricoles d'exploitation en commun (GAEC) de France, le GAEC de Belval, structures qui ont permis de mutualiser les terres et le matériel agricole, d'améliorer les méthodes de travail et le rendement, et de construire une vaste étable au fond du vallon de Belval.

En 1931, le nombre d'agriculteur a chuté de 43 à 29, chiffre auquel il faut ajouter 24 ouvriers agricoles. En 1970, on comptait encore 14 exploitants agricoles.

En 2000, 10 exploitations agricoles (14 en 1988), formant 3 exploitations indépendantes et 4 GAEC, regroupaient une superficie agricole utilisée (SAU) de 993 ha (953 ha en 1988), soit une SAU moyenne de 99 ha (68 ha en 1988). Les surfaces agricoles de la commune représentaient 831 ha de terres labourables (741 ha en 1988) et 255 ha de cultures fourragères (336 ha en 1988), dont 848 ha de superficie en fermage (432 ha en 1988) (données AGRESTE). Ces chiffres traduisent une légère diminution du nombre des exploitations depuis une vingtaine d'années, dont la taille moyenne, une des plus importantes de l'aire d'étude, a bien augmenté. Les surfaces agricoles de la commune, stables, ont évolué en faveur des terres labourables, tandis que la superficie en fermage, considérable, a presque doublé.

Conclusion

Le développement des voies de communications (route et chemin de fer) et la création d'équipements publics expliquent l'évolution de la commune de Canaples depuis la première moitié du 19e siècle. Ces conditions structurelles ont largement favorisé l'économie locale (agriculture et artisanat textile), et permettent de comprendre l'extension du village ainsi que l'évolution du bâti.

Parties constituantes non étudiées croix de chemin
Dénominations village
Aire d'étude et canton Grand Amiénois - Domart-en-Ponthieu
Adresse Commune : Canaples
Période(s) Principale : Moyen Age, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle

La commune de Canaples fait partie des zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 1 "Cours de la Nièvre, de la Domart et de la Fieffes" et "Massif forestier de Canaples et des Watines".

Sites de protection zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique

Annexes

  • L'artisanat textile en Val de Nièvre

    Une tradition locale

    Comme dans l'ensemble de la Picardie, la tradition textile du Val de Nièvre et de ses environs a une origine ancienne. Dès la fin du Moyen Age, les vallées à fond plat et humide ont favorisé la culture et le rouissage du lin et du chanvre, le nom latin de cette dérnière plante lignieuse (cannabis) ayant du reste longtemps été considéré comme l'étymologie du nom de la commune de Canaples.

    Ces activités occupent une main d'oeuvre assez nombreuse, notamment pour le travail de préparation qui comprend des étapes bien précises :

    - la culture. Le lin et le chanvre sont des plantes ligneuses à croissance rapide. Plantés au printemps dans les linières et chènevières, ils sont récoltés l'été. Plusieurs toponymes (notamment les Chanvrières de Rhin à Canaples) ont gardé le souvenir de ces champs.

    - le rouissage. Après la récolte, les pieds sont mis à macérer en milieu humide (rivières ou marais) afin de séparer les fibres par élimination de la sève et des résines (péctine). Comme semble l'indiquer son nom, le ruisseau dit fontaine des Ruissoirs, à Pernois, était probablement dédié à cette activité. Le rouissage s'achevait par le séchage des fibres dans un petit bâtiment chauffé par une cheminée, comme celui que l'on voit encore en bordure de la cour d'une ferme de Canaples (étudiée).

    - le teillage ou écangage. Les fibres sont séparées du bois et de l'écorce de la plante, par broyage (avec un teil ou un écang) et par raclage. Cette opération permet également de séparer les fibres longues, qui seront filées, de l'étoupe, qui sera utilsée comme complément dans le travail textile.

    - le peignage. Les fibres textiles teillées sont préparées pour la filature, c'est à dire divisées et parallélisées pour former des rubans.

    De l'artisanat à la proto-industrie

    Durant les premiers temps de son existence, l'artisanat textile ne constitue qu'une activité saisonnière parmi l'ensemble des travaux agricoles : la culture et la récolte s'intègrent dans les travaux des champs, alors que la préparation de la matière textile, le filage et le tissage sont des activités de morte saison. A partir du 16e siècle, le tissage de drap grossier couvre une production de toiles domestiques, toiles d'emballage et sayettes, destinées à un usage locale, ainsi que de fils pour les ateliers des villes.

