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Les ouvrages fortifiés de la Première Guerre mondiale - conditions d'enquête

Dossier IA59005043 réalisé en 2012

Fiche

L'étude des ouvrages fortifiés de la première guerre mondiale, dans les Weppes, a été menée par la Région de 2010 à 2017. En dépit des apparences elle ne s’inscrit pas dans le cadre de la politique menée par le ministère de la Défense pour développer le tourisme de mémoire et dont la vocation est de valoriser des lieux mémoriaux de la Grande Guerre tels que les champs de batailles, les musées, les nécropoles ou les monuments. Les résultats de cette étude découlent de la rencontre de l’équipe et des méthodes du service de l’Inventaire de la Région Hauts-de-France avec un territoire mais également avec des acteurs locaux, des élus, des historiens passionnés. Par ailleurs, cette approche d’une zone de conflit, du front jusqu’aux bases arrière est unique. La raison tient à la nature même du front qui n’a pratiquement bougé durant les quatre années du conflit. Cette guerre de position ainsi que les tentatives alliées de percer les lignes ennemies et de reprendre Lille, ont conduit les Allemands à fortifier leurs positions tout au long de la guerre.

L'aire d'étude

Les édifices présentés dans cette étude sont, en majorité, situés sur le territoire des Weppes, ancien quartier de la châtellenie de Lille dès le 13e siècle. Il s’agit d’édifices érigés par l’armée allemande. Un nombre plus restreint d'abris, britanniques pour la plupart, se retrouve dans la plaine courant vers l’ouest jusqu'à la rivière de la Lys et nommée Pays d'Alloeu. Mais au-delà des territoires, c’est le relief qui est ici décisif. En effet c'est autour de la crête des Weppes, léger relief d'allongement orienté sud-est / nord-ouest, que se cristallise le face à face entre belligérants : Dès octobre 1914, les Allemands prennent Lille et sa ceinture de forts Séré de Rivières (construits après la guerre de 1870) et c'est un verrou inviolable-et inviolé- qui se met alors en place. Le contrefort des Weppes, situé à une quinzaine de kilomètres à l'ouest, constitue le barrage sur lequel vont se briser les assauts alliés. Tout au long du conflit, les Allemands n’ont eu de cesse de fortifier cette crête et les Britanniques de la leur ravir.

Une partie de ces infrastructures est toujours en place. Plusieurs associations d’histoire locale travaillent depuis longtemps à la (re)connaissance de ce secteur du front, particulièrement riche en vestiges. Tel l’archéologue qui quadrille son chantier de fouille, repère tessons ou pièces de monnaie, le chercheur se doit d’établir un inventaire le plus complet possible afin de relever les similitudes de construction, de position ou et de fonction. Comme l’archéologue, il travaille sur un corpus incomplet (beaucoup d’abris ont disparu) éparpillé sur un territoire remodelé par la guerre, la nature et le temps. Une fois les abris localisés il convient d’en déterminer les fonctions, les stratégies qu’ils sous-tendent, la manière dont ils ont été établis. Comprendre également comment s’effectuent les communications, s’organisent les flux en hommes, munitions et matériel. Comme l’archéologue, il fonde des théories qu’il cherche ensuite à conforter ou à infirmer. Il apparait vain cependant de prétendre à l’exhaustivité que seule une battue serrée dans les champs, les bois, les jardins, les marécages, derrières les palissades et parfois même à l’intérieur des fermes, pourrait peut-être atteindre, exception faite des édifices enterrés par le temps ou les hommes…

La difficulté était de définir une aire d’étude cohérente tant sur un plan historique que scientifique. Le choix de la zone d’occupation de la 6ème armée, restée quasi inchangée jusque la fin de la guerre, s’est vite imposé.

Malgré tout, quelques édifices étudiés dérogent à cette règle. Notons parmi ceux-là, une tour d'observation casematée située à Frelinghien, (dont la particularité est d'avoir été protégée au titre des Monuments Historiques dès 1922 !) et une casemate à mitrailleuse située à Heninel, au sud-est d'Arras ! Tenter de retrouver un édifice aussi loin de "nos lignes" s'est vite imposé à nous à la lecture d'un ouvrage conservés à la Staatsbibliothek de Berlin, intitulé Deutsche Frontbauarbeit im Kriege. On y trouve en effet1 un article illustré de plans et de photographies des différentes étapes de construction d'une casemate à mitrailleuse. Même si ce type d'édifice ne se retrouve pas dans les Weppes, l'idée de disposer d'un reportage complet, de la planche à dessin à sa réalisation par les soldats du génie puis jusqu'aux vestiges actuels était séduisante. Ce reportage ajouté à celui d'Elsner et rapporté aux innombrables édifices construits, illustrent le côté titanesque des défenses déployées par les Allemands tout au long de la guerre.

Nous disposions de cartes d’état-major couvrant les communes d’Aubers et de Fromelles, théâtre d’âpres et meurtrières batailles en 1915 et 1916 et dont les vestiges, avec ceux d’Illies, sont notoirement connus des amateurs de fortifications. Par cet ancrage géographique commandé par la guerre de position, le pays des Weppes apparait aujourd’hui, au travers de ses nombreux et riches vestiges, comme un véritable laboratoire d’une ingénierie de guerre en constante évolution tout au long du conflit.

L'étude a donné lieu à la réalisation de 2740 photographies illustrant 226 dossiers documentaires.

1page 94 et suivantes.
Aires d'études Les Weppes durant la Première Guerre Mondiale

Références documentaires

Documents figurés
  • Neuve-Chapelle. Le christ des tranchées (AD Nord ; 15 Fi 1102).

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