Dossier d’œuvre architecture IA00076398 | Réalisé par
Dufournier Benoît
Dufournier Benoît

Chercheur au service régional de l'Inventaire de 1985 à 1992, en charge du recensement du patrimoine industriel.

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Fournier Bertrand (Rédacteur)
Fournier Bertrand

Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France

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  • patrimoine industriel, Somme
  • enquête thématique départementale, Reconstruction de la Haute-Somme
  • patrimoine industriel, enquête externe
  • enquête thématique régionale, la Première Reconstruction industrielle
Sucrerie de betteraves de la Compagnie Nouvelle des Sucreries Réunies (C.N.S.R.), devenue Générale Sucrière, puis Saint-Louis Sucre
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Santerre Haute-Somme - Ham
  • Hydrographies canal de la Somme
  • Commune Eppeville
  • Adresse rue du Maréchal-Leclerc , rue de Nesle
  • Cadastre 1985 A 164, 165, 168 à 175, 177, 178, 180 à 184, 186 à 188, 317, 370 à 372, 398, 447, B 390 à 402, 404 à 422, 430 à 546, 560 à 564, 630
  • Dénominations
    sucrerie, distillerie
  • Précision dénomination
    sucrerie de betteraves, distillerie d'alcool de betteraves
  • Appellations
    Compagnie Nouvelle des Sucreries Réunies (C.N.S.R.), Générale Sucrière, Saint-Louis Sucre
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante
  • Parties constituantes non étudiées
    établissement administratif d'entreprise, communs, ferme, parc, verger, tennis, cité ouvrière, cantine, logement d'ouvriers, logement de contremaître, logement patronal

Avant 1914

Ham et Eppeville sont marqués avant 1914 par la présence de plusieurs sucreries, existantes depuis le milieu du 19e siècle. La sucrerie Bocquet, qui borde la canal de la Somme, est l'établissement le plus important. Il côtoie un autre établissement sucrier qui est exploité par Bostenne. Mais chacun d'eux reste de taille modeste et ne développe qu'une capacité de traitement de 300 t. de betteraves par jour. Dans la commune d'Eppeville, il existe aussi les "Entrepôts et Magasins généraux d'Eppeville", dont une publicité de 1911 précise que la société au capital de 400.000 francs possède des "entrepôts de sucre comptant parmi les plus importants de France, de vastes magasins des mieux aménagés pour la bonne conservation des marchandises, et reliés au chemin de fer du Nord et au chemin de fer économique de la Somme. Ils possèdent par ailleurs un port d'embarquement sur le canal de la Somme avec estacade munie d'un outillage mécanique et électrique des plus perfectionnés pour le déchargement des bateaux." C'est à partir de cette infrastructure équipée de voix de transports (route, fer, canal), et non en raison de sucreries déjà existantes que le choix d'Eppeville va se faire pour l'implantation de la nouvelle sucrerie de la C.N.S.R.).

La constitution de la C.N.S.R.

La Compagnie Nouvelle des Sucreries Réunies (C.N.S.R.) est créée officiellement le 13 juin 1919. Elle réunit les anciennes sucreries d'Athies, Courcelles, Eppeville, Ercheu, Flavy-le-Martel, Lesdins, Matigny, Monchy-Lagache, Mons-en-Chaussée, Montescourt-Lizerolle, Moyencourt, Péronne, Seraucourt-Le-Grand, Villers-Saint-Christophe. Les instigateurs principaux de cette nouvelle société sont Edme Sommier, raffineur de sucre à La Villette qui avait repris l'entreprise fondée par son père en 1824, et Emile Tabary, ingénieur et technicien qui dirigeait avant guerre la sucrerie de Flavy-le-Martel. Dès le mois de décembre 1918, les deux hommes se rencontrent et évoquent l'idée d'une association industrielle à laquelle se joint également André Boivin, qui deviendra aussi rapidement l'un des principaux actionnaires de la société. Le projet initial de reconstruire la sucrerie de Flavy qui, comme beaucoup d'autres, avait été ruinée par le conflit, se transforme en quelque chose de beaucoup plus ambitieux, encouragé par l'Etat. Le préfet de la Somme, Alfred Morain, ne pouvait qu'encourager ce regroupement de capitaux qui allait permettre une grande capacité d'investissement et le développement d'un nouvel outil de production plus performant. D'autres fabricants de sucre qui avaient perdu leur usine au cours du conflit rejoignent ce noyau d'industriels. Toutefois, parmi eux, aucun n'exploite les sucreries de Ham ou d'Eppeville. C'est pourtant là, à Eppeville, qui bénéficie déjà d'infrastructures proches du canal de la Somme, que Tabary choisit le site pour implanter sa nouvelle sucrerie.