    Cette activité connaît une évolution à partir de la fin du 17e siècle lorsque la production textile, destinée à une consommation locale, cherche d'autres débouchés. Les fabricants-marchands jouent un rôle central dans cette mutation économique. Selon la logique du putting-out system, ils sous-traitent une large partie de l'ouvrage à la main-d'oeuvre bon marché des campagnes, à qui ils fournissent la matière première (fil et étoupe). Les produits finis collectés (drap, toile) sont ensuite vendus à des négociants d'Amiens ou d'Abbeville qui en assurent la diffusion sur le marché national ou européen.

    Le mouvement de proto-industrialisation s'accélère au 18e siècle, notamment avec l'arrêt du Conseil d'Etat du 7 septembre 1762 qui permet aux habitants des campagnes de "fabriquer toutes sortes d'étoffes" et de les vendre en ville. Cette décision vient régulariser une production jusqu'alors anarchique et contribue également à reconnaître le rôle des campagnes dans l'économie textile. Jusqu'au milieu du 19e siècle, certains villages ont conservé une activité de filage et de tissage du lin ou du chanvre à domicile ou dans de petits ateliers (Beauval, Canaples, Halloy-lès-Pernois, Havernas, Domart-en-Ponthieu, Pernois, Saint-Ouen). Les ateliers, appelés "métiers" par métonymie, formaient une dépendance des maisons ou des petites fermes, ou étaient situés en sous-sol ou en soubassement des logis lorsque la disposition des lieux le permettait.

    Les paradoxes du 19e siècle

    L'artisanat textile local connaît des difficultés dans la première moitié du 19e siècle, notamment face aux performance de l'industrie britannique, et à la concurrence du lin russe et du phormium, ou lin de Nouvelle-Zélande. La filature à domicile de coton (Vignacourt, Doullens), de chanvre (Berneuil), de lin (Candas, Beauval, Domart-en-Ponthieu, Saint-Ouen) ou de laine (L'Etoile, Naours) se maintient, mais le tissage de toile d'emballage décline. La production locale de lin et de chanvre est insuffisante, et surtout voit son coût augmenter dans un contexte international défavorable, qui se révèlera propice au développement d'une nouvelle fibre textile originaire du Bengale, le jute.

    Malgré cette conjoncture difficile, l'activité textile (rouissage, teillage, filature, tissage) reste importante, voire dominante dans nombre de communes de la région du Val de Nièvre et environs (Beauval, Canaples, Halloy-lès-Pernois, Havernas, Pernois). Les matrices cadastrales du milieu du siècle et les monographies communales de 1899 révèlent un nombre important de fileuses, tisserands et marchands de toiles, et permettent de comprendre l'organisation du travail et de sa diffusion. Le filage (femmes) et le tissage (hommes) à domicile sont mentionnés comme des catégories professionnelles à part entière, alors que les tâches les plus ingrates comme le rouissage, et dans une moindre mesure le teillage, semblent être restées le domaine des ménagers, comme le montre l'ancienne maison d'écangueur étudiée à Canaples.

    Dans cette commune, le lin produit localement et dans les communes voisines est encore une source d'activité prépondérante au milieu du siècle, où de petits ateliers emploient près de 300 écangueurs à domicile, une quarantaine de tisserands, quelques fileuses et un marchand de toiles. À la fin du siècle, les trois quarts des ouvriers de la commune travaillent dans trois usines de teillage. L'importance de cette activité permet de penser qu'il s'agit d'un travail sous-traité par les usines Saint Frères.

    À Pernois, linières et chènevières représentent encore plus de 36 hectares au milieu du siècle, et font travailler plus de 70 tisserands, 13 fileuses et un teinturier. En revanche, à la fin du siècle, la culture du chanvre a disparu, celle du lin recule et ne fournit plus du travail qu'à quelques métiers à tisser.