La construction de la nouvelle sucrerie

Dès l'été 1919, La C.N.S.R. rachète les terrains et les fermes proches du canal pour constituer un ensemble foncier de 19 ha. Elle confie en parallèle la conception du projet architectural à l'architecte Georges Lisch, pourtant peu expérimenté dans les réalisations de bâtiments industriels, mais qu'Edme Sommier connait déjà et fait travailler à son château de Vaux-le Vicomte (Seine-et-Marne). Plus habitué aux commandes de demeures bourgeoises et aux restaurations de manoirs et châteaux, Georges Lisch, relève néanmoins le défi. L'architecte dessine un plan d'ensemble de la sucrerie en juin 1921, accompagné de nombreux dessins aquarellés des différents bâtiments. Son projet rassemble aussi bien les bâtiments industriels que des logements pour le directeur, pour les ingénieurs, les contremaîtres ou les ouvriers de la sucrerie. L'élément phare de son projet tient dans la façade principale de l'usine, pour laquelle il s'inspire très nettement de l'architecture des gares, et notamment de celles réalisées par son père, Juste Lisch pour le débarcadère du Champs de Mars à Paris en 1877 et au Havre en 1881.

En septembre 1921, le chantier de "la plus grande sucrerie de France" est engagé et devient rapidement l'un des plus ambitieux de la Reconstruction industrielle en Picardie. Les plus grandes entreprises se mettent au service de ce défi technique qui doit être achevé à l’été 1922. On fait alors appel à l’entreprise Hersent, davantage habituée aux travaux d’aménagements portuaires, à l’entreprise tchèque de construction métallique Skoda (filiale de Schneider en France), qui dépêche spécialement six cents ouvriers sur place pour monter l’ossature des bâtiments de l’usine, ou encore à l’usine Renault, qui possédait à l’époque un champs d’intervention plus large que l’automobile et qui intervint dans l’assemblage des charpentes métalliques et la fourniture des ponts roulants. Au total, près de 160 entreprises travaillent sur ce chantier colossal, qui s'élève alors à plus de 250 millions de francs. L'usine est achevée à la fin de l'année 1922 et entame sa première campagne à partir du 2 janvier 1923. La capacité de traitement de la nouvelle usine est de 3500 t. de betteraves / jour, soit quatre fois plus que les sucreries les plus importantes avant 1914.

Cette capacité de production exceptionnelle pour l'époque est assuré grâce à la performance de l'équipement fabriqué spécialement par l'entreprise Cail Fives de Lille, mais aussi au relai assuré par les râperies de Monchy-Lagache, d'Ercheux et de Montescourt-Lizerolles, complété en 1928 par celle d'Omissy-Lesdins.

Évolution de la sucrerie après sa construction

En 1930, Jean de Vogüe, bras droit d'Edme Sommier, souhaite développer la commercialisation du sucre et fait construire à cet effet un atelier de conditionnement du sucre à Eppeville. Il fonde alors une nouvelle société distincte de la C.N.S.R. qu'il appelle la Compagnie Commerciale des Sucreries Réunies (C.C.S.R.). Ce sucre est alors commercialisé sous les marques "TOUR" pour le sucre extra blanc destiné à l'industrie, et SOL, pour le sucre de consommation courante. Mais lors de la seconde guerre mondiale, l'usine est a nouveau fortement endommagée en 1940 par les bombardements allemands, et en 1945, par l'aviation alliée. La reconstruction est cependant rapide et l'usine est à nouveau en état de fonctionnement en 1947. Si l'approvisionnement de l'usine s'était fait principalement par voie d'eau et par chemin de fer, en 1956, l'avènement des camions après la seconde guerre mondiale, favorise ce mode de transport des betteraves jusqu'à la sucrerie. L'établissement possède d'ailleurs en propre 150 camions Cependant, le canal est encore utilisé jusqu'en 1966. Avec une capacité de traitement de plus de 8000 t. par jour, la sucrerie d'Eppeville devient la plus importante sucrerie de France en 1966.

A partir de 1968, la C.N.S.R., présidée par Jean de Vogüe, fusionne avec les Sucreries Raffinerie Bouchon et Pajot (S.R.B.P.) d'Antoine Bouchon et avec les Raffineries de Sucre de Saint-Louis. Ensemble ils créent la Générale Sucrière.

Équipement industriel et machines

En 1923, lors de la première campagne, la sucrerie traite 3000 t. de betteraves par jour, soit dix fois plus que la plupart des sucreries d'avant guerre. Elle est alors équipée d'une batterie de diffusion à vases. En 1932, dix ans après, cette capacité de traitement est augmentée de 1200 t. pour atteindre 4200 t. de betteraves par jour. Après la seconde guerre mondiale, la diffusion continue, mise au point par l'entreprise Cail-Fives est adoptée et le transport par camion prend le pas sur le chemin de fer et le canal. En 1950, l'usine est en capacité de traiter 5000 t. de betteraves par jour. En 1965, la société possède une flotte de 150 camions, capable de transporter chacun 10 t. de betteraves, et de 60 grues L'équipement est modernisé en 1960, par l'installation d'une première diffusion continue Bergé, de type RT2, complété en 1967, d'une seconde diffusion du même type. La productivité atteint 8000 t. de betteraves / jour.