    L'industrialisation et Saint Frères

    En 1814, les frères Pierre-François, Jean-Baptiste Amable et Pierre-François Saint, tisserands, fondent à Beauval une manufacture de toiles d'emballage en fils d'étoupe et déchets de chanvre et de lin. Pour répondre à la demande de leur entreprise bientôt florissante, ils sous-traitent une grande partie de leur production aux nombreux teilleurs, fileurs et tisserands de Beauval et de la vallée de la Nièvre. A la même époque, l'industrie textile proprement dite fait son apparition dans la vallée de la Nièvre avec la création d'importantes filatures et tissages à L'Etoile (les Moulins-Bleus, 1822), Flixecourt (1830), puis à Berteaucourt-les-Dames (Harondel) et Saint-Ouen.

    L'étape finale est définitivement franchie avec la création en 1857 par les frères Saint de la première usine de tissage mécanique du jute à Flixecourt, berceau et coeur de l'empire industriel Saint Frères. A partir des années 1870, les nombreux artisans textile à domicile (tisserands, fileuses) employés par les Saint depuis plus d'un demi-siècle, ainsi qu'une population issue du monde agricole, viennent grossir les effectifs des usines Saint Frères. Par tradition, et quelle que soit leur origine, ces ouvriers sont toujours appelés tisserands dans les matrices cadastrales, bien qu'ils aient quitté le cadre artisanal pour entrer pleinement dans le système industriel.

    L'apport d'une nouvelle plante textile d'exportation, et l'industrialisation qui en découle sonnent définitivement le glas de l'artisanat textile du Val de Nièvre et de ses environs.

  • Le chemin de fer et le développement du Val de Nièvre

    Le développement du Val-de-Nièvre dans la seconde moitié du 19e siècle a été favorisé et accompagné par la création de trois lignes de chemin de fer, tant pour le transport des voyageurs que celui des marchandises ou des produits agricoles.

    La ligne Amiens-Boulogne a été créée en 1847 par la Compagnie du chemin de fer d'Amiens à Boulogne, dont le réseau a été repris en 1851 par la Compagnie des chemins de fer du Nord. Elle suit la vallée de la Somme entre Amiens et Abbeville, et la section Amiens-Longpré-les-Corps-Saints est commune avec la ligne Amiens-Gamaches. Elle forme toujours une section de la grande ligne nationale Paris-Amiens-Boulogne.

    La ligne Amiens-Doullens a été aménagée en deux périodes. Le tronçon Canaples-Doullens a été mis en service en 1874, le tronçon Amiens-Canaples en 1877. Fermée au trafic voyageurs en 1938, la ligne a été temporairement réouverte en 1940-1941.

    La ligne Frévént-Gamaches a été créée par la Compagnie du chemin de fer de Frévent à Gamaches, fondée en 1869. Elle a été reprise en 1881 par la Compagnie des chemins de fer du Nord. Le tronçon Canaples-Longpré-les-Corps-Saints a été ouvert en 1874 comme ligne transversale reliant les axes Amiens-Abbeville et Amiens-Doullens. Il dessert la vallée de la Nièvre puis traverse celle de la Somme entre Flixecourt et Condé-Folie. Le trafic voyageur a également cessé en 1938, avant de reprendre temporairement en 1940-1941. La ligne a été déclassée en 1971, puis déposée entre Saint-Léger-lès-Domart et Canaples à la fin des années 1970, et entre Longpré-les-Corps Saints en 2005. L'ancienne gare de Saint-Léger-lès-Domart abrite depuis peu le siège de la communauté de communes du Val-de-Niève, celle de Pernois a été convertie en habitation particulière. Une partie de l'ancienne voie, déferrée, forme une coulée verte pour chemin de randonnée.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Somme. Série O ; 99 O 1022. Canaples. Administration communale, avant 1869.

  • AD Somme. Série O ; 99 O 1023. Canaples. Administration communale, 1870-1939.

  • AD Somme. Série O ; 99 O 1024. Canaples. Administration communale, 1870-1939.

  • AD Somme. Série O ; 99 O 1025. Canaples. Administration communale, 1870-1939.

  • AD Somme. Série O ; 99 O 1026. Canaples. Administration communale, 1870-1939.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 166/3. Canaples. Etat de sections des propriétés bâties et non-bâties.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 166/4. Canaples. Matrice des propriétés foncières, 1836-1908.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 166/9. Canaples. Matrice des propriétés bâties, 1883-1891.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 166/10. Canaples. Matrice des propriétés bâties, 1911-1941.

  • AD Somme. 2 NUM 88. Canaples. Monographie communale, par Ducandas, instituteur, [1897] (?).