La Compagnie Nouvelle des Sucreries Réunies est fondée en juin 1919 de la volonté de deux hommes : le raffineur parisien Edme Sommier et l'ingénieur Emile Tabary, qui dirigeait la sucrerie de Flavy-le-Martel (AIsne). L'industriel n'envisage pas de reconstruire son usine au même endroit, mais choisit le site d'Eppeville, qui possède d'intéressantes infrastructures, entre le canal de la Somme et la ligne de chemin de fer qui relie Amiens à Tergnier. La C.N.S.R constitue alors une concentration capitaliste de quatorze sucreries existante avant-guerre et ravagées lors du premier conflit mondial.

Edme Sommier choisit l'architecte Georges Lisch qu'il employait alors aux travaux de son château de Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne). Les acquisitions foncières sont entreprises dès 1919 et sur diverses terres et fermes, notamment en bordure du canal, constituant un ensemble de 190 000 m². L'ensemble industriel et les logements sont construits entre 1920 et 1922.

Lors de la seconde guerre mondiale, la sucrerie est lourdement endommagée. Plusieurs bâtiments font l'objet d'une reconstruction ou d'une modernisation mais sans que leur implantation ou leur fonction ne soit modifiée. Les cheminées sont reconstruites en 1941 (date portée) et en 1945. Après la guerre, la C.N.S.R. fusionne avec les raffineries Saint-Louis de Marseille sous le nom sucreries raffineries Sol Bouchon Saint-Louis S.A., devenue en 1968 la Générale Sucrière ; De nombreuses extensions datent de la seconde moitié du 20e siècle

Equipement industriel et machines : En 1922, l'entreprise Cail Fives de Lille fournit le matériel de la sucrerie qui peut traiter 3500 t. de betteraves par jour. Trois râperies sont reliées à la sucrerie centrale, grâce à un réseau de 75 km de canalisation. Approche sociale et évolution des effectifs : En 1857 : mention de travail nocturne d'enfants ; En 1934, l'usine emploie 700 ouvriers, dont 123 ouvriers. En 1939, cet effectif est de 500 personnes permanentes et de 700 ouvriers supplémentaires en période de campagne betteravière. En 1962, l'effectif est toujours de plus de 500 salariés. En 1983, l : 700 ouvriers ; 1986 : 591 salariés.

Site industriel desservi par voie navigable et embranchement ferroviaire. L'ensemble se compose des édifices suivants : l'unité de production de la sucrerie, un immeuble de bureaux, un immeuble de direction avec bureaux et habitation de l'administrateur et son parc, 2 maisons d'ingénieur, 4 maisons de contremaîtres, des maisons de contremaîtres jumelées, des logements ouvriers mitoyens, une cité ouvrière dite Cité Germaine, des dortoirs (3 immeubles de logements ouvriers collectifs), une cantine et cuisine. Atelier principal en brique et pan de fer à élévation ordonnancée avec fronton orné, toit à longs pans brisés et comble à surcroît avec ciment en couverture ; chaufferie, salle des machines, four à chaux et magasins industriels en brique et pan de fer, toit à longs pans et comble à surcroît ; bureau en brique à un étage carré et étage de comble, toit à longs pans ; logements d'ouvriers en brique à élévation ordonnancée sans travées ; deux cheminées d'usine à base tronconique h environ 30 mètres ; surface du site en m2 : 190000.

  • Murs
    • brique
    • essentage de tôle
    • pan de fer
  • Toits
    ardoise, verre en couverture, matériau synthétique en couverture, ciment en couverture
  • Étages
    2 étages carrés, étage de comble, comble à surcroît
  • Couvrements
    • charpente métallique apparente
  • Couvertures
    • terrasse
    • toit à longs pans
    • toit à longs pans brisés
    • toit bombé
    • pignon couvert
    • lanterneau
  • Escaliers
  • Autres organes de circulation
    ascenseur, monte-charge
  • Typologies
    atelier principal rectangulaire à façade sous un grand arc segmenté
  • État de conservation
    restauré
  • Techniques
    • céramique
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    atelier de fabrication

Ce dossier de recensement du patrimoine industriel de la Somme a été établi en 1988 par Benoît Dufournier et complété en 2003 dans le cadre de l'étude sur la Reconstruction dans la Haute-Somme, menée par Gilles-Henri Bailly, Stéphanie Caulliez et Philippe Laurent. Il a depuis été mis à jour et enrichi par Bertrand Fournier en 2015 lors de l'enquête thématique régionale sur la Première Reconstruction industrielle.