Documents figurés
  • Carte de Cassini. N°23 : Dieppe, gravure à l'eau-forte, Le Roy le Jeune géographe, 1757.

  • Canaples. Plan cadastral : tableau d'assemblage, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, Blanchet géomètre, 1832 (AD Somme ; 3 P 1307/1).

  • Canaples. Plan cadastral : section D1, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, Blanchet géomètre, 1833 (AD Somme ; 3 P 1307/7).

  • Canaples. Entrée de ferme, photographie au gélatino-bromure d'argent, fin du 19e siècle (AD Somme ; 14 Fi 43/41).

  • Canaples (Somme). Le pont du chemin de fer, carte postale, Dufrancatel éditeur, 1er quart du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Vue générale, carte postale, R. Lelong photographe, Stannard-Dufrancatel éditeur, 1er quart du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Rue de la Vicogne, carte postale, R. Lelong photographe, Stannard-Dufrancatel éditeur, vers 1920 (coll. part.).

  • Canaples. Rue de Fieffes, carte postale, avant 1906, Mme A. Dumont éditeur, avant 1908 (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Le bureau des postes et télégraphes, carte postale, Dufrancastel éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Rue de Fieffes, carte postale, Dufrancatel éditeur, début du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples. Rue de Fieffes, carte postale, L. Caron photographe-éditeur, avant 1907 (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Rue de Fieffes, carte postale, R. Lelong photographe, Dufrancatel éditeur, début du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Rue de Fieffes, carte postale, R. Lelong photographe, Stannard-Dufrancatel éditeur, 1er quart du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Le passage à niveau, carte postale, R. Lelong photographe, Stannard-Dufrancatel éditeur, vers 1920 (coll. part.).

  • Canaples (Somme). La rivière la Fieffes, carte postale, Dufrancatel éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Le pont et la mairie, carte postale, A. Cailly éditeur, début du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples. Le Pont-Neuf, carte postale, L. Caron photographe-éditeur, avant 1905 (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Rue Neuve, carte postale, R. Lelong photographe, Stannard-Dufrancastel éditeur, 1er quart du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples (Somme). La place, carte postale, R. Lelong photographe, Stannard-Dufrancatel éditeur, vers 1920 (coll. part.).

  • Canaples. La rue de l'Eglise, carte postale, Dufrancatel éditeur, début du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Rue de l'Etroit, carte postale, R. Lelong photographe, Stannard-Dufrancatel éditeur, début du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Le pont du Moulin, carte postale colorisée, Dufrancatel éditeur, début du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Le Marclet, carte postale, Dufrancatel éditeur, 1er quart 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Rue des Aires, carte postale, R. Lelong photographe, Stannard-Dufrancatel éditeur, 1er quart du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples (Somme). Rue de Belval, carte postale, Dufrancatel éditeur, 1er quart du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples. Maison rue de Fieffes détruite par le bombardement du 18 mai 1940, photographie, 1940 (coll. part.).

  • Canaples. Vue aérienne du centre avec la poste, l'école et la mairie, carte postale, 3e quart du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples. Voies ferrées endommagées par le bombardement du 31 juillet 1944, photographie, 1944 (coll. part.).

  • Canaples. Rue de Fieffes, carte postale, CIM (Combier Imprimeur Mâcon) éditeur, vers 1960 (coll. part.).

  • Canaples. Rue de Fieffes, carte postale, vers 1960 (coll. part.).

  • Canaples. Rue de Fieffes, carte postale, CIM (Combier Imprimeur Mâcon) éditeur, vers 1960 (coll. part.).

  • Canaples. Le Pré-Vivier et son ruisseau, carte postale, vers 1960-1970 (coll. part.).

  • Canaples. Vue aérienne, carte postale, Combier Imprimeur Mâcon (CIM) éditeur, vers 1960 (coll. part.).

  • Canaples. Vue aérienne, carte postale, vers 1960 (coll. part.).

  • Canaples. Vue aérienne, photographie, 4e quart du 20e siècle (coll. part.).

  • Canaples. Rue Neuve, photographie, années 1980 (coll. part.).

Bibliographie
  • GROUE, Lucien. Aux sources de la Nièvre en Picardie. Abbeville : F. Paillart, 2000.

    p. 57-58, 77, 79-80

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